Union de Myanmar

Birmanie (Myanmar)

Pyidaungzu Myanma Naingngandaw

 
 
 
Capitale: Naypyidaw (depuis mars 2007)
Population: 54 millions (2017)
Langue officielle: birman 
Groupe majoritaire: birman (57 %)
Groupes minoritaires: une centaine de langues dont le shan (8,3 %), l’arakanais (4,9 %), le karène (7 %), le môn (2,1 %), le kachin (1,8 %), le chinois (1,8%), le chin, le karenni, le lahu, le rohingya, etc.  
Système politique: république fédérale (en principe) de sept États et de 7 Régions; régime militaire à parti unique 
Articles constitutionnels (langue): art. 22, 364 et 450 de la Constitution de 2008
Lois linguistiques: Loi sur la preuve (1872); Loi birmane sur le timbre (1899); Loi sur les compagnies du Myanmar (1913); Loi sur les secrets officiels de Birmanie (1923); Loi sur les différends commerciaux (1929); Loi sur la presse (1931); Loi sur les douanes maritimes n° 8 de 1878 (1962); Loi sur la Banque centrale du Myanmar (1990); Loi sur la citoyenneté birmane (1982); Loi sur la taxe commerciale (1990); Loi sur l'enfant (1993); Code de procédure pénale (1998); Loi sur l'entraide judiciaire en matière pénale (2004); Loi sur le contrôle du tabagisme et la consommation de produits du tabac (2006); Règlement sur les investissements étrangers (2013); Loi sur l'éducation nationale (2014); Loi sur la protection du consommateur (2019).
Autres lois diverses pertinentes: Loi sur l'enregistrement des imprimeurs et des éditeurs (1962); Loi sur la télévision et la vidéo (1996); Loi sur le cinéma (1996); Loi sur le développement de l'informatique (1996); Loi sur les transactions électroniques (2004); Loi sur le droit de réunion et de manifestations pacifiques (2011); Loi sur les médias (2014); Loi sur la radiodiffusion (2015).

1 Situation géographique

La Birmanie ou Myanmar  (en birman : Pyidaungzu Myanma Naingngandaw) est un pays du Sud-Est asiatique situé dans la péninsule indochinoise. Ce pays, d'une superficie de 678 500 km² (France:  547 030 km²), est limité au nord par la région autonome du Tibet (Chine), à l'est par la Chine, le Laos et la Thaïlande, au sud par la mer d'Andaman et le golfe du Siam, et à l'ouest par l’océan Indien, le golfe du Bengale, le Bangladesh et l'Inde.

Jusqu'en février 2006, la capitale de l'État était Rangoon dans le Sud, mais depuis le mois de novembre 2005, c'est Pyinmana qui a été changée lors de l'inauguration officielle, le 27 mars 2007, en Naypyidaw, située dans le centre du pays. Les raisons de cette délocalisation demeurent obscures. On se demande s'il s'agit d'une crise mégalomaniaque du chef de la junte Than Shwe ou un souhait de la junte de se soustraire de la populeuse Rangoon où des mouvements de contestation sont toujours possibles.

1.1 Les dénominations du pays et des peuples

Au moment de l'indépendance, le pays avait comme nom officiel Burma (en anglais) ou Union of Burma. Aujourd'hui, son nom officiel en birman est Myanma transcrit erronément «Myanmar». En fait, Myan Ma désignerait le pays merveilleux créé par ces «esprits-habitants mythiques». En fonction des sources consultées, l'un ou l'autre ou les deux termes sont employés en alternance et de façon interchangeable. Au point de vue étymologique, le mot Birmanie désigne «le territoire des Birmans», tandis que Myanmar représenterait plutôt le territoire couvert par ce pays. C'est en 1989 que le gouvernement, sous le régime du SLORC (State Law and Order Restoration Council) — le Conseil d’État pour la restauration de la loi et de l’ordre —, a changé de nom au niveau international pour devenir le Myanmar. Ce changement de nom se voulait un effort du gouvernement pour promouvoir l'unité sur le territoire; en ce sens, les autorités tentaient de «débirmaniser» les institutions politiques. Dans le prolongement de ces changements, Naypyidaw est, depuis le mois de mars 2007, la capitale de la Birmanie. 

- Birmanie ou Myanmar ?

Dans la pratique, les deux termes, Birmanie et Myanmar, sont utilisés depuis des siècles. Le mot Birmanie, qui est devenu le nom officiel du pays sous le régime colonial britannique et qui est resté «bloqué» après l'indépendance, était principalement utilisé dans la langue parlée, alors que Myanmar était le terme officiel généralement utilisé dans les communications écrites.

Évidemment, l'emploi des termes Birmanie et Myanmar peut correspondre dans certains cas à un choix idéologique ou politique. L'appellation Myanmar est perçue comme plus neutre parce qu'elle ne fait pas référence aux Birmans majoritaires, mais son emploi ne règle pas nécessairement les conflits ethniques qui sévissent dans le pays. Ce changement de nom n'est pas sans créer certaines résistances, et ce, tant au sein de l'État que dans la communauté internationale. Plusieurs groupes ethniques du pays, malgré le peu de légitimité qu'ils accordent au gouvernement central, préfèrent Myanmar pour désigner leur pays. La dénomination officielle utilisée par l'ONU est Myanmar, mais en français le nom de Birmanie est privilégié, car il permet l'emploi des dérivés tels que «birman/Birman» et «birmane/Birmane». En anglais, on emploie souvent l'expression "Myanmar language" pour désigner la "Burmese language", la langue birmane. Cependant, à l'exemple de plusieurs autres pays, les États-Unis emploient le mot Myanmar dans la correspondance officielle avec le gouvernement de Naypyidaw, mais l'administration américaine continue d'utiliser publiquement Burma («Birmanie») dans le langage courant.

- Birmans et non-Birmans ?

De plus, il subsiste une certaine ambiguïté dans l'emploi du mot Birman parce qu'il peut désigner «les citoyens de la Birmanie», que ce soit l'ethnie birmane proprement dite ou les autres ethnies telles que les Karènes, les Shan, les Chin, etc., des ethnies non birmanes. Le même terme sert aussi à désigner l'ethnie principale qu'on appelle aussi «Bama» ("Bamar" en anglais), laquelle est originaire du Tibet il y a quelque 3000 ans. La junte au pouvoir en Birmanie a généralement utilisé le terme de Myanmar (au lieu de Birmans) pour désigner les habitants du pays, quel que soit leur groupe ethnique. Dans le cadre de cet article, le mot Bama sera employé uniquement en opposition aux autres groupes ethniques. 

- Race ou ethnie ?

En Birmanie, le terme anglais employé pour désigner les ethnies est "race", ce qui correspondrait en français à «race». Cependant, dans ce pays, le mot "race" fait davantage référence aux nombreuses ethnies qui y habitent: "major national ethnic races". En français, le terme race désigne un ensemble d'êtres humains qui ont en commun la couleur naturelle de leur peau.: la race blanche, la race jaune, la race noire. Dans la théorie du racisme, ce mot désigne un groupe naturel d'humains qui ont des caractères semblables (physiques, psychiques, culturels, etc.) provenant d'un passé commun, souvent classé dans une hiérarchie; le mot fait référence à une ethnie ou à un peuple. Il paraît donc préférable de traduire par le terme ethnie le mot anglais race dans cet article.   

1.2 Une fédération ou non ?

La Birmanie forme, en principe, une union fédérale – d’où le nom jusqu’en 1989 d’Union birmane, puis d'union de Myanmar – composée de sept États ou chiu (voir la carte des divisions administratives de la Birmanie) théoriquement peuplés de non-Birmans au nord — l’État de Rakhine, l’État Chin, l’État Kachin, l’État de Kayin, l’État de Kayah, l’État Shan et l’État Môn — et de sept «régions» administratives ou hunkhu appelées avant le mois d'août 2010 «Divisions», habitées par des Birmans au sud, c'est-à-dire les Bama — région de Rangoon, région d'Irrawaddy, région de Mandalay, région de Sagaing, région de Tanintharyi, région de Magway et région de Pégou (Bago). Le nom des Régions correspond à leur capitale, sauf pour la région d'Ayeyarwady (delta de l'Irrawaddy) et la région de Tanintharyi (Tenasserim), tandis que le nom des États correspond à celui de leur ethnie dominante.

Étant donné que les États birmans possèdent leur propre législature et leur gouvernement local, on peut parler de «fédération» bien que, juridiquement, le pays ne le soit pas, car le gouvernement central, dominé par les militaires, a réussi à infiltrer et à neutraliser les pouvoirs des entités locales, tant les États que les Régions. D'ailleurs, le système fédéral actuel constitue certainement l’une des principales causes des conflits permanents en Birmanie: la domination du gouvernement central dans les prises de décision et son contrôle quasi total sur les ressources matérielles et humaines. Le tableau ci-dessous présente la liste des États et Régions, ainsi que leur population respective et les ethnies principales; l'ethnie bama désigne les Birmans de souche par opposition aux non-Birmans.
 

Nombre État/Région Capitale Population
(est. 2019)
Pourcentage Ethnies
principales
1 État Kachin (Kachin State) Myitkyina 1 881 362 3,5 %

Shan, Bama, Chinois, Kachin, Wa, Lisu, Danu, Intha, Akha, Lahu, Ta'ang, Karènes noirs, Taungyo, Indiens, etc.

2 État de Kayah (Kaya State) Loikaw 320 216 0,6 %

Kayah (ou Karènes rouges), Kayin, Padaung, Bama, Shan, Karènes noirs

3 État de Kayin (Kayin State) Pa-An 1 605 697 3,0 %

Karènes, Padaung, Bama, Shan, Karènes noirs, Môn, Rakhine, Thaïs birmans

4 État Chin (Chin State) Hakha 516 752 0,9 %

Chin, Zomi, Laimi, Thadou, Mizo, Bama, etc.

5 État Môn (Mon State) Moulmein
(Mawlamyaing)
1 995 068 3,7 % Môn, Bama, Anglo-Birmans, Chin, Kachin, Kayin, Rakhine, Shan, Thaïs birmans, Karènes noirs, etc.
6 État Shan (Shan State) Taunggyi 6 332 188 11,9 % Shan, Bama, Chinois, Kachin, Wa, Lisu, Danu, Intha, Akha, Lahu, Ta'ang, Karènes noirs, Taungyo, Indiens, Gurkha
7 État de Rakhine (Rakhine State) Sittwe 3 325 116 6,2 % Rakhine, Rohingya, Kaman, Mro, Khami, Bama, etc.
8 Région de Sagaing (Sagaing Region) Sagaing 5 550 389 10,5 % Bama, Shan, Naga, Chin
9 Région de Tanintharyi (Tanintharyi Region) Tavoy (Dawei) 1 479 086 2,7 % Bama, Dawei, Rakhine, Môn, Shan,Thaïs birmans, Kayin, Salone, Malais
10 Région de Bago (Pégou) (Bago Region) Bago 4 934 428 9,3 % Bama, Kayin, Môn, Shan, Indiens, Chinois, Karènes noirs, etc.
11 Région de Magway (Magway Region) Magway 3 937 278 7,4 % Bama, Chin, Rakhine, Shan, Karènes, etc.
12 Région de Mandalay (Mandalay Region) Mandalay 6 477 740 12,2 % Bama, Chinois, Shan, Chin, Kayin, etc.
13 Région de Yangon (Yangon Region) Rangoon 8 203 832 15,4 % Bama, Kayin, Rakhine, Chinois, Indiens, Môn
14 Région d'Ayeyarwady (Ayeyarwady Region) Pathein 6 272 913 11,8 % Bama, Rakhine, Indiens, Kayin
  Total   52 832 065 100 %  

Dans les Régions, le birman et l'anglais sont les langues officielles. Dans les États, l'anglais est toujours une langue officielle, tantôt la seule, tantôt co-officielle avec une langue locale (shan, chin, kachin); dans certains cas, toutes les langues locales, comme dans l'État de Shan, sont les langues officielles de l'État applicables dans leur région respective (shan, karène, palaung, lahu, wa et kachin). 

2 Données démolinguistiques

L’État birman, né des frontières que lui a laissées la Grande-Bretagne, englobe un nombre considérable d’ethnies, plus d'une centaine: les Birmans ou Bama (57,2 %), les Shan (8,3 %), les Rakhines ou Arakanais (4,9 %), les Karènes (5,6 %), les Môn (2,1 %), les Kachin (1,8,5 %), les Chin, les Karenni (Kayah), les Lahu, les Rohingya, les Gurkha, les Palaung, les Méo (Hmong), les Naga, les Akha, les Lisaw, les Kadu, les Wa, les Moken (ou Mawken), etc. Le pays compte aussi près d'un million de Chinois et 800 000 Indiens. Trois de ces ethnies font souvent parler d'elles parce qu’elle se révoltent contre l’ethnie majoritaire birmane (Bama): les Karènes, les Kachin et les Shan. De plus, les Wa vivant sur la frontière avec la Chine sont périodiquement en insurrection, sans oublier les Rohingya qui subissent la répression. Le tableau qui suit représente les peuples comptant 100 000 individus et plus:
 

Ethnie Population Pourcentage Langue Affiliation Religion
Birman ou Bama 31 542 000 57,2 % birman sino-tibétaine bouddhisme
Shan  4 593 000 8,3 % shan sino-tibétaine bouddhisme
Arakanais ou Rakhine 2 740 000 4,9 % arakanais sino-tibétaine bouddhisme
Karène sgaw 1 969 000 3,5 % karène sgawsino-tibétaine christianisme
Karène blanc 1 187 000 2,1 % karène pwosino-tibétaine christianisme
Môn 1 160 000 2,1 % mônaustro-asiatique bouddhisme
Kachin 1 038 000 1,8 % kachin jingphosino-tibétaine christianisme
Chinois 994 000 1,8 % chinois mandarinsino-tibétaine bouddhisme
Karène noir (Pa-O) 858 000 1,5 % karène paosino-tibétaine bouddhisme
Rohingya 842 000 1,5 % bengali rohingyalangue indo-iranienne islam
Tavoyan 464 000 0,8 % tavoyansino-tibétaine bouddhisme
Wa 464 000 0,8 % waaustro-asiatique religion ethnique
Lisu 348 000 0,6 % lisusino-tibétaine christianisme
Népalais 299 000 0,5 % népalaislangue indo-iranienne hindouisme
Palaung d'argent 297 000 0,5 % palaungaustro-asiatique bouddhisme
Bengalais 286 000 0,5 % bengalilangue indo-iranienne islam
Chin tedim 256 000 0,4 % chin tedimsino-tibétaine christianisme
Palaung Doré 231 000 0,4 % palaung (shwe)austro-asiatique bouddhisme
Lahu 227 000 0,4 % lahusino-tibétaine christianisme
Akha 223 000 0,4 % akhasino-tibétaine religion ethnique
Karène pwo occidental 212 000 0,3 % karène pwo occidentalsino-tibétaine religion ethnique
Chaungtha 186 000 0,3 %chaungtha sino-tibétaine bouddhisme
Asho khyang 171 000 0,3 % chin ashosino-tibétaine bouddhisme
Karène kayah 164 000 0,2 % karène kayah occidentalsino-tibétaine bouddhisme
Palaung rumai 158 000 0,2 % palaung rumaiaustro-asiatique bouddhisme
Tamoul 151 000 0,2 % tamouldravidienne hindouisme
Kayan 147 000 0,2 % kayansino-tibétaine religion ethnique
Télougou 140 000 0,2 % télougoudravidienne hindouisme
Chin haka 137 000 0,2 % chin hakhasino-tibétaine christianisme
Hindi 133 000 0,2 % hindilangue indo-iranienne Hindouisme
Tai khun 132 000 0,2 % khunthaï-kadai bouddhisme
Danau 129 000 0,2 % danauaustro-asiatique bouddhisme
Odia 122 000 0,2 % odialangue indo-iranienne hindouisme
Lhao Vo 121 000 0,2 % lhao vosino-tibétaine religion ethnique
Danu 117 000 0,2 % danusino-tibétaine bouddhisme
Tai laing 116 000 0,2 % laingthaï-kadai bouddhisme
Intha 104 000 0,1 % inthasino-tibétaine bouddhisme
Tai nua 102 000 0,1 % taï nuathaï-kadai bouddhisme
Autres langues 2 276 000 4,1 % - - -
Total 2017 54 836 000 100 % - - -

On peut consulter un tableau plus complet des nombreux peuples de la Birmanie en cliquant ICI, s.v.p.

2.1 Le birman

Les Birmans ou Bama constituent le groupe ethnique le plus important avec 57 % de la population; ils parlent le birman, une langue tibéto-birmane apparentée au tibétain et appartenant à la famille sino-tibétaine. Selon Ethnologue, les noms possibles pour désigner les Birmans de souche sont les suivants: Bama, Bamachaka, Myanmar et Myen. Le birman n'est pas une langue uniforme et il se présente en plusieurs variantes. La majorité des locuteurs du birman vivent dans la vallée du fleuve Irrawaddy dans le centre du pays et utilisent des formes linguistiques grandement similaires, tandis qu'une minorité parle des variantes non standard employées dans les régions périphériques du pays. Ces variantes incluent le myeik, le beik, le yaw, le dawei, le palaw. L'arakanais (ou rakhine) dans l'État de Rakhine et le marma au Bangladesh sont aussi parfois considérés comme des dialectes du birman et parfois comme des langues séparées. Malgré les différences de vocabulaire et de prononciation, il existe une intelligibilité mutuelle entre les variantes birmanes, qui partagent pour la plupart les mêmes tons (le birman est une langue tonale), les groupes de consonnes et l'usage de l'écriture birmane. Cependant, certaines variantes linguistiques diffèrent sensiblement du birman standard en ce qui concerne le vocabulaire, les particules lexicales et les rimes.

L’alphabet du birman repose sur le sanskrit et le pali, les deux langues sacrées du bouddhisme. C'est en réalité un alpha-syllabaire aux formes arrondies, qui est utilisé en Birmanie pour l'écriture du birman, mais d'autres langues utilisent une partie des lettres de l'écriture birmane: le môn, le shan, le karène (occidental et oriental), etc. Le birman s'écrit de gauche à droite, n'emploie pas de majuscules et, traditionnellement, ne sépare pas les mots par des espaces comme en français et dans les autres langues indo-européennes. Il n'existe pas de transcription romanisée (ou avec des lettres latines) officielle.

2.2 Les langues minoritaires
 

La carte ci-contre illustre la localisation géographique des principales minorités linguistiques de ce pays, lesquelles dans l'ensemble représentent environ 40 % de la population totale. Ces minorités occupent plus de la moitié du territoire et elles sont surtout concentrées au nord, au nord-est et sur toute la côte est (voir la carte ci-contre).

Les membres des minorités parlent une centaine de langues, dont le shan, le karène, l'akha, le chin, le kachin, le hkamti, le lahu, le lisu, le naga, le môn, le karenni, le rohingya, le thaï, etc. Certains peuples ont leur propre État: les Kachin, les Chin, les Sham, les Arakanais ou Rakhines, les Karènes et les Môn (voir la carte des divisions administratives de la Birmanie).

Le territoire de la Birmanie regroupe trois grandes familles linguistiques:

1) la famille sino-tibétaine : la plupart de ces langues sont d’origine tibéto-birmane; il en est ainsi du birman, la langue officielle, mais aussi de plus petites langues comme le karène, l'arakanais, le chin, l'akha, le kachin, la lahu, le lisu, le naga, le kayan, le chaungtha, le danu, l'intha et plusieurs autres langues du même groupe linguistique. Les langues chinoises telles que le mandarin, le cantonais ou le wu font partie du groupe chinois et non du groupe tibéto-birman.

2) la famille austro-asiatique : le môn, le wa, le palaung et le danau sont les principales langues de cette famille

3) la famille thaï-kadai : le shan, le thaï, le khun et le hkamti (ou khamti) sont les langues les plus importantes.

D'autres langues minoritaires existent en Birmanie et appartiennent à la famille dravidienne (tamoul, télougou) et aux langues indo-iraniennes (le rohingya, le népalais et l'odia). Notons que le rohingya est une langue proche du chittagonien et apparentée au bengali et essentiellement parlée dans la région de Chittagong au Bangladesh et dans le Rakhine (anciennement l'Arakan) en Birmanie. Les Rohingya se considèrent comme des autochtones de la région, alors que le gouvernement birman et les nationalistes bouddhistes les considèrent comme les descendants des immigrants arrivés sous l'administration coloniale britannique.

Il existe en outre d’autres groupes distincts de minorités dans la plupart des villes et des villages birmans. La plupart de ces groupes disparates, bien que parfois assez importants, sont les descendants de «migrants» de différentes régions de l'actuelle Inde et du Bangladesh, bien qu'ils puissent être établis depuis des générations en Birmanie.

En plus du birman, l'anglais, le chinois mandarin et le thaï sont très utilisés dans ce pays en tant que langues véhiculaires. Le birman et l'anglais sont employés dans le centre du pays, alors que le chinois est utilisé dans le Nord et le thaï, dans le Sud et sur le long de la frontière (en pays karène) avec la Thaïlande. Les minorités ethniques habitent dans des États souvent riches en ressources naturelles, notamment en bois, en or et en gisements de jade de grande qualité, uniques dans le monde, ce qui suscite des convoitises chez les Bama.

Malgré le riche héritage culturel de la Birmanie, son histoire est entachée de violences politiques, de tensions entre groupes ethniques et au sein de groupes ethniques, de discriminations ethniques et religieuses, et de persécutions, ainsi que de nombreuses autres violations graves des droits de l'homme.

2.3 Les religions
 

Groupe religieux Population 1973 Population 1983 Population 2014
Bouddhisme  88,8%  89,4% 87,9%
Christianisme  4,6%  4,9% 6,2%
Islam 3,9% 3,9% 4,3%
Hindouisme 0,4%  0,5%  0,5%
 Religions tribales  2,2% 1,2% 0,8%
Autres religions  0,1% 0,1% 0,2%

Aucune religion

0,1%  0,1% 0,1%
La Birmanie est un pays multireligieux. Il n'y a pas de religion officielle, mais le gouvernement montre sa préférence pour le bouddhisme theravada, la religion majoritaire des habitants du pays. Selon le recensement du gouvernement birman de 2014, le bouddhisme est la religion dominante de 88 % de la population, pratiquée en particulier par les Bama, les Rakhines, les Shan, les Môn, les Karènes et les communautés ethniques chinoises. Les minorités ethniques pratiquent le christianisme (6,2%, en particulier les Chin, les Kachin et les Karènes), l'islam (4,3%, en particulier les Indiens, les Malais et les Rohingya) et l'hindouisme (0,5%, en particulier chez les Indiens de Birmanie). Les musulmans sont répartis à travers le pays dans de petites communautés, dont les Rohingya, les "Panthay" (musulmans chinois birmans), les musulmans d'ascendance malaise à Kawthaung et les musulmans de Zerbadi, une communauté descendante de mariages mixtes entre des hommes musulmans étrangers et des femmes birmanes.

La Constitution (art. 34) garantit la liberté de religion, mais elle prévoit également plusieurs exceptions qui permettent au régime de restreindre ce droit à volonté. L'appartenance religieuse est obligatoire sur les cartes d'identité émises par le gouvernement; les citoyens sont également tenus d'indiquer leur religion sur les formulaires de demande officiels, tels que les passeports.

Dans la plupart des États ethniques, le gouvernement militaire a toujours favorisé le bouddhisme aux dépens de toutes les autres religions par des menaces et des incitations; il a restreint le prosélytisme et la conversion au christianisme, il a interféré avec les services de culte; il a restreint l'impression et l'importation de bibles et de littérature chrétiennes; il a détruit des églises, des croix et d'autres symboles religieux; il a limité la rénovation et la construction des églises, ainsi que les conférences, les célébrations et les événements chrétiens. L'évangélisation en Birmanie est interdite, bien que les écoles du dimanche et les activités des églises ne soient pas affectées.

De fait, les groupes chrétiens et islamiques ont toujours eu du mal à obtenir l’autorisation de réparer les lieux de culte existants ou d’en construire de nouveaux. La violence antimusulmane s'est poursuivie, de même que la surveillance étroite des activités des musulmans. Bien qu'il n'y ait eu aucun nouveau rapport faisant état de conversions forcées de non-bouddhistes, le gouvernement a fait pression sur les étudiants et les jeunes pour qu'ils se convertissent au bouddhisme. L’adhésion ou la conversion au bouddhisme est généralement une condition préalable à la promotion aux échelons supérieurs du gouvernement et de l’armée.

3 Données historiques

L’histoire de la Birmanie a toujours été marquée par l’influence culturelle et religieuse de l’Inde, mais aussi par des guerres et les répressions sanglantes. Le premier empire birman unifié fut le royaume de Pagan (849-1297) aux dépens du peuple pyu, un groupe ethnique de langue tibéto-birmane qui vivait dans le bassin de l'Irrawaddy sur le territoire de l'actuelle Birmanie. À l'exception des édifices religieux (temples, stupas et pagodes), il reste peu de traces de cet ancien peuple qui s'est assimilé progressivement aux Birmans. Le royaume de Pagan i prospéra dans un relatif isolement, jusqu'au règne d'Anawrahta (1044-1078), qui se convertit au bouddhisme theravāda et unifia la Birmanie par sa victoire sur les Môn en 1057. En 849, Bagan, une ville dynamique peuplée d'un demi-million d'habitants et ouverte sur le monde extérieur, fut la capitale du royaume de Pagan, un royaume riche qui entretenait des relations tant commerciales que belliqueuses avec les royaumes indiens, chinois et khmers. La Birmanie fut ensuite dirigée successivement par Kyanzittha (1084-1112), constructeur de la plupart des édifices religieux de Pagan, et Alaungsithu (1112-1167), qui unifièrent le pays. Suivirent les règnes d'Alaungsitthu (1113-1155/60) et de Narathu (1174-1211). La culture birmane se développa, ainsi que la langue birmane qui remplaça le pali, le sanskrit et le môn. L’Asie du Sud-Est continentale était alors dominée par deux royaumes : le royaume de Pagan, de langue birmane, et l’Empire khmer, de langue khmère.

À partir du XIIIe siècle, le royaume de Pagan déclina à la suite de nombreux conflits aux frontières. Les campagnes militaires menées en Chine entraîna le royaume à se confronter aux Mongols; les échecs militaires successifs aboutirent à la prise de Bagan par les Mongols en 1287. Après la chute de Bagan et la disparition du royaume de Pagan, la région fut à nouveau divisée: une partie de la Birmanie subit ensuite la domination des Shan, puis celle des Môn. 

Mentionné sous le nom de Myanmar (le «pays merveilleux») dans les récits de Marco Polo au XIIIe siècle, le pays s’appela ensuite Bamar du nom du peuple bamar, l'ethnie principale de la région. Au cours de ces 1000 ans d'histoire, les Birmans ont toujours entretenu des relations généralement belliqueuses non seulement avec les minorités ethniques vivant dans les montagnes environnantes, notamment les Shan, mais également avec les nations des autres royaumes situés dans le plateau d'Asie. Cependant, les Môn sont restés indépendants jusqu'en 1539 et les Arakanais jusqu'en 1784, tandis que la majeure partie du territoire des hautes montagnes occupé par les Shan échappait au contrôle des Birmans ou n'était assujettie que faiblement sous la domination de ces derniers.

Au début du XIXe siècle, des incursions dans les régions frontalières à l'ouest entraînent un conflit entre les Birmans et les Britanniques en Inde, ce qui déclencha la première guerre anglo-birmane (1824-1826) avec comme résultat qu'une partie de la Birmanie fut contrôlée par la Grande-Bretagne. Celle-ci changea le nom de Bamar en Burma (en birman, le [r] ne se prononce pas), que les Français traduiront plus tard par Birmanie. À l'issue d’une seconde guerre anglo-birmane (1852-1855), toute la Birmanie fut annexée et proclamée en 1886 comme une province de l'empire des Indes, non sans avoir massacré des populations entières.

3.1 La colonisation britannique (1824-1948)

Avant l'annexion britannique de la Birmanie en tant que «province indienne» en 1886, le pays n'avait jamais existé en tant qu'État-nation unifié avec ses frontières géographiques actuelles comprenant plus de 100 nationalités différentes et une administration gouvernementale centralisée; le pays avait été au mieux unifié dans le centre, là où sont concentrés les Birmans, ce qui laissait les groupes non birmans hors de leur contrôle dans les régions périphériques. De fait, les peuples des hautes terres n'étaient que théoriquement sous contrôle birman. Avec l'occupation coloniale, les Britanniques allaient laisser la plupart des peuples des hautes terres sous leur contrôle tout en permettant à ces minorités de conserver une bonne part de leur identité. Cette situation allait devoir changer après l'indépendance lorsque le gouvernement central, dominé par les Birmans, tentera d'exercer un contrôle sur les peuples des hauts plateaux. Encore aujourd'hui, cette situation demeure un problème fondamental, alors que les revendications des minorités continuent d'être centrées sur les droits à l'autodétermination, l'autonomie, le fédéralisme et le droit de gérer les ressources trouvées sur leurs territoires.

- La mainmise britannique
 

La domination britannique en Birmanie dura de 1824 à 1948, soit près de 125 ans. La région fut connue sous le nom de Birmanie britannique ("British Burma", en anglais). Cependant, nous le savons, il a fallu trois guerres anglo-birmanes pour arriver à «pacifier» ce grand pays. La première guerre anglo-birmane (1824-1826) a permis d'occuper l'Arakan (aujourd'hui le Rakhine) et le Tenasserim (aujourd'hui le Tanintharyi) au prix de 15 000 soldats européens et indiens décédés, ainsi qu'un coût de 13 millions de livres sterling, ce qui équivaudrait aujourd'hui à quelque 48 milliards de dollars US, une somme astronomique. Avec la seconde guerre anglo-birmane (1852), les Britanniques mirent la main sur la Basse-Birmanie. Lors de la troisième guerre anglo-birmane (1885), les troupes britanniques occupèrent finalement toute la Haute-Birmanie, qui fut rattachée à la «province de Birmanie» le 26 février 1886. Ce faisant, toute la Birmanie devint une «province» des Indes britanniques.

Ainsi, l'entreprise coloniale de la Birmanie s'est effectuée en trois étapes, notamment en raison de la difficulté d'accès au territoire. En effet, les peuples des montagnes furent les derniers à être annexés à l'Empire britannique en raison de leur éloignement du centre et à la quasi-impossibilité
pour les militaires de s'aventurer dans ces régions. Compte tenu des coûts économiques élevés après ces trois guerres, la colonie birmane ne s'est jamais autofinancée. 

De plus, la résistance des Birmans persistant, les Britanniques eurent recours à la destruction systématique de villages et à la désignation de nouveaux responsables pour mettre fin aux activités de guérilla. Les Britanniques se mirent ainsi à coloniser le pays en imposant manu militari la loi et l’ordre, en administrant la justice d’une manière expéditive, en supprimant la religion et la langue des populations autochtones pour favoriser exclusivement la langue anglaise.

La capitale coloniale était Pyinmana, située au centre du pays, ce qui permettait aux Britanniques de mieux contrôler la colonie. L’arrivée des Britanniques en Birmanie au XIXe siècle, puis leur prise de contrôle de tout le territoire birman en 1886 bouleversèrent les relations entre les différents groupes ethniques du pays.

- Diviser pour régner

Les autorités britanniques entreprirent de modifier la répartition de plusieurs dizaines de groupes ethniques vivant sur le territoire nouvellement annexé à l'Inde impériale. Dans ce contexte, des groupes ethniques partageant des racines linguistiques similaires ont été regroupés sous la catégorie des Karènes, tandis que d'autres ont pu être regroupés sous la catégorie des Shan, des Kachin ou des Môn, pour ne nommer que ces groupes; on total, on compta sept catégories de nations.

Afin de mieux régner, les Britanniques divisèrent volontairement les différentes ethnies en privilégiant certaines minorités par rapport à la majorité birmane (dite bama) et en favorisant l’accès de certaines populations chrétiennes ou provenant du reste de l’Inde britannique à l’administration coloniale birmane. Jusqu’au début du XXe siècle, les professions prestigieuses représentées, par exemple, par les juristes ou les médecins furent occupées quasi exclusivement par des Indiens, ce qui attisa durablement la jalousie des Bama : l’idée d’une «supériorité indienne», instaurée par les Britanniques, explique en partie la haine des Birmans envers les populations d’origine indienne telles que les habitants de l’Arakan, dont les Rohingya pourtant très peu représentés dans des postes prestigieux.

De plus, beaucoup de ces peuples se situaient également à l'extérieur des frontières culturelles et linguistiques de la colonie birmane. Pour ce faire, les Britanniques entreprirent de déplacer des populations entières dans leur grand empire des Indes, faisant venir des centaines de milliers de Bengalis dans cette région, notamment dans l'Arakan, un État qui a longtemps été un royaume autonome.

L'organisation impériale a eu pour effet de placer la majorité birmane en rupture face aux groupes minoritaires en l'isolant dans les plaines centrales, ce qui la laissait plus vulnérable aux politiques menées par l'Empire britannique. Cette réorganisation eut des conséquences négatives sur la distribution des pouvoirs, car elle affectait la majorité birmane en les excluant des postes de pouvoir dans l'administration coloniale.

De plus, un régime spécial de gouvernance fut officialisé par la Burma Act de 1935, laquelle réservait une place particulière pour les minorités ethniques : tandis que la Ministerial Burma «Birmanie ministérielle» était soumise au contrôle direct de la Métropole, les Frontier Areas («les régions des Frontières», celles qui correspondent aux zones géographiques où les minorités ethniques sont plus nombreuses que les Birmans — et dont l’Arakan faisait partie — étaient administrées de manière indirecte. Les chefs des différentes ethnies jouaient le rôle de relais de l’autorité coloniale sur le terrain et bénéficiaient donc d’un certain degré d’autonomie au niveau local.

- La langue anglaise

Dans le but de diviser pour régner, les Britanniques ont prévu de protéger les minorités des régions périphériques. L'article 8 de la Burma Act de 1935 accordait des responsabilités particulières au gouverneur afin de «préserver les intérêts légitimes des minorités» :

Government of Burma Act, 1935

Section 8

Special responsabilities of Governor

1)
In the exercise of his functions the Governor shall have the following special responsabilities, taht is to say --

(a) the prevention of any grave menace to the peace or tranquillity of Burma or any part thereof;

(b) the safeguarding of the financial stability and credit of the Government of Burma ;

(c) the safeguarding of the legitimate interests of minorities ;

Section 14

1) No subject of His Majesty domiciled in Burma shall on grounds only of religion, place of birth, descent, colour or any of them be ineligible for office under the Crown in Burma, or be prohibited by any law of Burma on any such grounds from acquiring, holding or disposing of property or carrying on any occupation, trade, business or profession in Burma.

3) Nothing in this section shall be construed as derogating from the special responsibility of the Governor for the safeguarding of the legitimate interests of inorities.

Loi sur le gouvernement de Birmanie de 1935

Article 8

Responsabilités particulières du gouverneur

1) Dans l'exercice de ses fonctions, le gouverneur a les responsabilités particulières suivantes, à savoir:

(a) la prévention de toute menace grave pour la paix ou la tranquillité de la Birmanie ou de l'une de ses parties;

b) la préservation de la stabilité financière et du crédit du gouvernement de la Birmanie;

c) la sauvegarde des intérêts légitimes des minorités;

Article 14

1) Aucun sujet de Sa Majesté ayant son domicile en Birmanie ne peut, seulement pour des motifs de religion, de lieu de naissance, de descendance, de couleur ou pour l'un de ceux-ci, être admissible à la charge de la Couronne en Birmanie ou être interdit par une loi de la Birmanie pour de tels motifs d'acquérir, de détenir ou de disposer de biens ou d'exercer une profession, un commerce ou une activité professionnelle en Birmanie.

3) Aucune disposition du présent article ne saurait être interprétée comme dérogeant à la responsabilité particulière qui incombe au gouverneur de
préserver les intérêts légitimes des minorités.

L'anglais était employé dans les zones peuplées majoritairement de Birmans, mais les langues minoritaires étaient autorisées les régions où leurs locuteurs étaient majoritaires.
 

Government of Burma Act, 1935

Section 30.

English to be used in Legislature.


All proceedings in the Legislature shall be conducted in the English language : Provided that the rules of procedure of the Chambers, and the rules with respect to joint sittings, shall provide for enabling persons unacquainted, or not sufficiently acquainted, with the English language to use another language.

Section 88.

Proceedings in High Court in English.


All proceedings in the High Court shall be in the English language.

Loi sur le gouvernement de Birmanie de 1935

Article 30

Emploi de l'anglais à l'Assemblée législative

Toutes les procédures de la Législature
doivent se dérouler en anglais, à la condition que le règlement de procédure des Chambres, et que les règles relatives aux séances conjointes doivent permettre aux personnes ne connaissant pas ou ne maîtrisant pas suffisamment la langue anglaise d'utiliser une autre langue.

Article 88

Procédure devant la Haute Cour en anglais

Toutes les procédures devant la Haute Cour doivent se dérouler en anglais.

Les Britanniques ont appliqué divers systèmes de bilinguisme à des fins administratives. Il existait trois types d’écoles dans la période coloniale britannique:

1. l’école vernaculaire où l’instructeur était un Birman ou l’une des langues autochtones reconnues;
2. l'école anglo-vernaculaire dans laquelle l'anglais et le birman ou l'une des langues autochtones étaient la langue d'enseignement, et l'anglais enseigné comme langue seconde;
3. l'école anglaise où l'anglais était la langue d'instruction, le birman étant la langue seconde.

Progressivement, les bouddhistes birmans réagirent très mal à la colonisation maladroite des Britanniques, car ils perçurent les immigrants amenés par les Britanniques, notamment les milliers de Bengalis musulmans venus des Indes, comme des «étrangers» et des «importés». Pourtant, l'économie s'est rapidement développée avec la colonisation britannique et les travailleurs bengalis. Mais la résistance s’organisa et, après un demi-siècle de  colonisation, des mouvements nationalistes surgirent partout dans le pays à un  point tel que, au moment de la Deuxième Guerre mondiale, les Britanniques allaient perdre rapidement le contrôle de la Birmanie au profit des Japonais.

- L'occupation japonaise (1942-1945)

Dès 1942, tirant profit de la conjoncture internationale et des Britanniques mobilisés ailleurs dans le monde, l'armée japonaise envahit la Birmanie, ce qui eut pour effet de créer d'importants problèmes au sein de l'administration coloniale et de son armée.  Soucieuses de ne pas se retrouver soumises au contrôle de la majorité birmane si le pays obtenait son indépendance, plusieurs minorités ethniques restèrent fidèles aux Britanniques, tandis que les autorités nationalistes birmanes s’alliaient aux Japonais pour chasser l’occupant britannique.

Les Japonais déclarèrent la colonie indépendante en tant qu'«État de Birmanie», le 1er août 1943. Un gouvernement birman fantoche fut installé. Non seulement l'administration britannique s'écroula, mais elle permit la mainmise des Birmans dans la plupart des régions rurales du pays, ce qui donna lieu au recours à la violence contre les minorités ethniques soupçonnées d'avoir collaboré avec les autorités britanniques, car, outre les Britanniques et les Indiens, l'armée coloniale était principalement constituée de Karènes, de Chin et de Kachin. De fait, la composition ethnique de l'armée coloniale parut toujours insatisfaisante pour la majorité birmane; sa sous-représentation dans les rangs militaires devait se retourner contre les Britanniques et participer, en 1948, aux revendications d'indépendance.

Avec la complicité des Japonais, les Birmans birmanisèrent l'armée en créant la Burma Independence Army (BIA ou Armée de l’indépendance birmane) qui mit à mal les minorités ethniques. Précisons que la BIA était une armée révolutionnaire, mais collaborationniste (avec les Japonais) qui avait pour objectif de mettre fin au régime britannique en Birmanie. Ce fut la première armée post-coloniale de l'histoire birmane, mais elle allait laisser d'importantes cicatrices dans les relations entre les communautés ethniques et les Birmans.

En avril 1945, les Alliés chassèrent les Japonais de la Birmanie. C'est par la suite que des négociations commencèrent entre les Birmans et les Britanniques en vue de l’indépendance du pays.

- L'Union birmane

Profitant de la conjoncture favorable créée par l'indépendance de l'Inde, le joyau de l'Empire britannique, la Birmanie proclama la sienne sous le nom de «Union birmane», le 4 janvier 1948 sans susciter trop de résistance. Les artisans de l'indépendance sont connus sous le nom des «Trente camarades», dirigés par le général Aung San (père d’Aung San Suu Kii, et considéré par les Birmans comme le «père de la nation birmane»). Toutefois, le général Aung San ne vit jamais le fruit de son travail, puisque cinq ministres du gouvernement provisoire et lui-même furent assassinés en juillet 1947.

3.2 Après l'indépendance de 1947

Contrairement à d'autres ex-colonies britanniques, la Birmanie n'a pas joint les rangs du Commonwealth après sa déclaration d'indépendance en 1948. La Constitution de 1947 fut utilisée depuis l'indépendance du pays en 1948 jusqu'en 1962, année à laquelle le Conseil révolutionnaire uni socialiste l'a suspendue.

- La langue et les minorités

L'article 216 énonçait que la langue officielle de l'Union birmane était le birman «à la condition que l'emploi de la langue anglaise soit autorisé»:
 

Constitution of the Union of Burma (1947)

Section 216.

The official language of the Union shall be Burmese, provided that the use of the English language may be permitted.

Section 217.

Two copies of the Constitution shall be made, one in the Burmese language and th other in the English language, both copies to be signed by the President of the Constituer Assembly and enrolled for record in the office of the Registrar of the Supreme Court. Such copies shall be conclusive evidence of the provisions of this Constitution.

Constitution de l'Union birmane (1947)

Article 216

La langue officielle de l'Union est le birman, à la condition que l'emploi de la langue anglaise soit autorisé.

Article 217

La Constitution doit être rédigée en deux exemplaires, l'un en langue birmane et l'autre en langue anglaise, les deux exemplaires devant être signés par le président de l'Assemblée constituante et inscrits au registre du greffier de la Cour suprême. Ces exemplaires constitueront une preuve concluante des dispositions de la présente Constitution.

Dans les faits, cela signifiait que les deux langues étaient co-officielles dans l'administration publique. D'autres articles accordaient le droit à l'égalité entre les citoyens, sans distinction de naissance, de religion, de sexe ou d'ethnie:

RIGHTS OF EQUALITY.

Section 13.

All citizens irrespective of birth, religion, sex or race are equal before the law; that is to say, there shall not be any arbitrary discrimination between one citizen or class of citizens and another.

Section 14.

There shall be equality of opportunity for all citizens in matters of public employment and in the exercise of carrying on of any occupation, trade, business or profession.

Section 15.

Women shall be entitled to the same pay as that received by men in respect of similar work.

CULTURAL AND EDUCATIONAL RIGHTS.

Section 22.

No minority, religious, racial or linguistic, shall be discri-minated agalnst in regard to admission into State educational institutions nor shall any religious instruction be compulsorily imposed on it.

DROITS À L'ÉGALITÉ

Article 13.

Tous les citoyens, sans distinction de naissance, de religion, de sexe ou d'ethnie sont égaux devant la loi, c'est-à-dire qu'il ne doit y avoir aucune discrimination arbitraire entre un citoyen ou une classe de citoyens et un autre.

Article 14

Tous les citoyens doivent bénéficier de l'égalité des chances en matière d'emploi public et d'exercice de l'exercice d'une profession, d'un métier ou d'une activité professionnelle.

Article 15

Les femmes ont droit au même salaire que celui reçu par les hommes pour un travail similaire.

DROITS CULTURELS ET ÉDUCATIFS

Article 22

Aucune minorité, qu'elle soit religieuse, raciale ou linguistique, ne doit être discriminée quant à son admission dans les établissements d’enseignement public ni aucune instruction religieuse ne doit lui être imposée.

De plus, l'article 22 interdisait toute discrimination dans les établissements d’enseignement public en fonction de la langue d'origine des membres d'une minorité. Une dizaine d'années plus tard, en 1958, le ministère de l'Éducation fit connaître sa politique en matière d'éducation. Cette politique énonçait que le birman devait être utilisé comme langue d'instruction dans les écoles et que l'anglais ne devait être enseigné qu'à partir de la cinquième année. Cependant, il subsista un grand nombre d'écoles monastiques publiques, d'écoles privées, chrétiennes ou bouddhistes, fonctionnant légalement dans le pays. Certaines écoles privées et chrétiennes enseignaient l'anglais dès le début de l'enseignement primaire. À l'université, le birman était également la langue d'instruction pour toutes les matières; l'anglais était aussi la langue d'enseignement dans les classes de spécialisation et de maîtrise. Étant donné que le birman était la langue officielle et le moyen d’enseignement dans toutes les écoles publiques, cette langue s’est considérablement développée depuis l’indépendance de 1948. Néanmoins, les enfants des régions à minorités ethniques eurent la possibilité d’apprendre leur langue maternelle dans les écoles primaires.

Dans les années qui suivirent, l’Union birmane connut une relative prospérité, troublée seulement par les incessantes exigences des Karènes et des Shan, mais les autorités ne firent rien pour atténuer l'animosité à l'égard de la minorité rohingya (de confession musulmane). Des dissensions avec les représentants de certaines minorités ethniques apparurent rapidement, ces dernières se sentant flouées par la Constitution qui ne leur offrait pas suffisamment d’autonomie. À la fin des années 1950, les conflits avec les minorités ethniques se firent de plus en plus persistants, tandis que des tensions internes apparurent au sein du parti au pouvoir.

- Le coup d'État de 1962 et la Constitution de 1974
 

En 1962, un nouveau mouvement fédéral est apparu dans le pays, alors que le mécontentement se répandait parmi les peuples shan, kachin et certaines autres nationalités. Cependant, le général Ne Win et son tout nouveau Parti du programme socialiste birman (Burma Social Program Program) organisèrent un coup d'État qui réprima durement les dirigeants politiques et les militants prodémocratiques issus de minorités ethniques. Le général Ne Win lança une campagne de birmanisation de la société afin d’atténuer les spécificités des différentes ethnies : l’identité bama, incarnée notamment par la langue birmane et la religion bouddhiste, devint associée à l’identité nationale. Ne Win instaura un régime centralisateur fort et refusa aux minorités le droit à l'autonomie ou à la sécession. L’antipathie à l'égard du gouvernement central s’intensifia et l’opposition armée se renforça à nouveau, en particulier dans les zones frontalières ethniques. Cette situation marqua le début d'un cycle sans fin de guerre et d'insurrection ethnique, ce qui fit sombrer le pays jusqu'à nos jours. De plus, la politique du parti au pouvoir, lequel s’était engagé dans la «voie birmane du socialisme», entraîna une catastrophe économique sans précédent tout en s'accompagnant d'une diminution draconienne des libertés personnelles. Le marché noir et la contrebande devinrent omniprésents, tandis que l'État glissait lentement vers la banqueroute.

La politique d'autarcie impliquait aussi l'expulsion des étrangers et la restriction de leur durée de séjour à trois jours, puis, après 1972, à une semaine. L'oppression politique conduisit aussi l'exil de nombreux professionnels. Évidemment, la Constitution adoptée lors de l'accession à l'indépendance de la Birmanie en 1948 fut abolie par le coup d'État de mars 1962. Au cours de la décennie de 1960, l'enseignement de l'anglais dans les écoles fut interdit, soit de 1966 jusqu'en 1980; le général Ne Win avait décrété que l'anglais était la langue des colonisateurs et qu'il ne devait plus être enseigné dans les écoles; les enseignants étrangers furent chassés du pays.

Compte tenu de la situation politique décidée par les militaires, l'emploi du birman comme langue d'instruction n'a pas toujours été pris en compte par les représentants des minorités ethniques, ce qui eut pour effet de ralentir la poursuite de l'intégration nationale. L'anglais demeura la seule langue étrangère enseignée en cinquième année du primaire en tant que langue seconde. En vertu de la Loi sur l'éducation de 1966, le gouvernement autorisa les minorités non birmanes à promouvoir leurs langues et leurs cultures dans les écoles. Toutefois, bien que les langues des minorités ethniques aient été autorisées en éducation, la volonté politique et le soutien financier nécessaire pour assurer l'égalité des différentes minorités avec les Birmans ont toujours fait défaut. Au cours de cette période, l'éducation en Birmanie fut minée par le sous-investissement avec le résultat que le système d'éducation public s'est détérioré en raison d'un manque de personnel enseignant de qualité, d'un manque de ressources en locaux, de méthodes d'enseignement inadéquates, ainsi que d'un faible accès des enfants minoritaires à l'éducation.

En somme, la birmanisation des minorités s'est tout de même poursuivie, ce qui a mobilisé les communautés minoritaires pour qu'elles résistent aux politiques du gouvernement militaire central. Les Môn, les Karènes et les Kachin firent partie de ces communautés rebelles, et ce, malgré les difficultés d'enseigner dans une autre langue que le birman. Les monastères bouddhistes durent être mis à profit, car ce sont des institutions cruciales qui instruisent la population. Ainsi, pour les personnes n’ayant pas accès à l’éducation publique, les monastères prenaient en charge gratuitement de nombreux élèves et leur garantissent un certain niveau d’instruction, en leur apprenant notamment à lire et à écrire. De cette façon, les moines et les monastères ont représenté une occasion aux plus vulnérables pour accéder à une certaine scolarisation.

La nouvelle Constitution socialisante de 1974 transféra le pouvoir du parti unique du Conseil révolutionnaire militaire à une «Assemblée du peuple» dirigée par le général Ne Win et d'autres anciens dirigeants militaires. Approuvée par le référendum constitutionnel birman de 1973, la Constitution de 1974 était la deuxième constitution du pays. Quoi qu'il en soit, cette constitution n’est plus appliquée aujourd’hui, mais elle n’a jamais été abrogée; elle sera remplacée en 2008 seulement. Dans cette nouvelle constitution de 1974, le birman demeurait la langue officielle et l'anglais n'apparaissait plus dans le texte, alors qu'on faisait mention à quelques reprises des droits des «langues des ethnies nationales». Cette constitution supposait une politique linguistique de statut différencié à l’égard des minorités nationales. L’article 198 précisait que le birman est la langue officielle et que la langue d’une ethnie nationale pouvait aussi être utilisée:
 

Article 198

Burmese shall be used as the official language for the purpose of uniformity and clarity in communications between the higher and lower level organs of the State and between such organs at the same level. If necessary the language of the national race concerned may be used.

Article 198 [abrogé]

Le
birman doit être employé comme langue officielle aux fins d’uniformité et de clarté des communications entre les organismes supérieurs et inférieurs de l’État et entre ces organismes au même niveau. S'il est nécessaire, la langue de l'ethnie nationale concernée peut être employée.

En vertu de l'article 21 de la Constitution birmane de 1974 (abrogée), aucune des quelque 30 minorités ethniques ne pouvait être victime de discrimination, que ce soit sur le plan de l'ethnie, de la langue ou de la religion.  De plus, toutes les nationalités pouvaient exercer leur propre religion, et employer et développer leur langue et leur culture:
 

Article 21

(a) The State shall be responsible for constantly developing and promoting unity, mutual assistance, amity and mutual respect among the national races.

(b) The national races shall enjoy the freedom to profess their religion, use and develop their language, literature and culture, follow their cherished traditions and customs, provided that the enjoyment of any such freedom does not offend the laws or the public interest.

Article 21 [abrogé]

a) L’État est responsable de développer et de promouvoir en permanence l’unité, l’assistance mutuelle, l’amitié et le respect mutuel entre les ethnies nationales.

b) Les
ethnies nationales jouissent de la liberté de professer leur religion, d’employer et de développer leur langue, leur littérature et leur culture, de respecter leurs coutumes et leurs traditions, à la condition que l’exercice de cette liberté ne soit pas contraire à la loi ou à l’intérêt public.

En ce qui a trait à la justice, le birman devait être la langue normale, mais les langues des ethnies nationales concernées pouvaient également être utilisées, au besoin, et des dispositions devaient être prises pour que des interprètes soient disponibles (art. 102):
 

Article 102

The Burmese language shall be used in the administration of justice. Languages of the national races concerned may also be used, when necessary, and arrangements shall then be made to make interpreters available.

Article 102 [abrogé]

La langue birmane doit être utilisée dans l'administration de la justice. Les langues des ethnies nationales concernées peuvent également être utilisées s'il est nécessaire et des dispositions peuvent alors prises pour que des interprètes soient disponibles.

L’article 152 de la Constitution de 1974 prescrivait que tout citoyen a droit à l’instruction, que le birman est la langue commune et que les langues des autres ethnies nationales peuvent également être enseignées:
 

Article 152

(a) Every citizen shall have the right to education.

(b) Burmese is the common language Languages of the other national races may also be taught.

(c) Every citizen shall be given base education which the State prescribes by law as compulsory.

Article 152 [abrogé]

(a) Tout citoyen a droit à l'éducation.

(b) Le birman est la langue commune. Les
langues des autres ethnies nationales peuvent également être enseignées.

(c) Tout citoyen doit recevoir une éducation fondamentale que l'État prescrit par la loi comme obligatoire.

Enfin, l’article 153 reconnaissait au paragraphe b) que les minorités pouvaient utiliser librement leur langue et leur religion, mais l'exercice de ce droit ne pouvait cependant se faire au détriment de la solidarité nationale et de l'ordre social socialiste, exigences fondamentales de l'ensemble de l'Union birmane:  
 

Article 153

(b) Every citizen shall have the right to freely use one's language and literature follow one's customs, culture and traditions and profess the religion of his choice The exercise of this right shall not, however, be to the detriment of national solidarity and the socialist social order which are the basic requirements of the entire Union. Any particular action in this respect which might adversely affect the interests of one or several other national races shall be taken only after consulting with and obtaining the consent of those affected.

(c) Notwithstanding the rights enjoyed under Clauses (a) and (b) acts which undermine the unity and solidarity of the national races, national security or the socialist social order arc prohibited. Persons who violate this prohibition shall be punished according to law.

Article 153 [abrogé]

(b) Tout citoyen a le droit d'utiliser librement sa langue et sa littérature, de respecter ses coutumes, sa culture et ses traditions et de professer la religion de son choix. Toutefois, l'exercice de ce droit ne doit pas porter atteinte à la solidarité nationale et à l'ordre social socialiste, qui constituent les exigences fondamentales de toute l'Union. Toute action particulière à cet égard susceptible de nuire aux intérêts d'une ou de plusieurs autres ethnies nationales ne doit être entreprise qu'après une consultation et l'obtention du consentement de celles qui sont concernées.

(c) Nonobstant les droits reconnus aux clauses a) et b), les actes qui portent atteinte à l'unité et à la solidarité des ethnies nationales, à la sécurité nationale ou à l'ordre social socialiste sont interdits. Les personnes qui violent cette interdiction seront punies conformément à la loi.

On constate que, d'après ces textes, les langues des minorités nationales peuvent être employées dans les tribunaux et l'enseignement. Toutefois, non seulement ces textes ne mentionnent pas quelles sont ces langues (il y en a plus d'une centaine), mais ils imposent une restriction importante: «L'exercice de ce droit ne doit pas porter atteinte à la solidarité nationale et à l'ordre social socialiste, qui constituent les exigences fondamentales de toute l'Union» (art. 153). De plus, les actes qui portent atteinte à l'unité et à la solidarité des ethnies nationales, à la sécurité nationale ou à l'ordre social socialiste sont interdits. Voilà pour les principes, car la réalité a été toute autre! Près de trois décennies de guerres civiles continuelles n'ont pu favoriser une attitude réceptive à l'égard des minorités. En effet, malgré l'article 21 de la Constitution interdisant la discrimination, la politique linguistique de la Birmanie en est une, au mieux, d'indifférence, au pire, de dénégation, sinon de répression (spécialement à l'égard du karène).

3.3 L'Union de Myanmar : un État répressif

En septembre 1988, un nouveau coup d'État militaire chassa le général Ne Win du pouvoir, tandis que la loi martiale fut instaurée à la suite de répressions sanglantes. En prenant le pouvoir, la dictature militaire suspendit la Constitution. Dès ce moment, le Conseil d'État pour le rétablissement de la loi et l'ordre (le SLORC: State Law and Order Restoration Council) se mit en place et rebaptisa le pays sous le nom de Myanmar (le «pays merveilleux»). En 1989, le pays prit officiellement le nom d'union de Myanmar.

Les élections législatives de mai 1990 virent la victoire écrasante du parti d'opposition, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), dirigée par Mme Aung San Suu Kii (fille de Aung San, l’un des héros de l’Indépendance), mais le SLORC refusa la tenue de la convention de l'Assemblée du peuple et poursuivit sa politique de répression et de nettoyage ethnique.

Les militaires accaparèrent les pleins pouvoirs en Birmanie; le général en chef des Forces armées (la Tatmadaw) exerça l'autorité législative et exécutive avec l'aide d'une Assemblée constituante de 485 membres en principe élus. Le tribunal le plus important devint le «Conseil des juges du peuple», alors que tous les tribunaux civils étaient suspendus. La junte au pouvoir musela les médias, emprisonna les journalistes étrangers et interdit toute forme d'expression dissidente. Madame Aung San Suu Kii, dirigeante de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) et prix Nobel de la Paix en 1991, fut assignée à résidence après avoir été emprisonnée. Les militaires du SLORC State Law and Order Restoration Council) réprimèrent dans le sang les manifestations en faveur de la démocratie (10 000 morts en 1988, des milliers par la suite).

- La violation constante des droits de l'homme

La communauté internationale reconnut la violation des droits de l'homme en Birmanie et prit des sanctions économiques à son encontre. Les journalistes étrangers connurent des difficultés croissantes: restrictions des conditions d'attribution des visas, confiscation sur place de leur matériel, de leurs films ou cassettes, sans compter les nombreuses expulsions. Le SLORC conserva des archives sur les journalistes étrangers et leur refusa un visa si leur dossier n'était pas «satisfaisant». Quant aux journalistes birmans jugés «non patriotes» pour avoir rédigé des «articles partiaux fondés sur de fausses accusations», ils furent détenus à la prison d’Insein à Rangoon, lieu réputé pour les terribles conditions qui y règnent et où la torture y est une pratique courante. Pour la presse internationale, la Birmanie était alors dirigée par une véritable narcodictature.

- La narcodictature

De fait, les dirigeants militaires birmans se sont résolument lancés dans le lucratif commerce international de la drogue, plus précisément l’héroïne, espérant ainsi rehausser le niveau de l’économie. L’objectif parut réussi, car la Birmanie devint le premier pays producteur d'opium et d'héroïne du monde, et fournit la moitié de la production mondiale d’héroïne. La plupart des régions de production du pavot furent situées dans des zones contrôlées par l'armée nationale ou par les milices qui avaient signé des accords avec Rangoon; les  généraux entretinrent tous des rapports étroits avec les barons de la drogue. La Chine devint un pays de transit qui détrôna la Thaïlande et le gouvernement de Pékin renouvela régulièrement des ventes d'armes à la Birmanie, à des conditions financières particulièrement favorables. Les revenus de ce trafic permirent au SLORC d’augmenter les effectifs de l’armée — 45 % du budget de l’État était consacré à l’armée — et de contrôler, par exemple, l’État shan pour réaliser ses grands projets hydro-électriques et annihiler les Shans du pouvoir local. Il suffit d’étendre cette pratique aux autres États ethniques du pays pour contrôler ainsi les minorités.

Bref, le régime birman, acculé à une rare brutalité, exerça de plus en plus une répression impitoyable envers ses populations, que celles-ci soient birmanes ou non birmanes (minorités ethniques). Mais ce n'était pas suffisant: le régime éleva la corruption en un système économique dans lequel se côtoyèrent les affairistes et les investisseurs étrangers (chinois, américains, français, thaïlandais, etc.). La narcodictature militaire tint fermement le pays par une répression accrue, tandis que les signes de tension dans la population se multiplièrent.

Déjà premier producteur mondial d'opium, la Birmanie se transforma en un pays d'approvisionnement en hommes, en femmes et en enfants pour un trafic à destination de l'Asie de l'Est et du Sud-Est à des fins d'exploitation sexuelle ou économique. Dans une moindre mesure, la Birmanie servit de pays de transit pour des femmes en provenance de Chine, que le trafic destinait à l'exploitation sexuelle en Asie du Sud-Est. Des femmes et de jeunes filles furent également arrachées à leurs villages et forcées par les trafiquants à la prostitution dans les villes. Il exista aussi un trafic de travailleurs forcés à l'intérieur même de la Birmanie, lesquels durent servir dans des zones agricoles ou industrielles. Bref, ce sont toujours des membres des minorités qui firent les frais de ces exploitations d'humains.

- Pyinmana, la nouvelle capitale
 

La ville de Rangoon, avec ses 5,3 millions d'habitants, formait une grande métropole peuplée de Birmans et d'ethnies minoritaires. La majorité des habitants étaient hostiles au régime militaire qui gouvernait le pays. C'est pourquoi, afin d'assurer ses arrières et sa sécurité, le gouvernement commença en novembre 2005 à déplacer les bureaux de l'administration centrale de Rangoon vers l'ancienne capitale britannique, Pyinmana. Cette ville, estimée alors à près de 85 000 habitants, est située à quelque 380 km au nord de Rangoon, dans une zone étroite entourée de montagnes.

La nouvelle capitale présentait aussi comme avantage pour la junte d'être située plus à proximité des frontières de la Chine et de la Thaïlande, lesquels constituent, on le sait, ses principaux soutiens extérieurs. De plus, en cas de danger, les membres du régime pourraient s'enfuir plus rapidement vers l'un ou l'autre de ces pays.

Ainsi, la junte militaire se protégeait en se mettant «à l'abri» de la population de Rangoon qu'elle craignait; des fortifications souterraines y auraient été construites. Le transfert de la capitale permettait également le recyclage de l'argent sale provenant du trafic de la drogue grâce à l'achat et la vente des terrains, la construction des bâtiments, d'un aéroport, etc. Quoi qu'il en soit, les véritables raisons de cette délocalisation demeurent encore obscures.
 

Évidemment, le déplacement d'une capitale est toujours un exercice très coûteux, surtout pour un pays pauvre comme la Birmanie. Afin de minimiser les coûts, seuls les principaux ministères (Intérieur, Défense, Affaires étrangères, Transports, Énergie, Agriculture, Information, etc.) et le gouvernement lui-même ont été transférés à Pyinmana; ce transfert aurait coûté quatre milliards de dollars (3,69 milliards d’euros), dans un pays qui dépense à peine 0,4 % de son PIB pour la santé de ses citoyens, l’un des pourcentages les plus faibles au monde. Le transfert de la capitale devait s'achever en 2006. La construction de cette capitale-bunker compte une dizaine de quartiers tous faciles à verrouiller à des fonctions précises : hôtels, boutiques, marchés, parcs à thème, etc. Lors de l'inauguration, le 27 mars 2007, le nom de Pyinmana a été changé en Naypyidaw, signifiant «cité royale».

C'est aujourd'hui une ville d’une superficie de 4800 km², soit apparemment six fois la taille de New York, avec des voies de circulation pouvant accueillir jusque 20 files de véhicules, et qui s’étendent à perte de vue. Malgré les efforts manifestes des autorités, Naypyidaw, la «résidence des rois», ne semble pas attirer les foules. Officiellement, la population de la ville serait d’un million d’habitants, mais nombreux sont ceux qui doutent de ce nombre surfait. C'est une capitale flambant neuve et... déserte. Les rues sont vides et il semble difficile de trouver la trace de ce million d'habitants. Dans l'éventualité où la junte militaire perdrait le pouvoir au profit d'un gouvernement civil et démocratique, il serait probable que Rangoon redevienne la capitale du pays, afin de répondre à la tradition historique.

En 2008, Transparency International (ou Transparence internationale), un organisme non gouvernemental international d'origine allemande, a publié son «Indice de perception de la corruption» (IPC): la Birmanie est l'un des pays les plus corrompus du monde (en 178e place sur un total de 180 pays en 2008), venant juste avant la Somalie, mais après l'Irak, Haïti, le Tchad, la Guinée, le Soudan et l'Afghanistan. Évidemment, il s'agit de la classe politique, non du peuple lui-même.

Le 9 avril 2008, le gouvernement militaire, qui était alors encore au pouvoir en Birmanie, proposa une nouvelle constitution au peuple devant faire l'objet d'un référendum public le 10 mai. Cette procédure s'inscrivait dans un processus visant l'instauration d'une démocratie. Le 24 mai 2008, les autorités militaires annoncèrent un taux de participation de 98,1 %, avec 92,4 % des voix en faveur de la Constitution, contre 6,1 % de NON et 1,4 % de bulletins nuls. Le projet de réforme constitutionnelle fut donc adopté et il s'inscrivait dans une perspective visant l'instauration d'une démocratie. Le texte fut présenté par les militaires au pouvoir comme annonciateur d'un retour démocratique, mais pour les opposants il s'agissait d'un instrument additionnel pour prolonger le contrôle militaire du pays. De plus, certains articles comportaient une mesure prévoyant l'impossibilité pour les personnes mariées à des étrangers ou ayant des enfants étrangers d'accéder à des fonctions politiques. Évidemment, cette mesure était destinée à écarter Mme Aung San Suu Kii du pouvoir.

3.4 Le gouvernement civil et les minorités

Depuis toujours, les tensions et les luttes avec les minorités font partie de l'histoire nationale du pays. Ces minorités se sont battues contre le régime fédéral dans l'espoir d’obtenir une plus grande autonomie, sinon l'indépendance. Plusieurs communautés, notamment celles situées près des régions frontalières, détiennent des armées de rébellion telles que les Shan, les Kachin, les Môn, etc. La plupart des rébellions contre l’État birman ont été très violentes; elles ont été généralement le résultat d'une violation des droits de l’homme et des déplacements forcés. Plusieurs sont devenus des migrants et, dans le cas des Kachin, ils se sont enfuis vers la frontière thaïlandaise, où il existe plusieurs camps de réfugiés.

- Un pouvoir civil sous haute surveillance

La Birmanie a longtemps été considérée comme un «État paria», et ce, depuis 1962 jusqu'en 2011, alors que le pays est demeuré sous le règne d'une junte militaire oppressive.  Les généraux qui ont dirigé près de cinquante ans ont réprimé presque toute dissidence et ont été accusés d'atteintes flagrantes aux droits de l'homme, entraînant forcément des condamnations et des sanctions internationales.

Ce n'est qu'en 2011 que la junte militaire a officiellement cédé la place à un pouvoir civil dirigé par l'un de ses anciens membres. Le 31 janvier 2011, le nouveau Parlement s’est réuni à Naypyidaw pour la première fois en 22 ans. Ce parlement fut le résultat d’une élection entachée de fraudes électorales, d’intimidations et d’absence de mécanismes de contrôle le jour du scrutin. De nombreux gouvernements à travers le monde critiquèrent non seulement les élections, mais aussi les procédures et lois électorales.

Bien que le poids de la hiérarchie militaire demeure encore prépondérant, le gouvernement civil, le premier depuis près de cinquante ans, a un peu surpris la communauté internationale par les signes d'ouverture et de libéralisation. Mme Aung San Suu Kii, figure légendaire de l'opposition non violente à la dictature militaire de son pays, puis lauréate du prix Nobel de la paix en 1991, devint libre de ses mouvements en novembre 2010 et parcourut le pays. Son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), redevint légal en décembre 2011. Depuis, les autorités birmanes ont entamé un programme de réformes bien que celles-ci demeurent largement insuffisantes. Le gouvernement est toujours sous le contrôle des militaires et la majorité des lois répressives mises en place par la junte au cours des dernières décennies n'ont jamais été abrogées. De plus, les représentants du gouvernement et les forces de sécurité continuent de participer directement à de graves violations des droits de l'homme. Le gouvernement continue d’utiliser la torture, le harcèlement et les détentions  arbitraires contre les populations civiles.

Aung San Suu Kii fut élue députée en avril 2012, lors d'élections partielles remportées par son parti. Aux élections législatives de novembre 2015, la Ligue nationale pour la démocratie (LND) d'Aung San Suu Kii remportait une écrasante victoire sur le Parti de l'union, de la solidarité et du développement (USDP). En novembre 2015, la Ligue nationale pour la démocratie a remporté les élections présidentielles et législatives et sa secrétaire générale, Aung San Suu Kii, est devenue chef du gouvernement de facto, la Constitution lui interdisant de briguer la présidence en étant mère d’enfants de nationalité étrangère. En avril 2016, Aung San Suu Kii était nommée ministre des Affaires étrangères, conseillère spéciale de l'État et porte-parole de la Présidence, sa position étant dans les faits celle d'un chef de gouvernement.

Aung San Suu Kii avait promis de faire pression pour obtenir une plus grande autonomie des minorités ethniques en Birmanie. Le gouvernement devrait, selon elle, mettre en place «une véritable union démocratique fédérale», mais la Constitution du pays, rédigée sous la junte militaire en 2008, a toujours centralisé les pouvoirs.

Trois mois après l'arrivée au pouvoir d'Aung San Suu Kii, l'ONU publiait un rapport évoquant de possibles crimes contre l'humanité commis sous le mandat précédent. Dans son rapport annuel 2016/2017, Amnistie Internationale écrivait : «La constitution d’un nouveau gouvernement civil n’a pas entraîné d’amélioration significative de la situation des droits humains.»  On assiste même à une montée de l’intolérance religieuse de la part de la majorité bouddhiste, notamment à l’encontre des minorités musulmanes. Pourtant, la victoire de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) semblait être une promesse de changements majeurs et d'enclenchement d'un réel processus de paix entre l'État central et les différents groupes ethniques vivant en périphérie, et ayant depuis longtemps revendiqué leur autonomie, sinon leur indépendance. C'est pourquoi, malgré ce processus de paix, plusieurs membres des minorités ethniques, notamment les Karènes et les Shan, ont exprimé leur méfiance vis-à-vis de ce processus. Cependant, le gouvernement birman doit composer avec un parlement dominé par les militaires et leurs alliés.

- La minorité musulmane des Rohingya

La minorité musulmane des Rohingya réside dans la région de Rakhine, au nord-ouest du pays près du Bangladesh. Les Rohingya sont reconnus comme la minorité la plus persécutée par la majorité ethnique bouddhiste birmane. Les Rohingya ont même perdu le droit à la citoyenneté birmane depuis une loi de 1982; ils sont désormais des apatrides. Plusieurs membres de cette communauté vivent aujourd'hui en tant que réfugiés au Bangladesh, en Malaisie ou en Thaïlande. Dans l'État de Rakhine, la minorité musulmane des Rohingya, dont la langue est apparentée au bengali, est persécutée à la fois par la majorité bouddhiste et par les autorités birmanes, avec une intensification des violences depuis 2012.

D’après les derniers chiffres des Nations unies, près de 300 000 personnes, la plupart des musulmans de la minorité rohingya, se sont réfugiées au Bangladesh pour fuir les troubles. Des milliers de personnes seraient toujours en fuite, cachées dans les forêts ou sur des collines du côté birman, sans vivres ni eau. Depuis des décennies, le million de Rohingya, qui représente la plus grande population apatride au monde, est victime de discriminations en Birmanie, pays à majorité bouddhiste.

Loin de dénoncer le sort des Rohingya et de s'investir dans l'amélioration de leurs conditions de vie, Aung San Suu Kii a plutôt critiqué la communauté internationale et les organismes humanitaires qui décrivent les injustices dont la minorité musulmane est victime; elle a parlé de «désinformation». Beaucoup de Birmans critiquent Aung San Suu Kii de ne pas en faire assez et l'accusent de négliger les Rohingya pour conserver ses électeurs. Le cap des 300 000 musulmans rohingya réfugiés depuis le 25 août 2017 au Bangladesh pour fuir les violences en Birmanie a été franchi, a estimé lundi l'ONU, dénonçant un «exemple classique de nettoyage ethnique».

Aujourd'hui, toutes les minorités du pays demeurent méfiantes et ne s’attendent pas à un réel changement de leur situation; ils n'y croient simplement plus. Alors que les Bama, l'ethnie majoritaire, aspirent à la démocratie, les minorités ethniques se préoccupent avant tout de la paix. Les partis «ethniques», qui représentent 40 % de la population, n’ont remporté que 6 % des sièges du Parlement. Ils ne sont donc pas en mesure de peser sur la politique du gouvernement ni d'influencer la position de l’armée qui refuse toujours de leur garantir la reconnaissance constitutionnelle de leurs droits et une certaine forme d’autonomie leur permettant de contrôler en partie leur territoire et leurs ressources naturelles.

Pour la majorité birmane bouddhiste, les Rohingya sont considérés comme des immigrés clandestins venus du Bangladesh, ce qui explique que les membres de cette ethnie sont privés de nationalité, victimes de violences interethniques et de restrictions à leur liberté de mouvement. En février 2017, l’ONU a dénoncé une répression «généralisée et systématique» ayant abouti à un «nettoyage ethnique» et a fait état de meurtres de masse, de viols et de crimes contre l’humanité dans une «politique de terreur calculée» contre les Rohingya. Or, le gouvernement a longtemps nié la responsabilité des forces de sécurité dans ces exactions. Selon l'argumentaire du gouvernement, la population birmane doit s’unir face à un ennemi commun qu'est le «terrorisme musulman». Or, celui-ci est incarné sur leur sol birman par les Rohingya.

- La mainmise de l'armée

Évidemment, la communauté internationale critique souvent Aung San Suu Kii pour des faits commis par l’armée nationale. La réputation d'Aung San Suu Kii, dirigeante de longue date du mouvement pour la démocratie, a été minée en 2017 par le traitement réservé par son gouvernement à la communauté musulmane Rohingya qui, selon l'ONU, a été victime d'un nettoyage ethnique par l'armée birmane. C'est oublier que Mme Aung San Suu Kii ne dispose d'aucun moyen de contrôler cette armée, puisque la Constitution de 2008 lui donne le contrôle de trois ministères en matière de sécurité : le ministère de la Défense, le ministère des Frontières et le ministère des Affaires intérieures. De plus, il faut l’approbation de plus de 75% des parlementaires à toute modification constitutionnelle, alors que 25% des sièges du Parlement sont réservés aux militaires.

Cette situation illustre le vrai problème du pays qui doit composer avec la présence d'un État dans l'État (l'armée). Tout chef du gouvernement birman doit donc trouver un équilibre fragile et tenter un programme de réformes sans se mettre à dos les militaires qui peuvent encore tout chambarder.

4 La politique linguistique actuelle

Le 9 avril 2008, le gouvernement militaire, qui était encore au pouvoir en Birmanie, proposa une nouvelle constitution au peuple devant faire l'objet d'un référendum public le 10 mai. Cette procédure s'inscrivait dans un processus visant l'instauration d'une démocratie. Le 24 mai 2008, les autorités militaires annoncèrent un taux de participation de 98,12 %, avec 92,48 % des voix en faveur de la Constitution, contre 6,1 % de NON et 1,42 % d e bulletins nuls. Le projet de réforme constitutionnelle fut donc adopté. Cependant, la Ligue nationale pour la démocratie dirigée par Aung San Suu Kii n'avait pas été autorisée à participer à la rédaction de la Constitution. Elle avait même exhorté les citoyens à la rejeter, la qualifiant de mascarade.

4.1 Les dispositions constitutionnelles

Les dispositions linguistiques de la Constitution de 2008 sont très simples. La langue officielle est le myanmar, terme synonyme de birman. Les autres dispositions sont des considérations générales sur le respect et l'entraide entre les communautés nationales du pays :  
 

Article 22

L'Union doit prêter son aide :

(a) pour développer la langue, la littérature, les beaux-arts et la culture des communautés nationales;

(b) pour promouvoir la solidarité, l'amitié mutuelle, le respect et l'entraide entre les communautés nationales;

(c) pour promouvoir le développement socio-économique, y compris l'éducation, la santé, l'économie, les transports et la communication, de même que les communautés nationales moins développées.

Article 354

Tout citoyen doit être libre dans l'exercice des droits suivants si ce n'est pas contraire aux lois promulgués pour la sécurité de l'Union, la prévalence de l'ordre public, la paix et la tranquillité communautaire, la moralité et l'ordre public:

(a) exprimer et publier librement ses convictions et ses opinions;
(b) se rassembler pacifiquement sans armes et organiser des manifestations;
(c) former des associations et des organisations;
(d) développer sa langue, sa littérature, sa culture, la religion qu'il professe et ses coutumes, sans préjudice des relations entre une communauté nationale et d'autres communautés nationales ou de croyance.

Article 450

Le myanmar [birman] est la langue officielle.

4.2 Les langues de la législation

Sous la narcodictature, la politique de linguistique de l’État birman en fut une de répression et de dénégation des droits des minorités. Toutes les dispositions constitutionnelles ont volé en éclat sous ce régime. Des termes tels que «minorités» et «nationalités» ont complètement disparu de l'usage officiel.

Étant donné que le Parlement a souvent été suspendu au profit de l’Exécutif militaire, celui-ci ne fonctionnait qu’en birman, parfois en anglais ou dans les deux langues. Dans la situation actuelle, l'Assemblée de l'Union birmane, appelée "Pyidaungsu Hluttaw" constitue la législature bicamérale de niveau national du Myanmar (officiellement connue sous le nom de «République de l'Union du Myanmar») établie par la Constitution nationale de 2008. Le "Pyidaungsu Hluttaw" est composé de deux chambres, l'Amyotha Hluttaw (la Chambre des nationalités), une chambre haute de 224 sièges et le Pyithu Hluttaw (la Chambre des représentants), une chambre basse de 440 sièges. Chacun des États et chacune des Régions administratives possèdent sa propre Hluttaw, son assemblée locale: la "Regional Hluttaw" (Assemblée régionale) ou la "Hluttaw State" (Assemblée d’État).

La Pyidaungsu Hluttaw comprend 664 membres au total: 75% des députés (498 membres) sont directement élus par les électeurs, tandis que les 25% restants (166 membres) sont des militaires nommés par le commandant en chef des services de la défense. La Constitution du Myanmar accorde au commandant en chef des forces armées le droit de nommer des responsables militaires pour un tiers des sièges du Parlement, sur la base du nombre de députés élus. De plus, pour modifier la Constitution, il faut l’accord de 75% des parlementaires, alors que les militaires ont un droit de véto (article 436 de la Constitution). Par ailleurs, la plupart des membres du gouvernement sont d’anciens militaires et l’armée joue un rôle essentiel au sein d'institutions qui ne garantissent pas la séparation des pouvoirs. Les deux chambres de la Pyidaungsu Hluttaw sont élues simultanément et leurs membres sont en poste pour cinq ans. Seule la langue birmane est autorisée et les lois sont rédigées et promulguées dans cette langue. Certaines lois sont traduites en anglais, mais elles n'ont aucune valeur juridique.

Chacun des États et chacune des Régions possèdent une Hluttaw régionale composée de membres civils élus et de représentants des forces armées. Le nombre de membres de ces assemblées varie selon la densité de la population. En dehors des 25% des sièges réservés aux militaires, les représentants sont élus pour un mandat de cinq ans au suffrage universel direct. Ces 14 assemblées locales représentent au total 883 représentants. Conséquemment, chaque État ou chaque Région possède son propre gouvernement avec neuf ministres nommés et présidés par un «ministre en chef» ("Chief Minister"), lui-même désigné par l’Assemblée de l’État ou de la Région. Dans les Régions, le birman est la langue utilisée pour toutes les activités officielles. Dans les États, la langue ethnique peut faire concurrence à l'oral au birman, mais à l'écrit le birman est presque exclusivement employé.

4.3 L'administration de la justice

Les principes de la Common Law anglaise ont été adoptés en Birmanie à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle (introduits dans les codifications conçues pour l'Inde coloniale), lorsque le pays faisait partie de l'Empire britannique. En Birmanie, la Cour suprême est la plus haute juridiction du système judiciaire. Elle est compétente, tant en première instance qu'en appel dans les affaires civiles et pénales. En outre, elle dispose de la compétence de révision contre une ordonnance ou un jugement rendu par un tribunal inférieur ou pour confirmer la peine de mort. Au plan local, dans chaque État ou Région dispose d'une Haute Cour ainsi que des tribunaux de cantons qui leur sont subordonnés. Il existe aussi des tribunaux de droit commun et l’armée possède son propre tribunal au sein duquel le commandant en chef des forces armées détient un pouvoir de décision finale. En réalité, l'armée peut annuler toute décision d'un tribunal au détriment de l’État de droit et dénier les droits fondamentaux des citoyens.

Il faut comprendre que le système judiciaire birman n'est pas indépendant du régime militaire qui nomme des juges à la Cour suprême. Ces juges nomment ensuite des juges d'instance inférieure avec l'approbation du régime. Les conditions de détention dans les prisons sont dures et mettent la vie en danger. Le régime renforce son contrôle avec un appareil de sécurité omniprésent dirigé par une organisation de renseignement militaire connue sous le nom de «Direction du renseignement des services de défense».

C'est le Code de procédure pénale (1998) qui décrit le mieux l'emploi des langues en la matière. Les articles 221 et 265 mentionnent que l'accusation et les procès-verbaux doivent être rédigés «dans la langue de la cour» :
 

Article 221

1) Toute accusation en vertu du présent code doit indiquer l'infraction reprochée à l'accusé.

6) L’accusation doit être rédigée dans la langue de la cour.

Article 265

1) Les procès-verbaux établis en vertu de l’article 263 et les jugements rendus en vertu de l’article 264 doivent être rédigés ou préparés par le magistrat dans la langue de la cour et sont signés par ce dernier.

La loi ne définit pas quelle est «la langue de la cour». Tout au plus, l'article 558 du Code précise que le président de l'Union birman e peut déterminer quelle est la langue de chaque tribunal autre que la Haute Cour:
 

Article 558

Le président de l'Union peut déterminer quelle est, aux fins du présent code, la langue de chaque tribunal autre que la Haute Cour.

Dans les faits, la langue de la cour est le birman, sinon c'est l'anglais. L'article 282 du Code de procédure pénale prévoit qu'un juré qui ne comprend pas la langue dans laquelle la preuve est donnée ne peut exercer sa fonction:
 

Article 282

1) Si, au cours d'un procès avec jury, à un moment quelconque avant le prononcé du verdict, un juré est empêché, pour un motif suffisant, d'assister à la procédure, ou si un juré s'absente lui-même et si cela est impossible de faire respecter sa présence, ou s’il apparaît qu'un juré est incapable de comprendre la langue dans laquelle la preuve est donnée ou lorsque de telles preuves sont interprétées, la langue dans laquelle cette preuve interprétée, un nouveau juré doit être ajouté, ou le jury sera déchargé et un nouveau jury sera choisi.

On ne mentionne pas de quelle langue il s'agit, bien que ce soit dans les faits le birman ou l'anglais. D'ailleurs, les articles 360 et 361 du Code de procédure pénale prévoient la traduction lorsqu'un témoignage est présenté dans une langue différente que celle de la cour :

 
Article 360

3) Si le témoignage est enregistré dans une langue différente de celle dans laquelle il a été présenté et que le témoin ne comprend pas la langue dans laquelle il a été enregistré, la preuve ainsi enregistrée doit lui être traduite dans la langue qu'elle a été présentée ou dans une langue qu'il comprend.

Article 361

1) Chaque fois qu'un témoignage est présenté dans une langue qui n'est pas comprise par l'accusé et qu'il est présent en personne, il lui est traduit en audience publique dans une langue qu'il comprend.

2) S'il comparaît par un plaideur et que les éléments de preuve sont présentés dans une langue autre que celle de la cour et qu'ils ne sont pas compris par le plaideur, ils doivent être traduits tels quels dans cette langue.

3) Lorsque des documents sont établis à des fins de preuve formelle, le tribunal a toute latitude
pour les traduire
en autant qu'il est nécessaire.

Enfin, l'article 366 du Code de procédure pénale prescrit que la sentence du jugement soit rendue dans la langue de la cour ou dans une autre langue que l'accusé ou son plaideur comprend:

Article 366

1)
Le jugement rendu dans un procès devant une cour criminelle de la juridiction d'origine doit être prononcé ou son contenu doit être expliqué:

a) en audience publique, soit immédiatement après la fin du procès, soit à une date ultérieure, et un préavis est donné aux parties ou à leurs plaideurs, et

b)
dans la langue de la cour ou dans une autre langue que l'accusé ou son plaideur comprend:

À la condition que le jugement soit lu intégralement par le juge qui préside à la demande de l'accusation ou de la défense.

Nous devons comprendre qu'une «autre langue» doit être l'anglais ou le birman ou bien c'est la traduction obligatoire. D'ailleurs, l'article 12 de la Loi sur l'entraide judiciaire en matière pénale (2004) exige l'emploi du birman ou de l'anglais dans toute requête auprès des représentants judiciaires de l'État. Des services d’interprètes sont prévus pour tout procès, qu'il soit de droit commun ou d'ordre politique.

4.4 Les langues de l'administration

Il faut se rappeler que la Birmanie, malgré sa structure en 14 États et Régions, n'est pas vraiment décentralisée, car ces entités n'ont pas beaucoup de pouvoirs réels. De plus, les militaires sont partout, y compris dans la fonction publique où un grand nombre d'officiers y sont mutés à des postes bien rémunérés pour services rendus; ces nominations contournent le processus normal de sélection. La plupart des militaires sont des Birmans appartenant à l'ethnie bama et parlent forcément le birman qu'ils imposent partout. Une fois dans l'administration publique, ces ex-militaires ont une certaine propension à obéir aux ordres ou à en donner. Ils ne sont guère habitués à discuter de questions politiques ou sociales et n'affichent aucune initiative d'ordre administratif.

Évidemment, beaucoup de citoyens birmans demandent aujourd'hui la démilitarisation et la professionnalisation de la fonction publique, voire sa «débirmanisation». Pour ce faire, il faudrait décentraliser les pouvoirs du gouvernement central pour les transférer aux États, aux Régions et aux municipalités, de façon à améliorer les services administratifs dans le meilleur intérêt des populations locales. L'une des conditions consiste aussi à offrir des services dans la langue de ces populations, notamment dans les régions périphériques où se trouvent majoritairement les populations minoritaires. Dans l'état actuel des choses, les fonctionnaires se considèrent au-dessus de la population et semblent davantage intéressés à servir leurs intérêts particuliers plutôt que ceux du peuple qu'ils administrent.

- La citoyenneté birmane

La Loi sur la citoyenneté birmane de 1982 distingue trois types de citoyennetés, communément désignés par la couleur du papier d’identité correspondant : la pleine citoyenneté (la carte rose), la citoyenneté associée (la carte bleue) et la citoyenneté par naturalisation (la carte verte). Au moment de sa promulgation, l'article 3 de la Loi sur la citoyenneté birmane (1982) énonçait quelles ethnies étaient admissibles à la nationalité:
 

Article 3

Les ressortissants tels que
les Kachin, les Kayah, les Karènes, les Chin, les Birmans, les Mon, les Rakhines ou les Shan, ainsi que les groupes ethniques qui se sont établis dans l'un des territoires compris dans l'État comme domicile permanent à partir d'une période antérieure à 1185 et avant 1823 sont des citoyens birmans.

Article
4

Le conseil d'État peut décider
si un groupe ethnique jouit de la nationalité ou non.

Article 44

Un candidat à la citoyenneté naturalisée doit posséder les qualifications suivantes:

a) être une personne qui se conforme aux dispositions de l'article 42 ou de l'article 43:
(b) avoir atteint l'âge de dix-huit ans;
c)
être capable de bien parler l’une des langues nationales;
d) être de bonne moralité;
(e) être sain d'esprit.


Les peuples admissibles à la citoyenneté birmane sont les suivants:  les Kachin, les Kayah, les Karènes, les Chin, les Birmans, les Môn, les Rakhine ou les Shan, ainsi que les groupes ethniques qui se sont établis dans l'un des territoires compris dans l'État comme domicile permanent à partir d'une période antérieure à 1185 et avant 1823. La date de 1823 correspond au début de la guerre anglo-birmane qui a mené à la colonisation, puis aux mouvements de populations venues des Indes britanniques et encouragées par la Grande-Bretagne. Seules les les personnes qui peuvent attester de leur présence sur le sol birman avant le 4 janvier 1948 et qui ont fait leur première demande après 1982 peuvent prétendre à la citoyenneté par naturalisation. De ce fait, les Rohingya ne sont pas admissibles à la citoyenneté, ce qui les prive notamment de tout service de santé et du droit à l'éducation publique et aux moyens de subsistance. 

Évidemment, cette loi de 1982 sur la citoyenneté contrevient à la Déclaration universelle des droits de l’homme, qui repose sur les principes de non-discrimination et énonce que toute personne a droit à la nationalité de son pays de résidence. Dans les faits, les titulaires de cartes vertes doivent subir de nombreuses restrictions faisant de ces derniers des citoyens de seconde zone. De plus, les candidats prétendant à la citoyenneté par naturalisation doivent être capables «de parler l’une des langues nationales», être «de bonne moralité» et être «sains d'esprit». 

En vertu de cette loi, l'accès à la citoyenneté à part entière repose principalement sur l'appartenance à l'une des «ethnies nationales», qui sont officiellement désignées par l'État et les Rohingya n'en font pas partie. Ils ne parlent donc pas l'une des langues nationales et le critère de la «bonne moralité» apparaît très difficile à appliquer parce qu'il est facilement arbitraire. De fait, les Rohingya sont perçus comme un peuple qui ne fait pas partie du pays, ce qui encourage la discrimination à leur égard et ouvre la voie à la haine raciale et à la violence contre la communauté dans son ensemble. L’ONU estime, depuis quelques années déjà, que les Rohingya constituent « la minorité la plus persécutée dans le monde ». L’ONU croit que 80 % du million de réfugiés qui ont fui vers le Bangladesh sont des femmes et des enfants. Les quelque 600 000 Rohingya qui se trouvaient toujours en Birmanie en octobre 2019 risquent de nouveau d’être victimes de génocide, selon les enquêteurs de l’Organisation des Nations unies qui se montrent très critiques au Conseil de sécurité.

- Les droits à la langue

En Birmanie, malgré la présence d'une centaine de langues, le droit à la langue ne vaut pas pour tout le monde, mais il semble être accordé à l'enfant. En effet, la Loi sur l'enfant (1993) énonce que tout enfant a le droit de «chérir sa langue maternelle» et de préserver l'ethnie, la langue, la religion, la culture, les coutumes et les traditions qui le concernent:
 

Article 21

Tout enfant a le droit de chérir sa langue maternelle, sa littérature et sa culture, de professer sa propre religion et de respecter ses traditions et ses coutumes.

Article 30

Chaque enfant doit respecter l'éthique et la discipline suivantes, selon son âge:

e) chérir et préserver l'ethnie, la langue, la religion, la culture, les coutumes et les traditions qui le concernent;

La loi ne précise pas de quelle langue il s'agit, mais dans les faits il faut certainement faire appel à la traduction, puisque l'État ne peut tenir compte de toutes les langues du pays. On ne voit pas comment un enfant peut faire en sorte de préserver son ethnie, sa langue, sa religion, etc. C'est beaucoup demander à un enfant!

Ce droit à la langue ne vaut généralement que pour le birman. Ainsi, les articles 8 et 13 de la Loi sur le contrôle du tabagisme et la consommation de produits du tabac (2006) impose le birman sur les emballages et les avertissements:
 

Article 8

Les attributions du ministère de la Santé en matière de lutte contre le tabagisme et la consommation de produits du tabac sont les suivantes:

e) déterminer le libellé de l'emballage en langue birmane à mentionner sur l'emballage du cigare indiquant que fumer peut nuire gravement à la santé et à d'autres avertissements nécessaires;

Article 13

Quiconque commet l'un des actes suivants est passible, sur déclaration de culpabilité, d'une amende d'un minimum de 10 000 kyats à un maximum de 30 000 kyats pour la première infraction et passible d'une peine d'emprisonnement pouvant aller jusqu'à un an être passible d’une amende d’un minimum de 300 kyats à un maximum de 100 000 kyats pour la deuxième infraction et les suivantes:

a) la production, la distribution ou la vente de cigares sans mentionner l'indication d'avertissement en langue birmane sur l'emballage du cigare indiquant que fumer peut nuire gravement à la santé et que d'autres avertissements sont nécessaires, conformément aux stipulations;

L'article 2 de la Loi sur la protection du consommateur (2019) oblige les «opérateurs commerciaux» à employer le birman:
 

Article 2

Obligations des opérateurs commerciaux :

1) Donner diverses garanties concernant leurs propres produits pour assurer la cohérence entre la description d’un produit dans la publicité, l’étiquetage ou d’autres activités promotionnelles et la réalité;

2) Inclure diverses informations importantes sur le produit dans la langue birmane ou dans la langue birmane et en d'autres langues; ces informations comprennent, par exemple, des informations sur les allergies, les effets indésirables et les quantités d'ingrédients; et

3) S'abstenir d'utiliser des informations trompeuses de mauvaise foi pour faire la publicité de produits et services parmi d'autres obligations.

Enfin, la Loi sur les secrets officiels de Birmanie (1923) énonce qu'il faut envoyer un avis sur les «lieux interdits» et employer le birman et «la langue de la localité»:
 

Article 2

Dans la présente loi, à moins que quelque chose soit incompatible dans le sujet ou le contexte:

8) "lieu interdit":

c) tout lieu appartenant à ou utilisé aux fins de [l'État] et que le président de l'Union a déclaré, pour le moment, par avis au Journal officiel, être un lieu interdit aux fins de la présente loi en raison de l'information à cet égard ou des dommages qui pourraient en découler et qui seraient utiles à un ennemi et pour lesquels une copie de l'avis à ce sujet a été apposée en [birman] et dans la langue de la localité, le cas échéant;

Ce genre d'allusion à une autre langue locale que le birman est extrêmement rare.

- L'omniprésence de la langue anglaise

Bien que la Birmanie ait souvent eu une relation erratique avec l'anglais, c'est aujourd'hui une langue recherchée par les citoyens de ce pays. L'essor des écoles anglaises privées depuis le début du XXIe siècle en témoigne. Il en est ainsi des nombreuses publications en anglais, du nombre croissant de locuteurs de l'anglais et de la prédominance des panneaux de signalisation en anglais. Si la langue anglaise a connu une certaine régression pendant le long régime militaire, ce n'est plus le cas maintenant, au contraire.

Une vieille loi encore en vigueur et modifiée depuis son adoption, la Loi sur les compagnies du Myanmar de 1913, alors que la Birmanie était encore une colonie, imposait déjà l'anglais, tout en autorisant «les langues vernaculaires» :

 
Article 73

Publication du nom par une compagnie à responsabilité limitée

Toute compagnie à responsabilité limitée :

a) doit peindre ou apposer, et maintenir peinte ou apposée, son nom à l'extérieur de chaque bureau ou lieu où son activité est exercée, dans une position bien visible, en lettres lisibles facilement et en écriture anglaise, ainsi que, si le siège statutaire doit être situé dans un lieu situé au-delà des limites de la compétence civile originale de la juridiction civile de la Haute Cour, dans les écritures d'une des langues vernaculaires utilisées dans ce lieu;

Article 277B

Exigences relatives au prospectus

1)
Pour se conformer à la présente partie, un prospectus, en plus de se conformer aux dispositions des alinéas (ii) et (iii) du paragraphe (a) du sous-article 1) de l'article 277A, doit:

(a) contenir des précisions sur les points suivants:

(i) les objectifs de la compagnie;
(ii) l'acte constitutif ou définissant la constitution de la compagnie;
(iii) les lois ou les dispositions ayant force de loi par ou sous lesquelles la constitution de la compagnie a été effectuée;
iv) une adresse dans l'Union du Myanmar où ledit instrument, ces textes ou dispositions, ou leurs copies et,
s'ils sont dans une langue étrangère, une traduction de ceux-ci en langue anglaise certifiée selon la manière prescrite dans laquelle ils peuvent être consultés;
(v) la date à laquelle et le pays dans lequel la compagnie a été constituée;

Article 277EB

1) Toute compagnie constituée en dehors de l’Union du Myanmar et établie dans l’Union du Myanmar n’ayant pas de note de service doit déposer auprès du greffier une copie de la charte, des statuts ou de tout autre acte constitutif ou définissant la constitution de la compagnie, document certifié par un administrateur et, si ledit document n’est pas rédigé dans une langue du Myanmar, une traduction de celui-ci dûment certifiée conforme par un administrateur doit être déposée.

En 2013, le Règlement sur les investissements étrangers oblige encore à utiliser l'anglais OU le birman, ce qui revient à accorder une grande importance à l'anglais :
 

Article 144

L'investisseur cède à toute entreprise d'audit reconnue par l'Union qui est enregistrée et qui exerce des activités dans l'État et accepte un audit régulier une fois tous les 365 jours pour chaque entreprise qu'il investit. Lors de l'audit en cours, tous les documents et les listes présentés à titre de preuve doivent
être soumis en anglais ou en birman. S'ils sont rédigés dans une autre langue, la traduction notariée de l'anglais doit être présentée en même temps.

 

L'article 39 de la Loi sur la Banque centrale du Myanmar (1990) admet l'emploi des symboles en langue anglaise sur la monnaie locale, le kyat :
 

Article 39

L'unité monétaire de la monnaie locale est le "kyat". Le kyat est divisé en cent unités appelées "pya". Les symboles en langue anglaise pour cette monnaie doivent être respectivement "K" et "P".

Dans la Loi sur la taxe commerciale (1990), l'article 28 exige la tenue des comptes «dans la langue du Myanmar» ou en langue anglaise:
 

Article 28

a) Aux fins de l'évaluation en vertu de la présente loi, des comptes corrects sont tenus dans la langue du Myanmar ou en langue anglaise;

Il faut comprendre que la «langue du Myanmar» est le birman qui se trouve encore en concurrence avec l'anglais.

L'article 7 de la Loi sur les différends commerciaux (1929) ne mentionne aucune langue, mais demande d'employer des «termes simples»:
 

Article 7

Obligations des bureaux

4) La recommandation de la Commission doit traiter de chacun des points du litige et indiquer
dans des termes simples ce qui, de son point de vue, devrait et ne devrait pas être fait par les parties respectives concernées.

Quant à l'article 19A de la Loi sur les douanes maritimes (1962), il fait allusion aux marchandises pourvues d'un nom d'un lieu situé au Royaume-Uni, en Inde, au Pakistan ou dans l'Union de la Birmanie, ce qui correspond en fait à la langue anglaise commune entre tous ces pays:
 

Article 19A

3)
Lorsqu'il y a sur des marchandises un nom identique ou imitant d'une manière dissimulée le nom d'un lieu situé au Royaume-Uni, en Inde, au Pakistan ou dans l'Union de la Birmanie, ce nom, à moins qu'il ne soit accompagné de lettres de la même taille et de taille visible, et
dans la même langue et la même écriture, par le nom du pays dans lequel est situé ce lieu, sont considérés aux fins des articles 18 et 19 comme s’il s’agissait du nom d’un lieu situé au Royaume-Uni, en Inde, au Pakistan ou Union de Birmanie.

Ces quelques textes juridiques démontrent éloquemment que le langue birmane et la langue anglaise dominent dans la concurrence linguistique en Birmanie.

Bien qu'il n'y ait pas de loi linguistique en Birmanie à ce sujet, l'anglais demeure très utilisé en tant que langue du commerce et des affaires. Pour le reste, il n'y a pas d'affichage possible en d'autres langues, car certaines dispositions du Code civil auraient pour effet d'interdire toute autre langue — c’est surtout le chinois qui serait visé — que le birman et l'anglais.  Évidemment, selon les sources officielles, les textes juridiques en cette matière ne sont «pas disponibles».
 

L'affichage officiel est soit unilingue birman, soit bilingue birman-anglais. Il demeure souvent unilingue birman, surtout sur les inscriptions des édifices gouvernementaux ou municipaux et la signalisation routière. La toponymie et les noms de rues sont en birman, mais certains lieux-dits sont en karen, en môn, etc. 

Quant aux enseignes commerciales, le bilinguisme birman-anglais est largement utilisé dans les grands centres urbains; dans les autres localités, l'unilinguisme birman est de règle et l'anglais reste marginal. Pour ce qui est de la publicité, elle demeure quasi absente, car on n’y retrouve aucune enseigne de Coca-Cola, de Pepsi, de Heineken, de McDonald, etc.

Parfois, des grands panneaux gouvernementaux unilingues (en birman) viennent proclamer «la volonté du peuple» de s’opposer à «ceux qui cherchent à mettre en danger la stabilité de l’État», à «ceux qui agissent comme des pantins pour le compte d’éléments extérieurs» et qui «cherchent à répandre des idées négatives», aux «nations étrangères qui cherchent à s’ingérer dans nos affaires», etc.

4.5 La Commission linguistique du Myanmar

La Commission linguistique du Mynamar (en anglais: Myanmar Language Commission; en birman: myanmar bharsarhcakarrko kawmashin) est l'organisme gouvernemental le plus important concernant les questions relatives à la langue birmane. Afin de favoriser l'emploi de la langue birmane comme moyen de communication pour la grande majorité des habitants, soit comme langue maternelle, soit comme langue seconde la plus pratique dans cette union multiethnique, cette commission fut créée en 1963 sous le régime du général Ne Win par le Conseil révolutionnaire.

Au début, la Commission s’est efforcée de rédiger une orthographe du birman et de traduire des manuels afin que l’instruction dans les établissements d’enseignement puisse être assurée efficacement dans le pays. Puis la Commission fut mandatée pour rédiger un dictionnaire moderne fondé sur une base solide de valeurs traditionnelles et de textes sur la grammaire. La Commission est devenue ensuite un département distinct au sein du ministère de l'Éducation; le ministre de l'Éducation présidait la Commission, qui était en partie composée de membres désignés, tels que les directeurs généraux des ministères de l'Éducation, de la Culture, de l'Information, etc., ainsi que des membres des milieux universitaire et littéraire nommés par le gouvernement.

En 1983, la Commission subit un changement organisationnel, composée entièrement de membres nommés avec l’assentiment du Conseil d’État. Cette nouvelle commission pourrait désormais se réunir davantage et superviser le travail effectué par le ministère de manière plus approfondie et plus détaillée. Le ministre de l'Éducation a continué d'en être le président. Les objectifs généraux de la Commission étaient les suivants: préserver et perpétuer l'usage standard et précis de la langue birmane en termes d'orthographe, de prononciation, de lexique, de grammaire, de syntaxe, d'étymologie et de signification;  promouvoir la croissance et le développement de la langue birmane.

Pour ce faire, la Commission poursuit les objectifs susmentionnés en adoptant les stratégies suivantes:

- former des comités pour mettre en œuvre des projets;
- coordonner et assurer la coopération de divers organismes publics et autres, ainsi que des personnes;
- se procurer des manuscrits, des publications et les droits d'auteur de particuliers pour les utiliser dans la mise en œuvre de ses projets au besoin;
- attribuer des honoraires appropriés aux personnes qui rédigent des articles universitaires ou des livres sur la langue birmane;
- exécuter les tâches assignées par le Conseil des ministres pour la réalisation des buts et objectifs de la Commission.

Finalement, les projets entrepris ou habilités pour être repris à l'avenir par la Commission appartiennent aux catégories suivantes: compiler des dictionnaires de la langue birmane et faisant autorité; produire et publier des ouvrages sur la grammaire birmane, qui contribueront à une rédaction précise, lucide, concise et efficace; produire et publier des livres sur d'autres facettes de la langue birmane, tels que des dictionnaires de synonymes ou d'antonymes, de livre de citations, de thésaurus, des proverbes, etc. Bref, cette commission est dédiée entièrement à la langue birmane.

4.6 Les langues de l'éducation

En Birmanie, le système d’éducation fondamentale comprend cinq années d’enseignement primaire (1re à la 5e année), quatre années du premier cycle du secondaire ou d'enseignement moyen (6e à la 9e année) et deux années d’enseignement secondaire supérieur (10e et 11e années). On compte au moins quelque 47 360 écoles d’enseignement fondamental pour environ 9,2 millions d'élèves. La majorité de ces écoles sont gérées par le département d’éducation fondamentale relevant du ministère de l’Éducation.

En outre, un pourcentage important d’élèves ont accès à un autre type d'enseignement fondamental dans les écoles monastiques, les écoles privées, les écoles communautaires et les écoles ethniques. L'éducation en Birmanie comprend l'enseignement primaire, l'enseignement moyen, l'enseignement secondaire et l'enseignement tertiaire pour les études post-secondaires. 

- La scolarité obligatoire
 

Éducation Niveau scolaire Scolarité Âge Nombre d'années
Élémentaire Primaire 1 à 5 6-11 5
Moyen Intermédiaire 6 à 9 12-16 4
Secondaire Secondaire 10 et 11 17-19 2
Tertiaire Baccalauréat     4-5
Tertiaire Maîtrise     1
Tertiaire Doctorat     3
En Birmanie, l'école maternelle (ou préscolaire) est facultative. L'enseignement primaire, d'une durée de cinq ans, est obligatoire. Après des décennies de conflits politiques qui ont considérablement mis à mal le système d'éducation, les écoles ont pris du retard, tandis que le matériel physique et les ressources humaines ont été longtemps laissés à l'abandon. Beaucoup d'enfants résidant dans les régions périphériques abandonnent leurs études avec la fin du primaire, sinon bien avant.

Quoi qu'il en soit, pour accéder au secondaire, les enfants doivent réussir des examens approfondis dans les disciplines de base (langue, mathématiques, etc.), ce qui implique souvent des contraintes supplémentaires, surtout dans les familles les plus pauvres.

La première étape de l'enseignement secondaire (d'une durée de quatre ans) correspond au niveau intermédiaire ou moyen, c'est-à-dire le secondaire inférieur (premier cycle). Les élèves doivent passer de la 6e année à la 9e année et réussir leurs huit examens normalisés. Les élèves du secondaire qui entrent en 10e année peuvent choisir entre les disciplines relatives aux arts ou aux sciences. Tous doivent étudier le birman, l'anglais et les mathématiques. Les élèves en arts étudient également la géographie, l'histoire et l'économie, tandis que les élèves en sciences se concentrent sur la chimie, la physique et la biologie. À la fin de cette période, les élèves des écoles publiques peuvent se présenter à l'examen d'entrée à l'université. Cependant, ceux qui fréquentent des écoles anglaises privées ne le peuvent pas. La formation professionnelle, qui est en grande partie entre les mains du secteur privé, est devenue populaire chez les jeunes qui souhaitent intégrer les secteurs de l’hôtellerie, du tourisme, de la beauté, de la mode, des soins infirmiers ou de l’ingénierie. Il sert de passerelle vers de meilleurs emplois pour ceux qui ont peu ou pas d'expérience de travail.

- Les langues d'enseignement

L'article 2 de la Loi sur l'éducation nationale de 2014 énonce que l'éducation doit valoriser, préserver et développer «la langue, la littérature, la culture, les arts, les traditions et le patrimoine historique de tous les groupes ethniques du pays»:

Article 2

Les termes suivants utilisés dans la présente loi doivent avoir la signification indiquée ci-dessous:

(g) Éducation nationale - Éducation qui valorise, préserve et développe la langue, la littérature, la culture, les arts, les traditions et le patrimoine historique de tous les groupes ethniques du pays et qui est capable de produire des ressources humaines avec une pensée holistique juste, qui peut guider et mener à bien le développement moderne de la nation en fonction des besoins de l'époque.

En vertu de cet article, la langue de «tous les groupes ethniques du pays» doit être tenue en compte, ce qui est énorme. L'article 42 de la même loi reprend les mêmes mots à l'égard de la langue des groupes ethniques, incluant même cet enseignement dans les universités:
 

Article 42

Les ministères, les gouvernements des Régions ou des États, et les gouvernements des régions ou des régions autoadministrées doivent :

(a) organiser la capacité de communication et de transfert entre le gouvernement et les autres écoles.
(b) aider à ouvrir des classes pour développer la littérature,
la langue, la culture, les arts et les traditions des groupes ethniques et pour enseigner des matières ou des disciplines principales dans la culture, la littérature et l’histoire des groupes ethniques dans les universités.


L'article 43 de la Loi sur l'éducation nationale précise cependant que l'instruction «peut» être donnée en anglais ou dans une une combinaison de birman et d'anglais, ce qui accorde une préséance à ces deux langues par rapport aux langues ethniques, et ce, d'autant plus qu'il est précisé «qu'en cas de besoin, une langue ethnique peut être utilisée à côté du birman en tant que langue d’enseignement» :
 
Article 43

a) L’instruction peut être donnée au Myanmar en anglais ou dans une combinaison de birman et d'anglais.

b) En cas de besoin,
une langue ethnique peut être utilisée à côté du birman en tant que langue d’enseignement au niveau de l’éducation fondamentale.

Article 44

Dans les Régions ou les États, l’enseignement des langues et de la littérature ethniques peut être mis en œuvre par les gouvernements des Régions ou des États, en commençant par le niveau primaire et en s’étendant progressivement (aux classes supérieures).

D'ailleurs, l'article 44 formule clairement que «l’enseignement des langues et de la littérature ethniques peut être mis en œuvre par les gouvernements des Régions ou des États, en commençant par le niveau primaire». Cela dit, il n'est certainement pas possible de tenir compte de toutes les langues minoritaires dans le pays. La loi mentionne justement qu'il s'agit de la langue ethnique des Régions et des États.

Dans la pratique, les langues ethniques locales ont peu de chance d'être promues comme langue d'enseignement en plus de la langue birmane ou de la langue anglaise, car elles ne sont toujours pas reconnues comme des langues officielles dans les Régions concernées, ce qui peut être un peu différent dans les États ethniques. Aujourd'hui, le birman est la principale langue d'enseignement et l'anglais est devenu la deuxième langue enseignée; parfois, c'est l'inverse dans les États ethniques. D'ailleurs, dans la majorité des écoles de la Birmanie, il est souvent interdit d'enseigner dans des langues autres que le birman. En ce qui a trait aux langues des minorités, seuls le môn, le chin, le kayin (ou karène) et le kachin réussissent à être enseignés dans certaines écoles primaires des États ethniques. Cet enseignement se fait aussi par défaut dans la mesure où l’État central est incapable d'exercer son contrôle dans tout le pays.

- Les difficultés

Aujourd'hui, la Birmanie apparaît très en retard en termes de normes pédagogiques. La pénurie de ressources de toutes sortes est époustouflante en raison du nombre insuffisant d'écoles, des classes surchargées d’élèves, des locaux insalubres, de la formation inadéquate des enseignants, de la grave pénurie de livres, de bibliothèques, etc. La plupart des livres scolaires ne sont disponibles qu’en anglais: il n’y a plus personne pour rédiger des manuels scolaires dans le pays. Cette instruction atrophiée et anémiée est le reflet de la politique des dirigeants militaires qui ont toujours préféré réduire le budget de l’éducation plutôt que celui des dépenses militaires (45 % du budget de l’État). Il faut aussi mentionner que la corruption est quasi généralisée en éducation. Il est souvent plus aisé pour un jeune qui veut obtenir son diplôme du secondaire de donner des pots-de-vin à la direction de son école. Dans les études supérieures, la plupart des étudiants qui peuvent y accéder sont les enfants des officiers militaires, ce qui ne les empêche pas de parfaire leurs études à l’étranger. Cette situation fait dire à plusieurs que même l’éducation est atteinte de corruption et de favoritisme, mais cette façon de faire permet aux militaires de prolonger leur autorité chez les jeunes.

Quant aux enseignants, ils demeurent sous-payés et maltraités, surtout s’ils ne satisfont pas aux exigences du gouvernement. Non seulement les enseignants doivent-ils enseigner les programmes officiels fournis par les militaires — étude des manœuvres militaires, apprentissage des chansons militaires suscitant le patriotisme, etc. —, mais plusieurs sont également obligés de porter l’uniforme militaire lorsqu’ils enseignent. Pour beaucoup d'enseignants, enseigner ne constitue pas nécessairement une priorité: pour arrondir leur fin de mois, ils sont devenus aussi des vendeurs de cartes postales, de crayons, de sacs d’écoliers, etc., ou des garçons de restaurant, des livreurs, etc. Certains admettent qu’ils sont devenus des «esclaves» au service du régime.

Les enseignants mal formés, la corruption, ainsi que l'utilisation de ressources obsolètes sont les marques de fabrique des écoles primaires et secondaires de la Birmanie. En outre, les étudiants sont souvent obligés de suivre des cours après l'école, car l'apprentissage à l'école n'est pas suffisant. Les élèves apprennent tout par cœur, des réponses aux questions de grammaire anglaise aux essais. Toutes les questions posées lors des tests sont données à l'avance. Exceptionnellement, certaines réponses de test standard 4, standard 8 et standard 10 sont invisibles à moins que les épreuves de test ne soient volées. De nombreuses universités ont été construites et dispersées dans les villes pour empêcher les étudiants de participer à des troubles potentiels.

- Les langues minoritaires

Quant à l'enseignement dans les langues ethniques, les difficultés sont encore plus accentuées. Certaines langues maternelles n'ont pas de langue écrite, alors que d'autres n'ont pas suffisamment de vocabulaire pour être utilisées dans une perspective d'enseignement. Les enseignants des langues ethniques sont généralement confrontés à un manque de formation tant dans les diverses disciplines que dans la langue concernée, sans compter l'absence de manuels scolaires pour enseigner ces langues. Le problème principal est la multiplicité des langues ethniques dans chaque État ou Région, ce qui peut être difficile de parvenir à un consensus sur la langue qui sera utilisée comme langue maternelle dans cette région.

Dans bien dans cas, les enfants des minorités peuvent risquer leur vie à la sortie des écoles, des gares, des quais ou des cinémas. C'est à ces endroits que les soldats de la junte militaire (la Tatmadaw) les a souvent «recrutés» en échange d'une récompense. L'armée avait besoin de bras; on a compté plus de 70 000 enfants-soldats dans ce pays (sur un total de 300 000 dans le monde) et quelque 500 000 soldats pour mâter les minorités. Les militaires ont ainsi quasiment tué le système scolaire du pays. L'État consacre 1 % de son budget pour l'éducation et 40 % pour l'armée. La priorité va donc à l'appareil militaire et, pour l'entretenir, il faut des gens valides. Enrôler des enfants vers l'âge de 12 ans permet de les retrouver à 20 ans chefs de régions militaires ou commandants. C'est uniquement pour former des cadres sur le terrain et pour avoir des soldats, qui pourront ensuite constituer une part importante de l'armée, que la Birmanie «recrute» des enfants.   

En somme, la politique linguistique dominée par les Birmans ne bénéfice qu'au régime lui-même et aux Bama, alors que les minorités ethniques en souffrent. Il faut aussi comprendre que les responsables dans le domaine de l'éducation, que ce soit les fonctionnaires ou les directions locales, tous de l'ethnie bama, sont davantage intéressés au maintien de leur emploi qu'au service aux minorités. La plupart d’entre eux se tiennent à l’abri des activités culturelles des minorités, car ils ne veulent pas être associés à des groupes de rebelles ou d’insurgés qui chercheraient généralement à promouvoir les cultures des minorités.

Au cours de la période socialiste et de la période militaire actuelle, les responsables locaux chargés de la promotion des cultures minoritaires n'ont jamais été élus par la population locale, car ils ont toujours été et sont encore désignés par le gouvernement central. Depuis l'indépendance, les gouvernements ont généralement autorisé certaines activités culturelles aux membres des minorités, y compris la liberté de parler et d'écrire dans leur langue, mais c'était à la condition que ces activités ne soient pas liées à des tentatives politiques de les renverser ou de miner leur contrôle sur le pays.

En somme, en ce qui concerne les minorités, elles n’existent pas au sens juridique du terme. D’ailleurs, le journaliste Antoine Spire, du mensuel Chronique d’Amnesty International, dressait (1997) ainsi un constat très noir de la situation en Birmanie:  

Dans les montagnes, les villages sont incendiés, les maisons détruites, le bétail abattu, les arbres déracinés, les récoltes et réserves alimentaires brûlées. Le SLORC se livre à des séances publiques de torture pour précipiter les soumissions des villages. On frappe ceux qui ne supportent pas l'effroi du sang qui gicle, sous prétexte qu'il faut habituer les ennemis à l'horreur qu'ils vont désormais connaître. On assassine des prêtres, on tire dans les mosquées, on viole femmes et fillettes, on enlève les enfants pour les abandonner dans la nature. Les bombardements aériens, l'artillerie, les mortiers et roquettes sont utilisés à tout-va. Les habitants survivants sont encerclés, tués froidement, brûlés vifs ou, dans le meilleur des cas, déclarés "porteurs"... porteurs de munitions qui vont servir à décimer toute vie dans les montagnes. Il s'agit là véritablement d'un génocide. Les nombreux camps de concentration réservés à "l'abattage des ethnies" témoignent de l'ampleur du drame. Sur la seule frontière birmano-thaïlandaise, vingt-cinq camps renferment les restes de 80 000 Karènes. Des milliers de femmes et d'enfants auraient été envoyés aux travaux forcés.

En dépit de tout ce qu'on dit sur les minorités ethniques en Birmanie, aucune n'est comparable au sort des Rohingya qui vivent près du Bangladesh. Ce peuple subit depuis des décennies la persécution aux mains d'une armée vindicative, désormais placée sous le commandement des généraux de l'armée. Une loi de 1982 instaurée par la dictature militaire a rendu les Rohingya apatrides. Ils n’ont pas été reconnus comme faisant partie des 135 ethnies répertoriées en Birmanie. Aujourd’hui, le gouvernement birman ne reconnaît encore que les ethnies nationales présentes dans le pays avant l’arrivée des colons britanniques en 1823. Or, les Rohingya sont arrivés dans l'Arakan de 1824 à 1826, lors de la première guerre entre l’Empire britannique et la Birmanie; ils ont fait partie de l'armée britannique et ont combattu les Birmans. Après la Seconde Guerre mondiale, ils ont soutenu à nouveau les Anglais face aux Birmans, qui ne leur ont jamais pardonné. Lorsque la Birmanie a obtenu son indépendance en 1948, les Rohingya furent alors rejetés et persécutés parce qu'ils ont été considérés comme des traîtres par les nationalistes birmans.

Quoi qu'il en soit, la violence dans le nord de l'État de Rakhine (Arakan) s'inscrit dans un contexte de discrimination durable et systématique contre les Rohingya musulmans dans une Birmanie bouddhiste.

- L'enseignement supérieur

La Birmanie est assez bien dotée en universités où une gamme de cours plus diversifiée peut être choisie. On compte quelque 45 universités et collèges, ainsi que 154 écoles techniques et professionnelles. L'enseignement supérieur s'est érodé de façon constante depuis 1962. Après les troubles civils de 1988, au cours desquels de nombreux étudiants ont pris part à des activités antigouvernementales, un grand nombre d'universités et de collèges ont été fermés. Depuis, il y a eu un cycle répété d'ouvertures et de fermetures des universités et des collèges, ce qui a rendu une analyse de ces établissements très aléatoire. Les universités et collèges ont été fermés en 1996 et quelques-uns de ces établissements seulement ont été rouverts en 2000.

De plus, la liberté académique reste limitée et les étudiants ne peuvent pas parler librement, ni écrire ou publier librement. La plus ancienne institution tertiaire est l'Université de Yangon (Rangoon) fondée en 1878. Elle a été au centre du mécontentement civil tout au long de son histoire. Malgré cela, les résidences des femmes sont strictement limitées, ce qui élimine de nombreuses étudiantes prometteuses originaires des zones rurales.

4.7 Les langues des médias

La diversité géographique et ethnique de la Birmanie en fait un pays riche au plan culturel, mais en ce qui concerne la couverture médiatique une telle pluralité pose aussi des défis majeurs aux plans des communications et des échanges culturels. En raison des montagnes escarpées, des longues distances et des mauvaises routes, les publications imprimées risquent de ne pas atteindre les communautés isolées. De plus, le nombre important de langues parlées par les différents groupes ethniques, plus d'une centaine, fait en sorte que beaucoup de citoyens ont du mal à comprendre les médias traditionnels qui n'utilisent que le birman et/ou l'anglais, tant à l'écrit qu'à l'oral. Les principaux médias, souvent dominés par les grandes villes comme Yangon ou Mandalay, négligent souvent les préoccupations et les intérêts des communautés minoritaires, sans compter qu'ils sont massivement contrôlés par le groupe ethnique majoritaire bama. La langue et la culture bama, ainsi que la religion bouddhiste, ont été promues à l'exclusion des autres identités ethniques qui, pourtant, sont très nombreuses.

Par ailleurs, la presse et les médias en général, ce qui inclut le cinéma, l'informatique, les transactions électroniques, etc., sont soumis à une censure et à une réglementation strictes depuis le coup d'État de 1962. Bien que la Constitution (art. 354) prévoit la liberté d'expression et, par conséquent, celle de la presse, le gouvernement central interdit considérablement l'exercice de ces droits dans la pratique.

- La réglementation en vigueur

Les lois qui imposent des sanctions pénales sévères pour l'expression pacifique de la parole sont particulièrement préoccupantes en raison de leur effet dissuasif sur la liberté d'expression. Parce que ces lois sont en vigueur, les citoyens de ce pays sont constamment menacés d'être arrêtés, placés en détention provisoire, soumis à des procès criminels coûteux ou à des amendes et à des peines d'emprisonnement, ainsi qu'à la stigmatisation sociale associée à un casier judiciaire. Comme on peut le constater, il est très facile pour le gouvernement d'invoquer toutes sortes de motifs inscrits dans les lois pour arrêter, harceler et emprisonner des citoyens qui se sont exprimés ou qui ont protesté contre des décisions du gouvernement. Quant aux amendes, elles varient entre 100 000 kyats (59 € ou 65,35 $US), 300 000 kyats (177,30 € ou 196 $US) et à 1 million de kyats (590 € ou 653 $US); dans certains cas, les amendes peuvent atteindre 5, 10, 30 ou 50 millions de kyats. Selon la Banque mondiale, le revenu mensuel moyen par habitant en Birmanie s'élevait en 2016 à 99 $US, soit 1190 $ par habitant et par année. Il vaut la peine de mentionner quelques-unes de ces lois et d'en rapporter quelques extraits (en traduction):

- Loi sur l'enregistrement des imprimeurs et des éditeurs (1962) : les articles 12 et 13 obligent tous les éditeurs à soumettre des copies des livres et des magazines au Bureau central d'enregistrement avant leur publication, en vue de leur éventuelle modification; selon l'article 14, si les publications sont imprimées en violation avec les dispositions de la loi, tout officier de police ou toute autre personne à qui le gouvernement de l’Union du Myanmar a investi un tel pouvoir en la matière peut saisir le matériel dans n'importe quel endroit.

- Loi sur la télévision et la vidéo (1996) : l'article 3 contraint le public et les entreprises qui possèdent une télévision ou du matériel vidéo à obtenir un permis du ministère des Communications, des Postes et des Télégraphes; les objectifs de la loi sont notamment de favoriser la production contribuant à «la solidarité nationale et au dynamisme de l’esprit patriotique» ; le gouvernement peut ainsi interdire et bannir «les bandes vidéo décadentes» portant atteinte à la culture et aux traditions du pays; en cas d'infraction (art. 31), l'individu ou l'entreprise est passible d'une peine d'emprisonnement pouvant aller jusqu'à cinq ans ou d'une amende de 100 000 kyats ou les deux.

- Loi sur le cinéma (1996) : l'objectif de cette loi est, entre autres, d'«interdire les films décadents qui saperaient la culture et les traditions et coutumes du Myanmar»; l'article 4 exige que toute personne qui désire tenir une entreprise de cinéma doit demander une licence d'entreprise auprès de la Myanmar Motion Picture Enterprise (Société cinématographique du Myanmar); selon l'article 33, quiconque contrevient à la loi est passible, sur déclaration de la culpabilité, d'une peine d'emprisonnement pouvant aller jusqu'à un an ou d'une amende pouvant aller jusqu'à 100 000 kyats ou des deux et, dans le cas d'une infraction répétée, d'une amende supplémentaire de 1000 kyats pour chaque jour pendant lequel l’infraction se poursuit.

- Loi sur le développement de l'informatique (1996) : toute personne qui désire importer, garder en sa possession ou utiliser certains types d'ordinateur prescrits ou se connecter à un réseau d'informatique doit s'adresser au ministère des Communications, des Postes et des Télégraphes afin d'obtenir une autorisation préalable; quiconque contrevient à la loi et n'obtient pas l'accord préalable du ministère des Communications, des Postes et des Télégraphes est passible d'une peine d'emprisonnement d'une durée minimale de sept ans à une durée maximale de quinze ans et peut également être passible d'une amende (art. 32-33).

- Loi sur les transactions électroniques (2004) : quiconque désire recourir à des transactions ou à des messages électroniques dans le cadre d’activités commerciales et non commerciales doit demander au Bureau de contrôle un permis; en cas d'infraction et après condamnation, l'individu ou l'entreprise est passible d'une peine d'emprisonnement pouvant aller d'un minimum de sept ans à un maximum de quinze ans et est également passible d'une amende (art. 33).

- Loi sur les médias (2014) : l'article 5 de la loi énonce que «les publications de l'industrie des médias doivent être exemptes de censure»; mais le Conseil des médias du Myanmar doit veiller à ce que les médias publient des« informations exactes» et éviter les informations qui risquent «d’enflammer les conflits» concernant la nationalité, la religion et l'ethnie; bref les règles d'éthique publiées par le Conseil des médias du Myanmar doivent être respectées; selon l'article 25, toute personne reconnue coupable en vertu des responsabilités et de l'éthique énoncées dans la loi est passible d'être condamnée à une amende allant d'un minimum de 100 000 kyats à un maximum de 300 000 kyats, voire d’une amende minimale de 300 000 kyats à un maximum d'un million de kyats.

- Loi sur le droit de réunion et de manifestations pacifiques (2011) : tout citoyen ou organisme qui souhaite exercer son droit d'assemblée ou de manifestation pacifique doit demander l'autorisation au moins cinq jours à l'avance en utilisant le formulaire obligatoire pour demander les autorisations nécessaires au chef des forces de police du canton(art. 4); les personnes qui participent à une assemblée et à une manifestation pacifique ne doivent pas se comporter de manière à renverser le gouvernement, ni détruire les propriétés publiques ou privées, ni polluer l'environnement; elles ne doivent pas formuler des propos ou se comporter d'une manière qui pourrait affecter le pays ou l'Union, l'ethnie ou la religion, la dignité humaine et les principes moraux; et elles ne doivent pas répandre des rumeurs ou des fausses informations (art. 12); en cas d'infraction, les individus reconnus coupables sont passibles d'une peine maximale de six mois d'emprisonnement ou d'une amende de 10 000 kyats ou les deux.

- Loi sur la radiodiffusion (2015) : la loi crée un service public de radiodiffusion financé par le public et contrôlé par le public, en principe libre de toute ingérence politique (art. 46); la loi prévoit des services de radiodiffusion communautaires sans but lucratif (art. 55); le Conseil national de radiodiffusion (National Broadcasting Council) créé en vertu de cette loi doit élaborer les politiques en matière de licences applicables uniquement aux services de radiodiffusion communautaires (art. 57); le Conseil a prévu un Code de conduite prescrivant, entre autres, l’exactitude dans les émissions, le respect en matière de goût, de décence et de valeurs éthiques, y compris en ce qui concerne la représentation des comportements sexuels, la violence et les attitudes antisociales, l'utilisation d'un langage fort ou abusif et la diffusion de textes envoyés par les téléspectateurs ou les auditeurs, sans oublier la couverture de la criminalité, ainsi que le traitement réservé aux religions, aux minorités ethniques, aux femmes et aux hommes, aux mineurs et aux groupes défavorisés (art. 77); quiconque contrevient aux interdictions prévues par la loi est passible d’une peine minimale de 5 à 30 millions de kyats et d'un maximum de 30 à 50 millions de kyats.

Toutes ces lois ont été souvent utilisées au cours des dernières années pour arrêter des manifestants pacifiques qui voulaient s'exprimer sur des questions d'intérêt public. Étant donné que ces lois exigent, d'une façon ou d'une autre, le consentement du gouvernement à la suite de nombreuses restrictions dont l'évaluation est souvent arbitraire, il devient aisé pour les autorités de condamner des individus ou des entreprises à des pénalités très sévères. Une seule infraction peut donner lieu à une peine de plusieurs années, alors que chacune des accusations est jugée séparément afin que les peines soient cumulatives plutôt que concurrentes. N'importe quel tribunal birman peut prétexter qu'un justiciable met en danger la sécurité de l'État, la paix ou la tranquillité de la nation, sinon la moralité publique.

- Les médias écrits

Malgré la réglementation de la presse assez stricte, une grande variété de publications est disponible. Les magazines, surtout les hebdomadaires et les mensuels, semblent moins affectés par les lois strictes de la presse que les journaux publiés sur une base quotidienne. Au total, on peut compter plus de 200 hebdomadaires enregistrés auprès de la Division de l'examen et de l'enregistrement de la presse relevant du ministère de l'Information. Ils sont massivement en birman et/ou en anglais. Les sujets traités portent sur la médecine traditionnelle birmane, la religion bouddhiste, l'astronomie, les sports, etc. Il existe, par exemple, une quinzaine de journaux quotidiens entièrement consacrés au football.

Quelques journaux appartiennent à l'État. Si l'on fait exception du New Light of Myanmar qui est publié en anglais, les autres sont en birman: le Kyemon («Le Miroir»), le Myanma Alin («La Lumière du Myanmar»), le Myawady Daily et le Yadanabon Daily.  Les journaux privés sont généralement publiés en anglais ou à la fois en anglais et en birman, et ils sont alors bilingues.

En ce qui concerne les médias écrits, il n'y a, selon les sources disponibles, aucun journal dans les langues de la centaine de minorités ethniques du pays, du fait des procédures complexes imposées par les autorités militaires: il y faut une traduction préalable en birman, afin que le Conseil des censeurs puisse jouer son rôle. Toutefois, quelques groupes ethniques disposent de magazines régionaux, tels que les Shan, les Chin, les Rakhines et les Karènes. Ces publications sont généralement publiées en birman ou en anglais, ou dans ces deux langues, même si le contenu porte sur ces communautés. Bien sûr, l’absence de contenu pertinent dans les langues régionales constitue un obstacle majeur à l’adoption de l’information et de la technologie des communications. Les articles des journaux publiés dans les langues régionales avec un contenu pertinent adapté aux contextes locaux seraient beaucoup plus efficaces.

Pour sa part, Reporters sans frontières classait la Birmanie au 174e rang sur 178 dans son indice de liberté de la presse de 2010, devant l'Iran, le Turkménistan, la Corée du Nord et l'Érythrée. En 2015, la Birmanie améliorait son indice de liberté en grimpant à la 144e place, devant beaucoup de ses voisins de l'ANASE ou l'ASEAN (Association des nations de l'Asie du Sud-Est) telle que Singapour en raison des améliorations politiques survenues dans le pays. Mais la liberté de la presse ne fait pas vraiment partie des priorités du gouvernement actuel, bien que l'indice de liberté de presse plaçait la Birmanie en 2019 à la 138e place.

- Les services radiophoniques

La radiodiffusion a commencé en 1936 et le service de radiodiffusion birman a été mis en service dix ans plus tard. Il existe aujourd'hui plusieurs stations FM, trois stations en ondes moyennes et trois stations en ondes courtes. Les stations ondes courtes et moyennes sont toutes exploitées par MRTV (Myanmar Radio and Television) ou par l’armée. Les principales stations de radio sont Radio Myanmar (exploitée par MRTV), Cherry FM, Mandalay FM, FM Bagan, Padamyar FM, Pyinsawaddy FM, Shwe FM et City FM. Radio Myanmar commence généralement tous les jours par des lectures tirées du «Chemin en sept points de la démocratie», des «Douze objectifs politiques, économiques et sociaux» et des «Trois principales causes nationales» du gouvernement. Le Myanmar Radio National Service (MRNS), comme tous les autres médias contrôlés par l'État, est le porte-parole des gouvernements birmans successifs. Toutefois, en raison de la récente réorganisation du temps d'antenne consacré à la musique populaire, les services radiophoniques affiliés à l'État sont, malgré leur affiliation avec le gouvernement, encore très écoutés par la population. Cependant, en termes d'audience des programmes d'information, le MRNS est le moins populaire, et généralement perçu comme le moins crédible. La plupart des Birmans écoutent les chaînes de radio étrangères (en anglais) favorables à l'opposition.

Contrairement à Radio Myanmar, les autres stations, plus commerciales, sont principalement des stations de divertissement. Dans le passé, les postes de radio étaient généralement syntonisés sur les stations gouvernementales. Cependant, des informations non censurées provenant de stations telles que BBC, VOA, Radio Free Asia et Democratic Voice of Burma (basée à Oslo en Norvège), étaient disponibles à partir de postes passés en contrebande dans le pays et (et sont toujours) populaires, bien que certaines personnes surprises à écouter des émissions aient été arrêtées dans le passé. Avant que l’accès à Internet ne devienne disponible, les stations de radio étrangères constituaient une source d’information majeure, qui contribuait souvent à briser le "black-out" des médias dans le pays. La musique étrangère est maintenant autorisée, bien que la plupart des classiques traditionnels birmans soient joués. Cependant, les stations de radio locales font souvent jouer des chansons de renommée internationale, réenregistrées en birman.

Quant à la Myanmar Radio Minorities Service, destinée en principe aux minorités, elle est inactive. C'est en 2013 qu'une chaîne de télévision consacrée aux minorités ethniques devait s'ajouter à la gamme croissante de chaînes de radiodiffusion du pays. Cependant, les représentants des minorités craignaient que la programmation ne reproduise les politiques de l'État birman sur les groupes minoritaires et non pas les visions des communautés elles-mêmes. Le contenu de la chaîne devait comprendre des émissions de nouvelles en huit langues ethniques et des programmes culturels axés sur les modes de vie de différents groupes, des aliments traditionnels et des lieux historiques importants. Les langues initialement diffusées étaient le kachin, le kayah, le môn, le rakhine, le shan et le wa, tandis que deux autres langues, le chin et le kayin, devaient s'ajouter avec leurs propres émissions. Les transmissions devaient se faire avec une heure de programmation diffusée dans chaque langue, avec des programmes diffusés deux fois par jour.

Dans l'état actuel des choses, Radio Free Asia (RFA), une station privée américaine, produit des émissions hebdomadaires à la radio et à la télévision dans neuf langues asiatiques : en chinois mandarin, en chinois cantonais, en tibétain, en ouïgour, en birman, en vietnamien, en laotien, en khmer et en coréen, environ dix minutes pour chaque langue, ce qui ne concerne en rien les minorités ethniques de la Birmanie. Par contre, Radio Myanmar via la chaîne MRTV diffuse des bulletins dans quelques langues ethniques: le kachin, le kayah, le môn, le rakhine, le shan, le wa, le chin et le kayin. Quoi qu'il en soit, les émissions dans ces langues diffusées par le gouvernement demeurent très limitées. 

- La radio communautaire

Dans un pays avec 135 groupes ethniques et plus de 100 langues, beaucoup de citoyens n’ont guère ou pas accès aux médias grand public. Heureusement, la Loi sur la radiodiffusion (2015) a ouvert la voie aux radios communautaires pour permettre aux communautés minoritaires de créer leurs propres stations de radio. La radio communautaire est encore un nouveau concept en Birmanie. La première station de radio communautaire fut Khayae FM; des bénévoles produisent des émissions radiophoniques pour quelque 25 000 auditeurs dans la banlieue de Rangoon. D'autres radios communautaires sont à prévoir dans les États ethniques, notamment dans les États de Shan, de Môn et de Chin.

Les médias communautaires visent à combler une grave lacune en fournissant des médias participatifs et pertinents au sein de communautés spécifiques. Distincts des médias locaux, qui peuvent être commerciaux, privés ou publics, les médias communautaires sont à but non lucratif et sont produits uniquement par des membres de la communauté qui couvrent les actualités de leur communauté. Le projet de la radio communautaire a été soutenu par le Programme international pour le développement de la communication (PIDC) de l'UNESCO. Cependant, le Conseil national de radiodiffusion (National Broadcasting Council) créé en vertu de cette loi veille au grain afin d'éviter tout «débordement».

Évidemment, les émissions et les services fonctionnent mieux et sont plus efficaces lorsqu'ils sont offerts en deux langues, soit en birman et dans une langue autochtone non birmane. Il y a quelques années encore, les autorités de la Birmanie supposaient que tout le monde pouvait parler et lire le birman ou qu'il le... devrait. La réalité s'est révélée tout autre!

- Les médias audiovisuels

Il existe sept chaînes de télévision en Birmanie, dont MTV1 et MTV2 qui sont les principales chaînes avec MRTV, MRTV-4 et MWD-TV. Ces chaînes diffusent des émissions d’actualités et de divertissement en langue birmane, tandis que MRTV-3 est une chaîne de langue anglaise destinée à un public international. La télévision par satellite n'est plus illégale et des antennes paraboliques peuvent être vues sur de nombreux bâtiments. L'opérateur local Sky Net fournit plus de 70 chaînes d'origine locale et internationale. En février 2010, CNN, en anglais, a été retirée temporairement de la télévision birmane.

La seule station privée birmane était jusqu'à récemment MM.  En 2019, une nouvelle chaîne de télévision privée est apparue: Fortune TV, qui propose des émissions éducatives et culturelles, ainsi que des émissions de divertissement. En 2012 est apparue une chaîne gratuite, Channel 7, destinée au jeune public de la Birmanie; cette chaîne est bien connue pour ses émissions destinées aux jeunes, notamment les émissions les plus récentes et les plus novatrices du pays. De plus, Myanmar International (MITV), la chaîne de langue anglaise, cible les auditoires étrangers par satellite et par Internet. Pour ce qui est des langues ethniques, c'est le désert, sauf pour la chaîne de télévision appelée National Races Channel dédiée en huit langues nationales : le kachin, le kayah, le kayin, le chin, le môn, le rakhine, le shan et le wa. Chacune de ces langues reçoit deux heures par jour de diffusion, à l'exception du kayin qui bénéficie d'une heure pour chacune de ses trois variétés dialectales. Se sont ajoutées des émissions en kerène, en kokang et en danu.

En raison de la concentration de la télévision dans les zones urbaines, les membres de la société les plus aisés au point de vue économique sont les téléspectateurs les plus nombreux. En raison de l’absence de diffusion locale en milieu ethnique, les téléspectateurs doivent regarder les émissions en birman ou en anglais. En somme, pour le moment, le contenu télévisé dans les langues ethniques est fragmenté et relativement limité.

La situation des droits linguistiques en Birmanie constitue l’un des pires exemples du genre dans le monde entier. En réalité, on ne peut même plus parler de droits, puisque le minimum, celui du droit à la vie, n’a même pas été respecté. Amnistie Internationale a souvent montré du doigt la narcodictature qui a dirigé la Birmanie durant trop de décennies : violation du droit d'expression, trafic d’héroïne érigé en système politique, tortures en tout genre des personnes incarcérées, souvent sans procès, génocide et nettoyage ethnique. Même l'espoir de gagner une ou deux places dans le rang des nations moins pauvres semble confisqué. En somme, la Birmanie est devenu un «pays de fer» au fond de l'abîme.

La nouvelle démocratie au pouvoir est porteuse d'espoir, mais le chemin est encore très long avant de voir le pays devenir un État de droit. Les minorités ethniques revendiquent l’instauration d’un véritable État fédéral leur garantissant plus d’autonomie et la reconnaissance constitutionnelle de leurs droits. Mais ces nombreuses minorités ethniques se méfient encore de leur gouvernement central, car l'armée a encore conservé de nombreux pouvoirs. De fait, aucun accord de réconciliation nationale n’a pu être obtenu et l’armée birmane continue de lancer des offensives militaires contre plusieurs groupes ethniques et de commettre des exactions sur les civils. L'armée montre ainsi son manque de volonté d’écouter les revendications des minorités et de résoudre les conflits.

La difficulté du gouvernement birman consiste à rallier une ethnie birmane majoritaire aux autres minorités ethniques, et à tenter de constituer une vraie fédération. Pourtant, la victoire de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) semblait être une promesse de changements majeurs vers un réel processus de paix entre l'État central et les différents groupes ethniques vivant en périphérie. Toutefois, le gouvernement actuel doit composer avec un parlement dominé par les militaires et leurs alliés. Tout chef du gouvernement birman doit donc trouver un équilibre et tenter un programme de réformes sans se mettre à dos les militaires qui peuvent encore tout chambouler. C'est pourquoi tout nationalisme birman qui rallierait les langues et les cultures de chacune des grandes communautés nationales est pour le moment irréalisable. Pourtant, la stabilité du pays dépend beaucoup de l’évolution des relations entre l’État birman et ses minorités ethniques.
 

Dernière mise à jour: 25 sept. 2019


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