République socialiste du Vietnam

Vietnam

(4) La politique linguistique
à l'égard des minorités ethniques

 

1 Les langues des minorités ethniques

Il est utile de rappeler que le Vietnam constitue une nation multiethnique et multiconfessionnelle, dans laquelle on peut inventorier une centaine d'ethnies. On trouve ainsi au Vietnam un éventail unique de langues et de peuples en Asie du Sud-Est. En 2009, la population totale des minorités ethniques s'élevait à environ 12,5 millions, soit 14 % de la population totale. Si les minorités ne représentent que 14 % de la population du pays, leur proportion moyenne s'élève à 30% et à 40% dans les montagnes du Nord et à plus de 80% dans certaines provinces. De plus, les minorités occupent une superficie considérable du Vietnam, soit pratiquement les deux tiers du pays. Évidemment, les langues sont aussi nombreuses que les ethnies.

En théorie, la société est multiethnique et multiraciale, mais elle est en réalité dominée par une élite d'origine vietnamienne, les Viets appelés aussi les Kinh, parlent le vietnamien. Les Viets sont beaucoup plus nombreux que les autres groupes ethniques; ils habitent en majorité les basses terres, alors que les peuples minoritaires, généralement fragmentés en de nombreux groupes de diverses origines et de différentes tailles numériques, sont pour la plupart des montagnards. Ces peuples minoritaires vivent traditionnellement séparés les uns des autres. C'est en partie de cette façon qu'ils conservent leurs langues ancestrales.

De plus, la plupart des minorités du pays vivent encore assez séparément de la majorité de langue vietnamienne. Cette situation à certainement permis à limiter l'importation d'éléments culturels étrangers, avec le résultat que les caractéristiques de ces peuples ont été grandement préservées. Toutefois, la modernisation et l’industrialisation font rapidement leur entrée dans la vie des minorités et il existe des tendances pour remplacer les éléments traditionnels par des modèles plus récents, donc plus modernes.

1.1 L'identification des minorités ethniques du Vietnam

On peut résumer la situation en disant que les langues du Vietnam appartiennent à huit grands groupes ethniques différents.

- le groupe des langues viet-muong : Chut, Kinh, Muong, Tho;
- le groupe des langues thaïes : Bo Y, Giay, Lao, Lu, Nung, San Chay, Tay, Thaï;
- le groupe des langues môn-khmer : Ba Na, Brau, Bru-Van Kieu, Cho-ro, Co, Co-ho, Co-tu, Gie-trieng, Hre, Khang, Khmer, Kho mu, Ma, Mang, M'Nong, O-du, Ro-mam, Ta-Oi, Xinh-mun, Xo-Ðang, Xtieng;
- le groupe des langues hmong-dao : Dao, Mong (H'Mong), Pa Then;
- le groupe des langues kadai : Co lao , La-chi, La ha, Pu Peo;
- le groupe des langues austronésiennes : Cham, Churu, Ede, Giarai, Raglai;
- le groupe des langues chinoises han : Hoa, Ngai, San diu;
- le groupe des langues tibéto-birmanes : Cong, Ha Nhi, La Hu, Lo Lo, Phu La, Si La.

Selon des critères linguistiques, on distingue cinq familles de langues autochtones:

- les langues austro-asiatiques : muong, khmer, bahmar, koho, hre, sedang, brou, katou, maa, stieng bulo, mnong, cho-ro, kayong, miao, puoc, pacoh, rengao, trieng, jeh, khao, phuong, halang, khang, cua, etc.

- les langues tai-kadai : thaï (et ses variétés), nung, zhuang, cao lan, tho, bouyei, lao, tsun-lao, etc.

- les langues hmong-mien : hmong, yu mien, kim mun, etc. 

- les langues sino-tibétaines : chinois cantonais, hani, akha, phula, etc.

- les langues austronésiennes :  jaraï, rade, cham de l'Est, roglai du Nord, roglai du Sud, haroi, cham de l'Ouest, chrou, etc.

On trouve au Vietnam différentes formes d’écritures utilisées par les minorités, comme les idéogrammes (tày, nung et autres groupes thaïs) et des alphabets d’origine indienne (thaï noir, cham, khmer, lao, etc.) et latine. Les solutions trouvées pour transcrire la langue vietnamienne (l’alphabet latin) ont eu tendance à s’imposer et furent souvent appliquées à à la transcription de langues orales ou de dialectes voisins géographiquement. Au total, une vingtaine de langues minoritaires font usage de l'alphabet latin, et une dizaine d'autres utilisent un alphabet traditionnel. Près de 25 langues ne bénéficient d'aucune écriture.

L'article 4 du Décret sur les questions relatives aux minorités ethniques (2011) décrit ainsi les éléments constitutifs concernant les minorités:

Article 4

a) Groupe ethnique minoritaire : désigne un groupe ethnique minoritaire dont la population est inférieure à celle du groupe ethnique majoritaire sur le territoire du Vietnam.

b) Groupe ethnique majoritaire : désigne un groupe ethnique majoritaire dont la population représente plus de 50% de la population totale du pays.

c) Zone de minorité ethnique : désigne une région dans laquelle différents groupes minoritaires coexistent et forment une communauté stable sur le territoire du Vietnam.

d) Groupe ethnique minoritaire : désigne des minorités ethniques comptant une très petite population de moins de 10 000 personnes.

e) Groupe ethnique minoritaire confronté à des difficultés exceptionnelles : désigne un groupe ethnique confronté à des difficultés socio-économiques exceptionnelles définies selon les trois critères ci-dessous:

a) le taux de ménages pauvres dans un village est supérieur de plus de 50% à ceux du taux national;
b) les indices de développement de l’éducation et de la formation, de la santé communautaire et de la qualité de la population sont inférieurs de 30% à ceux de la population nationale moyenne;
c) l'infrastructure technique essentielle est de mauvaise qualité et ne répond qu’aux besoins minimums des habitants.

Enfin, l'article 2 de la Loi sur la nationalité vietnamienne (2008) décrit que le Vietnam est «un État unifié par tous les groupes ethniques vivant sur le territoire vietnamien» et que «tous les membres des groupes ethniques sont égaux en droit d'obtenir la nationalité vietnamienne»:

Article 2

Droits à la nationalité

1) Dans la République socialiste du Vietnam, tout individu a droit à la nationalité. Les citoyens vietnamiens ne doivent pas être privés de leur nationalité vietnamienne, sauf dans les cas prévus à l'article 31 de la présente loi.

2) L’État de la République socialiste du Vietnam est un État unifié par tous les groupes ethniques vivant sur le territoire vietnamien; tous les membres des
groupes ethniques sont égaux en droit d'obtenir la nationalité vietnamienne.

1.2 Rappel historique

On ne dispose que de peu d'informations concernant l'histoire des minorités ethniques du Vietnam. Il est grandement admis que de nombreux groupes habitent ce pays depuis de nombreux siècles et qu'ils sont issus d'un petit nombre de peuples qui ont vécu dans des régions isolées, tant culturellement que géographiquement, de sorte qu'ils se sont développés en groupes distincts. Les historiens croient généralement que certains d'entre eux, comme les Hmong, les Zao, les Nung, les San Chay, les Cao Lan, les Giay et les Lolo, sont les descendants d'anciens migrants du sud de la Chine; ils se seraient installés dans les régions frontalières du Nord.

On pense que d'autres, comme les Thaïs et les Muong, étaient liés aux habitants des basses terres de souche malaise; ils auraient été forcés de s'installer dans les hautes terres lors d'invasions successives des peuples mongols originaires de la Chine. Parmi les minorités autochtones figurent les Cham du centre du Vietnam, un vestige d’un royaume qui régnait sur les côtes centrales du pays jusqu’à ce qu’ils soient envahis par les Vietnamiens et les Khmers au XVe siècle, dont les ancêtres cambodgiens contrôlaient la région du delta du Mékong jusqu’à leur dernier déplacement au XVIIIe siècle provoqué par les Vietnamiens. Les Khmers et les Cham habitent les basses terres du Sud et sont considérés comme culturellement plus développés que les autres groupes ethniques minoritaires.

- La colonisation française et la partition politique

Avant l'arrivée des Français au XIXe siècle, les minorités des hauts plateaux vivaient isolées de la population des basses terres. Cependant, avec la consolidation de la domination française, les contacts entre les deux groupes se sont multipliés. Les Français, intéressés par les hautes terres pour l'agriculture de plantation, accordèrent aux montagnards leur autonomie linguistique et culturelle, et administrèrent leurs régions séparément du reste du Vietnam. Ce statut spécial permit aux Français de cultiver les hauts plateaux largement inexploités, où leurs administrateurs et leurs missionnaires ont également fondé des écoles, des hôpitaux et des léproseries.

Après le milieu des années 1950, le Nord communiste et le Sud capitaliste traitèrent différemment leurs minorités. Le régime du Nord à Hanoi pratiqua une politique d'accommodement en créant deux régions autonomes pour les montagnards en échange de leur acceptation du contrôle politique de Hanoi. En proposant un gouvernement autonome limité, les dirigeants de Hanoi espéraient que l'intégration des minorités dans la société vietnamienne pourrait éventuellement être réalisée.

En revanche, l’administration non communiste de Saigon (aujourd'hui Hô-Chi-Minh-Ville) dans le Sud opta pour un contrôle direct et centralisé des minorités; ce faisant, les autorités vietnamiennes durent subir leur colère persistante en saisissant des terres tribales ancestrales pour la réinstallation des réfugiés catholiques déplacés du Nord.  Quelques années plus tard, les administrations successives de Saigon accordèrent un minimum d'autonomie aux minorités, mais avec un succès mitigé.

- La réunification politique de 1975

Après le départ des troupes américaines et la réunification du Vietnam en 1975, plusieurs cadres appartenant à des minorités du Nord furent envoyés dans les hauts plateaux du Centre pour jeter les bases d'un futur développement socio-économique. En 1977, une université fut créée à Buon Me Thuot, capitale de la province de Dak Lak, dans le but de former des cadres minoritaires favorables à la ligne du Parti communiste du Vietnam. Par la suite, l'écart qui séparait les communautés des hautes et des basses terres s'est progressivement atténué en raison de la politique de redistribution de la population et d'intégration politique.

En vertu de cette politique, les habitants des basses terres furent envoyés dans les régions éloignées et peu habitées des hautes terres, et ce, autant dans le but de soulager la surpopulation dans les villes et dans le delta du fleuve Rouge, que pour accroître la production alimentaire destinée à la population vietnamienne. En 1986, environ 43% des quelque 2,2 millions des membres appartenant à des minorités nomades auraient adopté une vie plus sédentaire.

La question des minorités fut perçue comme un problème en raison de ses implications non seulement pour l'intégration dans la société vietnamienne, mais aussi pour la sécurité intérieure. Les autorités se montrèrent très préoccupées par les régions frontalières septentrionales, où des groupes tels que les Hmong, les Zao et les Giay auraient été impliqués dans des activités anti-vietnamiennes. En même temps, il fallut se rendre compte que les progrès à l'égard des minorités ethniques demeuraient inégaux. Dans les régions éloignées, les coutumes et pratiques dites «arriérées» étaient restées inchangées. Les groupes minoritaires n'étaient guère bien représentés parmi les cadres, tandis que les ressources nécessaires pour une amélioration des conditions matérielles faisaient cruellement défaut. Les déclarations officielles du gouvernement, selon lesquelles un Vietnam multinational se rapprocherait de plus en plus d'une unité et d'une plus grande harmonie, furent démenties par les fréquentes réprimandes adressées par le gouvernement contre le «nationalisme étroit» des groupes minoritaires.

- Des améliorations sensibles

À partir des années 2000, le gouvernement vietnamien a commencé à changer d'attitude, notamment à partir de la promulgation de la Constitution de 1992:
 

Article 5

1) L’État de la République socialiste du Vietnam est un État uni de toutes les ethnies vivant ensemble sur le territoire vietnamien.

2) Il applique la politique préconisant
l’égalité, la solidarité et l’entraide mutuelle entre les ethnies et interdit tout comportement raciste ou de désunion entre les ethnies.

3)
Toute ethnie a le droit d'utiliser sa propre langue et son écriture, de préserver son identité nationale et de promouvoir ses us et coutumes.

4) L’État applique la politique de développement de tous les domaines
en faveur des membres des ethnies minoritaires en améliorant progressivement leur vie dans tous ses aspects matériels et moraux.

Compte tenu des dispositions constitutionnelles, le gouvernement décréta un programme visant à offrir des cours dans certaines langues des minorités locales dans les écoles primaires et secondaires. Cependant, les programmes d'enseignement des langues locales furent inégaux, étant plus complets dans les hauts plateaux du Centre et dans le delta du Mékong, et seulement dans des régions limitées des hauts plateaux du Nord-Ouest. Bien que la législation prévoie l'instruction universelle pour les enfants sans distinction de religion ou d'ethnie, plusieurs régions éloignées sont laissées pour compte. Néanmoins, des programmes particuliers ont été mis en œuvre pour construire, des écoles, des collèges, des pensionnats, des bourses d'études et des admissions préférentielles au niveau universitaire.  

De plus, le gouvernement diffuse des programmes de radio et de télévision dans les langues des minorités ethniques dans certaines régions. Il a également demandé aux responsables de la majorité vietnamienne (les Kinh) d'apprendre la langue de la localité dans laquelle ils travaillent. Les administrations provinciales ont poursuivi leurs initiatives en visant à accroître l'emploi, à réduire l'écart de revenus entre les minorités ethniques et les Kinh, et à sensibiliser les fonctionnaires à la culture et aux traditions des minorités.

Le gouvernement vietnamien a aussi a accordé un traitement préférentiel aux entreprises nationales et étrangères qui désirent investir dans les régions montagneuses peuplées principalement par des minorités ethniques. Il a aussi mis en place des programmes de développement dans les infrastructures ciblant les régions pauvres composées en majorité de minorités ethniques.

- La discrimination persistante

Toutefois, bien que le gouvernement interdise officiellement la discrimination à l’égard des minorités ethniques, cette discrimination qui existe depuis fort longtemps persiste encore aujourd'hui. Malgré la croissance économique importante du pays, certaines communautés minoritaires ont peu bénéficié de l'amélioration de la situation économique. Dans certaines régions, notamment les hauts plateaux du Nord-Ouest et du Centre, ainsi que certaines régions du delta du Mékong dans le Sud, de nombreuses communautés minoritaires continuent de partir pour le Cambodge et la Thaïlande, dans l'espoir de vivre une vie meilleure. N'oublions pas que le gouvernement vietnamien surveille de près certaines minorités des hauts plateaux du Centre et du Nord-Ouest, car il craint que les religions qu’elles pratiquent ne favorisent le séparatisme ethnique, les défenseurs des minorités ethniques — généralement considérés comme des militants activistes — risquant à tout moment d'être arrêtés et condamnés à de lourdes peines d'emprisonnement. 

Au cœur de l’histoire du Vietnam, tous ces peuples minoritaires ont partagé les mêmes tâches. Ils ont combattu les envahisseurs étrangers, ils ont défendu le territoire du pays, ils ont obtenu le droit d'y vivre ainsi que, en principe, le droit à l’autodétermination, voire à l'indépendance. Chacun de ces groupes ethniques a développé sa propre identité et sa propre culture, le tout en demeurant en contact avec la culture vietnamienne reconnue pour sa diversité, soit une combinaison composée de différentes cultures.

1.3 La protection des minorités

La Constitution de 2013 prévoit plusieurs dispositions d'ordre général, dont l'article 5 est la plus représentative dans la reconnaissance des groupes ethniques:.

Article 5

1) La République socialiste du Vietnam est un État unifié de tous les groupes ethniques vivant au Vietnam.

2) Toutes les ethnies sont égales et unies, elles se respectent et s'entraident pour se développer mutuellement; tout acte de discrimination et de stigmatisation est strictement interdit.

3) La langue nationale est le vietnamien. Tous les groupes ethniques ont le droit d'utiliser leur propre langue et leur propre système d'écriture afin de préserver leur identité nationale et de promouvoir leurs us et coutumes, leurs traditions et leur culture.

4) L'État doit mettre en œuvre une politique de développement global et créer les conditions permettant aux minorités ethniques d'exploiter pleinement leurs capacités internes et de se développer avec le pays.

Cette disposition signifie que les membres des minorités nationales sont des Vietnamiens à part entière, mais cela n’implique aucun droit linguistique. La langue officielle ou nationale étant le vietnamien, tous doivent connaître la langue vietnamienne. Chacune des ethnies a effectivement le droit d'utiliser sa langue, son écriture (ou alphabet), de conserver son identité nationale et de faire valoir ses us et coutumes, ses traditions et sa culture, mais pas nécessairement dans le cadre d'un statut linguistique reconnu en droit. Autrement dit, tout Vietnamien a le droit d’utiliser la langue qu’il désire dans les communications informelles ou à la maison, car dans la vie institutionnelle seul le vietnamien est admis. Au Vietnam, il n'y a pas de contradiction entre le droit théorique à sa langue et le droit de la pratiquer dans la vie institutionnelle.

L'article 21 de la Loi sur le patrimoine culturel (2001) semble pertinent à ce sujet dans la mesure où l'État doit adopter des politiques et créer des conditions pour la protection et le développement de la langue parlée et écrite des nationalités au Vietnam, mais en même temps tous les organismes et les individus ont la responsabilité de préserver la clarté et la pureté de la langue vietnamienne :

Article 21

L'État adopte des politiques et crée des conditions pour la protection et le développement
de la langue parlée et écrite des nationalités au Vietnam. Tous les organismes et les individus ont la responsabilité de préserver la clarté et la pureté de la langue vietnamienne.

Non seulement la Constitution de 2013 prévoit plusieurs dispositions concernant les langues des minorités ethniques, mais également de nombreuses lois, dont une vingtaine contenant des dispositions à l'égard des minorités ethniques:

Code de procédure civile (2015) ;

Code de procédure pénale (2003);

Code civil (2015);

Décret réglementant l'enseignement (2010);

Décret sur les questions relatives aux minorités ethniques (2011);

Décret n° 39 sur la publicité (2001);

Loi sur la procédure administrative (2015).;

Loi sur la nationalité vietnamienne (2008);

Loi sur la fonction publique (2010);

Loi sur l'éducation (2005);

Loi sur l'organisation de l'Assemblée nationale (2014);

Loi sur l'organisation des cours populaires (2014);

Loi sur le patrimoine culturel (2001);

Loi sur l'égalité des sexes (2006);

Loi sur le budget de l'État (2002);

Loi sur les cadres et les fonctionnaires (2008);

Loi sur les médias (1999);

Loi sur la presse (2016);

Parmi tous ces documents, le Décret réglementant l'enseignement (2010) et le Décret sur les questions relatives aux minorités ethniques (2011) constituent certainement des textes les plus importants. Les autres lois ont été intégrées parmi les documents de protection des minorités.

2. L'Assemblée nationale et la législation

A l’Assemblée actuelle, la majorité (82,5 %) des 498 députés sont des Kinh, les autres, soit 17,5 %, représentent 32 groupes ethniques minoritaires. Bien que la représentation de 32 des autres groupes minoritaires soit relativement bonne, il reste encore plusieurs groupes ethniques qui ne sont pas représentés à l’Assemblée nationale. Il est vrai que certains groupes minoritaires comptent moins de 1000 membres; ils vivent souvent avec d’autres petits groupes. Or, toutes ces petites communautés ne peuvent pas être dûment représentées. La langue des débats parlementaires est le vietnamien, ce qui signifie que les membres des minorités ethniques doivent utiliser cette langue lorsqu'ils veulent intervenir.

2.1 Le Conseil des nationalités

La principale instance chargée des minorités ethniques à l’Assemblée nationale vietnamienne est le Conseil des nationalités ("Hội đồng dân tộc"). Il s’agit d’un organisme composé de 40 députés, qui est chargé principalement de définir, d’examiner et de superviser les textes (lois et décrets) et les procédures juridiques relatives aux minorités ethniques. L'article 69 de la Loi sur l'organisation de l'Assemblée nationale (2014) décrit ainsi les tâches et les pouvoirs du Conseil des nationalités:

Article 69

Tâches et pouvoirs du Conseil des nationalités

1)
Vérifier les projets de loi et les ordonnances sur les politiques relatives aux affaires ethniques; vérifier les autres projets de documents demandés par l'Assemblée nationale ou par son comité permanent; vérifier l’assurance des politiques en matière d’ethnicité dans les projets de loi et les ordonnances avant leur soumission à l’Assemblée nationale ou à sa commission permanente.

2) Donner son avis sur la promulgation des règlements du gouvernement relatifs à la mise en œuvre des politiques relatives aux affaires ethniques.

3) Superviser la mise en œuvre des lois et des résolutions de l'Assemblée nationale, et des ordonnances et des résolutions du Comité permanent de l'Assemblée nationale dans le domaine de l'ethnicité; superviser la mise en œuvre des politiques relatives aux affaires ethniques, des programmes et des programmes de développement socio-économique dans les régions montagneuses et les zones où vivent des minorités ethniques.

4) Superviser les documents liés au travail du gouvernement, du premier ministre, des ministres et des chefs d’organismes ministériels.

5) Soumettre les projets de loi devant l’Assemblée nationale et les projets d’ordonnances devant le Comité permanent de l’Assemblée nationale sur les questions relevant du Conseil des affaires ethniques.

6) Faire des propositions sur la politique de l’État en matière d’affaires ethniques et sur l’organisation et le fonctionnement des organismes concernés, ainsi que des propositions concernant le travail ethnique.

L'article 70 déclare que l'Assemblée nationale a l'obligation et le pouvoir de «décider de la politique de l'État en matière de minorités ethniques et religieuses». L'article 75 prévoit la création d'un Conseil des nationalités :
 

Article 75

2) Le Conseil des nationalités étudie et adresse des recommandations à l'Assemblée nationale sur les questions concernant les groupes ethniques; il supervise et contrôle la mise en œuvre des politiques relatives aux groupes ethniques et des programmes et plans relatifs au développement socio-économique dans les régions montagneuses et les régions où vivent des minorités ethniques.

Article 77

2) Les organismes publics doivent étudier et répondre aux propositions du Conseil des nationalités la nationalité et des comités de l'Assemblée nationale.

Article 82

1) Un représentant de l'Assemblée nationale est chargé de s'acquitter de ses fonctions; il a le droit de devenir membre du Conseil des nationalités et des comités de l'Assemblée nationale.

Le Conseil des nationalités (ou Conseil des affaires ethniques) a été créé au sein de l’Assemblée nationale pour donner effet aux dispositions constitutionnelles relatives à l’égalité entre les groupes ethniques. Ce conseil est chargé d’élaborer et de formuler des recommandations portant sur des questions concernant les groupes ethniques, ainsi que de superviser la mise en œuvre des politiques relatives aux questions ethniques. Le gouvernement est dans l'obligation de consulter le Conseil avant de prendre les décisions au sujet des affaires ethniques.

Avant de promulguer des décisions sur la politique des nationalités, le gouvernement doit au préalable prendre l'avis du Conseil des nationalités. En vertu de l’article 69 de la Constitution, le Conseil des nationalités et les diverses commissions de l'Assemblée nationale ont le droit de demander aux membres du gouvernement, au président du Tribunal populaire suprême, au président du Parquet populaire suprême et aux autres fonctionnaires de l’État concernés de faire des exposés ou de leur fournir des documents sur les problèmes existants. Les personnes interpellées sont tenues de répondre à ces demandes. Qui plus est, les organismes de l’État sont tenus d'étudier les motions formulées par le Conseil des nationalités, tandis que les commissions de l'Assemblée nationale doivent donner suite à ces motions. Par exemple, le Conseil des nationalités a souvent demandé au gouvernement de construire des écoles à l’intention des minorités montagnardes. De fait, des dizaines d’écoles ont été construites afin d’instruire le plus d’enfants possible.

Il existe aussi un organisme de niveau ministériel: le Comité des affaires ethniques, lequel est chargé de rédiger des lois concernant les affaires ethniques pour le compte du gouvernement. Il est également chargé de soumettre au premier ministre des stratégies, des programmes et des projets relatifs aux affaires ethniques. Il supervise les politiques ethniques visant à assurer le développement socio-économique dans les régions habitées par des minorités ethniques.

De plus, l'article 29 du Code civil (2015) accorde à tout individu le droit d'identifier son appartenance ethnique ou de la réidentifier au besoin:

Article 29

Droit d'identifier et de réidentifier une appartenance ethnique

1) Chaque individu a le droit d’identifier et de réidentifier son appartenance ethnique.

2) Chaque individu doit avoir son appartenance ethnique identifiée à la naissance en fonction de l'appartenance ethnique de ses père et mère biologiques. Lorsque le père et la mère biologiques appartiennent à deux groupes ethniques différents, l’appartenance ethnique de l’enfant doit être transmise du père ou de la mère comme convenu entre les parents; si les parents ne sont pas d'accord, l'origine ethnique de l'enfant doit être identifiée conformément aux pratiques coutumières pertinentes; si les pratiques coutumières sont différentes, l’appartenance ethnique de l’enfant doit être identifiée, conformément aux pratiques habituelles de la minorité ethnique plus petite.

3) Toute personne a le droit de demander à une autorité compétente d'identifier ou de réidentifier son appartenance ethnique dans l'un des cas suivants:

a) Réidentification de l'ethnie du père ou de la mère biologique s'ils appartiennent à deux groupes ethniques différents;
b) Réidentification de l'ethnie du père ou de la mère biologique là où l'enfant adoptif a identifié ses parents biologiques.

Finalement, afin de donner davantage de poids aux questions concernant les minorités ethniques, le gouvernement a publié, le 14 janvier 2011, le décret n° 5/2011/ND-CP sur les affaires relatives aux minorités ethniques, lequel réaffirme les principes fondamentaux suivants : les politiques ethniques reposent sur l’égalité, l’unité, le respect et l’entraide mutuelle pour le bien commun; une politique globale de développement doit être mise en œuvre pour améliorer progressivement les conditions de vie matérielle et spirituelle des ethnies; les langues parlées et écrites et l’identité des ethnies doivent être protégées; les coutumes, pratiques, traditions et cultures de chaque ethnie doivent être promues; chaque ethnie doit respecter les coutumes et les pratiques des autres et contribuer ainsi à l’émergence d’une culture vietnamienne moderne à forte identité ethnique.

2.2 L'absence de lois spécifiques

En fait, le modèle socialiste du Vietnam reconnaît l’existence de la plupart des minorités nationales, même si cette reconnaissance ne se traduit pas nécessairement par des actes concrets de la part du gouvernement pour tous les groupes ethniques. En somme, les langues des minorités nationales sont en principe toutes protégées, bien qu'aucune d'elles ne soit mentionnée dans une quelconque loi. 

L'Assemblée nationale du Vietnam a adopté en 2012 la loi n° 14/2012/QH13 portant sur la vulgarisation et l'instruction des lois (en vietnamien: Luật phổ biến, giáo dục pháp luật). Cette loi reconnaît que les membres des minorités ethniques ont le droit de recevoir de l'information (art.1 ), dans leur langue (art. 17), sur les lois et qu'il est de la responsabilité des citoyens d'apprendre et d'étudier les lois. Cela ne signifie pas que les lois seront traduites dans toutes les langues minoritaires, mais qu'il existe des agences et des organismes compétents pour diffuser des informations sur ce sujet. L'État (en fait, le ministère de la Justice) garantit et doit créer les conditions permettant aux citoyens d'exercer leur droit à l'information sur les lois (art. 2). De plus, les établissements d'enseignement (art. 23) doivent élaborer, dès la maternelle et le primaire, des programmes d'éducation morale concernant les connaissances de base sur les droits, les obligations et le respect des lois de la part des citoyens. L'article 32  de la loi rend responsables les parents et els grands-parents d'éduquer les enfants et les petits-enfants dans le respect des lois.

Il n'en demeure pas moins qu'une loi spécifique portant sur les droits et obligations des minorités ethniques au Vietnam constituerait une manifestation réelle d'appui pour les membres des minorités ethniques; une telle loi signifierait que le gouvernement tient compte des préoccupations des minorités et garantirait la protection de leurs droits. Dans les provinces où vivent de nombreuses minorités ethniques, un organisme responsable des affaires ethniques est chargé d’aider les autorités locales à mettre en œuvre des politiques spécifiques et à assurer aux minorités ethniques la jouissance des droits qui leur sont garantis par la loi et à veiller à leurs intérêts.

3. La justice

La seule langue légale utilisée par les tribunaux est le vietnamien, sauf qu'il est possible de recourir aux soins d'un interprète lorsqu'un justiciable ignore la langue de la cour. Cela signifie que le juge n'est pas dans l'obligation de connaître la langue du justiciable ou des témoins. Quoi qu'il en soit, il doit rendre sa sentence dans la langue officielle de la cour, donc en vietnamien.

L'article 15 de la Loi sur l'organisation des cours populaires (2014) résume très bien le cadre juridique sur cette question:
 
Article 15

Langue parlée et écrite employée devant les cours populaires


1) La langue parlée et écrite employée dans un tribunal est
le vietnamien.

2) Le tribunal doit garantir le droit des participants à une procédure d'employer les langues parlées et écrites de leurs propres origines ethniques dans les tribunaux du peuple; dans ce cas, la présence d'interprète est obligatoire.

Le Code de procédure civile (2015) impose le vietnamien, mais autorise les langues ethniques avec l'intervention d'un traducteur:

Article 20

Langue parlée et écrite employée dans la procédure civile


1)
La langue parlée et écrite employée dans la procédure civile doit être le vietnamien. Les participants à une procédure civile peuvent utiliser la langue et l'écriture de leur groupe ethnique; en ce cas, des interprètes sont nécessaires.

Article 96

Diffusion des documents et des témoignages

3)
Les documents et les témoignages présentés dans les tribunaux par les parties impliquées
dans des langues des minorités ethniques ou dans des langues étrangères doivent être ajoutés à leurs traductions en vietnamien, lesquelles sont légalement légalisées ou authentifiées.

Le Code de procédure pénale (2003) reprend les mêmes dispositions tout en précisant que le prononcé de la sentence sera en vietnamien et traduit: 

Article 24

Langue parlée et écrite utilisée dans la procédure pénale

1) La langue parlée et écrite utilisée dans la procédure pénale est
le vietnamien.

2) Les participants à la procédure pénale peuvent utiliser les langues parlées et écrites de leur propre nationalité; dans ce cas, des interprètes sont nécessaires.

Article 226

Prononcé des jugements

2)
Si le défendeur ne connaît pas le vietnamien, l'interprète doit lui
lire l'intégralité du jugement dans la langue qu'il connaît après le prononcé de la sentence.

Il en est ainsi dans la Loi sur la procédure administrative (2015):

Article 83

Transmission des documents et des témoignages

3)
Un document ou un élément de témoignage remis par une partie concernée au tribunal
dans une langue d'une minorité ethnique ou une langue étrangère doit être joint à sa traduction en vietnamien dûment légalisée ou authentifiée.

Article 195

Prononcé de la sentence

3) Au cas où une partie concernée ne comprendrait pas le vietnamien,
l'interprète doit interpréter le texte intégral du jugement, après le prononcé de la sentence dans la langue qu'il connaît.

Malgré ces directives concernant les langues des minorités ethniques, il arrive relativement souvent que ces droits sont bafoués, car il n'y a pas de traducteur disponible dans certaines localités. Ces mesures ne sont applicables que dans les villes d'une certaine importance. Dans les régions éloignées, il n'est pas possible de quérir l'aide d'un interprète professionnel, mais le tribunal peut demander l'aide d'une personne dans l'assistance.

De toute façon, quand il s'agit de représentants des minorités, souvent victimes de profilage racial et facilement soupçonné d'un délit, la décision du tribunal est connue d'avance. Il n'en demeure pas moins que les procès expéditifs sont plus courants lorsqu'il s'agit d'individus qui menacent la sécurité de l'État, un motif qu'on peut invoquer à tout moment. De plus, le Code de procédure pénale permet des détentions préventives théoriquement indéfinies dans les cas touchant à la «sécurité nationale», et ce, en parfaite violation du droit international. Par ailleurs, le Code pénal permet de tenir les procès à huis clos dans les affaires touchant encore cette fameuse «sécurité nationale». Enfin, les autorités locales peuvent arrêter tout représentant d'un groupe ethnique minoritaire pour avoir participer à une assemblée demandant au gouvernement de respecter les droits de toutes les minorités ethniques. Le Vietnam est un pays où œuvrer en faveur de la démocratie est considéré comme de la subversion.

Dans ces conditions, il n'est pas surprenant que les représentants des minorités soient interpellés plus souvent que les Viets; ils sont plus facilement emprisonnés en tant que prisonniers politiques et beaucoup d'autres sont en résidence surveillée. Les personnes incarcérées sont souvent des membres minorités ethniques et religieuses, y compris des bouddhistes et des chrétiens. De nombreux Montagnards de religion protestante ont été condamnés à de très longues peines d'emprisonnement pour de longues durées.

4. Les services publics

Dans les régions où vivent de nombreuses minorités ethniques, un organisme responsable des affaires ethniques est chargé d’aider les autorités locales à mettre en œuvre des politiques spécifiques et à assurer aux minorités ethniques la jouissance des droits qui leur sont garantis par la loi et à veiller à leurs intérêts. En principe, les droits fondamentaux des minorités ethniques sont garantis, surtout le droit à l’égalité dans les domaines politique, économique, culturel et social, sans distinction aucune d’appartenance ethnique, de langue ou de religion.

4.1 La fonction publique

œuvre des politiques d'égalité pour les membres des minorités ethniques. L'article 10 de cette loi prescrit que l'État doive aussi assurer la fourniture de services de santé et d'éducation de base dans les régions montagneuses, frontalières, insulaires, éloignées, isolées, c'est-à-dire les régions où vivent des minorités ethniques avec des zones caractérisées par des conditions socio-économiques extrêmement difficiles:

Article 10

Politiques relatives à la construction et au développement des unités non commerciales publiques et du contingent des fonctionnaires

1)
L’État doit mettre en place un système d’unités publiques non commerciales chargées de fournir des services publics pour lesquels il incombe principalement à l’État de servir les citoyens dans les domaines de la santé, de l’éducation, de la science et dans d’autres domaines dans lesquels le secteur privé est incapable de fournir ces services;
l'État doit aussi assurer la fourniture de services de santé et d'éducation de base dans les régions montagneuses, frontalières, insulaires, éloignées, isolées, les régions où vivent des minorités ethniques avec des zones caractérisées par des conditions socio-économiques extrêmement difficiles.

La loi ne précise pas si ces services doivent être rendus dans la langue des minorités. Cependant, l'article 12 prévoit que les fonctionnaires doivent être payés avec des salaires correspondant à leur tâche et qu'ils bénéficient d'indemnités et de politiques préférentielles lorsqu'ils œuvrent dans ces régions.  

La Loi sur les cadres et les fonctionnaires (2008) énonce les mêmes dispositions concernant les fonctionnaires œuvrant dans ces régions où vivent des minorités ethniques :

Article 12

Droits des cadres et des fonctionnaires à la rémunération et aux régimes liés aux salaires

1)
Être payé par l'État par des salaires correspondant aux tâches et aux pouvoirs attribués et adaptés aux conditions socio-économiques nationales. Les cadres et les fonctionnaires travaillant dans des zones montagneuses, frontalières ou insulaires et éloignées
où vivent des minorités ethniques ou dans des zones caractérisées par des conditions socio-économiques particulièrement difficiles, ou dans des secteurs et métiers dangereux ont droit à des indemnités et à des politiques d'incitation en conformité avec la loi.

Article 37

Méthodes de recrutement des fonctionnaires

2)
Les personnes qui remplissent toutes les conditions énoncées au paragraphe 1 de l'article 36 de la présente loi et qui s'engagent à travailler volontairement pendant au moins cinq ans dans des régions montagneuses, frontalières, insulaires et éloignées où vivent des minorités ethniques ou dans des zones aux prises avec des conditions socio-économiques particulières peuvent être recrutées par une sélection.

Article 38

Principes de recrutement des fonctionnaires

4)
Donner la priorité au recrutement des personnes talentueuses, des personnes offrant des services méritoires au pays et des personnes
appartenant à des minorités ethniques.

Article 53

Affectation des fonctionnaires

4) Les fonctionnaires affectés pour travailler dans des régions montagneuses, frontalières, isolées et éloignées où vivent des minorités ethniques ou des zones où les conditions socio-économiques sont particulièrement difficiles ont droit à des mesures d’incitation au sens de la loi. 

Encore une fois, la loi ne prévoit pas de services publics dans les langues minoritaires, bien que cela entre en contradiction avec l'article 42 de la Constitution de 2013, qui énonce que «tout citoyen a le droit de déterminer sa nationalité, d'utiliser sa langue maternelle et de choisir sa langue de communication»:

Article 42

Tout citoyen a le droit de déterminer sa nationalité, d'utiliser sa langue maternelle et de choisir sa langue de communication.

Le gouvernement exerce des pressions pour demander aux responsables à majorité ethnique (les Kinh) d'apprendre la langue de la localité dans laquelle ils travaillent. Les administrations provinciales poursuivent des initiatives dans le but d'accroître les emplois, de réduire l'écart de revenus entre les minorités ethniques et les Kinh, et de sensibiliser les fonctionnaires à la culture et aux traditions de ces minorités. Par ailleurs, le gouvernement accorde un traitement préférentiel aux entreprises nationales et étrangères qui investissent dans les régions montagneuses peuplées principalement de minorités ethniques. Il n'en demeure pas moins que la Constitution accorde le droit d'utiliser sa langue maternelle et de choisir sa langue de communication, mais ne prévoit aucune mesure pour mettre le tout en pratique. Dans les faits, certains représentants des minorités ethniques participent à la vie politique vietnamienne. Ils peuvent occuper des postes clefs dans des organismes nationaux et locaux, mais en recourant nécessairement à la langue vietnamienne.

4.2 La reconnaissance des minorités

Plusieurs lois vietnamiennes font mention des minorités ethniques, sans jamais en désigner une seule. Par exemple, la Loi sur l'égalité des sexes (2006) soutient les activités pour l'égalité des sexes dans les régions éloignées et montagneuses, dans les régions où vivent des groupes de minorités ethniques et dans des régions où les conditions socio-économiques sont extrêmement difficiles:

Article 7

Politique de l'État en matière d'égalité des sexes

5)
Soutenir les activités pour l'égalité des sexes dans les zones éloignées et montagneuses, dans les zones où vivent des groupes de
minorités ethniques et dans des régions où les conditions socio-économiques sont extrêmement difficiles; aider à créer les conditions nécessaires pour augmenter l'IDG (1) dans les industries, les régions et les localités où il est inférieur à la moyenne de l'ensemble du pays.

L'article 8 du Décret n° 39 sur la publicité (2001) prescrit que toute publicité doit se faire en vietnamien, sauf dans certains cas, notamment lorsque la langue vietnamienne, la langue d'une minorité ethnique au Vietnam et une langue étrangère sont utilisées dans le même produit publicitaire:

Article 8

2
) Lorsque la langue vietnamienne, la langue d'une minorité ethnique au Vietnam et une langue étrangère sont utilisées dans le même produit publicitaire, la langue vietnamienne doit être inscrite en premier, suivie de la langue de la minorité ethnique et ensuite de la langue étrangère; et la taille des lettres de la langue de la minorité ethnique et de la langue étrangère ne doit pas dépasser la taille des lettres de la langue vietnamienne.
 

L'inconvénient de reconnaître les langues minoritaires dans la publicité, c'est de ne pas trouver de publicité dans ces langues.

L'article 36 de la Loi sur le budget de l'État (2002) accorde une répartition égalitaire du budget de l'État dans les régions où vivent des minorités ethniques:  

Article 36

2) Le pourcentage applicable aux recettes à répartir et à l'allocation supplémentaire d'équilibre est déterminé sur la base du calcul des sources des recettes et des tâches de dépense prévues aux articles 30, 31, 32 et 33 de la présente loi, conformément au régime de recouvrement du budget, au niveau d'allocation budgétaire, aux régimes, aux régions, au niveau des dépenses budgétaires et aux normes telles que la population, les conditions naturelles, les conditions socio-économiques de chaque région, avec une attention portée aux zones isolées, aux anciennes bases révolutionnaires, aux zones des minorités ethniques et aux zones en difficulté. 

Malgré ces initiatives, il subsiste de graves inégalités sociales en matière de services administratifs, de santé, de loisirs, etc. L'une des causes, mais ce n'est pas la seule, réside dans la non-connaissance des langues minoritaires de la part des fonctionnaires vietnamiens. Il semble que les politiques et les programmes gouvernementaux ne fassent pas suffisamment l'objet d'une adaptation et d'une sensibilité aux cultures des minorités. Trop de fonctionnaires viets ont encore des attitudes négatives et se permettent des pratiques discriminatoires à l'égard des personnes appartenant à des minorités. Les politiques linguistiques des autorités vietnamiennes dans les bureaux de l'administration situés dans les régions où sont concentrées les minorités plus importantes restent inchangées depuis des décennies, ce qui entrave sérieusement les possibilités d'emploi chez les membres des minorités dans la fonction publique. En outre, les traditions et les structures patriarcales au sein de certains groupes ethniques sont considérées par les autorités comme contribuant au maintien de comportements préjudiciables pour le développement socio-économique. Quoi qu'il en soit, les régions éloignées où vivent des minorités ethniques demeurent parmi les plus pauvres du Vietnam. En effet, selon la Banque mondiale, les minorités ethniques, qui représentent moins de 15 % de la population vietnamienne, comptent pour 50 % des pauvres du pays.

5. L'éducation

Les défis et enjeux sont nombreux dans le domaine de l'éducation à l'égard des minorités ethniques. Il faut non seulement consolider les objectifs de l’instruction universelle pour tous, notamment endiguer l’abandon scolaire, mais aussi assurer un accès à la scolarisation réelle et équitable pour toutes les minorités ethniques, surtout dans les régions rurales éloignées et isolées.

5.1 Les principes constitutionnels

Le gouvernement vietnamien a imposé une politique d'enseignement des langues ethniques en même temps que l'enseignement de la langue nationale dans tout le pays. L'article 15 de la première Constitution de 1946 prévoyait que les minorités nationales avaient le droit de recevoir un enseignement primaire, obligatoire et gratuit, dans leur propre langue:
 

Điều thứ 15

Nền sơ học cưỡng bách và không học phí. Ở các trường sơ học địa phương, quốc dân thiểu số có quyền học bằng tiếng của mình.

[...]

Article 15
 
L'école primaire est obligatoire et gratuite.
Dans les écoles locales, les minorités nationales ont le droit de recevoir un enseignement dans leur propre langue.

[...]

L'article 5 de la Constitution de 1981 réaffirmait ce principe:

Điều 5

Nhà nước Cộng hoà xã hội chủ nghĩa Việt Nam là Nhà nước thống nhất của các dân tộc cùng sinh sống trên đất nước Việt nam, bình đẳng về quyền và nghĩa vụ.

Nhà nước bảo vệ, tăng cường và củng cố khối đại đoàn kết dân tộc, nghiêm cấm mọi hành vi miệt thị, chia rẽ dân tộc.

Các dân tộc có quyền dùng tiếng nói, chữ viết, giữ gìn và phát huy những phong tục, tập quán, truyền thống và văn hoá tốt đẹp của mình.

[...]
Article 5

L'État de la République socialiste du Vietnam est l'État unifié de toutes les ethnies coexistant sur le territoire du Vietnam, et égales en droits et en obligations.

L'État préserve, développe et consolide le bloc d'union de toutes les ethnies du pays et interdit rigoureusement tout acte de discrimination à leur égard ou de nature à les diviser.

Tous les groupes ethniques ont le droit d'employer leur propre langue et leur propre écriture, de conserver et de promouvoir leurs us et coutumes, leurs traditions et leur culture.

[...]

Il en fut ainsi dans la Constitution de 1992, qui reprenait la plupart des dispositions de celle de 1980. Enfin, l'article 5 de la Constitution de 2013 réaffirme les droits des minorités de façon équivalente :

Điều 5

1)
Nước Cộng hoà xã hội chủ nghĩa Việt Nam là quốc gia thống nhất của các dân tộc cùng sinh sống trên đất nước Việt Nam.

2) Các dân tộc bình đẳng, đoàn kết, tôn trọng và giúp nhau cùng phát triển; nghiêm cấm mọi hành vi kỳ thị, chia rẽ dân tộc.

3) Ngôn ngữ quốc gia là tiếng Việt. Các dân tộc có quyền dùng tiếng nói, chữ viết, giữ gìn bản sắc dân tộc, phát huy phong tục, tập quán, truyền thống và văn hoá tốt đẹp của mình.

4) Nhà nước thực hiện chính sách phát triển toàn diện và tạo điều kiện để các dân tộc thiểu số phát huy nội lực, cùng phát triển với đất nước.
Article 5

1) La République socialiste du Vietnam est l'État unifié de tous les groupes ethniques vivant au Vietnam.

2) Toutes les ethnies sont égales et unies, elles se respectent et s'entraident pour se développer mutuellement; tout acte de discrimination et de stigmatisation est strictement interdit.

3) La langue nationale est le vietnamien. Tous les groupes ethniques ont le droit d'utiliser leur propre langue et leur propre système d'écriture afin de préserver leur identité nationale et de promouvoir leurs us et coutumes, leurs traditions et leur culture.

4) L'État doit mettre en œuvre une politique de développement global et créer les conditions permettant aux minorités ethniques d'exploiter pleinement leurs capacités internes et de se développer avec le pays.

De plus, l'article 61 de la Constitution de 2013 impose cette priorité au développement de l'éducation dans les régions montagneuses et insulaires les régions habitées par des minorités ethniques:

Article 61

3) L'État doit donner la priorité au développement de l'éducation dans les régions montagneuses et insulaires les régions habitées par des minorités ethniques et dans les régions où les conditions socio-économiques sont extrêmement difficiles; il doit donner la priorité à l'emploi et au développement des talents et offrir des conditions favorables aux personnes handicapées et pauvres pour faciliter l'accès à l'éducation et à la formation professionnelle. 

Le Décret réglementant l'enseignement (2010) témoigne de l'importance de l'éducation à l'égard des minorités:

Article 3

Situation de l’organisation de l’enseignement

1) Les membres des minorités ethniques ont des aspirations et des besoins d’apprentissage spécifiques.

3) Les programmes et les manuels des minorités sont compilés et vérifiés conformément aux règlements du ministre de l'Éducation et de la Formation.

Article 4

Le processus d'intégration des minorités ethniques dans l'enseignement

1) Sur la base des aspirations des minorités ethniques et des conditions d’organisation de l’enseignement des langues des minorités d'une région, les Comités populaires des provinces et les villes centrales (ci-après appelées collectivement «le Comité populaire de la province») recommandent au ministère de l’Éducation et de la Formation d'enseigner les langues des minorités ethniques dans la région.

2) Le ministère de l'Éducation et de la Formation doit réviser les conditions régissant l'enseignement des langues des minorités ethniques su proposition des Comités populaires de niveau provincial; il informe par écrit les Comités populaires de niveau provincial dans les 30 jours à compter de la réception des dossiers de demande d'enseignement des langues des minorités ethniques.

3)  Les comités populaires de niveau provincial doivent prendre des décisions relatives à l'enseignement des langues des minorités ethniques dans leur localité.

Quant à l'article 7 de la Loi sur l'éducation (2005), il oblige l'État à créer les conditions permettant aux membres des minorités ethniques d'apprendre leurs langues parlées et écrites:

Article 7

2)
L'État doit créer les conditions permettant
aux membres des minorités ethniques d'apprendre leurs langues parlées et écrites afin de préserver et de développer leurs identités culturelles respectives, en aidant les élèves des minorités ethniques à absorber facilement les connaissances lorsqu'ils étudient dans des écoles ou d'autres établissements d'enseignement. L’enseignement et l’apprentissage des langues des minorités ethniques doivent se faire conformément à la réglementation du gouvernement.

L'article 10 du Décret sur les questions relatives aux minorités ethniques (2011) énonce toute la politique en éducation concernant les minorités nationales:

Article 10

Politique de développement en éducation et en formation

1) Développer l'éducation dans les zones à minorités ethniques dans le cadre du programme national; élaborer des politiques éducatives pour tous les niveaux d'enseignement adaptées aux caractéristiques des groupes ethniques minoritaires.

2) Accroître les écoles maternelles, les écoles générales, les internats et les semi-internats pour les minorités ethniques, les centres de formation continue, les centres communautaires d'apprentissage, les écoles professionnelles et les écoles pré-universitaires; analyser la formation multidisciplinaire tertiaire pour les élèves issus des minorités en vue d'accélérer la formation des ressources humaines au service de l'industrialisation et de la modernisation nationales, ainsi que l'intégration internationale.

3) Mettre en place les conditions et les mesures appropriées pour soutenir les étudiants appartenant à une minorité ethnique: fournir l'hébergement, des prêts et bourses pour la durée de leurs études, conformément aux disciplines de leur formation et à leur lieu de résidence.

Les élèves appartenant à des groupes ethniques minoritaires ayant une population très réduite et vivant dans des régions avec des difficultés socio-économiques et des problèmes économiques exceptionnels sont exemptés des frais de scolarité à tous les niveaux et dans toutes les disciplines.

4) Trouver des ressources humaines et prévoir une formation professionnelle aux groupes ethniques minoritaires, le tout adapté aux caractéristiques de chaque région, et répondre aux besoins d’industrialisation, de modernisation et d’intégration internationale.

5) Accorder un soutien aux enseignants des régions confrontées à des difficultés socio-économiques et à des problèmes économiques exceptionnels; former des enseignants auprès des minorités ethniques et des enseignants pour les langues des minorités ethniques.

6) Inclure les langues, les écritures et les traditions culturelles particulières des groupes de minorités ethniques dans les programmes des écoles générales, des internats et des écoles semi-internes destinés aux minorités ethniques, des centres d’éducation permanente, des centres d’apprentissage communautaires, des écoles professionnelles, des écoles secondaires professionnelles, des collèges et universités adaptés aux zones où résident les minorités ethniques.

7) Les administrations des localités où des étudiants appartenant à une minorité ethnique passent des examens d'entrée à l'université ou s'ils sont admis en vertu des inscriptions désignées doivent recevoir ces étudiants après l'obtention de leur diplôme et doivent leur assigner des emplois appropriés à leur spécialité majeure.

Comme dans les services publics, le gouvernement encourage les administrateurs et les enseignants à organiser l'étude des langues des minorités ethniques (Loi sur l'éducation) :

Article 82

Politiques à l'égard des enseignants, des administrateurs en éducation travaillant dans des écoles spéciales, dans des zones confrontées à des difficultés socio-économiques extraordinaires

3) L'État doit adopter des politiques visant à assurer la rotation des enseignants et des administrateurs en éducation dans les régions confrontées à des difficultés socio-économiques extraordinaires; encourager et accorder des préférences aux enseignants et aux responsables en éducation qui travaillent dans des régions plus favorables pour s’installer dans des zones connaissant d’énormes difficultés socio-économiques; créer les conditions permettant aux enseignants de ces domaines de s'installer dans leur travail; organiser l'étude des langues des minorités ethniques pour les enseignants et les responsables de l'éducation travaillant dans les zones des minorités ethniques afin d'améliorer la qualité de l'enseignement et de l'apprentissage.

Les actions mises en place en faveur du développement culturel des minorités démontrent que le Parti et le gouvernement vietnamien s’appliquent à garantir sur le territoire les droits de ces ethnies en particulier et les droits humains en général. Cependant, en dépit des mécanismes d’aide au retour à l’école pour les enfants qui ont abandonné prématurément leurs études, les minorités ethniques sont surreprésentées dans les classes créées spécifiquement à ce sujet. De plus, malgré des mécanismes de péréquation entre les provinces, les régions les plus pauvres continuent de disposer des budgets les plus faibles. Dans les faits, ce sont dans les régions où les ethnies sont les plus présentes que les taux de scolarisation sont les plus faibles et que l’abandon est le plus fréquent.

5.2 L'enseignement des langues minoritaires

Avec près une soixantaine de peuples minoritaires ou ethniques ayant chacune leurs langues, leurs religions, leurs cultures et leurs identités, le Vietnam a dû mettre en place un système d'éducation proposant un enseignement en deux langues, c'est-à-dire en vietnamien et dans les langues minoritaires. Selon les informations transmises par le gouvernement vietnamien, on dénombre 30 groupes ethniques possédant leur propre écriture ou alphabet, les autres utilisant une écriture déjà existantes chez les Viets, les Chinois, les Thaïs, etc. Le ministère de l’Éducation et de la Formation a mis au point des programmes pour huit langues parlées par des ethnies minoritaires. Il s'agit du khmer, du cham, du chinois mandarin, de l’édé, du jrai, du ba na, du thaï et du hmong. Ces langues ont été officiellement introduites dans les écoles primaires et secondaires pour accueillir des minorités dans quelque 25 provinces où vivent un grand nombre de personnes issues de ces groupes. Au total, c'est plus de 785 écoles recevant plus de 150 000 élèves.

De plus, Viet Nam Television diffuse des émissions de la chaîne VTV5 dans 10 langues; la radio The Voice of Viet Nam a augmenté son temps de diffusion et a produit plus de 4000 programmes spéciaux dans 13 langues locales, facilitant ainsi l’accès à l’information pour les personnes issues de minorités ethniques.

Il faut comprendre qu'au Vietnam le droit à l’école ou à l'éducation n’implique pas nécessairement un «droit à la langue». Toutes les écoles offrent leur enseignement en vietnamien, sauf pour les disciplines concernant les langues étrangères et certaines langues minoritaires. Plus précisément, ces dernières ne constituent jamais une langue d'enseignement, mais une matière parmi d'autres. l'objectif est de créer les conditions minimales d'instruction, qui offriront à terme un développement économique à certains de ces «peuples de la forêt» ou ces «peuples des montagnes».

- Les méthodes d'enseignement

La principale méthode d'enseignement consiste à demander à tous les élèves d’apprendre le vietnamien comme langue nationale tout en soutenant l'usage de leur langue maternelle. Dans les écoles où c'est possible, les enfants peuvent apprendre leur langue à partir de la première année du primaire en tant que matière pendant quelques périodes par semaine à la condition que tous les enfants de l'école appartiennent à une même minorité ethnique. Il faut comprendre que la langue d'enseignement demeure toujours le vietnamien. Évidemment, beaucoup de jeunes enfants ne comprennent tout simplement pas ce que l'enseignant leur dit; ils lisent souvent sans comprendre et répètent simplement après l'enseignant ce qu'ils ont mémorisé. La plupart des enfants issus des minorités ethniques qui ne parlant pas le vietnamien ont beaucoup de difficulté avec un tel programme et une telle méthodologie. Une autre mauvaise pratique consiste à enseigner l'alphabétisation dans la langue maternelle à l'aide du vietnamien et des techniques pour enseigner aux non-locuteurs de cette langue.

Bref, l'enseignement des langues minoritaires reconnues (khmer, cham, chinois mandarin, édé, jrai, ba na, thaï et hmong) demeure aléatoire, car l’enseignement d’une langue minoritaire varie selon que l’alphabet est romanisé (latinisé) ou non. Les langues qui n'ont pas un alphabet romanisé, comme c'est le cas pour le khmer, peuvent être enseignées à partir de la première année, mais le plus souvent elles ne le sont pas. Même lorsque des textes en khmer, par exemple, ont été élaborés jusqu'à la 5e année, les enfants sont incités de manière répétée à n'utiliser que le texte de 1re année pendant cinq années consécutives, car les enseignants ne maîtrisent pas suffisamment le khmer pour utiliser les textes plus avancés. Toutefois, les langues qui ont un alphabet romanisé (hmong, édé, bahnar, hre, stieng, jrai, etc.) ne sont enseignées qu'à partir de la 3e année, car les autorités croient qu'enseigner deux alphabets romanisés à la fois (vietnamien et hmong) confondrait les enfants. Cette croyance est contraire aux conclusions des recherches internationales qui favorisent l’alphabétisation initiale dans la langue maternelle et le transfert des compétences vers la langue seconde.

De plus, les cours dans ces huit langues minoritaires ne sont possibles que dans certaines écoles en tant que matière, sinon comme activité parascolaire, alors qu'ils sont obligatoires dans les internats. L'État n'exerce aucun contrôle sur cet enseignement et il n'y a pas, contrairement au vietnamien, d'examen d'État commun pour ces langues minoritaires. Les parents soutiennent généralement cet enseignement principalement pour préserver leur culture plutôt que pour des raisons pédagogiques.

Le plus inquiétant, c'est que personne ne semble reconnaître que la langue d'enseignement et la méthodologie employées dans les salles de classe peuvent contribuer au décrochage scolaire. Or, les quelques données que l’on pourrait rassembler démontrent que le taux élevé d’abandon scolaire est un grave problème.

- Le non-accès à l'éducation dans sa langue

Dans les faits, il reste beaucoup de peuples minoritaires — la majorité — qui n'ont pas accès à une instruction dans leur langue. Ils doivent nécessairement se rabattre sur des écoles offrant un enseignement uniquement en vietnamien. Il existe plusieurs raisons qui expliquent cette situation, dont la pénurie de personnel qualifié dans les langues des minorités, l'enchevêtrement des ethnies dans un même village éloigné, l'extrême pauvreté des gens qui ne voient pas la nécessité d'envoyer leurs enfants à l'école, le manque de connaissance du vietnamien, etc. Lorsque coexistent différentes minorités dans une région, il est difficile de statuer quelles langues choisir pour l'enseignement. Parfois, c'est un choix cornélien !    

Devant ces difficultés, le ministère de l’Éducation et de la Formation a organisé des séminaires sur l’enseignement du vietnamien aux élèves issus des minorités ethniques. Cinq mesures ont été choisies:

- rendre l’école obligatoire à partir de cinq ans;
- renforcer l’enseignement du vietnamien, langue véhiculaire, aux élèves des écoles maternelles;
- rédiger et publier des manuels de vietnamien;
- augmenter les heures de cours de vietnamien pour les élèves de la classe préparatoire;
- expérimenter le programme d’enseignement bilingue (vietnamien - langue maternelle) dans certaines provinces.

On ne peut pas dire que ce type de mesures favorise l'enseignement dans les langues des minorités ethniques. Bref, il y a souvent des distinctions à faire entre le droit à l'éducation dans sa langue et le fait de le mettre en place. Il y a parfois loin de la coupe aux lèvres!

5.2 L'enseignement bilingue

Tous les décrets, toutes les décisions et instructions du gouvernement concernant l'éducation dans les régions ethniques mentionnent vaguement que les langues des minorités ethniques doivent être enseignées en plus de la langue nationale. Les faits démontrent que l'enseignement bilingue n'est pas réellement répandu au Vietnam, sauf pour les langues étrangères. En général, l'enseignement se fait au primaire, voire au secondaire, dans la langue des minorités ou en vietnamien, pas dans les deux langues simultanément. Il est vrai que le vietnamien est maintenant grandement utilisé par les communautés ethniques; l'apprentissage du vietnamien est devenu une demande de tous les groupes ethniques. En même temps, les minorités ethniques ont toujours l’idée de maintenir, de conserver et de promouvoir le rôle de leur propre langue. Si certaines langues minoritaires ne sont jamais enseignées, elles risquent de perdre leur fonctionnalité ou leur raison d'être à force de ne pas être utilisées.

- Une expérimentation limitée

Le ministère de l'Éducation et de la Formation a mis en œuvre diverses solutions pour améliorer la qualité de l'éducation dans les régions où vivent des minorités ethniques afin d'assurer l'équité dans l'instruction des enfants dans les milieux minoritaires. L'une des mesures a été un enseignement bilingue basé sur la langue maternelle: l'approche MTBBE ("Mother-Tongue Bilingual Based Education"). C'est un projet pilote d’enseignement bilingue fondé sur la langue maternelle mis en œuvre depuis 2008 par le ministère de l’Éducation et de la Formation en collaboration avec l’UNICEF dans trois provinces à forte densité de population de minorités ethniques: la province de Lào Cai, la province de Gia Lai et la province de Trà Vinh. Le projet pilote se faisait avec trois minorités ethniques et leur langue:

- le hmông dans la province de Lào Cai, appartenant au groupe linguistique hmong-mien (famille hmong-mien);
- le jrai dans la province de Gia Lai, appartenant au groupe linguistique malayo-polynésien (
famille austronésienne);
- le khmer dans la province de Trà Vinh, appartenant au groupe de langues môn-khmer
(famille austro-asiatique).

Les principaux objectifs de la méthode dite MTBBE sont les suivants:

(i) mettre en œuvre une conception valable et réalisable de l’enseignement bilingue (EB) dans les langues des minorités ethniques (LME) et en vietnamien dans les écoles maternelles et primaires;
(ii) contribuer à l'élaboration de politiques et de pratiques, y compris de cadres juridiques, qui favorisent l'emploi et le développement dans les LME en tant que moyen pour améliorer l'accès, la qualité et l'équité de l'éducation et d'autres services sociaux.

De façon concrète, il s'agit d'utiliser les langues minoritaires comme principale langue d'enseignement et introduire le vietnamien comme seconde langue pendant un an au préscolaire et ensuite en première année du primaire et en deuxième. À partir de la troisième année du primaire, on introduit le vietnamien comme langue d'enseignement simultanément avec la langue maternelle pour une période transitoire de trois ans. À la fin de la cinquième année, les élèves auraient acquis deux langues et deux alphabets, ce qui aurait pour effet de répondre aux normes du programme national. Après six ans, la première cohorte a terminé son programme d'apprentissage MTBBE à la fin du mois de mai 2014. Environ 520 enfants de cinq ans et 510 élèves du primaire ont participé au projet de l'UNICEF. L’évaluation du projet a montré une amélioration de la qualité de l’enseignement donné aux enfants des minorités ethniques. Les avantages de l'instruction bilingue, y compris l'alphabétisation initiale dans la langue maternelle, devraient être démontrés à toutes les parties prenantes; il devrait également y avoir une instruction dans la langue maternelle jusqu'à ce que les enfants acquièrent suffisamment de vietnamien pour comprendre le contenu de la matière. Autrement dit, l'expérience s'est révélée valable et réalisable dans le contexte vietnamien.

Malgré les progrès positifs accomplis par le Vietnam dans la mise en œuvre de l’enseignement primaire universel, des millions d’enfants défavorisés, en particulier ceux appartenant à des minorités ethniques, ne bénéficient pas pleinement des mêmes possibilités d’apprentissage et d’une éducation de qualité. Le programme d’enseignement bilingue a certes obtenu des résultats encourageants, mais les défis sont demeurés fort nombreux. D’abord, il faut savoir quelles langues vernaculaires choisir parmi la centaine pratiquée au Vietnam.

- Une expérimentation insuffisante

Tout s'est ensuite arrêté là, car les enseignants qualifiés en enseignement bilingue font cruellement défaut. Toute tentative d'établir un programme bilingue nécessiterait une forte composante de formation des enseignants. Des efforts sincères ont été déployés pour former des enseignants appartenant à des minorités ethniques et pour les affecter là où la plupart des gens appartiennent à des minorités ethniques, généralement dans des régions éloignées. Mais cette mesure apparaît nettement insuffisante pour le moment.

Il faudrait aussi permettre aux locuteurs des langues minoritaires de savoir lire et écrire dans les deux langues, et de mieux s’intégrer à la vie sociale et économique du pays. Tout nouveau programme d’enseignement devrait envisager les mesures suivantes:

- aider les enfants ne parlant pas le vietnamien à mieux apprendre;
- maintenir les enfants des minorités à l'école primaire et accroître leur participation aux niveaux secondaire et supérieur;
- permettre aux enfants des minorités d’acquérir de meilleures compétences en vietnamien et de s’alphabétiser dans leur langue maternelle;
- permettre aux enfants des minorités de mieux participer à la vie sociale et économique traditionnelle et rompre ainsi le cycle de la pauvreté;
- permettre un apprentissage indépendant dans les classes primaires et un enseignement mieux adapté dans les régions éloignées des minorités ethniques; 
- réduire le sentiment d'aliénation des enfants des minorités dans le système scolaire.

L’UNICEF ​​n’a pas calculé le coût de la mise en œuvre de sa méthode d’enseignement au Vietnam, mais un rapport de l’Unesco cite une estimation tirée de «Introduction à la politique linguistique: théorie et méthode» (publiée par Thomas Ricento) soulignant que de tels programmes peuvent ajouter 3% à 4% au budget de l'éducation d'un pays.

5.3 Les difficultés

Si la performance du Vietnam en matière d'éducation est remarquable, compte tenu de son histoire récente, elle n'est pas exempte de critiques et de difficultés. En effet, selon le Haut-Commissariat aux droits de l'homme de l'ONU: l’accès à une éducation de qualité reste difficile, notamment pour les groupes les plus vulnérables, c'est-à-dire les minorités ethniques. Le taux net d’achèvement de la scolarité primaire est de 86,4 % pour la population majoritaire des Kinh, alors qu’il n’est que de 60,6 % pour les autres groupes ethniques; ce taux baisse même à 40 % pour la région du delta du Mékong. En définitive, les minorités sont loin derrière les Kinh dans des domaines tels que la richesse, la nutrition et la mortalité infantile. Cela vaut également pour l'éducation: 25 % des Kinh vont jusqu'au collège (secondaire), contre seulement 15 % pour les minorités. Plus de 50 % des 1,2 million d'enfants non scolarisés du primaire concernent les minorités ethniques situées dans des régions rurales, montagneuses et isolées, et peu peuplées du delta du Mékong.

Pourtant, l’UNICEF soutient les programmes d’éducation pour les enfants au Vietnam depuis plus de dix ans. Bien que des progrès importants aient été réalisés, des problèmes subsistent, tels que des taux d'inscription et d'achèvement peu élevés, ainsi que des taux d'abandon et de redoublement élevés, en particulier chez les minorités ethniques. Pourtant, le Vietnam est considéré par la communauté internationale comme un pays phare en matière de réduction de la pauvreté. C'est probablement vrai pour les Viets (Kinh), mais pas pour les minorités nationales.

- Les conditions matérielles

Parmi les difficultés d'accès à l'éducation, il faut commencer par les conditions matérielles dans lesquelles vivent beaucoup d'enfants issus des minorités ethniques. Dans les régions rurales et montagneuses, l'école peut être située à une distance telle que les enfants ne peuvent s'y rendre à pied. Il faut considérer qu'en même temps les moyens de transport sont inaccessibles ou inadéquats pour de jeunes enfants.

Il faut aussi mentionner le fait que les parents craignent les catastrophes naturelles, surtout dans les montagnes. Comme le transport devient trop dangereux, les enfants demeurent à la maison. Au Vietnam, environ 80 % de la population minoritaire ne sait ni lire ni écrire.

- Les conditions socio-économiques

Les groupes de minorités ethniques sont composés à 50 % de ménages pauvres, voire très pauvres. Pour un grand nombre de familles, le fait d'envoyer leurs enfants à l'école occasionnerait des dépenses trop élevées, bien que la scolarité soit gratuite au primaire. Cependant, les autres frais (vêtements, transport, fournitures de bureau, etc.) demeurent très élevés pour des gens pauvres. Les ressources et les équipements pour les écoles primaires sont rares; il faut les payer. Dans ces conditions, les parents préfèrent que leurs enfants travaillent plutôt que de dépenser pour l'école.

- La arrière linguistique

Lorsqu'ils sont à la maison et dans leur communauté, les enfants des minorités ethniques parlent leur langue maternelle, alors qu'a l'école la langue d'enseignement est souvent le vietnamien. Or, les enseignants ne maîtrisent généralement pas du tout les langues parlées à la maison par leurs élèves. Comme ceux-ci ne comprennent pas leur professeur, ils sont tentés d'abandonner l'école. 

- Les enfants sans certificats de naissance

Le gouvernement exige la présentation d'un certificat de naissance lors de l'inscription d'un enfant dans une école. Le ministère de la Justice estime qu'il peut y avoir jusqu'à 60 % des enfants issus des milieux minoritaires, qui n'ont pas de certificat de naissance. Certains parents n'en voient pas la nécessité, et ce, d'autant plus qu'ils doivent payer des frais d'enregistrement ou des amendes pour un enregistrement tardif. Par le fait même, ces enfants n'ont pas accès à l'éducation avec le résultat qu'ils sont condamnés à la pauvreté toute leur vie.

- Les enseignants et les programmes

Les enseignants sont autorisés à expliquer les leçons dans la langue des enfants, mais ils ne parlent généralement pas cette langue, et ce, d'autant plus que la plupart croient que celle-ci est inutile, voire acceptable. De rares enseignants peuvent parler une langue minoritaire dans leur vie quotidienne, mais admettent se sentir mal à l'aise de l'utiliser en classe, surtout devant des responsables de l'éducation ou des visiteurs. Ajoutons aussi que, parmi les enseignants qui maîtrisent leur langue minoritaire, il y a beaucoup qui savent à peine la lire et l'écrire.

Non seulement les enseignants ne parlent généralement que le vietnamien, mais leurs salaires sont très bas. Beaucoup quittent leur emploi pour trouver un meilleur salaire ailleurs que dans l'enseignement auprès des minorités ethniques. De plus, ces enseignants se sentent démunis, isolés et peu appuyés par le gouvernement.

La formation des professeurs constitue un autre défi. Par exemple, les internats des ethnies minoritaires souffrent d’une pénurie d’enseignants. Il faudrait renforcer l’enseignement des langues vernaculaires aux futurs professeurs de ces établissements, en mettant en place notamment des programmes spécialisés dans les écoles normales supérieures. Les ethnies pourraient aussi envoyer leurs propres représentants dans des écoles normales supérieures; ils seraient ensuite à même d’enseigner dans leur localité.

Aux dires d’experts, il faut élaborer une stratégie pour améliorer les compétences du contingent d’enseignants comme du programme pédagogique en milieu minoritaire. Ce qui passe par la création de privilèges ou de subventions pour les professeurs et les élèves, dans la mesure où dans les régions montagneuses ou éloignées, l’éducation manque cruellement de moyens. De plus, il est urgent de former des professeurs d’ethnies minoritaires capables de jongler parfaitement entre leur langue maternelle et le vietnamien.

Des programmes particuliers seraient nécessaires pour encourager les enfants à fréquenter ou à retourner à l'école. Or, les programmes sont conçus pour les Kinh et la langue vietnamienne. Il faudrait proposer aux enfants des minorités des programmes plus appropriés, ce qui n'est guère le cas.

- Le tourisme de masse

Beaucoup de villages du Vietnam sont situés dans l’extrême nord du pays. Ils abritent des communautés montagnardes tribales parmi les plus anciennes du pays. Ces villages peuvent attirer des milliers de touristes en raison de leurs paysages grandioses. Les immenses terrasses de rizières séduisent les touristes, mais l’objet premier de cette activité consiste à faire voir le folklore de ces différentes minorités ethniques vivant dans ces régions. Toutefois, l'arrivée massive de touristes étrangers a pour effet de modifier considérablement la vie et les us et coutumes de ces peuples attachés à leurs pratiques ancestrales.

De plus, la croissance de l’activité touristique a entraîné une immigration importante de marchands vietnamiens. Au lieu de contribuer au développement des minorités ethniques, les Vietnamiens (les Kinh) ont exploité leur force de travail par l’intermédiaire des coopératives, afin de rentabiliser les entreprises touristiques, ce qui intensifie parallèlement les conflits socioculturels présents au sein de la société rurale. Ces peuples minoritaires voient leur identité culturelle s’effacer à mesure que leur dépendance vis-à-vis du tourisme s’accroît. Pour favoriser l’accueil d’un tourisme de masse, plusieurs des membres des minorités ont dû être dépossédés de leur terre, ce qui a pour effet l'abandon de l’agriculture traditionnelle pour s’adonner aux seules activités qu’on leur a réservées : la vente de souvenirs, les danses folkloriques et le métier de guide. Par voie de conséquence, les langues de ces peuples régressent au profit du vietnamien et de l'anglais.

6. Les médias

Toutes sortes de médias existent au Vietnam (médias écrits, audiovisuels, électroniques). À la fin de l’année 2009, le pays comptait plus de 700 organismes de presse, dont 178 journaux et 528 magazines, ainsi que 67 chaînes de télévision et stations de radio. On a recensé aussi 21 journaux électroniques, 160 sites Web d’information et des milliers de pages d’information publiées par le Parti, l’État, ou des associations et des entreprises. La législation vietnamienne autorise la publication de journaux et de magazines, ainsi que la diffusion d'émissions dans les langues minoritaires. On donc lire que la Loi sur les médias (1999) que ceux-ci ont la responsabilité de contribuer au maintien de la pureté de la langue vietnamienne et des langues des groupes des minorités ethniques du Vietnam:

Article 3

Types de médias

Les médias visés dans la présente loi désignent les médias vietnamiens, y compris les médias imprimés (journaux, magazines, nouvelles d'actualité, bulletins d'information des agences de presse); les médias audio (émissions de radio); les médias visuels (émissions de télévision, programmes audiovisuels sur les événements actuels réalisés par divers moyens techniques); les médias électroniques (par le biais du réseau d'information informatique)
dans la langue vietnamienne, dans les langues des groupes appartenant aux minorités ethniques du Vietnam ou dans les langues étrangères.

Article 6

Responsabilités et droits des médias

Les médias ont les responsabilités et les droits suivants:

1.Fournir des informations véridiques sur les affaires nationales et les actualités mondiales conformément aux intérêts du pays et de ses citoyens;

5. Contribuer au
maintien de la pureté de la langue vietnamienne et des langues des groupes des minorités ethniques du Vietnam;

Le ministère des Finances a publié la Circulaire n° 99/2017/TT-BTC réglementant la gestion et l'utilisation des fonds afin de mettre en œuvre des politiques visant à publier un certain nombre de journaux et de magazines pour les régions montagneuses et à minorités ethniques. Il faut considérer que les coûts pour de l'information auprès de ces communautés sont forcément plus élevés que dans les régions urbaines où habitent généralement les Vieth (Kinh). 

6.1 La presse écrite

La presse écrite existe dans les régions où vivent les minorités ethniques. C'est, entre autres, un moyen d’information efficace pour transmettre les directives, les politiques et les lois du Parti et de l’État aux minorités ethniques. La publication d'un certain nombre de journaux et de magazines dans les régions à minorités ethniques et les régions aux prises avec des difficultés exceptionnelles s'est accélérée à compter de la date d'entrée en vigueur de la décision du premier ministre n° 59/QD-TTG du 16 janvier 2017. Les fonds nécessaires à la mise en œuvre de politiques visant à publier un certain nombre de publications dans ces domaines seront garantis par le budget central et prévus dans les prévisions annuelles du Comité pour les minorités ethniques.

On compterait aujourd'hui plus d'une vingtaine de journaux et de magazines destinés aux minorités ethniques, dont la moitié de ces publications mensuelles sont bilingues avec le vietnamien: en khmer, en bhana, en jrai, en édé, en cham, en hmong, en kho, en m'nông, en tay, en xeo et en cơtou. Il existe aussi une revue illustrée: Dân Tôc & Miên Nui («Ethnies et Régions montagneuses»).

L'article 5 de la Loi sur la presse (2016) oblige l'État à commander des journaux à des fins politiques, de sécurité, de défense nationale et d'information étrangère, ainsi que pour les personnes vivant dans des régions où vivent des minorités ethniques,
 

Article 5

Politique de l'État en matière de développement de la presse

3) Commander des journaux à des fins politiques, de sécurité, de défense nationale et d'information étrangère, et pour des enfants mineurs, des malentendants et des malvoyants, ainsi que des personnes vivant dans
des zones où vivent des minorités ethniques, des zones dont les conditions socio-économiques sont très difficiles, des zones éloignées, des zones montagneuses et frontalières et des îles, ainsi que d’autres tâches importantes adaptées à chaque période, en vertu de décisions du premier ministre.

La plupart de ces journaux et magazines servent de propagande pour le Parti communiste. Certes, ils consacrent l'essentiel de leur information à la préservation et à la promotion des identités culturelles, aux costumes, aux fêtes traditionnelles, aux vestiges historiques, aux religions et aux croyances, aux us et coutumes, aux soins de santé, etc., mais aussi la préservation de l'identité vietnamienne, à l'édification politique, à la sensibilisation aux complots des forces hostiles à la nation, aux superstitions, aux critiques négatives contre le Parti, etc. En somme, l'État encourage la traduction et l’archivage des œuvres culturelles, artistiques et scientifiques, ainsi que la littérature orale, le folklore et les rites des ethnies minoritaires, de même que la préservation de l’artisanat, des costumes et des savoirs traditionnels. L'un des problèmes réside dans les difficultés à propager ces publications et ces coutumes dans les régions éloignées et montagneuses au moyen de ressources budgétaires relativement limitées. L'encouragement est plus moral que financier, bien que le gouvernement mette gratuitement à la disposition des minorités ethniques et des régions particulièrement défavorisées certains journaux et magazines. .  

6.2 La diffusion des médias électroniques

Il n'est pas simple d'organiser des émetteurs de radio et de télévision dans certaines régions du Vietnam. Pourtant, la Loi sur la presse (2016) impose aux fournisseurs de services d'universaliser les services publics de radio et de télévision dans tout le pays, en accordant la priorité aux zones habitées par des minorités ethniques:

Article 51

Fourniture de services de transmission et de radiodiffusion

2) Un fournisseur de services de transmission et de diffusion d'émissions de radio et de télévision publiques doit garantir le calendrier, la durée, l'étendue de la diffusion, la qualité de la transmission et la diffusion des chaînes de radio et des chaînes de télévision afin d'exercer des fonctions essentielles de la nation en matière de politique, d'information et de propagande et localités, et il doit veiller au respect des principes suivants:

a) Universaliser les services publics de radio et de télévision dans tout le pays, en accordant la priorité aux zones habitées par des minorités ethniques, aux zones présentant des conditions socio-économiques extrêmement difficiles, aux zones éloignées, profondes, montagneuses et frontalières et aux îles;

Or, les minorités vivent dans des régions où les terrains présentent des surfaces inégales avec de nombreuses montagnes et de petites routes rurales. Cette situation rend plus difficiles les installations des télécommunications et leur transport. De plus, les conditions de vie parfois pénibles membres des minorités font en sorte que les familles tendent à se préoccuper davantage de gagner leur vie que de s'occuper de leurs divertissements tels que la radio et la télévision, et ce, d'autant plus qu'il faut préalablement avoir accès à l'approvisionnement en électricité, du moins pour la télévision. Parmi les deux médias électroniques, la radio est le moyen le moins coûteux et le plus facile d’accès pour les plus pauvres. Il suffit que les gens pauvres dépensent une petite somme d'argent pour acheter une radio, de préférence avec des piles. C'est pourquoi la radio peut être populaire dans les régions où le public est pauvre et ne peut pas se permettre d'acheter un appareil de télévision.

Le gouvernement vietnamien diffuse des programmes de radio et de télévision dans les langues des minorités ethniques dans certaines régions. La Voix du Vietnam (VOV, Voice of Vietnam; en vietnamien : Đài Tiếng nói Việt Nam) est l'entreprise de radiodiffusion publique de la République socialiste du Vietnam. La VOV est une création du ministère de l'Information et de la Communication; elle dépend donc du cabinet du premier ministre et du Comité central du Parti communiste vietnamien. Depuis 1968, c'est-à-dire plus de dix ans après sa création, VOV produit des émissions à la radio sous le nom de VOV4 à l'intention des minorités ethniques avec six programmes en six langues, dont le jarai, le bana, l'édé, le h’re, le hmong et le chrau. Depuis 1990, VOV4 diffuse des programmes dans huit langues de minorités ethniques, à savoir le hmong, le khmer, l'édé, le jorai, le xudang, le k’ho, le thaï et le cham.

Avant 2004, le pays comptait 26 stations de radio et de télévision produisant des émissions audio dans 18 langues des minorités ethniques. Depuis le milieu de 2005, 33 stations de radio et de télévision ont produit plus de 40 émissions radiophoniques dans plus de 20 langues. Dans de nombreuses provinces, des radios pour les minorités ethniques ont été produites à tous les niveaux des unités administratives, des émissions radiophoniques de la province aux districts et aux villages. Actuellement, les ondes radio de la station de radio nationale atteignent également 95 % de la population totale du pays. Chez certaines minorités, il existe des résistances à la technologie de la radio, car elles sont habituées depuis des siècles à entendre des récits oraux transmis par leurs ancêtres. Elles doivent maintenant écouter des voix inconnues transmises par des «petites boîtes» étranges dans leur vie quotidienne. Il ne demeure pas moins que les émissions radiophoniques produites pour les minorités sont beaucoup plus accessibles lorsque leur contenu est exprimé en des mots faciles à comprendre et parlés dans des langues minoritaires par des personnes appartenant à des minorités.

Une branche de la télévision vietnamienne (VTV5, Tây Nguyên) a été spécialement créée en 2002 pour soutenir les projets de développement nationaux et pour diffuser des émissions dans les langues minoritaires. Tout comme Vietnam Television, c'est une émanation du Parti communiste. À certains égards, la radio et la télévision peuvent contribuer à vulgariser les langues et les cultures des minorités, de manière à préserver les valeurs ethniques et l’histoire des générations précédentes et à les transmettre aux générations suivantes. À travers des programmes présentant des spectacles culturels, les coutumes traditionnelles, les langues minoritaires, la radio et la télévision aident donc les minorités à préserver leur identité.

En outre, par le biais de la radio et de la télévision, les minorités ont la possibilité de faire part de certaines de leurs revendications et de leurs propositions au gouvernement afin que leurs droits soient plus fortement soutenus. En tant que partie intégrante des médias, la télévision et la radio sont particulièrement utiles pour les analphabètes, puisqu’environ 80% de la population minoritaire ne sait ni lire ni écrire. Néanmoins, il peut être difficile pour les stations de radio et de télévision de produire des émissions dans certaines langues minoritaires avec un contenu spécifique, tout en manquant de personnel, dont beaucoup travaillent dans des conditions jugées inacceptables en Occident. Finalement, la plupart des minorités sont souvent dénigrées ou mal représentées dans les médias contrôlés par l’État et le Parti communiste.

Depuis au moins deux décennies, le gouvernement du Vietnam a adopté une foule de mesures législatives pour tenir compte des droits des minorités ethniques sur son territoire. Ces mesures peuvent être certes jugées insuffisantes, car elles sont disséminées dans une soixantaine de lois au lieu d'une seule qui présenterait et garantirait le respect de ces lois. Dans l'état actuel des choses, ces dispositions éparses portant sur les droits des minorités perdent leurs effets parce qu'elles sont noyées par les autres dispositions des lois. Autrement dit, le gouvernement est mi-figue mi-raisin en ce qui concerne les minorités ethniques: il veut en tenir compte, mais pas trop; il veut les protéger, mais pas trop.

Le gouvernement a fini par comprendre que garantir les droits des minorités ethniques revêt une importance particulière pour la stabilité et le développement du pays. Cependant, la question ethnique s'avère complexe pour des raisons historiques, alors que les ressources d'investissement sont limitées et que les obstacles liés aux coutumes, aux habitudes et au niveau de développement sont considérables. Par conséquent, de nombreux programmes ou projets liés aux minorités ne peuvent pas garantir que leurs droits ne soient mis en œuvre rapidement ni au moyen d’interventions administratives. La question minoritaire semble une cause longue et ardue qui nécessite de gros investissements, notamment en ressources humaines, financières et matérielles, sans oublier l'implication du régime politique et du système judiciaire. Il vaut mieux ne pas trop en faire tout en ayant l'air d'agir par des lois présentant des principes généraux qui ont peu de chances d'être appliqués. Le domaine de l'éducation est un bon exemple: toutes les minorités ont le droit de recevoir leur instruction, mais différents obstacles font en sorte que ce droit à l'instruction n'est pas beaucoup accessible pour au moins la moitié de la population minoritaire. Quant au droit à la langue, il n'est valable que dans les foyers et dans les communications informelles.     

En réalité, le gouvernement vietnamien se méfie de ses minorités, surtout qu’elles vivent concentrées sur les hauts plateaux près des frontières. Selon les comptes rendus dans les journaux occidentaux, les minorités du Vietnam subissent certaines répressions de la part des autorités policières et administratives, et elles sont souvent harcelées et maltraitées, notamment en matière de religion non autorisée. Les autorités vietnamiennes considèrent avec une grande méfiance les religions ethniques parce qu'elles sont associées au séparatisme ethnique condamné par la loi sous le nom de «pratiques perverses». Cette attitude de méfiance semble, entre autres, être le résultat de la présence américaine au Vietnam, alors que les minorités furent souvent mobilisés par les Américains pendant la guerre du Vietnam. C’est pourquoi les minorités restent sous haute surveillance de la part du gouvernement vietnamien; il est même nécessaire aux touristes qui désirent se rendre en ces lieux minoritaires d'obtenir au préalable une autorisation officielle.

De plus, le gouvernement utilise souvent, contre les opposants ou prétendus opposants au régime, les articles du Code pénal (révisé en 2015) régissant la sécurité nationale, l'espionnage, la propagande contre le système socialiste, l'abus des droits démocratiques dans le but de léser les intérêts de l'État, des organisations sociales ou des citoyens, l'exercice de pratiques superstitieuses, la violation de l'ordre public et les violations des règlements régissant la publication et la distribution de livres, de journaux et autres imprimés. On comprendra qu'il devient tentant pour un gouvernement de se servir de la loi pour réprimer toute opposition, toute contestation, sinon toute critique. Il faut reconnaître que, depuis deux décennies, le régime s’est assoupli et évite d’encourir les sanctions internationales. Il paraît plus simple d’emprisonner les gens afin de les isoler. Au Vietnam, le pouvoir politique semble souffrir d'une extrême sensibilité et réprime sans ménagement tout individu dont les déclarations ou les écrits paraissent indésirables. Or, il arrive régulièrement que ces «indésirables» soient les représentants des minorités. D'ailleurs, toute la politique vietnamienne vise au quadrillage des populations minoritaires par toutes sortes de contraintes: permis de résidence obligatoire (le ho khau), police de secteur, curriculum vitae pour toute la population, contrôle des opinions sous couvert de «sécurité nationale», etc. La fameuse «sécurité nationale» invoquée à tout propos constitue un prétexte fourre-tout pour interpréter tout ce qui déplaît aux autorités vietnamiennes. Les minorités n'ont qu'à se tenir tranquilles et à ne rien revendiquer!

Étant donné que toute la vie politique et sociale est dominée par un parti unique, le sort des minorités dépend entièrement de ses instances toutes-puissantes.  Comme les individus sont davantage protégés que les langues, qui le sont fort peu, on peut affirmer que la politique linguistique pratiquée au Vietnam s’apparente à un déni des droits ou à l’assimilation. De façon contradictoire, le Vietnam accorde une attention particulière aux groupes vulnérables de la société, tels que les femmes, les enfants, les minorités ethniques, les personnes vivant avec le sida et les personnes handicapées, mais néglige les langues minoritaires elles-mêmes. La législation vietnamienne interdit toute forme de discrimination fondée sur l’appartenance ethnique, le «nationalisme extrême» ou le complexe de «supériorité ethnique», mais demeure muette sur la discrimination linguistique. Le gouvernement vietnamien pratique donc une politique contradictoire envers les groupes minoritaires habitant les régions périphériques. D'une part, il transmet un message selon lequel il reconnaît l'importance de ces groupes et souhaite répondre à leurs besoins spécifiques, d’autre part, plusieurs des programmes mis en place ont des impacts négatifs considérables sur les langues de ces mêmes minorités. Pour toutes ces considérations, bien que des efforts importants aient été faits depuis au moins deux décennies, la situation linguistique des minorités nationales dans ce pays laisse grandement à désirer.

Dernière révision: 17 déc. 2021
 

Vietnam
 

(1) Situation générale (2) Données historiques
(3) La politique à l'égard
de la langue officielle

 

(4) La politique linguistique
à l'égard des minorités

 
(5) Bibliographie  

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