Papouasie

Papouasie- Nouvelle-Guinée

Papua New Guinea 
Papuaniugini

Capitale: Port Moresby 
Population: 7,3 millions (2013) 
Langue officielle:
anglais (de facto)
Groupe majoritaire: aucun, sauf l'ensemble des trois langues véhiculaires que sont le tok pisin, le hiri motou et l'anglais
Groupes minoritaires: plus de 800 langues, dont 600 langues papoues et 200 langues mélanésiennes
Système politique: république de type parlementaire
Articles constitutionnels (langue): art. 37, 67 et 68 de la Constitution de 1975
Lois à portée linguistique:  Règlement sur l'administration autochtone (1924); Règles statutaires (1939)
; Loi sur les serments, les affirmations et les déclarations solennelles (1962); Loi sur les arrestations (1977); Loi sur le mariage (1986); Loi sur les tribunaux nationaux (1986); Loi sur les marques de commerce (1986); Loi sur l'emploi des non-citoyens (2007); Loi sur la radiocommunication (1986); Loi sur les assurances (1986); Loi sur les permis d'alcool (1986); Loi sur les postes et le télégraphe (1986); Règlement sur les brevets d'invention et dessins industriels (2002); Règlement sur les causes matrimoniales (2006); Règlement du Parlement national (2006).

1 Situation géographique

La Papouasie-Nouvelle-Guinée est un pays insulaire de 462 840 km² (un peu plus grand que la Suède) situé à l'est de l'Indonésie et au nord de l'Australie, dans le sud-ouest de l'océan Pacifique, plus particulièrement dans l’île de la Nouvelle-Guinée. Celle-ci est divisée en deux parties: la moitié ouest de l'île est constituée de la province d'Irian Jaya (partie occidentale) appartenant à l'Indonésie et la moitié orientale comprend l'État indépendant de la Papouasie-Nouvelle-Guinée (voir la carte 1). 

L’île de la Nouvelle-Guinée est considérée comme la deuxième plus grande île du monde après le Groenland. Le pays réunit également la partie orientale de la Nouvelle-Guinée à un groupe d'îles dont l’île de la Nouvelle-Bretagne, l’île de la Nouvelle-Irlande et l’île Manus formant l'archipel de Bismarck ainsi que les îles de Buka et de Bougainville formant les îles Salomon.

Formant un fédéralisme quasi symbolique, car ce n'est pas une fédération, la Papouasie-Nouvelle-Guinée est composée de 20 provinces administratives: Bougainville, Central, Chimbu, Eastern Highlands, East New Britain, East Sepik, Enga, Gulf, Madang, Manus, Milne Bay, Morobe, National Capital, New Ireland, Northern, Sandaun, Southern Highlands, Western, Western Highlands, West New Britain. La Papouasie-Nouvelle-Guinée constitue un État indépendant depuis 1975 et est membre du Commonwealth. Depuis 2004, l'île de Bougainville, qui fait partie géographiquement (mais intégrée à la Papouasie-Nouvellle-Guinée) des îles Salomon, est devenue une région autonome.

De plus, la Papouasie-Nouvelle-Guinée fait partie du Commonwealth : la reine Élisabeth II en est symboliquement le chef d'État et elle est représentée par un gouverneur général. Le pays constitue une démocratie parlementaire. Le pouvoir exécutif est détenu par le premier ministre qui dirige le cabinet. Le Parlement, unicaméral, compte 111 sièges, dont 22 sont occupés par les gouverneurs des 22 provinces concernées.

2 Données démolinguistiques

Les habitants de la Papouasie-Nouvelle-Guinée sont appelés des Papouans-Néo-Guinéens ou Papouasiens. C'est le pays le plus multilingue du monde avec plus de 800 langues pour une population de 7,3 millions d'habitants, une moyenne de 9100 locuteurs par langue. Le Summer Institute of Linguistics (SIL) y a répertorié 826 langues, mais une étude récente en a comptabilisé 860. La population de ce pays est donc très diversifiée non seulement au plan linguistique, mais aussi au plan ethnique. Elle comprend d’abord des Papous (78 %), puis des Mélanésiens (20 %), des Negritos (pygmées) et un certain nombre d’Européens. 

Le rapport entre le nombre des langues et celui des individus varie entre 1 et 5000; si ce rapport était, par exemple, appliqué aux États-Unis, on y parlerait quelque 50 000 langues. À l'intérieur du pays, la répartition des langues est inégale. Les 10 langues les plus répandues sont parlées par de larges groupes de l'intérieur des Hautes Terres, représentant de 30 000 à 100 000 locuteurs, soit  presque un tiers de la population. Environ 80 % des langues comptent moins de 5000 locuteurs, et un tiers d'entre elles moins de 500. Ainsi, plusieurs de ces langues sont d'ores et déjà reconnues comme moribondes ou éteintes. Les régions où l'on trouve le plus grand nombre de langues sont celles des Basses Terres du littoral nord-est. On croit que le terrain montagneux de la Nouvelle-Guinée et son potentiel d'autosuffisance expliquent en partie la diversité linguistique du pays en raison de l'isolement physique des peuples qui y vivent.

2.1 Les langues papoues

Les langues de la Papouasie-Nouvelle-Guinée appartiennent à deux familles linguistiques distinctes: d’une part, les langues papoues (78 %) et, d’autre part, les langues mélanésiennes (20 %) appartenant à la famille austronésienne. Donc, la majorité des langues sont des  langues papoues.

1
2
3
4
5
6
7
8
9
famille asma
famille awyu
famille marind
famille kiwaian
famille suki-gogodala
famille eleman
famille goilalan
famille koiarian
famille binanderean
10
11
12
13
14
15
16
17
18
famille angan
famille kainantu
famille gorokan
famille chimbu
famille engan
famille ok
famille dani
famille des lacs Wissel
famille sentani
19
20
21
22
23
24
25
26
famille sko
famille torricelli
famille ndu
famille du Bas-Sépik
famille grass
famille kalam
famille huon
famille du sud de Bougainville

Les langues papoues sont réparties en 26 familles papoues (selon le linguiste William Foley), dont cinq groupes très importants et six groupes très limités; par ailleurs, il est à noter qu’une demi-douzaine des langues papoues sont tout de même demeurées tout à fait inclassables. Le nombre de locuteurs d’une langue papoue varie de 150 à 180 000 dans certains cas rarissimes, comme pour l'enga, la seule langue papoue importante parlée dans la province du même nom, située dans la partie ouest des Hautes Terres. Outre l'enga, il existe quatre autres langues autochtones comptant un grand nombre de locuteurs: le kuanua avec 80 000 locuteurs dans la région de Rabaul (province orientale de Nouvelle-Bretagne), le melpa avec 75 000 locuteurs dans la région des Hautes Terres occidentales, le kuman avec 70 000 locuteurs (province de Simbu) et le huli avec 65 000 locuteurs autour de Tari dans les Hautes Terres méridionales. Beaucoup de langues ont une extension très réduite et comptent moins de 100 locuteurs. En fait, la plupart des langues papoues sont utilisées par moins de 1000 locuteurs; il est fréquent de dénombrer moins d’une centaine de locuteurs pour plusieurs d’entre elles, ce qui explique le nombre élevé des langues en voie d’extinction.

Les langues papoues sont parlées dans la majeure partie de l'île de la Nouvelle-Guinée, notamment dans l’île de Halmahera du Nord, dans une importante section de l'île de Timor, sur l'ensemble des îles d’Alors et de Pantar, en plusieurs zones de l'île de Bougainville, dans quelques régions de l’île de la Nouvelle-Bretagne, dans l’île de la Nouvelle-Irlande et dans les îles Salomon.

Dans l'île de Bougainville, il existe au moins une vingtaine de langues papoues, dont les langues papoues de l'Est (buin, motuna ou siwai, uisai, koromira, lantanai, naasioi, nagovisi ou sibe, oune, simeku) et les langues du Nehan-Nord (buka, halia, petatz, nehan, papapana, hahon, saposa, teop, tinputz, solos).

2.2 Les langues austronésiennes

Du côté des langues mélanésiennes de la famille austronésienne, le nombre de langues de la région de la Nouvelle-Guinée approche 400, dont plus de 200 en Papouasie-Nouvelle-Guinée. La plupart d'entre elles ne sont parlées que par de petites communautés linguistiques, généralement 300 locuteurs tout au plus. Le tolai dans l'île de la Nouvelle-Bretagne, qui compte 65 000 locuteurs, et le notou (plus de 10 000 locuteurs dans les villages de la région de la capitale) constituent de rares exceptions. Dans l’ensemble, le nombre total d'usagers des langues austronésiennes dans le pays ne représente qu'une petite partie de la population, soit environ 20 %.

Les langues austronésiennes sont parlées principalement dans les zones côtières et dans l'arrière-pays, en particulier dans les régions situées au nord-ouest, à l'ouest, au nord, au nord-est, à l'est, au sud-est et enfin dans la plupart des petites îles adjacentes. Les langues mélanésiennes surpassent même les langues papoues dans les îles de la Nouvelle-Bretagne, de la Nouvelle-Irlande, Salomon (à l'exception de l'île Bougainville où les langues papoues sont nombreuses), dans les îles de la baie du Geelvink, dans l'île de Timor, et elles se sont répandues dans certaines parties de l'île Halmahera. Dans l’ensemble des langues austronésiennes, celles-ci appartiennent à un sous-groupe particulier, celui des langues de l’Halmahera du Sud.

2.3 Les langues véhiculaires

Compte tenu du grand nombre des langues utilisées dans ce pays très multilingue, les locuteurs ont recours à des langues véhiculaires pour communiquer entre eux: il s’agit du pidgin english (tok pisin), du hiri-motou et de l’anglais, cette dernière étant la langue officielle de facto du pays.

- Le pidgin english ou tok pisin

Le pidgin english est appelé tok pisin. Rappelons que le pidgin correspondrait à un système linguistique doté de structures dites «rudimentaires» (lexique réduit, structures grammaticales élémentaires) et remplit des fonctions sociales limitées. En principe, le pidgin n'est la langue maternelle d'aucun des locuteurs qui l'utilisent; on parle plutôt de créole lorsque le pidgin devient la langue maternelle d'une portion ou de l'ensemble d'une communauté linguistique qui l'a adopté. Dans le cas du pidgin english de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, on utilise l’expression tok pisin pour décrire cette langue essentiellement à base de vocabulaire anglais. Aujourd’hui, bien qu’il soit employé comme langue maternelle par quelque 50 000 locuteurs, c’est avant tout comme langue seconde et langue véhiculaire que le tok pisin est en usage en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Ce sont près de deux millions de personnes qui font usage de cette langue, soit environ 45 % de la population.

Son introduction peut être située au cours des années 1880 au XIXe siècle, c’est-à-dire lors des activités de plantation dans les îles Samoa, ce qui était à l'époque la Nouvelle-Guinée allemande. En rentrant en Nouvelle-Guinée, bon nombre de travailleurs devinrent contremaîtres et enseignèrent le tok pisin aux ouvriers des plantations nouvellement recrutés dans d'autres parties du territoire, qui le transportèrent à leur tour dans leurs communautés villageoises à la fin de leur contrat. Au cours des dernières décennies, sa pénétration dans la plupart des régions de la Papouasie-Nouvelle-Guinée est presque exclusivement attribuable à son emploi comme langue véhiculaire, et non à son usage dans les relations maîtres-domestiques. Vers 1975, alors que le pays allait obtenir son indépendance, le tok pisin s’est vu attribuer de nouvelles fonctions sociales, que ce soit au Parlement, dans l’Administration, les écoles et les médias.

Depuis quelques années, le tok pisin a évolué vers deux variantes: l’une, récente, de type urbain, l’autre, de type rural (plus ancienne). La variété urbaine se révèle beaucoup plus anglicisée que la variété rurale, ce qui pourrait nuire à l’emploi du tok pisin comme langue véhiculaire pour tout le reste du pays. Finalement, à long terme, celui-ci risque de se fragmenter en deux langues véhiculaires de moins en moins compréhensibles entre les urbains et les ruraux. Le tok pisin a vu son orthographe normalisée par le gouvernement, mais il reste encore à uniformiser le vocabulaire très anglicisé, particulièrement dans les centres urbains.

Enfin, on observe dans la population que, depuis quelques années, le tok pisin est perçu comme un puissant instrument d’identité nationale ainsi qu’une manifestation de modernité et d’ouverture au monde.

Voici quelques exemples du tok pisin (source: Omniglot):

Tok pisin Anglais Traduction
Welcam Welcome Bienvenue
Yu stap gut? How are you? Comment allez-vous?
Moning Good morning Bonjour
Mi save tok bilong yu I understand Je comprends.
Yesa Yes Oui
Nogat No Non
Yu save long Tok Pisin? Do you speak Tok Pisin? Parlez-vous le tok pisin?
Tenkyu Thank you Merci
Smolhaus i stap we? Where's the toilet / bathroom? Où sont les toilettes?
Plis Please S'il vous plaît
Mi nidim dokta I need a doctor  J'ai besoin d'un médecin.

On peut constater les influences du vocabulaire anglais, mais la grammaire s'avère différente, comme le sont tous les créoles.

- Le hiri motou

Le hiri motou (appelé auparavant police motu) demeure la seconde langue véhiculaire de la Papouasie-Nouvelle-Guinée avec environ 200 000 locuteurs, mais il est surtout employé dans la région de Port Moresby, la capitale. Contrairement au tok pisin qui est à base d’anglais, le hiri motou, une autre langue pidginisée, est à 90 % à base lexicale de motou (parlé par 15 000 locuteurs), une langue austronésienne parlée à l’origine par les Motous. Le mot hiri signifie simplement «commerce», car on croyait que le pidgin s'était formé pendant les voyages commerciaux des Motous. L'ancienne appellation de police motu semblait plus appropriée, car il servait à désigner les premiers policiers du pays, qui ont diffusé cet idiome sur tout le territoire. 

Quoi qu'il en soit, le hiri motou doit son origine aux situations de contacts qui se sont développées entre les populations autochtones et les populations expatriées. Cependant, en raison de sa structure grammaticale et de sa phonologie particulière, les locuteurs du motou comprennent difficilement ceux du hiri motou. La structure grammaticale du hiri motou ressemble pourtant à celle du motou, mais il présente aussi un vocabulaire influencé par les langues papoues. Néanmoins, le hiri motou présente un vocabulaire plus motou que papou. Cela dit, les structures grammaticales du tok pisin et du hiri-motou présentent de très nombreux traits de similitude. Voici quelques exemples du hiri motou:

Hiri motou Anglais Traduction
Turagu, oi namo Friend, how are you? Comment vas-tu, mon ami?
Bamahuta ! Good by ! Au revoir !
Laulao uma gabu denekenai I am going to the garden Je vais au jardin
Dala ia namo The road is good. La route est bonne.
Oi emu buka oi mai laia! Bring your book! Apporte ton livre!

Bien sûr, contrairement au tok pisin, cette langue n'a rien à voir avec l'anglais.

Le hiri motou était à l’origine une langue véhiculaire utilisée à la fin du XIXe siècle pour des besoins commerciaux. Même s’il demeure une langue moins utilisée que le tok pisin, il s’est vu reconnaître un statut équivalent par le gouvernement, surtout depuis l’accession du pays à l’indépendance en 1975. Aujourd’hui, les autorités gouvernementales font toujours référence au hiri motou comme à «l'une des deux langues principales» de la Papouasie-Nouvelle-Guinée (avec le tok pisin). Au point de vue juridique, le tok pisin, le hiri motou et l’anglais sont reconnus constitutionnellement comme les trois langues vernaculaires du pays. Attention: la Constitution ne déclare pas ces langues co-officielles, elle ne fait que les mentionner comme des langues véhiculaires. La connaissance du hiri motou ou celle du tok pisin constitue même une exigence constitutionnelle (d’après les articles 67 et 68 de la Constitution) pour l'octroi de la citoyenneté en Papouasie-Nouvelle-Guinée.

- L’anglais

En Papouasie-Nouvelle-Guinée, l’usage de l’anglais reste relativement limité à l’élite; il est employé dans la haute administration publique, les procédures judiciaires et les affaires extérieures. L'anglais demeure massivement la langue en usage dans le domaine de l'éducation en général, même si le tok pisin et un grand nombre de langues autochtones sont pris en compte dans les programmes éducatifs des écoles maternelles.

Seulement quelque 50 000 personnes utilisent l’anglais comme langue maternelle. Le nombre de locuteurs l’employant comme langue seconde excède le nombre des locuteurs du hiri motou (plus de 200 000), mais il reste quand même peu utilisé dans les situations d'intercommunication quotidienne de nature non officielle. Généralement, on préfère recourir au tok pisin ou au hiri motou. En réalité, pour la grande majorité de la population, la connaissance de l'anglais est peu courante, parce qu’elle n’ouvre pas nécessairement la porte à de meilleurs emplois.

Par ailleurs, on parle aussi le chinois (et ses variantes dialectales) chez les membres des communautés chinoises concentrées dans les centres urbains. Enfin, l’allemand est encore utilisé par des immigrants allemands et par les organisations religieuses d’origine luthérienne, dont les membres sont composés surtout d'Allemands.

Finalement, avec une moyenne de seulement 7000 locuteurs par langue, la Papouasie-Nouvelle-Guinée a une plus grande densité de langues que toute autre nation sur terre, à l'exception du Vanuatu.

3 Données historiques

L'île de la Nouvelle-Guinée fut peuplée il y a environ 25 000 ans par les Papous et ensuite par les Mélanésiens. Le premier Européen à découvrir l'île en 1511 fut un navigateur portugais du nom d’Antonio d'Abreu. Mais c’est l’explorateur portugais Jorge de Menezes qui accosta pour la première fois en 1526. Les Espagnols revendiquèrent l'île en 1546 et la nommèrent Novo Guinea (ou Nouvelle-Guinée), car ils croyaient que les autochtones étaient les mêmes que ceux des tribus d'Afrique de l'Ouest (Guinée, Guinée équatoriale et Guinée-Bissau). La Nouvelle-Guinée devint un point de chute pour de nombreux autres explorateurs.

3.1 La domination européenne

Dès le XVIIIe siècle, les Britanniques réclamèrent l’île, mais les Pays-Bas firent de même et, en 1828, la Compagnie hollandaise des Indes orientales prit possession de la moitié ouest de l’île de la Nouvelle-Guinée. Ce fut la Nouvelle-Guinée néerlandaise qui administra cette partie de l’île en néerlandais.La partie nord-est, comprenant tous les territoires qui n'étaient pas sous souveraineté anglaise ou hollandaise, fut annexée par l'Empire allemand en 1884 sous le nom de Kaiser-Wilhems-Land; l’allemand devint alors la langue officielle du territoire.

En 1883, le gouvernement du Queensland d’Australie avait annexé le sud-est de l'île de la Nouvelle-Guinée au nom de la Grande-Bretagne. L'Australie se vit ensuite confier l'administration du territoire en 1906; l’anglais fut aussitôt imposé dans toutes les écoles publiques afin de servir de langue véhiculaire. Lors de la Première Guerre mondiale, les troupes australiennes occupèrent la région allemande dès 1914, laquelle, par décision de la Société des Nations, devint plus tard un territoire sous mandat australien et renommé le Territoire de Nouvelle-Guinée. Dès 1931, les écoles confessionnelles mirent sur pied un enseignement en tok pisin, puis en quelques langues autochtones.

3.2 L'occupation japonaise

En 1942, au cours de la Seconde Guerre mondiale, les forces japonaises envahirent une partie de l'île et y demeurèrent jusqu'en septembre 1945. En 1946, le Territoire de Nouvelle-Guinée fut déclaré «Territoire sous tutelle de la Nouvelle-Guinée aux fins de l’Organisation des Nations unies», administrativement dirigé par l'Australie. De leur côté, les Pays-Bas abandonnèrent le contrôle de la partie ouest de l’île en 1962, qui fut aussitôt annexée par l’Indonésie et devint la province d'Irian Jaya.

Un gouvernement central papou fut formé en 1972 et, le 1er décembre 1973, les territoires de Papua et de Nouvelle-Guinée devinrent l'État autonome de Papouasie-Nouvelle-Guinée. Le pays accéda totalement à l’indépendance le 6 septembre 1975 sous le nom de Papouasie-Nouvelle-Guinée.

3.3 L'indépendance

Le pays est confronté depuis à des soubresauts sécessionnistes. On a bien tenté d’introduire une forme de fédéralisme — un gouvernement de provinces — dès 1976, ce qui contribua pendant un certain temps à contenir les revendications, mais le mouvement resurgit en 1988 à l’île Bougainville. Avec l'île Buka et d'autres petites îles environnantes, Bougainville forme (voir la carte de l'île) la «province des Salomon du Nord» (avec 160 000 habitants).

Certains habitants de Bougainville ont toujours ressenti comme artificielle l’intégration de leur île, par ailleurs riche en cuivre, à la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Or, après quinze ans de production intensive du cuivre, les conséquences écologiques se firent sentir lourdement, ce qui provoqua la création de l’Armée révolutionnaire de Bougainville, la BRA (Bougainville Revolutionay Army), laquelle réclama l’indépendance de l’île en 1988. Les troupes de Papouasie-Nouvelle-Guinée durent se retirer de l'île en mars 1990, et l'Armée révolutionnaire proclama Bougainville république indépendante deux mois plus tard. En janvier 1991, un accord de paix fut signé, mais les combats reprirent en octobre 1992 avec le retour des troupes gouvernementales dans l'île. Une conférence de paix en octobre 1994 aboutit à une trêve, mais l'assassinat en 1996 du chef du gouvernement transitoire de Bougainville relança les combats.

On estime que les neuf années de guerre et de blocus économique ont fait périr 8000 personnes, ont provoqué l'effondrement de l'économie, la disparition presque totale des services et la dégradation des infrastructures. En ce qui a trait à l’éducation, il faudra, par exemple, reconstruire ou remettre en marche les écoles primaires, les écoles secondaires et les écoles techniques, sans parler du remplacement des fournitures et équipements scolaires de base, sans oublier de la formation des enseignants largement laissée à l’abandon. Évidemment, la guerre à l'île Bougainville a entraîné des conséquences extrêmement graves pour le reste de la Papouasie-Nouvelle-Guinée ainsi que pour les îles Salomon; c’est pourquoi certains organismes internationaux ont demandé au Conseil de sécurité des Nations unies de favoriser l'envoi à Bougainville d'une mission d'observation internationale pour soutenir le processus de paix. Or, le Conseil sécurité de l’ONU impose le désarmement total comme une condition préliminaire à des élections et la formation d'un gouvernement de réconciliation sur l'île. Depuis septembre 2004, Bougainville est devenue une région autonome, avec son parlement depuis juin 2005. Les habitants de l'île devraient se prononcer par référendum sur l'autodétermination entre 2011 et 2016.

4 La politique linguistique

Une politique linguistique dans un pays aussi multilingue poserait des défis à plus d’un gouvernement. Compte tenu par ailleurs de l’histoire du pays, il est vraisemblable que l’anglais conserve des privilèges difficiles à déloger, d’autant plus qu’aucune langue nationale ne semble prête à prendre la relève.

4.1 Le statut des langues

Le statut des langues n’est pas réellement défini dans la Constitution de 1975. Seuls les articles 37, 67 et 68 traitent de la langue, mais ils ne contiennent aucune déclaration au sujet du statut officiel des langues. Cela signifie que l’anglais est la langue officielle de facto (dans les faits) et non de jure (par le droit). La Constitution ne fait que préciser que, pour obtenir un certificat de naturalisation, il faut comprendre le tok pisin, le hiri motu ou une autre langue vernaculaire du pays (voir les articles 67 et 68 de la Constitution). Cependant, la Constitution de 2004 sur la Région autonome de Bougainville mentionne «toutes les langues de Bougainville», sans en nommer une seule:

Constitution of the Autonomous Region of Bougainville 2004

Section 37

Cultural objectives

1) Customary values and practices which enhance the dignity and well-being of Bougainvilleans shall be recognized, promoted and preserved.

2) The development, preservation and enrichment of all Bougainville languages shall be encouraged.

3) Historical and ancestral sites, significant artefacts and Bougainville’s heritage shall be preserved and protected.

Constitution de la Région autonome de Bougainville 2004

Article 37

Objectifs culturels

1) Les valeurs et pratiques habituelles qui accroissent la dignité et le bien-être des Bougainvilliers sont reconnues, promues et préservées.

2) Le développement, la conservation et l'enrichissement de
toutes les langues de Bougainville sont encouragés.

3) Les sites historiques et ancestraux, les artefacts significatifs et le patrimoine de Bougainville sont préservés et protégés.

Cela dit, il existe quatre langues en Papouasie-Nouvelle-Guinée ayant une certaine reconnaissance statutaire : l'anglais, le tok pisin, le hiri motou et, depuis 2015, la langue des signes de Papouasie-Nouvelle-Guinée. En fait, iIl n'y a pas de législation spécifique proclamant une ou plusieurs langues officielles en Papouasie-Nouvelle-Guinée, même pas pour l'anglais.

4.2 Les langues de la législation

L'article 117 du Règlement du Parlement national (2006) impose l'anglais dans toute requête écrite:

Article 117

Exigences générales quant à la forme

1)
Toute requête doit :

(a) être fidèlement écrite, dactylographiée, imprimée ou reproduite par un procédé mécanique, sans interlignage ni effacement ; et

(b) contenir une demande solennelle à la fin de celle-ci; et

(c) être rédigée en anglais ou être accompagnée d'une traduction certifiée conforme par le membre qui la présente ; et

d) être signée par au moins une personne sur la feuille sur laquelle est inscrite la requête; et

e) sous réserve du paragraphe 2, être signée par les parties dont le nom y est annexé, de leur propre main, et par personne d'autre, sauf en cas d'incapacité par maladie.

2) Les personnes incapables d'écrire apposent leurs marques en présence d'un témoin qui, à ce titre, appose sa signature.

Au Parlement (monocaméral), les députés ont le droit de s’exprimer en tok pisin, en hiri motou ou en anglais, mais les lois ne sont généralement rédigées qu’en anglais; certaines lois sont quand même traduites en tok pisin et en hiri motou. Dans ce cas, la version en tok pisin ou en hiri motou servira à trancher en cas de conflit d’interprétation. Dans les faits, le tok pisin est de loin la première langue utilisée, suivie de l’anglais, puis du hiri motou.

4.3 Les langues dans les tribunaux

Nous savons qu'il existe un très grand nombre de langues en Papouasie-Nouvelle-Guinée, probablement autour de 1000. Il ne saurait être question que les tribunaux puissent fonctionner dans autant de langues. Dans ce domaine, l'anglais,le tok pisin ou le hiri motou sont les trois langues admises. L’article 67 de la Constitution stipule que «quiconque est accusé d'un acte criminel [...] sera informé rapidement, dans une langue qu'il comprend et en détail, de la nature de l'acte dont il est accusé; et [...] aura la permission de recourir gratuitement aux services d'un interprète s'il ne comprend ou ne parle pas la langue employée à son procès». Les trois langues sont employées autant à l’oral qu’à l’écrit. Dans les cours de seconde instance, l’anglais tend à être plus fréquemment employé que les deux autres langues.

Les articles 52, 53 et 55 des Règles statutaires (1939) autorisent l'emploi de l'anglais, de la langue maternelle ou d'un dialecte autochtone:

Article 52

Langue parlée à la Cour, etc.

Pour toutes les fins du présent règlement, sauf s'il peut être expressément adopté à l'effet contraire, tous les mots qui exigent ou doivent être prononcés en toute occasion et par «une personne peuvent être utilisés en anglais, dans la langue maternelle ou un dialecte d'origine d'une personne qui entre dans la définition d'un «autochtone», ce qui est inclut dans l'ordonnance sur la réglementation des autochtones de 1908-1930. Mais avant que des paroles puissent être employées contre quelqu'un ou l'affecter, ces mots ou la portée des ces mots doivent d'abord avoir été prononcés ou entendus dans une langue ou un dialecte que comprend la personne, mais cela ne vaut pas pour le cas d'un justiciable qui néglige de comparaître à un procès et si le procès a lieu en son absence, comme il est prévu dans le règlement 28.

Article 53

Langue des témoins

Sous réserve de ce qui précède, un témoin peut témoigner dans une langue qui il peut parler, même si celle-ci peut être ni l'anglais ni la langue ou le dialecte d'origine, tel qu'il est défini ci-dessus.

Article 55

Un tribunal ou un juge peut accepter ou rejeter un interprète ou une traduction.

Bien sûr, le juge n'est tenu que de comprendre l'anglais. Il faut donc recourir à la traduction pour mener à bien un procès dans lequel un citoyen peut employer sa langue maternelle s'il ne comprend pas l'anglais. La loi mentionne le terme de «dialecte» (ou "dialect" en anglais) pour désigner les langues autochtones, ce qui est un indice du peu de considération de la part de l'État pour ces langues.

Les articles 40 et 43 du Règlement sur l'administration autochtone (1924) reprennent les termes «langue anglaise», «langue ou dialecte d'un autochtone»:

Article 40

Aucune preuve donnée devant un tribunal ne peut être utilisée contre un autochtone à moins que celui-ci n’ait été présent au moment du témoignage et à moins que ce témoignage n’ait été donné
dans une langue ou ait été interprété à haute voix dans une langue que comprend cet autochtone, et à moins que celui-ci n’ait eu la possibilité de contre-interroger le témoin qui s'est exprimé. À la condition que cela ne s’applique pas au cas d’un autochtone qui ne se présente pas à un procès et où que le procès a lieu en son absence tel qu'il est prévu à l’article 34 du Règlement.

Article 43

1) Aux fins du présent règlement, sauf disposition contraire, tous les mots qui doivent être prononcés peuvent être exprimés en anglais ou dans la langue ou le dialecte autochtones; à la  condition qu’avant que des mots prononcés puissent être utilisés contre quelqu'un ou puissent affecter un autochtone, ces mots ou la portée de ces mots, doivent d’abord lui avoir été exprimés ou entendus dans une langue ou un dialecte qu’il comprend; à la condition que cela ne s’applique pas au cas d’un autochtone qui néglige de comparaître et lorsque le procès a lieu en son absence, comme le prévoit l’article 34.

2) Sous réserve de l'article précédent, un témoin peut donner son témoignage dans une langue qu'il peut parler
si cette langue est autre que l'anglais ou la langue ou le dialecte d'un autochtone.

La Loi sur les arrestations (1977) oblige les autorités à informer promptement tout individu arrêté dans une langue qu'il comprend des motifs de son arrestation :

Article 18

Obligations des responsables en fonction au poste de police

(1) Lorsqu'un individu a été arrêté et placé dans un commissariat de police, le responsable en titre du commissariat doit:

(c) informer promptement l'individu arrêté ou le convoquer pour l'informer dans une langue qu'il comprend :

(i) du motif de son arrestation; et
(ii) des détails des accusations portées contre lui;

La Loi sur les serments, les affirmations et les déclarations solennelles (1962) prévoit le recours à des interprètes dans la procédure judiciaire:

Article 8

Mode d’interprétation contraignante dans certains cas

1) Si, dans une procédure civile ou pénale devant un tribunal ou devant un commissaire à l'assermentation ou toute autre personne autorisée à faire prêter serment:

(a) il est nécessaire d’appeler un interprète (que ce soit aux fins de la mise en accusation d’une personne accusée ou pour l’interprétation du témoignage des témoins); et

(b) il apparaît à la Cour, au commissaire à la prestation de serment ou à toute autre personne autorisée que la personne appelée à titre d’
interprète:

(i) comprend la langue de l'accusé ou d'autres personnes entre lesquelles le tribunal, le commissaire à l'assermentation ou toute autre personne autorisée, et est appelé à traduire suffisamment pour être en mesure de faire une preuve véritable et d'autres procédures; et

selon la Loi sur les tribunaux nationaux (1986), les documents provenant d'un pays étranger doivent être traduits, sauf si l'anglais est la langue officielle du pays concerné:

Article 26

Documents exigés

Une personne (dans la présente disposition appelée «le requérant») nécessitant un document qui sera émis dans un autre pays peut:

(a) déposer auprès du registraire:

(i) le document doit être émis; et
(ii) à moins
que l'anglais soit une langue officielle du pays concerné, une traduction du document conformément à l'article 27; et
(iii) une copie du document et de la traduction pour chaque personne concernée; et
(iv) toute autre copie supplémentaire du document et de la traduction que le greffier peut ordonner ou que la convention pourrait exiger;
et
(v) le cas échéant, si une manière particulière de service est nécessaire, une demande de service de cette manière et, à moins que l'anglais soit une langue officielle du pays concerné, une traduction de la demande;

Article 27

Traduction

Une traduction d'un document déposé en vertu de l'article 26 doit:

(a) être une traduction dans une langue officielle du pays dans lequel le service est demandé; et

(b) être munie d'un certificat, dans cette langue, du traducteur, en indiquant ses nom, prénom, adresse et les qualifications pour faire la traduction et attestant qu'elle est une traduction du document.

La Papouasie-Nouvelle-Guinée compte quatre principaux types de tribunaux : les tribunaux nationaux, les tribunaux de district, les tribunaux pour enfants et les tribunaux de village. De façon générale, le système judiciaire de la Papouasie-Nouvelle-Guinée est anglais, tandis que les langues autochtones ne sont admises que par le biais de la traduction. Cependant, le tok pisin et le hiri motou sont admis dans un procès.

4.4 Les langues dans l'administration

Il faut s'attendre à ce que les trois langues admises dans les tribunaux le soient aussi dans l'administration gouvernementale. De fait, celle-ci offre ses services en trois langues: en anglais, en tok pisin et en hiri motou, tant à l’oral que dans les documents écrits. Tous les ministères publient leurs documents en ces trois langues parce que c’est la seule façon de joindre à peu près tous les citoyens. Dans les municipalités, les services sont également offerts dans une langue locale (papoue ou mélanésienne, selon le cas), surtout à l’oral.

D'ailleurs, l'article 17 de la Loi sur l'emploi des non-citoyens (2007) exige la connaissance de l'anglais, du tok pisin ou du hiri motou:

Article 17

Exigences linguistiques

1)
Le secrétaire ne peut accorder un permis de travail à moins qu'il soit convaincu que le non-citoyen est compétent
en anglais, en tok pisin ou en hiri motou.

2) Par dérogation au paragraphe 1, le secrétaire peut accorder un permis de travail à un non-citoyen qui n'a pas
la compétence linguistique exigée si, à son avis,  il a de bonnes raisons ou s’il est dans l’intérêt national d’accorder le permis de travail.

3) Le règlement peut prescrire d'autres questions en rapport avec les
exigences linguistiques
.

La Loi sur les marques de commerce (1986) peuvent être dans une langue étrangère, mais une traduction est exigée si la marque contient des mots dans une autre langue que l'anglais, tok pisin ou le hiri-motou ou des mots avec un autre alphabet que latin:  

Article 35

Documents dans une langue étrangère

Lorsqu'un document est présenté
dans une langue étrangère, une traduction du document vérifiée de la manière ordonnée par le registraire est fournie à l’usage du greffier.

Article 38

Traductions

Lorsqu'une demande est faite pour l'enregistrement d'une marque de commerce qui contient des mots dans
une autre langue que l'anglais,
tok pisin ou le hiri motou ou des mots avec un autre alphabet que latin, le requérant doit, en même temps qu’il introduit sa demande, fournir au registraire:

(a) une traduction en langue anglaise de ces mots; et
(b)
une translittération en lettres latines
de cet alphabet.

Néanmoins, l'article 8 de la Loi sur les permis d'alcool (1986) privilégie l'anglais, car les langues parlées, dont fait allusion le paragraphe 2-b, ne concerne que les langues employées dans la région de Panguna, c'est-à-dire l'île de Bougainville:

Article 8

Panneaux à présenter dans les cantines

1) L’employeur doit exposer et maintenir exposé, dans un endroit bien en vue approuvé par l’inspecteur des permis, dans chaque bar ou tout autre endroit d’une cantine où de l’alcool est servi ou présenter des messages en caractères clairement lisibles indiquant:

(a) les heures d'ouverture de la cantine, et

(b) toute norme minimale de tenue vestimentaire imposée conformément à l'article 146 (2) et (3) de la loi en ce qui concerne les personnes ayant recours à ce bar ou à ce lieu ; et

c) la liste complète des frais facturés par l'employeur pour chaque variété d'alcool et pour les repas que l'employeur offre en vente à la cantine; et

d) les extraits du présent règlement ou de la loi que la Commission ordonne. Pénalité : une amende n'excédant pas 50,00 kina.

2) Le message prévu au paragraphe 1 doit être :

a) en anglais; et

(b) dans toute autre langue parlée par des personnes employées ou résidant dans la région de Panguna que la Commission exige de manière générale ou en relation avec un message particulier.

La Loi sur le mariage (1986) privilégie également l'anglais, car elle exige une traduction du consentement:

Article 4

Consentement dans une autre langue que l'anglais

1) Lorsqu’un consentement au mariage d’un mineur célébré par une personne autorisée est rédigé dans une autre langue que l'anglais, le célébrant doit joindre au consentement une traduction du consentement en langue anglaise, faite par-

(a) lui-même s'il est capable de le faire; ou

(b) une personne qu'il croit être compétente pour le faire et transmet transmet la traduction avec le consentement à l’autorité d’enregistrement appropriée à laquelle le consentement doit être transmis en vertu du paragraphe 4S(4)b) de la loi.

2) Une personne qui fait une traduction d’un consentement aux fins du présent article doit certifier :

a) qu'il s’agit d’une traduction du consentement; et

b) qu'elle est compétente pour effectuer la traduction.

 Par voie de conséquence, le Règlement sur les causes matrimoniales (2006) reprend les mêmes dispositions concernant l'anglais et la traduction:

Article 21

Demande d'enregistrement d'un acte de mariage

(3)
Si l'acte de mariage enregistré en vertu du paragraphe 2 n'est pas rédigé en anglais,
une traduction en anglais du certificat doit être présentée officiellement en même temps.

Article 51

Demande d'enregistrement d'un acte de mariage

(4)
Si l'acte de mariage enregistré en vertu du paragraphe 3 n'est pas rédigé en anglais,
une traduction en anglais dudit acte de mariage doit être présentée officiellement en même temps.

L'article 19 de la Loi sur les assurances (1986) impose des restrictions d'ordre linguistique pour les assureurs:

Article 19

Restrictions sur les noms des assureurs et courtiers agréés

1) Sauf avec le consentement écrit du Ministre, aucun assureur et courtier agréé ne peut utiliser les mots «Central», «National», «Papouasie», «Nouvelle-Guinée», «Papouasie et Nouvelle-Guinée», «Papouasie-Nouvelle-Guinée» ou «État», ou toute expression de signification similaire (que ce soit en anglais ou dans toute autre langue), dans le nom, la description ou le titre en vertu de laquelle il exerce ses activités en Papouasie-Nouvelle-Guinée.

En vertu du Règlement sur les brevets d'invention et dessins industriels (2002), toute requête doit être rédigée en anglais ou accompagnée d'une traduction:

Article 4

Langue des documents et traductions

Toute requête doit être rédigée en anglais, et tout document formant la partie d'une demande ou soumis au registraire en conformité à la loi ou aux règlements, qui est rédigé dans une autre langue que l'anglais, doit être accompagné d'une traduction en anglais.

Article 19

Déclaration d'une priorité et traduction d'une requête précédente

6) Lorsque la requête précédente est rédigée dans une autre langue que l'anglais, le requérant, dans un délai de six mois à partir de la date de la requête mentionnée ci-dessus doit procurer une traduction en anglais de la requête précédente.

L'article 47 de la Loi sur les postes et le télégraphe (1986) privilégie également l'anglais:

Article 47

Déclaration à la douane

L'expéditeur d'un colis adressé à un endroit au-delà de la Papouasie-Nouvelle Guinée doit signer une déclaration sur un formulaire fourni par le Département aux fins énoncées en langue anglaise:

(a) la déclaration exacte du contenu; et
(b) la valeur de chaque article du contenu; et
(c) le nom et l'adresse du destinataire; et
(d) le nom et l'adresse de l'expéditeur; et
(e) si possible, le poids net ou de la quantité des différents articles contenus dans le colis; et
(f) lorsque des articles contenus dans le colis sont retournés dans le pays d’origine, tel est le cas; et
(g) toute autre mention pouvant faciliter l'évaluation des droits de douane.

Bien que l'anglais, le tok pisin et le hiri motou soient acceptés, une hiérarchie est manifestement établie en faveur de l'anglais. En effet, l’anglais occupe toute la place lorsqu’il s’agit de documents écrits, de modes d’emploi, d’étiquetage, etc. Seuls les édifices gouvernementaux présentent des affiches en trois langues avec priorité visuelle à l’anglais.

4.5 L'éducation

Le système d'éducation reflète les conséquences de la colonisation britannico-australienne. Malgré la très grande diversité des langues dans ce pays, le gouvernement de la Papouasie-Nouvelle-Guinée a mis en place en 1995 un programme d'éducation bilingue basé sur la langue maternelle dans lequel les langues communautaires sont enseignées comme matière et utilisées pour l'instruction au cours des trois premières années de l'enseignement formel. La législation concernant l'éducation ne contient aucune disposition linguistique sur une langue en particulier, même pas l'anglais.

L'anglais est introduit comme matière en troisième année scolaire et devient l'une des langues d'enseignement, avec la langue communautaire, au début du primaire. En septième et huitième années, les enseignants n'utilisent que l'anglais pour l'enseignement, bien que les langues communautaires puissent toujours être utilisées de manière informelle. Au début des années 2000, plus de 400 langues autochtones étaient utilisées dans le système éducatif formel du pays.

Dans les classes de maternelle (les «vernacular preschools»), on enseigne en tok pisin, en hiri motou ou en plusieurs autres langues locales. En principe, le gouvernement laisse à chacune des communautés le choix de la langue d’enseignement.  Précisons que la plupart de ces écoles pour la "petite enfance" sont administrées par des organisations non gouvernementales — et il y en a plus de 120! Ces organisations sont généralement confessionnelles et s’impliquent non seulement dans l'apprentissage, l'enseignement des enfants et l'alphabétisation des adultes, mais aussi dans la production de manuels et de livres, ainsi que dans la formation des éducateurs. Toutefois, malgré toutes les formes d’interventions gouvernementales ou non gouvernementales, il n’est pas possible de tenir compte de l’ensemble des 800 langues de la Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Grâce aux efforts des communautés, des églises, des ONG et du gouvernement, plus de 400 langues vernaculaires ont été progressivement introduites au primaire et au secondaire afin qu'elles soient enseignées dans les écoles locales en même temps que l'anglais. Pour que cela soit possible, la majorité de ces communautés ont dû créer un système écrit pour leurs langues à partir de zéro, en participant à des « Ateliers de conception d'alphabet » coparrainés par le ministère de l'Éducation, des universités nationales et des ONG (en particulier SIL International )

Il n’y a pas d’enseignement des langues étrangères à proprement parler puisque cette langue constitue une langue seconde pour une partie de la population instruite. Dans les universités, l’anglais reste la seule langue d’enseignement, sauf pour les cours de langues étrangères.

4.6 Les langues dans les médias

La Papouasie-Nouvelle-Guinée possède l'industrie des médias la plus importante et la plus active de cette région des îles du Pacifique. Avec plus de 800 langues, la plupart des habitants parlent le tok pisin, alors qu'un petit nombre comprend l'anglais et le hiri motou, qui sont les langues d'usage. La radio est le seul média national dans le pays. Les journaux, la radio, la télévision et les médias en ligne se trouvent principalement dans les centres urbains où les services, tels que l'électricité et l'Internet, sont plus grandement disponibles.

La législation sur les médias est quasiment inexistante. On n'y trouve que l'article 56 de la Loi sur la radiocommunication (1986) qui oblige un exploitant de signaler en anglais son indicatif d'appel :

Article 56

Signalisation des indicatifs d'appel

L'exploitant d'une station amateur doit signaler, en anglais, l'indicatif d'appel de son poste, au début et à la fin de, et non pas moins d'une fois toutes les cinq minutes durant chaque transmission.

La National Broadcasting Corporation (NBC), sous la responsabilité de l'État, exploite un service de radio national, NBC TV, et possède des stations de radio dans presque toutes les provinces; elle diffuse en tok pisin ou en hiri motou et, par endroits, dans des langues autochtones locales. Les chaînes de télévision incluent EMTV (une chaîne commerciale appartenant à la télévision fidjienne), TV Wan (appartenant à la société de téléphonie mobile Digicel) et PNG ClickTV (une chaîne de télévision commerciale disponible uniquement pour les abonnés) diffusent en anglais et en tok pisin. Fox News Channel, également connue sous le nom de "Fox News", est une chaîne de télévision d'information par câble et satellite américain; elle diffuse en anglais. STAR Movies est une chaîne de cinéma asiatique (Inde, Bangladesh, Nepal et Sri Lanka) appartenant à STAR TV qui diffuse en anglais, en hindi et en tamoul.

En plus de la Société nationale de radiodiffusion de Papouasie-Nouvelle-Guinée (NBC/PNG), il existe des dizaines de radios privées qui diffusent en anglais, en tok pisin et/ou en hiri motou. Cependant, si la National Broadcasting Corporation (NBC), joue un rôle essentiel dans la connexion et l'information des citoyens, surtout ceux qui n'ont pas accès à d'autres formes de communication, l'infrastructure de transmission du radiodiffuseur public est dégradée et ne parvient pas à atteindre une audience nationale.  À peine un émetteur sur trois du radiodiffuseur public est opérationnel;  la plupart de ceux qui restent en service touchent des publics urbains qui, dans de nombreux cas, ont déjà d'autres options médiatiques. Or, quatre personnes sur cinq vivent dans des zones rurales et régionales et un grand nombre d'entre elles restent hors de portée des signaux urbains de NBC. Il s'agit là d'un problème critique, car l'État ne parvient pas atteindre toute sa population. Pour un pays aussi diversifié et dispersé que la Papou-Nouvelle-Guinée, la radio demeure la plate-forme évidente pour une communication fiable et efficace avec la majorité des citoyens du pays.

Du côté des médias écrits, les médias privés comprennent deux journaux hebdomadaires, The National (propriété de Rimbunan Hijau, une société forestière malaisienne) et le Post Courier ( propriété de News Corp), qui publient du lundi au vendredi, le premier en anglais, le second en tok pisin. Les journaux hebdomadaires les plus courants sont le Sunday Chronicle (propriété locale) et le Wantok Niuspepa (propriété de Word Publishing, un groupe confessionnel).

Bien que les journaux prétendent représenter tous les secteurs de la société, ils expriment en réalité surtout les opinions des élites; ils sont politiquement biaisés envers leurs propriétaires et peuvent être très sélectifs dans ce qu'ils impriment.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, la question linguistique ne constitue pas un réel problème en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Certes, il serait impensable qu’un État de 4,5 millions d’habitants utilise plus de 800 langues pour communiquer avec ses citoyens. Justement, l’anglais, le tok pisin et le hiri motou réussissent à atteindre la plupart des habitants de ce pays. Le tok pisin sert de langue véhiculaire dans tout le pays, tandis que les étudiants sont généralement instruits en anglais. En raison de la prédominance des deux langues, les chercheurs notent qu'environ un tiers des langues autochtones parlées en Papouasie-Nouvelle-Guinée est en danger.  Le multilinguisme traditionnel dans les langues autochtones dans la génération la plus ancienne actuelle a cédé la place au bilinguisme avec le créole anglais tok pisin et l'anglais dans une génération intermédiaire et à l'unilinguisme du tok pisin ou l'anglais scolaire dans une troisième génération.

En Papouasie-Nouvelle-Guinée, le véritable problème est d’ordre ethnique. Certaines ethnies vivent en conflit ouvert avec d’autres et les mouvements de sécession sont assez importants (notamment, depuis 1989, à l’île Bougainville), mais la langue n’est jamais en cause. En somme, la politique linguistique du gouvernement est strictement pragmatique pour trois langues (tok pisin, hiri motou et anglais), mais elle correspond à la non-intervention en ce qui a trait aux langues autochtones. Peut-on procéder autrement dans un pays si peu peuplé (7,3 millions d’habitants), mais abritant une multitude de langues (plus de 800)? Probablement pas, mais encore faut-il trouver la solution!

D’abord, le gouvernement pourrait encourager les linguistes ou autres chercheurs à créer des systèmes d’écriture ou des alphabets pour quelques dizaines de langues non encore écrites, afin de pouvoir publier dans ces langues et, par là, assurer la survie de celles qui semblent importantes. Il serait également possible pour le ministère de l’Éducation d’adopter, à l'échelon national, un vaste programme pour les langues autochtones qui ne sont pas encore enseignées, du moins au primaire. Sans alphabétisation et sans enseignement à l’école pendant quelques années, une langue n’a guère d’avenir. De plus, le réseau des radios nationales et provinciales devrait inclure des émissions en langues autochtones. Ainsi, la planification linguistique évoluerait de la non-intervention à la sauvegarde des langues autochtones. Cela n'empêcherait pas l’anglais, le tok pisin et le hiri motou d'assurer leur dominance au plan national.

Dernière mise à jour: 07 mars 2022

Bibliographie

GAUTHIER, François, Jacques LECLERC et Jacques MAURAIS. Langues et constitutions, Montréal/Paris, Office de la langue française / Conseil international de la langue française, 1993, 131 p.

LECLERC, Jacques. Langue et société, Laval, Mondia Éditeur, coll. «Synthèse«, 1992, 708 p.

MOYSE-FAURIE, Claire. «Langues minoritaires et politiques linguistiques: le cas des langues océaniennes», dans Mémoires no 8, Société de Linguistique de Paris, 1999, p. 79-104.

NEKITEL, Otto Manganau. «Des langues en danger de mort: le cas de la Papouasie-Nouvelle-Guinée» dans Le Courrier, Bruxelles, no 119, janvier-février 1990, p. 77-81.

PARKVALL, Mikael, Institutionen för linguistik Stockholms Universitet, échanges de courriers électroniques.

TOROANSI, Magdalene. Papua New Guinea, Washington, étude non publiée, 1992.

WURM, S.A. «La région de la Nouvelle-Guinée» dans Papouasie-Nouvelle-Guinée, sept. 1998,
[www.ciral.ulaval.ca/geo/CLNM4_Intro_WurmF.html].


 
Carte Océanie Le Pacifique
Accueil: aménagement linguistique dans le monde