Drapeau acadien

Les origines françaises
des Acadiens

Sous l'Ancien Régime, la province du Poitou était limitée au nord par la Bretagne et l'Anjou, au nord-est par la Touraine, à l'est par le Berry et la Marche, à l'ouest par l'océan Atlantique, au sud par la Saintonge, le Limousin, l'Angoumois et l'Aunis. Le Poitou comprenait alors les actuels départements de la Vendée (85), des Deux-Sèvres (79) et de la Vienne (86), dont la capitale était Poitiers. Le Poitou n'a plus d'existence administrative, puisque cette ancienne province est disparue depuis la fin du XVIIIe siècle aux dépens des départements et des régions (aujourd'hui le Poitou-Charentes).

Beaucoup d'Acadiens seraient originaires de la province française du Poitou et de la Touraine, au moins la moitié des premiers colons. Ceux-ci seraient circonscrits à un petit nombre de villages : Martaizé, Aulnay, Angliers, La Chaussée et Guesnes, auxquels il convient d'ajouter le village d'Oiron. Ces villages sont tous situés dans le nord-est du Poitou, ce qui fait partie aujourd'hui du département de la Vienne (86). Ils sont tous localisés à quelques kilomètres les uns des autres dans le Loudunais; il s'agit d'une petite région située autour de la ville de Loudun, entre le Poitou et la Touraine, au Centre-Ouest de la France.

Selon la linguiste Geneviève Massignon, auteure de l'ouvrage Les parlers français en Acadie (1962), il ne serait pas dû au hasard si quelques dizaines de colons auraient quitté la région du Loudunais pour l'Acadie. Bien qu'Isaac de Razilly, gouverneur de l'Acadie de 1632 à 1635, ainsi que l'un de ses successeurs, Charles de Menou d'Aulnay (de 1642 à 1650), ne soient pas originaires du Loudunais, car ils sont nés un peu plus au nord en Touraine, ils possédaient des terres dans le Loudunais. Ils auraient ainsi entraîné de jeunes paysans de cette région pour fonder une colonie française en Nouvelle-France: les Babin, Brault, Bourg, Gautreau, Landry, Savoie, Belliveau, Brun, Dupuis, Girouard, Leblanc, Thériault, Blanchard, Gaudet, Rodichaux, Chebrat, etc. Au total, 89 familles seraient les premiers ancêtres de quelque 300 000 Acadiens. 

 

Or, ces origines loudunaises sont déniées par des historiens et des généalogistes qui affirment qu'il n'existe aucune preuve dans les archives françaises attestant l'origine des familles acadiennes dans le Loudunais: archives d'état-civil, testaments de notaires, contrats d'engagements ou listes de passagers de navires). Les données de Mme Massignon relèvent de simples hypothèses, non de faits documentés. Il faudrait donc chercher ailleurs que dans le Loudunais l'origine des Acadiens, que ce soit dans le Poitou, en Touraine ou dans les provinces environnantes. Il est possible qu'une vingtaine de familles soient originaires du Loudunais lui-même, mais il n'existe pas d'actes écrits prouvant leur existence; il s'agit seulement de noms qui sont similaires à ceux qu'on trouve en Acadie. Autrement dit, rien dans les archives que les experts ont consultées ne permet de croire à une migration importante du Loudunais vers l'Acadie entre 1632 et1650. On ne le sait tout simplement pas!

 

L'hypothèse de Mme Massignon n'est pas dénuée de fondement, mais elle ne repose que sur des similarités entre le parler acadien et celui du Loudunais, sans qu'il ne soit possible de valider cette hypothèse. Un fait demeure certain: le centre-ouest de la France a fourni la plus grande proportion de colons en Nouvelle-France dont on connaît l’origine, bien que 24 provinces différentes de la France soient représentées par au moins un colon.

 

Nous sommes, par conséquent, encore loin d’une conclusion définitive à ce sujet, car il est probable que les Acadiens soient venus de plusieurs régions de la France, comme ce fut le cas pour les colons du Canada (vallée du Saint-Laurent) et de la Louisiane, sans qu'il y ait eu de migration concertée. En fait, l'origine de la plupart des pionniers acadiens reste indéterminé pour la simple raison que les archives françaises d'origine acadienne sont parties en fumée lors de la déportation des Acadiens en 1755, et qu'il n'y a pas de base de recherche.

 

S'il est néanmoins incontestable que la plupart des familles acadiennes sont d'origine française, il existe aussi des familles d'origines anglaise (Druce, Granger, Hensaule/Henshaw), basque (Bastarache), croate (Matthieu), écossaise (Jeanson/Johnson), espagnole (Gousman), flamande (Pitre), irlandaise (Caissy/Casey, Guénard/Gainer, Long, Onel/O'Neal), portugaise  (Mirande et Rodrigue), etc. À ces différentes ces familles d'origine, il faut ajouter des soldats et des engagés. 

 

Une première colonie acadienne s'établit sur les côtes de la Nouvelle-Écosse, à La Hève (aujourd'hui le village de Riverport) avant de reprendre Port-Royal aux Anglais. Puis les colons français construisirent le fort de Sainte-Marie près de la rivière Saint-Jean et le fort Saint-Louis au Cap-Sable. Les Français s'emparèrent aussi du poste anglais de Machias (Maine) et du fort de Pemaquid (Maine).

Progressivement, des colons s'implantèrent sur la côte atlantique et la baie Française (baie de Fundy) de ce qui est aujourd'hui la Nouvelle-Écosse, ainsi qu'à l'île du Cap-Breton et l'île Saint-Jean (aujourd'hui l'Île-du-Prince-Édouard). À peu près à la même époque, une cinquantaine de familles françaises s'embarquèrent pour le Canada à destination de Québec. En Nouvelle-France, le Canada et l'Acadie constituaient deux colonies distinctes.

Dernière mise à jour: 17 déc. 2019

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