Le maintien du statu quo
Le 7 mars 2001, le gouvernement israélien (alors sous Ariel Sharon) présenta un programme qui n’augurait rien de bon pour les Palestiniens. En effet, cette coalition gouvernementale d’union nationale, présentée comme «modérée», faisait table rase des acquis des négociations antérieures et tournait le dos à l'idée même d'un accord définitif. Non seulement le gouvernement israélien refusait toute concession sur un nouveau retrait de l'armée israélienne comme sur Jérusalem et sur les réfugiés, mais il déclarait toujours imposer aux Palestiniens le statu quo.
- Les violations des droits de
la personne
En Israël, la plupart des membres des forces de sécurité bénéficient
longtemps de l'impunité pour les violations des droits de la personne. La torture, officiellement autorisée,
fut systématiquement employée, bien que la Haute Cour de justice ait considéré illégale cette méthode d'interrogatoire. Pourtant, Amnistie internationale continua de recevoir des informations selon lesquelles des Palestiniens
étaient maltraités et battus à des postes de contrôle. Au lendemain des attentats du World Trade Center, le premier ministre israélien, Ariel Sharon, saisit l’occasion et en profita pour envahir, détruire et supprimer l’Intifada, pendant que les Américains étaient trop occupés avec les terroristes et Oussama ben Laden.
- Le Mur
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Comme si la situation n'était pas encore assez sombre, les autorités israéliennes érigèrent en 2004 ce
qu'elles ont appelé le «mur de Sécurité» destiné à «protéger l’État hébreu et les colonies juives de Cisjordanie», ce qui eut pour effet d'annexer une zone de 975 kilomètres carrés, grignotant encore le territoire palestinien. L'ONU condamna le geste d'Israël, de même que la Cour internationale de justice de La Haye.
Dès lors, les habitants de Cisjordanie et de Gaza devaient être enfermés derrière des clôtures, des miradors et des caméras de surveillance, et devenir les «citoyens de l’Autorité palestinienne». La carte de gauche reproduit approximativement le «mur de Sécurité» (en
rouge); les zones en jaune montrent la partie de la Cisjordanie qui resta sous occupation militaire israélienne; les zones en vert (Cisjordanie palestinienne) demeurent toujours haute surveillance de l'armée israélienne.
Le mur suit des lignes sinueuses afin d'enclaver le plus possible de colonies juives en Cisjordanie: la plupart des colonies doivent rester du côté occidental du Mur de façon à ce qu'elles soient éventuellement annexées à Israël. C'est aujourd'hui la plus grande prison à ciel ouvert de la planète! On en est rendu à croire qu'Israël veut rendre la vie des Palestiniens tellement insupportable qu'ils finiront pas vouloir d'eux-mêmes quitter leurs terres. Les Palestiniens parlent de cette «clôture» ou de cette «barrière» comme du «mur de séparation raciale» ("jidar al-fasl al-'unsuri"). En construisant ce mur, le gouvernement israélien étendait encore davantage ses colonies sur la base du principe selon lequel «ce qui est construit aujourd'hui, nous le garderons demain». Bien qu'elles soient contraires à la loi internationale, y compris à des dizaines de résolutions des Nations Unies, il n'existe aucun mécanisme pour empêcher ce genre d'entreprise. |
Si pour les Israéliens, l'unique objectif du mur est la sécurité des citoyens israéliens, il n'en est pas ainsi pour les Palestiniens: c'est une stratégie manifeste pour annexer une partie de la Cisjordanie, celle contenant la quasi-totalité des colons juifs, ce qui ferait encore reculer les frontières d'un hypothétique État palestinien. Quoi qu'il en soit, les Juifs et les Arabes se disputent la Palestine depuis si longtemps, que les premiers ont humilié si souvent les seconds et que ces derniers sont piégés si profondément dans une haine inextinguible qu'il ne peut pas y avoir d'issue au conflit.
Les Palestiniens, que ce soit en Cisjordanie ou à Gaza, détestent encore
davantage Israël que leurs propres dirigeants.
6 La Palestine actuelle
Chaque fois qu'un Palestinien ou un Israélien modéré amorce une
tentative de compromis, chaque fois un attentat ou une bombe humaine vient
torpiller ces efforts. En fait, seuls les États-Unis pourraient théoriquement
imposer LA solution, mais ils ne peuvent pas le faire, le lobby juif ferait
tomber n'importe quel président américain, sans oublier les parlementaires,
républicains comme démocrates. D'un côté, on a affaire à une force occupante qui
bafoue en toute impunité le droit international depuis plus de soixante-quinze
ans; de l'autre, on trouve des leaders palestiniens corrompus ou fanatisés par
des actions autodestructrices, avec comme résultat plus d'un demi-siècle
d'immobilisme!
Plus le Hamas persiste vainement à détruire Israël, plus les Israéliens sont sur le pied de guerre. Plus les Israéliens passent à trépas des Palestiniens, plus ceux-ci se radicalisent. On tourne en rond, comme un chat qui mord sa queue! La spirale se poursuit et se poursuivra encore longtemps.
Personne parmi les dirigeants des deux camps ne veut renoncer à quoi que ce
soit, préférant sans doute le statu quo avec ses guerres incessantes et
ses morts qui s'accumulent par milliers. Ce serait pertinent de savoir ce qu'en pensent les
populations locales, hormis les irréductibles extrémistes!
6.1 La politique
militariste
La victoire du Hamas islamiste jugé radical eut pour effet de changer la donne politique au Proche-Orient. La reprise d'éventuels pourparlers de paix avec Israël parut plus improbable, car le Hamas demeurait voué à la lutte armée et prônait la destruction de l'État d'Israël.
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Jusqu'alors, les Palestiniens pouvaient blâmer le Hamas pour chaque
mauvais service qu'il leur rendait; par la suite, ils devaient le blâmer pour tous les services qui
allaient leur manquer. Ayant accédé au pouvoir, le Hamas
se devait de tenir compte d'abord des préoccupations des Palestiniens qui l'ont élu pour assainir l'administration publique et améliorer leur sort, et non pas pour les replonger dans une autre ère de noirceur et
de bain de sang!
Or, le Hamas a construit, depuis vingt ans, des tunnels pour «résister» plutôt que de nourrir, soigner et éduquer sa population de Gaza.
Le Hamas s'est longtemps limité à exercer une politique de harcèlement à l'égard d'Israël en lançant des milliers de roquettes sur les territoires israéliens. Chaque fois que l'armée israélienne
répliquait en tuant des Palestiniens, chaque fois le Hamas augmentait ses appuis après de la population. Peu importe le
nombre de morts, les Gazaouis furent avant tout des pions dans cet interminable conflit
dès l'instant où le Hamas pouvait gagner des appuis.
Effectivement, le Hamas aurait pu utiliser ses fonds considérables mis à sa disposition par la communauté internationale,
notamment par l'Iran, afin de relever le niveau de vie peu enviable de ses citoyens, mais il a préféré le réarmement
et les tunnels. Le Hamas a installé ses armes dans les résidences privées, les écoles, les hôpitaux et les quartiers densément peuplés, ce qui rend toute riposte militaire extrêmement atroce. |
- L'accumulation des morts
En même temps, les photos déchirantes d'enfants massacrés sont
devenues une arme de propagande efficace. En harcelant Israël avec ses roquettes tout en espérant des représailles, le Hamas
voulait faire passer Israël pour un
«État qui tue des femmes et des enfants» avec des bombes au phosphore. Les
dirigeants du Hamas ont toujours été aux petits oiseaux pendant que les morts s'accumulaient
pour la bonne cause!
Dans ce petit territoire que se disputent les Israéliens et les
Palestiniens, les morts ont continué d'augmenter de décennie en décennie. Les
affrontements meurtriers qui se produisent chaque jour rendent improbable le
règlement du plus ancien conflit ouvert de la planète. Pourtant, il existe des
solutions, dont une souvent envisagée, soit la création de deux États distincts.
Chacun chez soi! Est-possible? Les Israéliens devraient alors renoncer à leurs colonies; les
Palestiniens, à leurs villages arabes devenus juifs. Dans cette perspective, il
s'agit d'une solution inacceptable pour les deux
parties.
6.2 Une image peu inspirante
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Par ailleurs, on ne peut pas dire que les dirigeants palestiniens présentent au monde l'image la plus inspirante
qui soit. Lorsque Yasser Arafat est décédé en novembre 2004, il n'a laissé aucun mécanisme de contrôle pour administrer les
centaines de millions de dollars d'aide versés par la communauté internationale. Le président de l'État de Palestine, Mahmoud Abbas, administre en Cisjordanie un gouvernement totalement englué dans la corruption. Pendant ce temps, les islamistes du Hamas au pouvoir à Gaza ont adopté une politique d'intransigeance et de confrontations armées, ce qui a transformé ce petit territoire de 365 km² en un îlot de grande pauvreté entaché d'une intense corruption.
Aucun pays arabe ne s'est indigné devant le fait que le chef du Hamas vivait dans une demeure confortable au Qatar et, une fois millionnaire comme d'autres dirigeants du mouvement,
qu'il prélève une taxe de 20% sur tous les biens qui entrent dans Gaza, afin d'acheter des armes et d'améliorer la
construction des tunnels.
De fait, la plupart des principaux dirigeants du Hamas vivent au Qatar avec la bénédiction du
gouvernement qatari. |
Dans ces conditions, il n'est pas vraiment surprenant, par
exemple, qu'un président américain, tel Donald Trump, pourfendeur des minorités
et profondément raciste, ait davantage de sympathie pour Israël que pour la Palestine. Avec lui, la solution «à deux États», vivant en bons voisins, demeure une réalité strictement virtuelle, il n'y croit pas plus que le Hamas. Malgré des vues divergentes au sein du Parti
démocrate, le président américain en fonction en octobre 2024, Joe Biden, ne devait pas changer le positionnement américain dans la région: les États-Unis demeurent un soutien indéfectible d’Israël tout en maintenant leur statut potentiel d'unique médiateur entre Israël et la Palestine. Cependant, à force de montrer un soutien aveugle à l'égard d'Israël, les États-Unis
vont aussi perdre leur crédibilité, car en plus ils n'exigent rien en retour de leur «protégé» hébreu. Le
plus grave problème des Israéliens demeure l'affaiblissement du soutien
inconditionnel envers leur pays de la population américaine, voire
l'affaiblissement de la puissance américaine.
6.3 Un plan de paix
pro-israélien
(2020)
Le 29 janvier 2020, les États-Unis avaient présenté un «plan de paix» s'inscrivant dans le cadre de la solution à «deux États» préconisés par les Nations unies, c'est-à-dire la création d’une Palestine
à côté d’Israël. Cependant, la version de Donald Trump s’alignait en tout point sur les préoccupations israéliennes et comblait la plupart des attentes territoriales de la droite nationaliste, notamment celles du premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, parmi lesquelles la reconnaissance de Jérusalem comme «capitale indivisible» de l’État hébreu. Or, la proposition américaine ne tenait aucunement compte des demandes palestiniennes, comme d'habitude.
- Un État gruyère
 |
Pour résumer ce «plan de paix»
unilatéral, il s'agissait d'un plan qui donnait à Israël tout ce qu’il voulait
et concédait aux Palestiniens ce qu'Israël ne voulait pas, en tentant d'acheter
les Palestiniens avec la promesse d’une aide de 50 milliards de dollars, une
aide qui ne pouvait voir le jour. Parmi les nombreux points sensibles de ce plan figurait la reconnaissance de l’annexion par Israël à son territoire des colonies qu’il avait implantées en Cisjordanie occupée, en particulier dans la vallée du Jourdain. Dans ces conditions, les Palestiniens continueraient de vivre dans un État gruyère entièrement enclavé par les Israéliens. Pour relier Gaza à l'État palestinien, on proposait un
long tunnel qui n'aurait jamais été construit.
Un futur État palestinien sur ces tracés de 2020 apparaissait évidemment nettement en deçà de ce à quoi aspiraient les Palestiniens, c'est-à-dire la totalité des Territoires occupés depuis 1967 par Israël. Du côté palestinien, ce fut donc un refus en bloc! Dans la région, personne ne fait des compromis!
La guerre est préférable!
Évidemment, rares sont ceux qui ont donné au projet présenté par Donald Trump la moindre chance d’apporter la paix dans la région. Ce plan décidé unilatéralement risquait plutôt de transformer l’occupation temporaire en occupation permanente. |
- La politique des bantoustans
Ce que le «deal du siècle» américain proposait en réalité, ce n'était la politique des bantoustans, ces régions créées durant la période d'apartheid en Afrique du Sud et réservées aux populations indigènes pour bénéficier à des degrés divers d'une autonomie factice. Comment
un président américain (par exemple, Donald Trump) pouvait-il croire qu'il allait enfoncer dans la gorge des Palestiniens ce projet, alors qu'il ne les a jamais consultés et qu'il ne s'était jamais intéressé à eux? Ce n'était pas un «plan de paix», mais un «plan de reddition»! Ce n’est donc pas une surprise que l’Autorité palestinienne ait repoussé le tout d’un revers de la main. En somme, ni les Palestiniens, ni les Israéliens, ni les Américains n'ont tenté le moindre compromis.
D'ailleurs, ce mot «compromis» est un blasphème pour les extrémistes des deux communautés!
Le problème aussi, c'est que, pour toutes sortes de raisons, les Palestiniens à la merci du Hamas repoussent toutes les propositions de paix depuis 1947. De plus, Joe Biden fut le premier président américain à ne prendre aucune initiative pour relancer le processus de paix dans cette région, bien que tous les acteurs internationaux aient commis la même erreur. Quant aux Palestiniens, ils n'ont jamais été capables de se doter d’une direction crédible ni de mettre en œuvre un éventuel traité de paix; ils soutiennent le Hamas par lassitude
ou par la terreur plutôt que par une véritable adhésion, et ce, d'autant plus que l’Autorité palestinienne leur paraît incompétente et corrompue. Bref, ce conflit est un nid de crabes autant pour les Palestiniens que pour les Israéliens!
6.4 L'attaque du Hamas d'octobre 2023
Le 7 octobre 2023, le Hamas lança de violentes attaques
sur le territoire israélien près de la bande de Gaza. Des centaines de roquettes furent tirées vers des villes israéliennes afin de faire diversion sur ce qui devait se jouer au sol. Puis 1200 «combattants du Hamas» lourdement armés massacrèrent dans des villages des centaines de personnes, sans aucune discrimination, que ce soit des femmes, des enfants, des bébés, des jeunes, des gens âgés, etc. Lors de ces attaques, inédites par leur violence et leur ampleur, plus de 1400 personnes israéliennes perdirent la vie, en majorité des civils tués le premier jour des attaques.
- La cause palestinienne
 |
Pour les militants du Hamas, Israël est un envahisseur et un colonisateur à Gaza et en Cisjordanie. Comme il fallait s'y attendre, les dirigeants des pays arabes ont appuyé la cause palestinienne qu’ils ont instrumentalisée à leur profit comme d'habitude, sans comprendre que l’opinion publique chez eux ne partageait pas nécessairement leur «enthousiasme».
Quant aux Américains, eux aussi comme d'habitude, ils ont soutenu aveuglément Israël qui a tout fait depuis des années pour faire échouer les processus de paix et qui a non seulement toujours refusé de céder la Cisjordanie, mais y a installé illégalement des colonies juives. |
De nombreux manifestants pro-palestiniens ont célébré l’attaque «héroïque» du Hamas au lendemain du massacre; ils sont même convaincus du bien-fondé de leur cause au point de refuser de voir les atrocités commises par les «héros de la résistance». D’autres pays apportent divers degrés de soutien au Hamas et le plus important d’entre eux est l’Iran, qui fournit depuis longtemps du financement, des armes et une formation aux combattants du Hamas.
Cependant, si le droit à la résistance est légitime de la part des Palestiniens,
y compris la résistance armée, il est en principe limité par les règles du droit
international, notamment le droit de ne pas prendre les civils pour cible.
Autrement dit, le droit de tuer ou de cibler des civils sans discernement est
interdit, un principe qui s'applique aussi aux forces armées israéliennes.
De plus, le fait
de placer des armes dans un hôpital ou d'y installer un quartier général
constitue
aussi un crime de guerre. La punition collective infligée par Israël aux civils
palestiniens est également un crime de guerre, tout comme l'évacuation forcée
illégale de civils. Dans
tous les cas, cela devient du terrorisme de part et d'autre!
- Le prix nécessaire
pour casser le statu quo
Selon les dirigeants du Hamas, le carnage
israélien n’est pas le résultat regrettable d’une grave erreur de calcul. Bien au contraire, c’est le prix nécessaire d’une grande réussite:
la disparition du statu quo et le commencement d’une nouvelle période plus instable, dans leur lutte contre Israël. Dans une entrevue en date du 8 octobre 2023, le New York Times rapportait ces propos de Khalil al-Hayya, membre de la direction du Hamas à Doha (Qatar):
| [It was necessary to] change the entire equation and not just have a clash. We succeeded in putting the Palestinian issue back on the table, and now no one in the region is experiencing calm. |
[Il fallait] changer toute l’équation et ne pas se contenter d’un affrontement. Nous avons réussi à remettre la question palestinienne sur la table, et désormais personne dans la région ne connaît le calme. |
Ce que le Hamas recherchait, c'est le chaos et un état de guerre
permanent! Un conseiller médiatique du Hamas, Taher Nounou, déclarait aussi au
New York Times:
| “I hope that the state of war with Israel will become permanent on all the borders, and that the Arab world will stand with us. |
J’espère que l’état de guerre avec Israël deviendra permanent sur toutes les frontières, et que le monde arabe sera à nos côtés. |
Les dirigeants du Hamas, ainsi que les responsables arabes, israéliens et occidentaux qui
se tiennent au courant du mouvement, déclarèrent que l'attaque avait été planifiée et exécutée par un cercle restreint de commandants à Gaza qui n'ont pas partagé les détails avec leurs propres représentants politiques à l'étranger ou avec leurs alliés régionaux comme le Hezbollah, laissant les gens en dehors de l’enclave surpris par la férocité, l’ampleur et la portée de l’assaut.
- La diabolisation et
l'indignation
Dans ses campagnes de
propagande, le Hamas utilise diverses technologies pour légitimer sa gouvernance
à Gaza et diaboliser Israël. Les sites Web et les publications du Hamas sont en
arabe standard moderne, en anglais, en français et en hébreu, bien que l'arabe
soit la langue
dominante, étant donné l'accent mis par le Hamas sur la communication avec ses
constituants immédiats à Gaza et ses efforts pour attirer ses partisans en
Cisjordanie. Le Hamas utilise également des images saisissantes pour glorifier les kamikazes
et autres «martyrs» de la cause palestinienne.
Sauf que l'expérience passée
avec les pays arabes démontre que l'indignation va se restreindre à quelques
manifestations, à des paroles et à des prières! Le Hamas préfère sacrifier sa population et l'exposer aux bombes israéliennes dans la poursuite de son dessein ultime: faire disparaître l’État hébreu de la carte.
Les protestations mondiales massives n’ont jusqu’à présent affecté ni la
violence vengeresse des Israéliens à Gaza ni la fourniture d’armes américaines
pour la soutenir.
Selon
Vincent Lemire,
historien de Université Gustave-Eiffel de
Paris et spécialiste de Jérusalem, a fait remarquer dans une entrevue avec un
journal canadien (La Presse, 17 mai 2024), que le Hamas souhaitait notamment
«abîmer durablement l’image d’Israël dans la communauté internationale et
fragiliser l’alliance avec les États-Unis». C'est exactement ce qui est en train
de se passer! Israël serait tombé dans le piège!
Deux choses n'arriveront pas:
l'État d'Israël ne disparaîtra pas
et
les revendications palestiniennes n'arrêteront pas.
La "realpolitik" n'est pas le propre des dirigeants du Hamas!
D'ailleurs, le 1er avril 2024, le Hamas
présentait «ses excuses» aux Gazaouis pour les difficultés causées par la guerre
contre l’armée israélienne, tout en réitérant aussi sa volonté de poursuivre
cette guerre qui, selon lui, doit permettre de parvenir à «la victoire et la
liberté» des Palestiniens. Le Hamas poursuit
une cause, une mission: la libération du peuple palestinien. Non seulement le
Hamas n'a pas renoncé à son objectif de détruire Israël, mais la guerre a même
augmenté la détermination et la rage de ses militants.
- Un succès modeste
Jusqu'ici, après
trois quarts de siècle, il faut admettre que le succès est plutôt modeste, c'est
le moins que l'on puisse dire, en ce
qui concerne la libération du peuple palestinien. Selon
le
Hamas, son combat concerne le «projet sioniste» et non les juifs en
raison de leur religion; il ne mènerait pas une lutte contre les Israéliens
parce qu’ils sont juifs, mais parce que ce sont des «sionistes qui occupent la
Palestine». Pourtant, il y a des juifs très religieux, ultra-orthodoxes, qui
veulent faire disparaître les musulmans et des sionistes qui sont contre les
colonies de peuplement. Quoi qu'il en soit, l'obscurantisme religieux musulman
est confronté à l'obscurantisme religieux juif. Les deux ont besoin l'un de
l'autre pour survivre.
6.5 La riposte israélienne
La riposte israélienne avait tué
(au 14 novembre 2023) plus de 15 000 personnes à Gaza (dont 6000 enfants), puis
à 65 000 en septembre 2025, mais pour le Hamas l’attaque
était justifiée parce que la cause palestinienne avait été mise de côté pendant
trop longtemps et que seule une action spectaculaire de sa part pouvait la relancer. Ainsi, en planifiant ces attaques suicidaires jugées nécessaires
pour la cause, le Hamas espérait une riposte israélienne si épouvantable qu’elle aurait eu comme résultat de remplacer la sympathie du monde
à l'égard d'Israël par une grande indignation. Le Hamas demande à son «public cible»
— les
Palestiniens, les communautés arabes et musulmanes —
d’être solidaire contre l’agression israélienne et compatir aux souffrances du
peuple palestinien, donc de condamner Israël et de soutenir le «mouvement de
résistance». Le Hamas savait que la
riposte israélienne serait massive; il a, en toute connaissance de cause,
précipité sa population dans l'enfer de la guerre. Il pariait sur le fait que le
monde arabe se soulèverait, ce qui n'est pas arrivé.
Dans les faits, le Hamas a fait un mauvais calcul, compte tenu des résultats
obtenus.
De son côté, à
force de les bombarder, Israël espère que les Gazaouis finiront pas se retourner
contre le Hamas. Mais les Gazaouis ont peur de tourner le dos aux dirigeants du
Hamas. Israël
oublie l'importance de l'idéologie de la résistance chez les Palestiniens.
Israël a continué à répliquer violemment en bombardant sans relâche la bande de Gaza, la réduisant en un amas de destruction avec en prime une population totalement piégée. En voulant éradiqué le Hamas, l'armée israélienne
doit «sacrifier» des milliers de civils palestiniens qui n'ont aucun autre endroit pour se réfugier que dans le sud de la bande de Gaza. De plus, les Gazaouis risquent de mourir de faim et de soif, ce qui entraîne des souffrances intenables pour cette population totalement démunie. Le roi de Jordanie, Abdallah II, a de façon éloquente résumé le sentiment populaire dans le monde arabe:
| Les vies des Palestiniens comptent moins que celles des Israéliens.
Nos vies comptent moins que d’autres vies. L’application du droit international est optionnelle. Et les droits de la personne ont des limites. Ils s’arrêtent devant des frontières, ils s’arrêtent devant des races et ils s’arrêtent devant des religions. |
Ces paroles du roi de Jordanie (rapportées par un journal canadien) méritent d’être citées parce qu’elles expriment un sentiment qui est peu diffusé dans le monde occidental et encore moins aux États-Unis.
Par exemple, on parle de 65 000 personnes tuées à Gaza. Si le centième de ce traitement était fait aux Israéliens, les
gouvernements occidentaux se manifesteraient aussitôt pour dénoncer ce sort
horrible. Mais celui réservé aux Palestiniens ne provoque apparemment que du silence! Israël
a oublié que toute puissance occupante est responsable de la sécurité des gens
qu'elle contrôle, sauf qu'elle demeure généralement impunie.
Des milliers de personnes
vont encore mourir à Gaza, et des familles entières vont être anéanties, et ce n'est pas terminé,
la faim et les maladies guettant les survivants. Les frappes aériennes israéliennes ont réduit les quartiers palestiniens à des étendues de décombres, tandis que les médecins soignent les enfants qui crient
leurs douleurs dans des hôpitaux sombres, sans anesthésie, sans électricité.
Aujourd'hui, on assiste au triste «spectacle» de la pire malnutrition infantile
au monde. Dans tout le
Proche-Orient, la peur s’est répandue quant à l’éventualité
(peu probable) d’une guerre régionale plus vaste, bien que ce ne soit dans
l'intérêt de personne.
- La férocité
guerrière
En fin du mois de septembre 2025, on
comptait plus de 65 000 morts du côté palestinien (donc plus de 200 000
blessés), la majorité étant des civils, des femmes et des enfants. Ce n'est plus
une guerre contre le Hamas, c'est une guerre contre la population palestinienne.
Quant à Israël, la férocité de sa riposte militaire risque de ne rien accomplir de bon,
surtout pas d'attirer la sympathie des Palestiniens et des autres
populations arabes! On doit admettre qu'Israël a le droit de se défendre, mais
cette action de légitime défense doit être immédiate, nécessaire et
proportionnelle à une agression armée.
Dans la situation actuelle, Israël a
compris qu'il avait carte blanche de la part d'un gouvernement d'extrême droite dirigé par un premier ministre (Benyamin Netanyahou) inféodé aux ultra-orthodoxes qui veulent anéantir les Palestiniens jusqu'au dernier.
S'il apparaît inacceptable de tuer des milliers de personnes à bout portant, il
semble que ce soit justifiable de le faire avec des obus! Dans les deux camps, on n’hésite pas à prendre la population en otage pour finaliser un projet consistant à anéantir l’Autre et
à prendre possession de tout le territoire compris entre la Méditerranée et le Jourdain,
donc pas seulement Gaza, mais aussi la Cisjordanie.
7 La Punta Gaza américaine»
Aussitôt réélu président des
États-Unis en novembre 2024, Donald Trump a proposé de déplacer les Palestiniens de Gaza en Égypte
ou en Jordanie «pour faire le ménage». Or, ce genre de pratique qui consiste à
déplacer un peuple par la force constitue un génocide, car ces territoires
seraient certainement offerts aux colons juifs et aux religieux
ultra-orthodoxes. Pour la Ligue arabe, ce fut aussitôt la désapprobation: «Le déplacement
forcé et l’expulsion de personnes de leur terre ne peuvent être qualifiés
autrement que de nettoyage ethnique.» D'ailleurs, l’Égypte et la Jordanie ont
refusé net de recevoir une population de 2,4 millions de personnes démunies. Ayman Safadi, ministre jordanien des Affaires étrangères, a affirmé: «Notre
rejet du déplacement des Palestiniens est ferme et ne changera pas. La Jordanie
est pour les Jordaniens et la Palestine est pour les Palestiniens.»
De son côté,
le ministère égyptien des Affaires étrangères a réaffirmé «le soutien constant
de l’Égypte à la résilience du peuple palestinien sur sa terre»; il a rejeté
ainsi «toute atteinte à ces droits inaliénables, qu’il s’agisse de colonisation,
d’annexion de terres, de dépeuplement de ces terres par déplacement,
d’encouragement au transfert ou de déracinement des Palestiniens de leur
territoire, que ce soit de manière temporaire ou permanente». Il est probable
que le président américain pourrait avoir en poche
une somme d'argent pour faire entendre raison aux deux pays récalcitrants.
Les chrétiens évangéliques de la base de Donald Trump sont alignés sur les
extrémistes israéliens qui veulent l’annexion pure et simple des territoires
occupés.
7.1 Une station balnéaire
Toujours guidé par des
questions d'argent, le président américain a trouvé une nouvelle «solution
révolutionnaire» pour la bande de Gaza. Donald Trump considère que les terres en bord de mer
de Gaza
constituerait une formidable occasion de développement immobilier, une station
balnéaire du type "Trump Beach Resort" (sans rire!).
 |
Les
Américains veulent devenir propriétaires de la bande de Gaza pour
faire de ce territoire une véritable «Côte d'Azur du Proche-Orient»
où il ferait bon vivre et où il y aurait des emplois en quantité
illimitée. Une Punta Gaza au
Proche-Orient! Donald Trump s'y voit déjà jouer au golf!
En réalité, de nombreux responsables israéliens croient que la
reprise du contrôle de Gaza, l’installation des Israéliens
et le départ de la population palestinienne dans des pays arabes
voisins constitueraient «la seule solution pour une paix durable».
De son côté, Bezalel Smotrich, ministre israélien d'extrême droite, a qualifié cette solution
«d'excellente idée», affirmant que les Palestiniens pourraient établir «une
nouvelle et belle vie ailleurs». De toute façon, pour les ministres d'extrême droite, la création
d'un État palestinien mettrait en danger l’existence et la sécurité du seul État
juif au monde; par conséquent, il vaudrait mieux que les Palestiniens quittent
leurs terres ancestrales au nom du fric et de l’expansionnisme d’Israël.
Ce genre d'attitude démontre un déni flagrant de la crise
humanitaire dans le territoire ou le bilan de victimes civiles
palestiniennes. |
7.2 Deux extrémismes
religieux
En
fait, du côté des autorités d'Israël et de la Palestine, c’est l’histoire de deux extrémismes religieux
radicaux hostiles à tout compromis et voués à la destruction de l’Autre.
Pour ce faire, les fanatiques du Hamas ont besoin des fanatiques ultra-orthodoxes du gouvernement israélien afin de perpétuer le carnage dans l'espoir d'en finir avec l'Autre!
Dans chaque pays, une partie de la population croit accomplir une volonté divine
en massacrant ses adversaires, ce qui aurait aussi le mérite d'offrir une entrée
directe au paradis grâce à ce petit jeu guerrier, mais c'est
la population palestinienne qui
est sacrifiée pour la cause des uns et des autres. C'est pourquoi certains
Israéliens, y compris le président américain Donald Trump, rêvent déjà de déporter tous les Palestiniens et de construire de
luxueuses villas le long de la Méditerranée!
D'ailleurs, le président américain est émerveillé par la fermeté et la
détermination du premier ministre israélien! Il ne l'est pas devant la fermeté
des Gazaouis!
Lorsque ce triste épisode
en Israël sera terminé, on sera plus éloigné que jamais de l’effort qui serait nécessaire pour aboutir à une paix viable. Or, la seule façon d’obtenir une paix durable, ce serait de reconnaître les aspirations nationales légitimes des Palestiniens, mais ce n'est pas pour demain. L'avenir de Gaza après le conflit paraît sombre
dans un territoire réduit en cendres.
7.3 La résilience palestinienne
Cependant, c'est mal connaître la
force de résilience des Palestiniens qui ne quitteront jamais leurs terres, sauf
par un génocide à grande échelle perpétré par Israël avec l'appui des
États-Unis, ce qui mettrait définitivement fin à toute solution pacifique.
Les Palestiniens sont les champions du monde de la résistance en dépit d'un
leadership politique qui n’est pas à la hauteur de ce qu’ils auraient souhaité.
L’histoire leur a appris que la libération est parfois au bout d’une longue
marche. Ils peuvent compter sur la solidarité des peuples, arabes ou non, à
travers le monde qui exècrent le colonialisme, même quand il se qualifie
lui-même de «seule démocratie au Proche-Orient».
8
Un nouveau plan de paix
Le président américain,
Donald Trump, qui pense plus vite que son ombre, propose le pire chaos au
Proche-Orient et au
Moyen-Orient depuis 1945. La prise de contrôle de Gaza par les États-Unis mènerait à une guerre de
guérilla sans fin comme celle que les Américains ont connue et perdue en
Afghanistan, sans compter qu'elle attirerait des combattants parmi les 450
millions d'Arabes; des milliers de militaires américains mourraient pour
réaliser les objectifs d’un gouvernement israélien sans aucun bénéfice pour les
États-Unis. Néanmoins,
cette sortie médiatique du président
Trump a le mérite de braquer à nouveau les
projecteurs sur la situation à Gaza.
Si l'on résume la situation, on trouve les
éléments suivants: mort, souffrances, bombardements, destruction, famine,
horreurs. Deux ans après la tragédie du 7 octobre 2023, le bilan n'a jamais
cessé de s’alourdir dans la bande de Gaza, en raison des assauts répétés de
l’armée israélienne. D’après les analyses recueillies par des chercheurs
américains, 60 % des bâtiments de la bande de Gaza ont été endommagés ou
détruits. Selon la Food and Agriculture Organization, 95 % des terres
cultivables seraient par ailleurs détruites ou inaccessibles. Par ailleurs,
selon l’Organisation mondiale de la santé, 94 % des hôpitaux de la bande de Gaza
seraient endommagés ou détruits.
8.1 Un plan en 20 points
Le 29 septembre 2025,
Donald Trump a
proposé un plan de paix en 20 points, avec l’approbation du premier ministre
Benyamin
Netanyahou. En 20 points, le plan promet notamment un cessez-le-feu
immédiat, la libération de tous les otages et la reconstruction du territoire
sous supervision internationale. Le plan Trump prévoit aussi une entrée
immédiate de l’aide humanitaire, la réhabilitation des infrastructures
essentielles (eau, électricité, hôpitaux, boulangeries, etc.) et la création
d’un fonds international de reconstruction, supervisé par les États-Unis,
l’Égypte et les États du Golfe. L’objectif affiché serait de relancer l’économie
locale et de garantir la stabilité sociale de Gaza. Israël n’occuperait ni
n’annexerait Gaza.
De son côté, le Hamas qui n'a jamais été consulté, dit «saluer les efforts» du
président américain et de ses alliés arabes, tout en s’en tenant à une ligne
pour le moins prudente. Ainsi, s’il valide les volets «humanitaires», comme
l’aide, l’échange de prisonniers ou encore le retrait israélien, il passe sous
silence les aspects les plus contraignants : le désarmement, la tutelle
internationale et la présence d’une force étrangère sur le terrain. En fait, il
s'oppose à toute occupation et au déplacement de la population palestinienne. Le
mouvement islamiste appelle à un retrait complet de la bande de Gaza, sans
détailler le calendrier souhaité ni les mécanismes de contrôle d’un tel retrait,
laissant planer une ambiguïté sur les garanties exigées.
Quant au gouvernement
Netanyahou, il compte des
partenaires d'extrême droite, qui refusent toute fin de la guerre tant que le
Hamas n'aura pas été éliminé. De plus, Netanyahou a encore réaffirmé son
opposition de longue date à un État palestinien, allant jusqu'à affirmer que
cela ne figurait pas dans le plan de Trump. Bref, ce n'est pas gagné, et ce,
d'autant plus que l’accord est plus favorable à Israël qu’au Hamas. Néanmoins,
sur papier, ce plan de paix n’a plus rien à voir avec le désir de Donald Trump
de transformer l’enclave palestinienne en Riviera Gaza, où les hôtels de luxe
remplaceraient une population meurtrie. Le Hamas est confronté à un ultimatum :
accepter le document ou s’exposer à ce qu’Israël «finisse le travail». Il n'en
demeure pas moins que, on le sait, parce que les deux parties belligérantes sont
fatiguées de la guerre, elles pourraient finir par arrêter les hostilités,
simplement par épuisement.
8.2
Le Conseil de la paix ("Board of Peace")
Dès le mois de janvier 2026, le président
Donald Trump repartait sur son projet de station balnéaire à Gaza. D’ici trois
ans, il espère y voir une série de tours d’appartements luxueux en bord de mer,
un projet immobilier de grande envergure, tandis qu'il mettait en branle son «Conseil de la paix» ("Board of Peace"),
dont l'unique seule langue officielle est l'anglais (art. 13.1 de la Charte),
seule langue que connaît Donald Trump, membre à vie.
 |
L'administration Trump a dévoilé des images surprenantes d'un "New
Gaza", présentant un centre de données, des appartements de luxe et
du « tourisme côtier »:
| I'm a real estate
person at heart and it's all about location. [...] Look
at this location on the sea. Look at this beautiful
piece of property. What it could be for so many people. |
Je
suis un promoteur immobilier dans l'âme, et pour moi,
l'emplacement est primordial. [...] Regardez cet
emplacement en bord de mer. Regardez cette magnifique
propriété. Imaginez tout ce qu'elle pourrait offrir à
tant de gens. |
Le gendre de Donald Trump, Jared Kushner, a
présenté ces images lors d'une conférence de presse à Davos, à l'occasion de la
signature du «Conseil de paix» du président américain.
|
Jusqu’ici, quelque 35 pays auraient accepté
d’adhérer à cette organisation imaginée pour concurrencer les Nations unies.
Oxfam et des experts déplorent un projet sans égard pour les Palestiniens,
tandis que la crise humanitaire se poursuit à Gaza. La composition de ce conseil
est déterminée par Donald Trump lui-même, qui prévoit de facturer plus d'un
milliard de dollars pour chaque siège permanent. En font notamment partie
l’Arabie saoudite, l'Azerbaïdjan, Israël, la Turquie, l’Égypte, la Jordanie,
l’Indonésie, le Pakistan, le Qatar, les Émirats arabes unis, le Kazakhstan, l’Argentine, le
Maroc, Ouzbékistan, le Qatar, l'Arménie, etc. La plupart des pays européens, ce
qui inclut aussi le Canada, ont refusé d'y participer, à l'exception de la
Hongrie et du Kosovo. Bref, ce sont des États gouvernés par des monarques, des
autocrates et des présidents d'extrême droite, souvent antisémites.
 |
Le logo du ''Board of Peace'' en dit long sur ce conseil de la paix.
Il fait d'abord des États-Unis le centre du monde: tandis que cette
organisation a été mise sur pied pour reconstruire Gaza, le
Proche-Orient n’est même pas
présent sur la carte. Le logo montre un bouclier servant à protéger
les États-Unis (et non Gaza), le tout sur un fond de dorures qu’affectionne
particulièrement le président américain. De plus, le Conseil de la
paix présente une couronne de laurier, symbole du vainqueur dans la
Rome antique, signe qu'il faut promouvoir la force pour assurer la
paix.
Finalement, l'inscription est en anglais, un autre symbole de la
puissance américaine. Quant au mot ''Board'', il n'est pas choisi
par hasard: il désigne une gouvernance de la part d'une élite
conquérante
sachant quoi faire pour assurer la paix dans le monde. |
Cette institution d'un «conseil de la paix»,
mise en place en janvier 2026, fut évidemment critiquée parce qu'on y voit «club
payant dominé par Trump» et tout centré sur lui-même plutôt que sur Gaza. En
lançant ce «conseil de la paix» qui se veut un concurrent à l'ONU, Trump entend
le présider à vie et où il aurait toujours le dernier mot, et ce, d'autant plus
que lui seul dispose d'un droit de véto. Il
s'agit en l'occurrence d'un projet pharaonique qui fait totalement fi des Palestiniens et de
leur droit à l’auto-détermination, ainsi que de leur droit «d’obtenir justice
pour les crimes commis». On est très loin de cet objectif, et ce, d'autant que la charte proposée par Donald Trump se distingue du fait que la
question de Gaza et de la Palestine n’est même pas mentionnée. Bref, ce conseil
de la paix est une vaste fumisterie destinée à faire valoir un individu imbu de
loi-même.
8.3
Une manœuvre pour sécuriser Israël
Le Hamas et le gouvernement
israélien ont affirmé accepter le plan de paix, bien que cet accord soit
conditionné par plusieurs dispositions, dont la réforme de l’Autorité
palestinienne et la reconstruction de la bande de Gaza. De leur côté, les
Palestiniens sont heureux que la guerre prenne fin, mais en même temps ils ont
peur avec raison d’une trahison, d’un retour aux affrontements comme lors de la
première trêve de novembre 2023. N'oublions pas que le président américain a
assuré que les Gazaouis n'auraient pas le droit de retourner dans l'enclave
palestinienne, réduit à des débris après 15 mois de bombardements israéliens
continue et aveugle. Bref, il veut encore en faire un développement immobilier
pour l'avenir. Les Palestiniens et les Israéliens partent de très loin, et la
route vers une quelconque réconciliation sera ardue, si elle se réalise.
Il est surtout probable que ce fameux «plan
de paix» soit une manœuvre pour sécuriser Israël et satisfaire l’ego du
président Trump. Il est aussi très probable que le Hamas ressurgit de ses
cendres, encore plus fort et plus radical qu'avant, avec des milliers de
personnes pleines de vengeance et de haine, des milliers de cerveaux incapables
de la moindre pensée critique ou personnelle, ce qui fait que jamais Israël ne
serait sécurisé. Les Palestiniens en viennent à croire que les États-Unis sont à
la solde d’Israël et que la guerre contre l’Iran est en réalité une guerre des
chrétiens contre les musulmans.
8.4
Un État palestinien mort-né
Sur les 193 pays membres de l’ONU, 148
reconnaissaient l’État palestinien en septembre 2025. Néanmoins, cela n’a guère
aidé les Palestiniens jusqu’à présent. La France, le Royaume-Uni, l'Australie et
d'autres pays ont également reconnu également la Palestine, cette reconnaissance
demeurera symbolique tant qu’Israël et les États-Unis ne voudront rien changer à
Gaza. Certes, il s'agit d'une avancée morale et juridique au regard du droit
international. Par ailleurs, de nombreux Israéliens, et des intellectuels juifs,
considèrent
Netanyahou comme «le fossoyeur
d’Israël».
- Des pays arabes
vulnérables
Quant aux pays du grand
Moyen-Orient,
beaucoup dépendent énormément des États-Unis, autant économiquement qu’au point
de vue de leur sécurité. Ils sont vulnérables à portée des armes israéliennes.
Les régimes à la tête des pays arabes savent qu’ils ont intérêt à faire des
compromis pour assurer leur propre survie et l’intégrité territoriale de leur
pays. Par le fait même, ils ne veulent plus encourager le Hamas avec son emprise
religieuse totalitaire sur la bande de Gaza et hésitent à soutenir l’Autorité
palestinienne dirigée par un vieillard corrompu à la santé déficiente. Bien sûr,
le jour où les États-Unis ne soutiendraient plus Israël, la cause de la
colonisation à tout-va s'arrêterait.
 |
En somme, bien que la reconnaissance de
l'État palestinien soit un élément positif, elle arrive beaucoup trop tard, car
elle aurait dû survenir en 1947, au moment de la fondation officielle de l’État
d’Israël. Près de 80 ans plus tard, la Palestine est morcelée sur son
territoire, y compris en Cisjordanie, déchirée par des courants idéologiques
opposés entre le Hamas et le Fatah, appauvrie sur les plans économiques et
culturels, et entièrement détruite dans la bande de Gaza.
Comme si ce n'était
pas suffisant, la reconnaissance de l’État palestinien par le Canada, la France, le Royaume-Uni et quelques autres pays, sert maintenant de prétexte à Israël
pour couper le territoire de la Cisjordanie en différentes sections. En fait, la
Cisjordanie serait occupée en zones et en ''cantons'' isolés, discontinus
géographiquement et ressemblant à de véritables prisons où les déplacements
entre eux ne seraient possibles qu'à travers des points de contrôle
d'occupation, au milieu des milices de colons armés disséminées dans toute la
Cisjordanie. Tant que les
gouvernements de
Netanyahou et de
Trump demeurent au pouvoir, ce
n’est pas la naissance d’un État palestinien que nous connaîtrons, mais celle
d’un vaste bantoustan israélien.
|
- Le génocide des
Palestiniens
La réalité est que cette expansion
israélienne se fait au prix d’un génocide qui touche non seulement la bande de
Gaza, mais également la Cisjordanie où l'on assiste à un grignotage continu par
des colons israéliens qui s’y installent en toute impunité, et qui vont jusqu’à
détruire les habitations et les installations agricoles des Palestiniens, et à
les chasser ainsi de leur terre. Cette dépossession des Palestiniens explique
leur appauvrissement graduelle, alors que près de la moitié de la population vit
dans l'indigence. Finalement, compte tenu de son poids supérieur à celui de la
Palestine, Israël n'est pas du tout intéressé à trouver une solution durable.
Néanmoins, même si Israël réussissait à éliminer complètement le Hamas, il
renaîtrait de ses cendres.