Pour la première fois de leur longue
histoire, les Kurdes étaient privés de leur autonomie
culturelle. En Irak, les Kurdes
furent aussitôt considérés comme un groupe minoritaire pouvant
mettre en danger le nouvel État. Dans le passé, les conquérants n'avaient
jamais entrepris de
couper les Kurdes de leurs racines et de leur identité culturelle.
C'est pourquoi les diverses variétés linguistiques du kurde ont pu
survivre sans obstacle. De tous les peuples de l'ancienne
Mésopotamie, les Kurdes furent la
population qui a payé le plus cher tribut du dépeçage de l'Empire
ottoman dans la région.
Néanmoins, le général Mustapha Barzani, principal
chef du mouvement national kurde, réussit à tenir en échec l’armée
irakienne durant quatorze ans, ce qui permit une certaine autonomie.
Les succès militaires de Barzani furent favorisés par le soutien que
lui accordait le shah d’Iran en matière d’armement, d’instruction
militaire et de logistique.
Le général
Kasem exerça un pouvoir si dictatorial qu'il finit par être renversé par un
groupe d’officiers du Parti Bass et exécuté le 8 février 1963.
Le Parti Baas prit le pouvoir
|
Article 1er
La langue kurde doit
être, aux côtés de la langue arabe, la langue officielle dans les
régions à majorité kurde ; le kurde sera la langue d'enseignement
dans ces régions et il sera enseigné dans tout l'Irak comme langue
seconde.
Article 4
Tous les
fonctionnaires dans les régions à majorité kurde doivent être Kurdes
ou au moins kurdophones.
Article 15
Le peuple kurde doit
partager le pouvoir législatif d'une façon proportionnelle à sa
population en Irak. |
Enfin, comme
la plupart des minorités irakiennes sont situées dans la région
kurde, l’administration locale kurde se voyait chargée de
veiller aux intérêts et aux droits des Assyriens, des Arméniens,
des Turkmènes, etc. De plus, les
Kurdes pouvaient développer leurs propres journaux, radios et télévisions, le tout en
langue kurde. Enfin, comme la plupart des minorités irakiennes sont situées dans la
région kurde, ladministration locale kurde se voyait chargée de veiller aux
intérêts et aux droits des Assyriens, des Arméniens, des Turkmènes, etc.
L'article 14
des accords prévoyait «l'autonomie du peuple kurde dans la
région formée par l'unification des gouvernorats et unités
administratives habités par une majorité kurde, conformément au
recensement officiel qui aura lieu». Les autres articles
précisaient que le kurde serait la langue officielle et la
langue d'enseignement dans les régions peuplées en majorité par
les Kurdes, et que le recrutement de Kurdes dans
l'administration et l'armée constituerait une part «équitable»
des budgets de développement pour les régions kurdes, la
nomination d'un vice-président kurde, et leur participation au
pouvoir législatif en fonction du pourcentage de la population
en Irak. Enfin, le PDK pouvait reprendre ses activités et
publier son journal Al-Taakki.
Ces dispositions générales sont définies par la décision n° 228
du conseil du commandement de la Révolution, qui
prévoit, en particulier un vice-président kurde, des
fonctionnaires kurdes (parlant kurde) dans les circonscriptions dont
la population est majoritairement kurde et l'absence de
discrimination dans la fonction publique.
En réalité, si Saddam Hussein avait lui-même
négocié et signé ces
accords, c'est parce qu'il n'avait pas l'intention de les appliquer: il voulait
simplement gagner du temps avec les Kurdes
afin de «régler» le problème à sa façon.
On dit que le général Barzani
savait également que les accords du 11 mars 1970 ne seraient pas
appliqués par Saddam Hussein, mais il désirait, lui aussi,
gagner du temps. De fait, tout traîna en longueur à un
point tel que les Kurdes finirent par se soulever contre le gouvernement et la
guerre recommença. Mais les révoltes kurdes furent finalement réprimées dans le sang par les
Forces armées irakiennes.
- La loi
n° 33 du 11 mars 1974
Plus tard,
Saddam Hussein compléta le statut d'autonomie par la
loi n° 33 du 11 mars 1974. Selon l'article 1, la région du
Kurdistan est une entité administrative distincte mais constitue
une partie inséparable de l'Irak:
|
Article 1er
La
région du Kurdistan bénéficie et doit être
considérée comme une unité administrative distincte
dotée d'une personnalité distincte dans le cadre de
l'unité juridique, politique et économique de la
république d'Irak.
La
région est une partie inséparable du territoire de
l'Irak et son peuple et constitue une partie
intégrante du peuple irakien. La ville d'Arbil est
le siège du quartier général de l'administration
autonome et des institutions autonomes, et fait
partie de l'institution de la République d'Irak. |
L'article 2 reconnaissait le kurde comme
langue co-officielle dans la région autonome, donc de
l'enseignement :
|
Article 2
a) En plus de l'arabe, le kurde doit être
une langue officielle dans la région;
b) L'arabe et le kurde sont les langues
de l'éducation, à toutes les étapes et dans tous
les établissements, pour les Kurdes dans la
région, conformément au paragraphe e) du présent
article;
c) Des établissements d'enseignement pour
les membres du groupe ethnique arabe doivent
être prévus dans la région. Dans ces
établissements, l'instruction doit être en arabe
et la langue kurde est enseignée comme matière
obligatoire;
d)
Tous les résidents de la
région,
quelle que soit leur
langue maternelle,
doivent avoir
le
droit de choisir
les
écoles
dans lesquelles ils
souhaitent
recevoir leur instruction;
e) Toutes les étapes
de la formation dans la région doivent être
régies
par
l'enseignement général
de
l'État. |
C'est alors que les demandes pour enseigner
le kurde dans les écoles primaires ont augmenté
considérablement, surtout dans les gouvernorats de Dohouk,
d'Erbil, de Soulaimanyeh, de Kirkouk, de Ninive et de
Diyala. La langue et la littérature kurdes furent autorisées
dans les écoles secondaires dans les régions désignées pour
l'enseignement du kurde.
Le Kurdistan irakien comprend alors les
trois gouvernorats de Soulaimanyeh, d'Arbil (Erbil)
et de Dohouk. Conformément à la loi n° 33 de 1974, le Conseil
législatif de la région autonome détenait les compétences
suivantes :
1) l'adoption des textes de loi nécessaires à l'essor de la région
et au développement des services sociaux, culturels et économiques à
caractère local dans le cadre de la politique générale de l'État ;
2)
l'adoption des textes de loi relatifs à la promotion de
la culture,
des particularismes et des traditions nationales des citoyens de la
région ;
3) l'adoption des textes de loi relatifs aux instances à caractère
officieux et aux entreprises locales ;
4) l'adoption des projets de plans détaillés préparés par Conseil
exécutif dans les domaines économique.
- La politique
colonialiste
Évidemment,
lautonomie kurde fut de courte durée. Les négociations avec le gouvernement
irakien échouèrent parce que les Kurdes trouvèrent insuffisante lautonomie
accordée. Dès lors, soutenus financièrement et encouragés par lIran qui refusait
toute concession à ses propres Kurdes, les Kurdes dIrak se soulevèrent contre le
gouvernement de Bagdad. La guerre se termina en 1975 lorsque l'Iran retira son soutien aux
Kurdes irakiens, après avoir conclu un accord avec l'Irak. De plus, l'invasion,
l'occupation et la division du Kurdistan n'ont pas seulement affecté les Kurdes, mais
aussi les minorités assyrienne, arménienne, turkmène, etc. Dès lors, le
régime de Saddam Hussein entreprit une campagne d'arabisation et des centaines
d'écoles kurdes durent fermer. En fait, des milliers d'écoles furent entièrement
détruites, tandis que des milliers d'enfants furent privés d'instruction.
En 1983, la
Loi n° 28 de
1983 précisa les droits des populations arabes et des groupes
minoritaires, ce qui incluait les Kurdes, dont le nom n'était
même plus mentionné :
| Article 3
a)
Les droits et les libertés des Arabes et des membres
des groupes minoritaires dans la région doivent être protégés,
conformément aux dispositions de la Constitution, de la loi et des
décisions promulguées en relation avec celles-ci. L'administration
autonome est tenue de garantir l'exercice de ces droits et ces
libertés ;
b) Les Arabes et les
membres de groupes minoritaires dans la région doivent être
représentés dans toutes les institutions autonomes sur la base de
leurs membres en proportion de la population totale de la région et
ils auront accès à des fonctions publiques, conformément aux
règlements et décisions s'y rapportant. |
La ville d'Arbil (Erbil) fut proclamée «capitale d'été» par
Saddam Hussein à la suite des contributions de la population arabophone à la
guerre contre l'Iran. En réalité, la politique colonialiste
imposée par Bagdad avait pour effet de susciter une hostilité des minorités
contre les Kurdes, sinon une hostilité réciproque, provoquant affrontements, déportations et
exils. La région autonome comptait alors une bonne
proportion d'Arabes irakiens, car Saddam Hussein avait poursuivi une politique
d'arabisation intensive (et de minorisation des Kurdes) : des
milliers de familles kurdes furent chassées des villes de Kirkouk et de Mossoul.
Les maisons que ces familles avaient fuies furent occupées par des «colons» arabes
irakiens. En réalité, plus de 400 000 non-arabophones de Kirkouk
furent ainsi forcés de renoncer à leur nationalité et de
se déclarer Arabes ou durent chercher refuge dans les zones libérées (sous
contrôle international) du Kurdistan irakien.
3.4 La «solution finale» de
1987
Malgré la politique d'arabisation intensive dans le Kurdistan, les «déplacements»
de population, les exécutions des leaders kurdes, les guerres qui durent par
intermittence depuis 1961, le gouvernement irakien na jamais pu venir à bout des
Kurdes. Cest alors que commença en 1987 la campagne génocidaire du régime du
président Saddam Hussein. En effet, le décret no 160 du 29 mars 1987
du Conseil de commandement de la Révolution (CCR) mettait en œuvre la «solution
finale» au problème kurde en recourant aux armes chimiques. Bien que formellement
interdit par la convention de Genève depuis 1925, l'usage des armes chimiques fut ainsi
utilisé pour la première fois par un État contre une partie de sa propre population. Le
3 juin 1987, le proconsul, un cousin de Saddam Hussein, signa sa directive personnelle no
28/3650 qui déclarait «zone interdite» un territoire couvrant plus de 1000 villages
kurdes d'où toute vie humaine ou animale devait être éliminée:
| Toute circulation de nourriture, de personnes ou de machines vers des villages
prohibés pour des raisons de sécurité est totalement interdite [...]. Concernant les
moissons, elles doivent être terminées avant le 15 juillet et, à partir de cette
année, l'agriculture ne sera plus autorisée dans cette région [...]. Les Forces armées
doivent tuer tout être humain ou animal présent dans ces zones. |
Afin de «nettoyer» les réduits des maquisards et les villages de montagnes
difficiles d'accès, les Forces armées irakiennes durent évacuer et détruire tous les
villages kurdes, regrouper leurs habitants dans des camps aménagés le long des grands
axes routiers et éliminer physiquement les populations considérées comme «hostiles».
Au
total, 200 000 soldats dont un bataillon darmes chimiques soutenus par
laviation menèrent une «campagne de nettoyage final» dans le Kurdistan,
particulièrement dans les zones kurdes longeant la frontière turque. Les
destructions des villes et villages kurdes se poursuivirent jusquen 1989 alors que Qala Diza, une ville de 120 000 habitants près de la frontière iranienne, fut évacuée,
dynamitée et complètement rasée. Au total, plus de 4500 villages furent rayés de
la carte dans le cadre de la «campagne Anfal», dans l'indifférence générale de la
communauté internationale. Plus de 200 villages furent gazés, dont Halabja où
5000 habitants succombèrent au cocktail chimique déversé par l'aviation
irakienne. Le nettoyage ethnique fut exécuté lors de raids nocturnes,
d'exécutions de masse, les corps jetés dans des fosses communes anonymes. La
plupart des corps des 180 000 victimes n'ont jamais été retrouvés. Puis, en 23 avril 1989, le président Saddam Hussein,
estimant la question kurde «réglée», abolit le Comité des affaires du Nord du CCR qu'il
avait créé dix ans auparavant et révoqua les pouvoirs spéciaux conférés au
proconsul, son cousin. Tout ne fut pas terminé pour autant! À cette époque,
Saddam Hussein, en guerre contre l'Iran, n'était pas encore inscrit sur la liste
noire des Américains.
4 La «zone de protection» internationale
Peu de temps après la guerre
du Golfe, en mars 1991, les populations kurdes d'Irak furent de nouveau la cible des
militaires irakiens: ce furent les massacres des populations civiles par des gaz chimiques et exode de
trois millions de kurdes. Cest pourquoi, en avril 1991, la résolution n° 688 de
l'ONU imposa à lIrak une «zone de protection» dans le nord du pays et décida
d'en garantir la sécurité par des patrouilles aériennes au nord du 36e parallèle
surveillées par les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne lors de l'opération
appelée «Provide Comfort».
Mais les Kurdes irakiens ont dû se débrouiller tout seuls
dans leur zone soumise à l'embargo international contre l'Irak qui leur avait interdit
d'importer le moindre équipement technique et de concevoir le moindre projet de
développement économique. Cet isolement fut accentué par un blocus irakien, décrété
en octobre 1991: Bagdad avait retiré tous ses fonctionnaires des provinces kurdes et
interdit l'entrée dans celles-ci de l'essence et de tout autre produit pétrolier.
Lorsque la guerre du Golfe a éclaté en 1991, le Kurdistan irakien était déjà en
ruines. C'est ce que désirait Saddam Hussein: semer le chaos dans la région.
Néanmoins,
la création d'une zone d'exclusion aérienne dans le nord de l'Irak,
protégée par les militaires américains et britanniques, ont eu pour effet de conférer aux
Kurdes une autonomie réelle. En 1992, les Kurdes d'Irak tinrent leurs
premières élections démocratiques, lesquelles permirent la création, à Erbil,
d'un parlement kurde autonome et d'un gouvernement régional
démocratiquement élu. Le Parlement autonome comptait 100 sièges
réservés aux Kurdes, 5 aux Assyriens et 10 aux Turkmènes.
Soucieux de rassurer les États voisins, le Parlement kurde se
prononça en faveur d'un fédéralisme respectant l'intégrité
territoriale de l'Irak. Comme on pouvait s'y attendre, les
écoles kurdes furent réouvertes dans toutes les régions
«libérées». En ce qui concerne les diverses minorités
linguistiques du Kurdistan, les autorités kurdes entreprirent de
promouvoir le statut des langues minoritaires afin qu'elles
puissent être utilisées dans les médias et dans l'enseignement
dans les écoles primaires et secondaires. En même temps, le
kurde dut être promu comme langue de l'administration dans les
zones kurdes. Les populations arabes sunnites implantées
par Saddam Hussein ont été dans l'obligation de rendre les
terres aux Kurdes et de voir leurs villes incluses dans un
Kurdistan autonome.
4.1 Les
luttes inter-kurdes
Toutefois, faute de moyens, ladministration kurde n'a
pu
mettre sur pied une force de police autonome, ni même payer régulièrement les
fonctionnaires assurant les services de base. Les milices des partis, héritées de la
période de guérilla, assurèrent alors l'ordre public. De plus, les partis kurdes au
pouvoir, nayant pu élaborer de politique commune les élections au suffrage
universel de mai 1992 avaient donné une supériorité dun seul siège au Parti
démocratique kurde (PDK) de Massoud Barzani sur l'Union patriotique du Kurdistan (UPK) de
Jalal Talabani soutinrent des milices séparées qui ont rapidement dégénéré en
guerres inter-kurdes, le tout encouragé par les pays voisins (Iran et Turquie),
ce qui plongea la région dans le chaos.
 |
Le Kurdistan autonome fut rapidement scindé en deux entités
tribalo-politiques, l'une au nord, adossée à la Turquie et dominée par le PDK de
Barzani, l'autre, au sud, adossée à l'Iran, et sous le contrôle de lUPK de
Talabani: autrement dit, un «Barzaniland» contre un «Talabaniland». Pire, pendant que
le premier quémandait de laide au maître de Bagdad, le second faisait de même
auprès de Téhéran, le tout ponctué de fortes embrassades télévisées. Selon toute
vraisemblance, les Américains auraient versé aux deux chefs kurdes près de 100 millions
de dollars afin dhumilier, harceler et affaiblir le président Saddam Hussein. Ces
luttes fratricides ne se sont terminées que vers la fin de 1996 au prix de milliers de
morts. Massoud Barzani, le leader du Parti démocratique kurde, est devenu temporairement
le maître du Kurdistan irakien. La situation chaotique au Kurdistan irakien a
certainement favorisé les interventions de l'armée iranienne et surtout de l'armée
turque. |
La guerre civile de 1994 à 1998, au cours de
laquelle se sont affrontés les partisans du PDK de Barzani et de l’UPK de
Talabani,
n’est pas encore complètement effacée des mémoires. Aujourd'hui, la nouvelle génération ne
semble pas adhérer nécessairement «vieux partis» de leurs prédécesseurs et elle ne cautionne pas
toutes les décisions politiques des deux principaux partis kurdes.
En avril 1993, cétaient les troupes iraniennes qui occupèrent une partie
du territoire du Kurdistan d'Irak, et des dizaines de villages nouvellement reconstruits
furent détruits et plus de 10 000 paysans kurdes durent fuir les zones pilonnées part
l'artillerie lourde de l'armée iranienne.
En mars 1995, la Turquie poursuivit ses
ingérences et 35 000 militaires envahirent la zone dite «de protection» de lIrak
pour multiplier, un mois et demi durant, les destructions et les massacres... Le 22 octobre 1997,
le quotidien turc Hurriyet, sappuyant sur des sources officielles, révéla
que 8000 soldats turcs resteraient à l'intérieur de l'Irak dans une zone tampon d'une
profondeur de 15 kilomètres, le long des 330 kilomètres d'une frontière qui sépare les
deux pays.
Au terme de cette guerre génocidaire, 90 % des villages kurdes ont été
rayés de la carte, ainsi qu'une vingtaine de villes. Les campagnes sont restées
truffées d'environ 15 millions de mines afin de les rendre impropres à l'agriculture et
à l'élevage. De plus, 1,5 million de paysans kurdes ont été internés dans des camps.
Depuis 1974, la guerre de Bagdad contre les Kurdes sest soldée par plus de 400 000
morts, dont près de la moitié disparus, soit environ 10 % de la population kurde de
l'Irak.
4.2 La
reconstruction du Kurdistan
Néanmoins, cest dans ce contexte apocalyptique de crise économique, de pénurie
(eau, électricité, pétrole, alimentation, soins de santé, etc.) et de violence et avec
l'aide de certaines organisations non gouvernementales que les Kurdes ont pu reconstruire
une partie de leurs villages détruits, redémarrer tant bien que mal l'agriculture,
rouvrir de nombreuses écoles et même assurer le fonctionnement intermittent de trois
universités. En 2000, les Kurdes avaient
reconstruit plus de 70 % de ce que Saddam Hussein avait réussi à détruire, dont
plus de 3000 villages. Les deux grands partis politiques,
le Parti démocratique kurde (PDK) de Massoud Barzani et l'Union patriotique du
Kurdistan (UPK) de Jalal Talabani, n’ont pas cessé de mobiliser leurs
forces de façon à se maintenir dans leur espace et à y installer un appareil
militaire et civil efficace.
Le
gouvernement autonome
s'est mis à utiliser le kurde dans ses
relations avec la population locale. Quarante partis politiques
représentèrent les divers courants ethniques et religieux de la région, et
possédèrent leurs propres médias. La
justice ou ce qui en restait
s'est remis à fonctionner en kurde, et les fonctionnaires du régime en exil à utiliser le
kurde.
En
éducation,
la résolution SCR-986 du gouvernement régional kurde prévoyait dès 1997 l'affectation
de fonds plus substantiels pour le développement du système éducatif. Le gouvernement kurde a construit 160 établissements secondaires et 85 jardins d'enfants.
En ce qui concerne les études supérieures, le gouvernement kurde d'Irak a préparé un plan global représentant un budget de 25 millions de dollars
US et, depuis l'application de la résolution SCR-986, un changement significatif s'est produit dans l'éducation,
car le nombre d'accès aux études universitaires (lUniversité de Salah al-Din)
a augmenté.
|
Établissements scolaires au Kurdistan d'Irak en 1998/1999 |
|
Établissements
scolaires |
Nombre d'enseignants |
Nombre d'étudiants |
Nombre
de
collèges et d'écoles |
Nombre
de
départements |
|
Universités |
|
|
|
|
|
Salahadin |
444 |
7 524 |
12 |
44 |
|
Souleimaniyeh |
159 |
3 067 |
7 |
18 |
|
Duhouk |
149 |
1 689 |
7 |
16 |
|
Instituts de Technologie |
|
|
|
|
|
Erbil
Technical |
35 |
1 077 |
1 |
9 |
|
Souleimaniyeh
Technical |
35 |
1 628 |
1 |
8 |
|
Duhok
Technical |
56 |
845 |
1 |
5 |
|
Écoles
secondaires |
- |
- |
- |
- |
|
Erbil |
2982 |
42 612 |
146 |
- |
|
Souleimaniyeh |
2492 |
52 124 |
182 |
- |
|
Duhouk |
1020 |
27 004 |
97 |
- |
|
Source :
http://www.gy.com/www/ww1/ku_e.htm |
En matière d’éducation, il
reste encore à accroître le nombre des professeurs, développer l’Université de
Saladin et ouvrir des
établissements denseignement à Erbil et à Souleimaniyeh, afin de disposer
déquipements adéquats pour les étudiants. Les établissements scolaires accusent
une pénurie alarmante de matériel pédagogique: livres en kurde, mobiliers, tableaux
noirs, etc.
Un référendum sur l’indépendance doit se tenir le 25 septembre 2017 dans le
Kurdistan irakien.
5 La politique linguistique du
Kurdistan
La politique linguistique décrite ici est celle
correspondant après l'adoption de la Constitution irakienne de
2005 créant ainsi un «État fédéré» avec le Kurdistan irakien.
Dans les faits, le fédéralisme irakien a été adopté
spécifiquement pour la Région autonome du Kurdistan (article 117.1
de la Constitution).
|
Article 117 1) La présente Constitution, dès son entrée en vigueur,
reconnaît la région du Kurdistan, ainsi que ses pouvoirs existants,
comme une région fédérée.
2) La présente Constitution prévoit que de nouvelles régions
peuvent être établies conformément à ses dispositions.
|
5.1 La
région autonome
Seul le Kurdistan, qui
regroupe les provinces ou gouvernorats d'Erbil (Arbil en arabe), de Dohouk (Dahūk
en arabe) et de Souleimaniyeh (prononcer [sou-lai-manié]), a
actuellement le statut de «région autonome» en Irak. D'autres
gouvernorats réclament le statut de «région autonome» : Saladin,
Anbar et Basrah
(voir la carte
du pays avec ses gouvernorats). Bref, si plusieurs
gouvernorats ont
exprimé leur désir d'acquérir ce statut, les
dirigeants irakiens fédéraux ont estimé qu'une telle entreprise
était prématurée et pourrait provoquer des conflits à l'intérieur du
pays.
 |
La
formation des autres régions autonomes, notamment dans les zones chiites, a été
reportée à la demande des sunnites à la suite d'une loi élaborée dans les six
mois suivant la première réunion de la Chambre des députés (ou Chambre des
représentants). Cette période de six mois commençait à partir du 16
mars 2006, mais aucune loi n'a pu encore être adoptée à ce jour. C'est pourquoi l’Irak
fédéral n'est composé que d’une seule région fédérée, le Kurdistan, les autres
gouvernorats demeurant
durant un temps indéterminé sous la seule autorité du gouvernement fédéral.
Les deux plus grandes villes du Kurdistan irakien,
Mossoul et Kirkouk,
pourtant à forte population kurde, ne sont pas
incluses dans la Région autonome. La frontière
n'est d'ailleurs pas encore définitive jusqu'à ce qu'un recensement et des
élections soient organisés par le gouvernement Irakien. |
Ces mesures ont été prévues à l'article 58-c de la
Loi
sur l'administration de l'État de l'Irak sous la période de transition
(2004) :
|
Article 58
(C)
La résolution
permanente
des
territoires disputés,
y compris
Kirkouk,
doit être
reportée jusqu'à
ce que ces mesures
soient complétées,
qu'un recensement
juste et
transparent ait été
mené et que la
constitution
permanente ait
été ratifiée.
Cette résolution
doit être compatible
avec le
principe de la
justice, en tenant
compte de la volonté
de la population
de ces
territoires. |
La situation politique étant ce qu'elle est
en Irak, rien n'a été fait jusqu'à ce jour. La Constitution
irakienne de 2005 prévoit un référendum à Kirkouk, dont le
gouvernorat compte 900 000 habitants et recèle les deuxièmes
plus grandes réserves pétrolières du pays après le Sud. En
raison des nombreux désaccords, le référendum dut être
repoussé à plusieurs reprises et n’a finalement jamais eu
lieu. Profitant du vide juridique, les forces kurdes en ont
profité pour s’emparer de la ville de Kirkouk, et ce, sans
résistances. Il faut préciser que, devant l’avancée
spectaculaire de l’État islamique dans la région, les Kurdes
n'avaient plus besoin d'autre motif pour
intervenir militairement. Cette prise de Kirkouk constitue un atout
supplémentaire pour faire valoir leurs
revendications auprès de l’État central.
5.2 La Constitution
fédérale
Au plan religieux, l’Irak est multiforme. Cette
réalité est aujourd'hui inscrite dans la
Constitution
fédérale,
dont l’article 3 proclame que «l’Irak est un pays aux
multiples ethnies, religions et confessions»:
|
Article 3 L'Irak est un pays aux
multiples ethnies, religions et confessions. Il est un membre
fondateur et actif de la Ligue arabe ; il applique sa charte, et il
fait partie du monde islamique. |
Les nouvelles dispositions sur la question linguistique ne peuvent qu'être
plus positives pour l'ensemble des communautés qui habitent ce pays. L'article 4
de la Constitution fédérale de 2005 édicte ce qui suit:
Article 4
1) L'arabe et le kurde sont les deux langues officielles de
l'Irak. Le droit des Irakiens d'instruire leurs enfants dans leur langue
maternelle est garanti, comme le turkmène, le syriaque et l'arménien, dans
des établissements d'enseignement publics, conformément aux directives
éducatives, ou en toute autre langue dans des établissements
d'enseignement privés.
2) La portée du terme de langue officielle et les moyens
d'appliquer les dispositions du présent article seront définis
conformément à la loi qui doit inclure :
a) La publication du Journal officiel en deux langues;
b) Les discours, communications et manifestations dans leurs formes
officielles, telles que le Conseil des représentants, le Conseil des
ministres, les tribunaux et les conférences officielles, dans chacune des
deux langues;
c) La reconnaissance et la publication des documents et correspondances
officiels en deux langues;
d) Les écoles publiques qui enseignent les deux langues, conformément
aux directives d'enseignement;
e) L'usage des deux langues dans toute disposition décrétée en vertu du
principe de l'égalité comme les billets de banque, les passeports et les
timbres.
3) Les institutions et agences fédérales dans la région
du Kurdistan doivent employer l'arabe et le kurde.
4) Le turkmène et le syriaque sont deux autres langues
officielles dans les unités administratives au sein desquelles elles
représentent une densité d'occupation.
5) Chaque région ou gouvernorat peut adopter une autre
langue locale comme une langue officielle complémentaire si la majorité de
sa population en décide lors d'un référendum général. |
En fait, les dispositions constitutionnelles
de 2005 proviennent de la Loi sur
l'administration de l'État de l'Irak sous la période de transition (2004).
En témoigne l'article 9 de la loi, aujourd'hui obsolète:
Article
9
La langue arabe et la langue kurde
sont les deux langues officielles de l'Irak. Le droit des Irakiens
d'éduquer leurs enfants dans leur langue maternelle comme le
turkmène, le syriaque ou l'arménien dans les établissements publics
d'enseignement, conformément aux orientations
pédagogiques, ou dans toute autre langue dans les établissements
privés d'enseignement, est garanti.
La
portée de l'expression
«langue officielle»
et les moyens
d'application des
dispositions du
présent article
sont définis
par la loi et
doivent comprendre:
(1)
La
la
publication du Journal officiel
dans les deux langues;
(2)
La parole et
l'expression dans les domaines officiels, comme la Chambre des
représentants, le Conseil des ministres, les tribunaux et les
conférences officielles, dans l'une ou l'autre des deux langues ;
(3)
L'examen
et la publication des documents officiels et de la correspondance
dans les deux langues ;
(4)
L'ouverture
d'écoles qui enseignent les deux langues, conformément aux
orientations pédagogiques ;
(5)
L'utilisation
des deux langues dans toute question visée par le principe
d'égalité, comme les billets de banque, les passeports et les
timbres.
(6)
L'utilisation des
deux langues dans les
institutions
et
organismes fédéraux
dans la
région du Kurdistan.
|
L’arabe et le kurde sont maintenant les deux
langues officielles de l’Irak. Il en résulte que le kurde est devenu la
cinquième langue officielle au Proche-Orient, après l'arabe, le farsi (iranien
ou persan), le turc et l’hébreu.
De plus, les autres minorités (chaldo-assyrienne et
turkmène) ont le droit d’utiliser leur langue dans leurs établissements
d'enseignement et les entités administratives locales.
Les sunnites avaient demandé que seul l'arabe soit la langue
officielle de l'Irak et le kurde, la langue officielle pour le Kurdistan, ce que
refusaient les Kurdes. De plus, les Kurdes ont réussi à obtenir que soient
mentionnées les autres langues, telles que le turkmène et le syriaque, et le
droit de ces minorités de faire instruire leurs enfants dans leur langue
maternelle.
Quant à l'article 125 de la
Constitution fédérale de 2005, il garantit des droits administratifs,
politiques, culturels et éducatifs aux diverses nationalités, telles que les
Turkmènes, les Chaldéens, les Assyriens et tous les autres composants du pays:
Article 125 :
La présente Constitution garantit les droits administratifs,
politiques, culturels et éducatifs aux diverses nationalités, telles que
les Turkmènes, les Chaldéens, les Assyriens et toutes les autres composantes
du pays. Il en sera prévu ainsi conformément à la loi. |
Le Kurdistan conserve son statut
d'autonomie dans le cadre d'une fédération, alors que les autres provinces du
pays pourront élaborer un éventuel gouvernement local, en attendant que cette
question soit réglée par un gouvernement dûment élu.
L'islam continue d'être la religion
officielle de l’État et l’une des sources de législation, tout en garantissant
la liberté totale de toutes les autres religions et de leurs pratiques.
5.3 La Constitution régionale de 2009
Le Kurdistan irakien dispose de sa propre
constitution
(2009). L'article 1er
proclame que «la région du Kurdistan
irakien est une région au sein de l'État fédéral de l'Irak»:
|
Article 1er
La région
du Kurdistan irakien est une région au sein de
l'État fédéral de l'Irak. Elle est une république
démocratique avec un système politique parlementaire
basé sur le pluralisme politique, le principe de la
séparation des pouvoirs, ainsi que le transfert
pacifique du pouvoir au moyen des élections
directes, générales et périodiques, qui utilisent un
scrutin secret.
|
L'article 7 de la
Constitution régionale
énonce que «le peuple du Kurdistan irakien a le droit de
déterminer son propre destin, et a choisi de son propre gré
d'être une région fédérale au sein de l'Irak»:
|
Article 7
Le peuple
du Kurdistan irakien a le droit de déterminer son
propre destin, et a choisi de son propre gré d'être
une région fédérale au sein de l'Irak, aussi
longtemps que l'Irak respectera le système fédéral,
démocratique, parlementaire et pluraliste, et
restera attaché aux droits des individus et des
groupes, tel qu'il est énoncé dans la Constitution
fédérale.
|
L'article 14 de la
Constitution
contient les dispositions linguistiques. Il reconnaît que le kurde et l'arabe
sont les deux
langues officielles de la Région autonome du Kurdistan
et que tous les citoyens ont le droit de faire instruire leurs enfants
dans leur langue maternelle, y compris les
Turkmènes, les Assyriens et les Arméniens, dans les
établissements scolaires du gouvernement et
conformément aux orientations pédagogiques.
|
Article 14
1)
Le kurde et l'arabe doivent être les deux
langues officielles de la Région du Kurdistan. La
présente Constitution garantit le droit des citoyens
de la région du Kurdistan d'instruire leurs enfants
dans leur langue maternelle, y compris les
Turkmènes, les Assyriens et les Arméniens, dans les
établissements scolaires du gouvernement et
conformément aux orientations pédagogiques.
2)
À côté du kurde et de l'arabe, le turkmène et
l'assyrien sont des langues officielles dans les
districts administratifs qui sont densément peuplées
par les locuteurs du turkmène et de l'assyrien. La
loi devras réglementer ces dispositions.
3) En ce qui concerne la langue officielle,
l'article 4 de la Constitution fédérale doit être
adopté partout où il existe une possibilité légale
d'appliquer ses dispositions dans la région du
Kurdistan.
|
De plus, le turkmène et
l'assyrien sont des langues officielles dans les
districts administratifs qui sont densément peuplées
par les locuteurs de ces langues. L'article 5 de la
Constitution
régionale énonce que la Région
autonome du Kurdistan est composée de Kurdes,
d'Arabes, de Chaldo-Assyro-Syriaques, d'Arméniens et
d'autres citoyens:
|
Article 5
Les
habitants de la région du Kurdistan sont composées
de Kurdes, d'Arabes, de Chaldo-Assyro-Syriaques,
d'Arméniens et d'autres citoyens du Kurdistan.
|
L'article 29 de la
Constitution régionale
reconnaît que les membres membres appartenant à l'un des
groupes ethniques ou religieux ont le droit à la
reconnaissance juridique de leurs noms et le droit
d'utiliser les noms traditionnels et locaux des endroits
dans leur langue:
|
Article 29
Les
membres appartenant à l'un des groupes ethniques
ou religieux ont le droit à la reconnaissance
juridique de leurs noms et le droit d'utiliser les
noms traditionnels et locaux des endroits dans leur
langue, tout en respectant les dispositions de la
législation linguistique de la région du Kurdistan. |
Enfin, l'article 22
énonce que «toute personne arrêtée doit être informée
immédiatement et dans sa langue maternelle, de
l'accusation portée contre elle»:
|
Article
22
Le
droit à un procès équitable
2) La détention des personnes est interdite. Nul
ne peut être arrêté ou emprisonné, sauf en
conformité avec la loi, et sur la base d'une ordonnance
rendue à cet effet par une autorité judiciaire
compétente. Toute personne arrêtée doit être
informée immédiatement et dans sa langue maternelle, de
l'accusation portée contre elle. L'individu
appréhendé a le droit de recourir à un avocat. Au
cours de l'enquête et au procès, le tribunal nomme
un avocat, qui siège au frais du gouvernement,
pour défendre la personne accusée d'avoir commis un
crime ou un délit et qui ne possède pas un avocat
pour la défendre.
|
5.4 Les pratiques
réelles
Dans le domaine de la législature, les
débats ont lieu en kurde et en arabe, et les lois sont
promulguées et rédigées dans les deux langues officielles.
Cependant, il subsiste certaines difficultés pour désigner
des représentants des minorités assyriennes ou syriaques. En
matière de justice, il n'est pas facile d'obtenir des
interprètes pour couvrir des procès dans les langues
minoritaires admises. En général, les procès se déroulent en
kurde ou en arabe, ou dans les deux langues. Les communautés
minoritaires et d'autres populations vulnérables font état
d'un manque persistant de mécanismes efficaces pour les
protéger de la violence des milices armées. Les
représentants des minorités disent subir certaines
discriminations dans l'exercice de leurs droits
linguistiques et politiques.
- Les langues
administratives
Malgré la réconciliation
depuis le mois de mai 2006 du PDK (Parti
démocratique kurde de Massoud Barzani)
et de l’UPK (Union
patriotique du Kurdistan de Jalal Talabani),
les partis politiques kurdes ne sont pas pour autant unis
pour former une administration unique. Dans le Nord, les
gouvernorats de Dohouk et d'Erbil sont administrés par le
PDK, alors que le gouvernorat de Souleimaniyeh est géré par
l'UPK. La principale langue administrative dans le Nord est
le
kurde kurmanji (septentrional), alors que c'est le kurde
sorani (central) dans le Sud.
En ce qui concerne les
autres langues, les Arabes et les Turkmènes accusent les
Kurdes de vouloir les «kurdifier», c'est-à-dire de les
assimiler à la majorité kurde.
Sur le terrain, les autorités kurdes contrôlent
de
facto,
grâce à une
armée
non
régulière
(les
peshmergas),
de
nombreux
territoires
disputés
de
peuplement
mixtes
où
cohabitent
plusieurs
minorités
arabes,
kurdes, turkmènes, chrétiennes, yézidies, chabak,
etc.
Par
exemple,
une
trentaine
d’unités
administratives
des gouvernorats de Ninive,
de Kirkouk et de Diyala sont
effectivement contrôlées
par
les
milices
kurdes.
Des
accrochages
avec
l’armée
irakienne se produisent fréquemment, les
forces
kurdes
s’opposent
au
déploiement
de
l'armée
fédérale
dans
les
territoires
qu’elles
contrôlent tant à
l’intérieur
qu'à
l’extérieur
du
Kurdistan. Divers
groupes
mafieux
et
criminels
en profitent
pour
s’emparer
des
richesse
dans
ces territoires.
- Les langues
d'enseignement
Le système éducatif de la Région autonome
est régi avec une responsabilité partagée entre le ministère
de l'Éducation et la Commission de l'enseignement supérieur
(Committee for Higher Education). Le ministère de
l'Éducation prend toutes les décisions stratégiques à long
ou à court terme concernant les niveaux de l'enseignement
primaire et secondaire. L'enseignement supérieur est de la
responsabilité de la Commission de l'enseignement supérieur.
Dans le Kurdistan, l'école publique est gratuite.
Les niveaux d'enseignement dans le
Kurdistan irakien comprennent deux ans d'éducation
préscolaire pour le groupe d'âge 4-5 ans (non obligatoire),
six ans pour le primaire obligatoire (6-11 ans) et six ans
pour le secondaire des deux cycles de trois ans chacun. Il
existe aussi des écoles secondaires de formation
professionnelle (industrie, commerce, agriculture, arts,
etc.) d'une durée de trois ans.
En matière d'enseignement, la politique
linguistique du gouvernement régional du Kurdistan est de
promouvoir les deux principales langues kurdes dans
l'enseignement primaire: le kurmanji et le sorani. Dans le
Nord, c'est le kurmanji, mais le sorani dans le Sud. Le
ministère de l'Éducation tente bien de fusionner
l'enseignement des deux variétés linguistiques, mais la
tâche n'est pas facile. En général, les élèves reçoivent 8
h/semaine d'enseignement en kurde, 5 h/sem. en arabe et 3
h/sem. en anglais.
Au secondaire, les langues secondes
obligatoires sont l'arabe et l'anglais. En général, les
élèves préfèrent les cours d'anglais parce que l'arabe est
perçu comme la langue de l'oppression et des atrocités de
l'ancien régime de Saddam Hussein. Par contre, l'anglais est
considéré comme la langue universelle de la modernité. Dans
tous les cas, le kurde, l'arabe et l'anglais sont enseignés
à part égale au secondaire, ce qui se traduit pas un
enseignement de quatre ou cinq heures/semaine par langue.
Le gouvernement régional du Kurdistan
favorise officiellement la diversité
et les droits linguistiques des minorités qui, selon le cas,
reçoivent un enseignement en assyrien néo-araméen, en
arménien, en syriaque, en turkmène ou en arabe.
Dans les faits, seul l'arabe est assuré dans les écoles
minoritaires, bien que le turkmène et l'assyrien, voire
l'arménien, soient offerts aux minorités, mais des
difficultés techniques et culturelles, sans oublier la
pénurie en ressources humaines (manque d'enseignants
qualifiés), empêchent souvent l'enseignement de ces langues.
Kurdes, Arabes et Turkmènes se font parfois la petite
guerre, tandis que les Kurdes se font accuser de «kurdifier»
la région.
En raison de la diversité des langues, de nombreux Kurdes utilisent l'arabe comme langue
véhiculaire afin de communiquer avec les membres de leur propre groupe
ethnique dans d'autres parties du pays. Les communautés chrétiennes
et les yézidis ont le droit de fonder des écoles dans leur
religion.
Dans les écoles privées, le kurde et
l'anglais sont les langues d'enseignement, mais il existe
plusieurs écoles où le français et l'allemand sont offerts
comme langue seconde. Ces établissements
d'enseignement sont très critiqués par la majorité de la
population kurde parce que les frais d'admission sont trop
élevés.
Par ailleurs, l'éducation au Kurdistan a
encore besoin d'un soutien financier accru, car de nombreux
bâtiments n'ont pas été reconstruits dans certaines villes,
ce qui se traduit par des écoles et des classes surchargées.
Quant à l'enseignement supérieur, il varie de deux à six
ans. Le Kurdistan compte plusieurs instituts supérieurs et trois
universités: l'Université de Saladin, l'Université de
Souleimaniyeh et l'Université de Dohouk. Au total, on
compte une vingtaine d'établissements supérieurs. Dans tous les cas, le kurde,
l'anglais et l'arabe sont les langues d'enseignement. Pour être admis dans
un établissement d'enseignement supérieur, la maîtrise de ces trois langues
est indispensable. Il existe divers cours de langue offerts par l'Institut
culturel kurde dans la région du Kurdistan, ainsi que des cours offerts par
les écoles de langues.
- Les langues et
les médias
Sous le régime de Saddam Hussein, les médias
étaient sévèrement limités et strictement contrôlés par
l'État irakien. Il existait un réseau de nouvelles appelé
«Agence irakienne de nouvelles», qui fonctionnait comme
porte-parole du régime. Tout autre support était
formellement interdit, alors que les antennes paraboliques
étaient illégales, bien que certains individus ou organismes
aient pu parfois contourner l'interdit, notamment au
Kurdistan. À cette époque, il n'y avait aucun journal en
kurde, ni station de télévision, sauf des stations de radio
clandestines.
Après 1991, l'interdiction des antennes
paraboliques fut levée et alors apparurent les journaux, les
stations de radio et de télévision en langue kurde. Il
existe beaucoup de journaux en langue kurde, de même que des
stations de radio et de télévision diffusant en kurde.
Rappelons que le PDK (Parti démocratique du Kurdistan) et l'UPK
(Union patriotique du Kurdistan) dominent la scène politique
depuis fort longtemps. Or, ces deux partis politiques, ainsi
que d'autres moins importants, contrôlent la plupart des
médias dans le Kurdistan irakien.
Les journaux les plus importants sont le Khabat, le
Kurdistan Nuwe et le Rozhnama, sans oublier
les hebdomadaires Hawlati et l'Awene. L'UPK
publie deux quotidiens: le Kurdistani Nuwe en kurde
et l'al-Ittihad en arabe. Le PDK publie le Khabat
em kurde et l'al-Ta'akhi en arabe. Le Rozhnama
est associé à l'UPK. Les hebdomadaires sont plus
généralement indépendants.
 |
Beaucoup de stations de radio diffusant en
kurde dans la Région autonome sont exploitées
par les partis politiques: Al Sharqiya,
Zagros Radio, Duhok Radio, Kirkuk Radio,
etc. Une exception notable: Radio Nawa,
une station indépendante de nouvelles, qui a été
lancée dans la région en 2005. La plupart
d'entre elles diffusent des émissions de
divertissement, mais certaines se spécialisent
dans les questions locales et de nouvelles mises
à jour aux heures ou aux demi-heures. Les
langues les plus utilisées sont, outre le kurde,
l'arabe, l'anglais, le turc, le turkmène et le
syriaque. L'UPK possède le réseau de télévision
Kurdstat, alors que le PDK contrôle le Kurdistan
Satellite TV. Il existe aussi des dizaines
de stations de télévision terrestres, la plupart
étant dirigées par des partis politiques. |
Un rapport de l'ONU daté de 2007 a noté que
les autorités du Gouvernement régional du Kurdistan
continuent de soumettre les journalistes à du harcèlement,
des arrestation et des poursuites judiciaires pour leurs
reportages sur la corruption du gouvernement, la pauvreté
des services publics ou d'autres questions d'intérêt public.
L'Internet a donné une nouvelle dimension aux médias kurdes.
En couvrant les dernières nouvelles, les sites ont rempli un
vide laissé par les radiodiffuseurs. En outre, l'Internet a
donné une plate-forme pour la diaspora kurde qui n'a pas
toujours accès aux médias d'impression.

La politique linguistique du Kurdistan irakien
n'est pas parfaite en ce qui a trait aux minorités, mais elle
est de beaucoup préférable à celle de Saddam Hussein. Seule la
minorité arabophone est assurée de voir respecter ses droits
linguistiques. Pour les autres minorités linguistiques, ces
droits sont plus aléatoires, sauf en matière de religion.
Pourtant, le Kurdistan irakien actuel semble être devenu une terre d'accueil
pour des Irakiens fuyant la violence, car la Région autonome apparaît moins concernée
par la guerre civile. Le Kurdistan irakien est pratiquement devenu un État indépendant
et, abstraction faite de l'éphémère
république de Mahabad de
1945-1946, il s'agit là du premier territoire auto-administré
par des Kurdes.
Lorsque nous posons un regard objectif sur le Kurdistan irakien,
force est de constater que le territoire est devenu la
région la plus moderne et la plus prospère que toute autre région
non seulement de l'Irak, mais de tout le
Proche et le Moyen-Orient, à
l'exception des États du Golfe. À part les nombreux réfugiés qui ont
envahi le Kurdistan afin de fuir les zones contrôlées par le groupe armé
"État
islamique", il n’y a plus beaucoup de signe visible de pauvreté ou de
graves inégalités socio-économiques si répandues dans toute l'ancienne
Mésopotamie. Contrairement à ce qui se passe dans les États autocratiques
du Golfe, la richesse due au pétrole semble distribuée plus
équitablement.
«Le
Kurdistan fonctionne bien»,
déclarait le président
Barack Obama au magazine
Time, en septembre
2014, pour
justifier les frappes
américaines visant à freiner
l'avancée du groupe État
islamique sur le territoire
kurde du nord de l'Irak. Le
président des États-Unis
déclarait également : «Il
y existe une tolérance
religieuse que nous
aimerions voir ailleurs.
Alors, je pense qu'il est
important de s'assurer que
cet espace soit protégé.» Les Kurdes irakiens constituent
le peuple de cette région le plus favorable à l’Occident, ainsi que
son allié le plus fidèle. Les Kurdes ont aussi compris qu’ils vivent dans
une région difficile et qu'ils ne peuvent survivre sans de puissants
alliés. Néanmoins, le Kurdistan irakien ne correspond pas vraiment
au modèle idéalisé d'une démocratie, d'une
bonne gestion et du respect
des droits de l'homme qu'on
lui prête. Évidemment, en
comparaison avec ce qui se
passe à Bagdad, la situation
dans la Région autonome du
Kurdistan est nettement
préférable, mais cela
n’empêche ni les dérives
autoritaires, ni le
népotisme, ni le
clientélisme, ni la
corruption.
Cependant, si les États-Unis voulaient sauver le
Kurdistan irakien, il n'était pas
aussi certain que celui-ci
soit prêt à sauver
l'Irak de la désintégration.
Depuis leur
quasi-indépendance de 1991
et la
Constitution de l'État
fédéral en 2005, les Kurdes
se sont prêtés au jeu. Ils
ont participé non seulement
à la création
de l'État fédéral, mais
aussi à son fonctionnement.
Aujourd'hui, rien ne va
plus, les Kurdes étant à
bout de patience, car rien
ne bouge au Parlement
fédéral.
De façon générale, la
nouvelle génération kurde ne parle pas ou peu l'arabe, car elle a toujours parlé, étudié et écrit en kurde,
parfois en anglais.
Pour cette génération de Kurdes, ce qu'elle appelle «l'Irak des
Arabes» est la cause de tous les malheurs. Or, cette génération souhaite l’indépendance
et fait peu ou pas du tout confiance au système fédéral
prôné par les dirigeants plus âgés. D'ailleurs, le
Gouvernement régional du
Kurdistan (GRK) parle de
plus en plus d'indépendance.
Toutefois, les États-Unis ont craint qu'une
éventuelle indépendance du Kurdistan irakien ne déstabilise toute la
région en ravivant le rêve sécessionniste des minorités kurdes de la
Turquie et de l'Iran, voire de la Syrie. La Turquie semble prête à intervenir
militairement en cas d'indépendance. Quant aux relations entre le Gouvernement régional du Kurdistan (GRK)
et le gouvernement de Bagdad, elles semblent minées par d’importants
désaccords à propos des territoires disputés et des modifications à
la Constitution de 2005. En cas de déclaration d'indépendance,
Bagdad contesterait cette déclaration, car elle signifierait la
perte d’une partie importante de son territoire et de ses richesses,
notamment la fin de ses débouchés dans le Nord. Un conflit armé
pourrait éclater entre les Kurdes et l’Irak, déclenché
par Bagdad pour reconquérir la zone perdue, sans oublier le rôle que
pourrait jouer la Turquie. Nous savons aussi que l’armée kurde n’est
pas en mesure de protéger ses frontières, ni face à la Turquie, ni
face à l’Iran. Pour le moment, il s'agit d'un conflit dont le scénario
est peu probable, mais il n’est pas exclus dans le futur. Quoi qu'il
en soit, l'absence de consensus politique entre les Kurdes,
l'incapacité de protéger leurs frontières et leur dépendance
économique envers Bagdad, Ankara et Téhéran ont pour effet de situer
l’indépendance du Kurdistan dans la zone de l’improbabilité, ce qui
n’exclut nullement son instrumentalisation comme arme de chantage
entre les acteurs kurdes et irakiens engagés dans un rapport de
force politique.