Islam

Sunnisme et chiisme


L'islam — en français, le mot «islam» s'écrit toujours avec une minuscule initiale comme tous les noms de religion (christianisme, hindouisme, judaïsme, bouddhisme, etc.) — est la confession religieuse la plus répandue dans le monde avec 2,8 milliards de croyants appelés «musulmans». La seconde religion est le christianisme avec 2,4 milliards de chrétiens dans le monde.

1. Les deux principales confessions de l'islam

Les deux principales confessions religieuses de l'islam sont le sunnisme (env. 85 %) et le chiisme (env. 15 %). Pour les sunnites (du mot arabe as-Sunna : «la tradition»), le sunnisme est resté fidèle à la branche dite orthodoxe de l'islam. La scission des deux courants de l’islam remonte à la mort du prophète Mahomet en 632. On s'est alors posé la question du successeur le plus légitime pour diriger la communauté des croyants :

- les chiites désignèrent Ali, gendre et fils spirituel de Mahomet, au nom des liens du sang;
- les sunnites désignèrent Abou Bakr, un homme ordinaire, compagnon de toujours de Mahomet, au nom du retour aux traditions tribales.

Une majorité de musulmans soutinrent Abou Bakr, qui devint le premier calife. Toutefois, une partie des musulmans contesta cette succession après l'assassinat, en 680, du quatrième calife Ali, gendre du prophète ; ils se sont eux-mêmes baptisés «chiites» (en arabe chî’a : «partisans» d'Ali). Le parti d'Ali considéra les trois premiers califes comme des imposteurs; pour eux, c'est dans la descendance d’Ali que le chef de la communauté (l'iman) devait être recherché. Ainsi, le sunnisme se considère comme orthodoxe par rapport au chiisme, qui s'en sépara au Ier siècle de l'hégire (VIIe siècle de notre ère) pour des raisons plus politiques que religieuses, et portant sur le mode de désignation des califes. Alors que les sunnites acceptent que les autorités religieuse et politique soient fondues dans la même personne, les chiites prônent une séparation distincte entre le religieux et le politique. Néanmoins, pour l'essentiel, tous les musulmans, qu'ils soient sunnites ou chiites, partagent les mêmes croyances et les mêmes pratiques.

Depuis la mort du prophète Mahomet, les sunnites et les chiites sont à couteaux tirés. L'antagonisme entre les deux groupes musulmans a marqué une grande partie de l'histoire du Moyen-Orient. Les chiites, qui contrôlent l’Iran, sont depuis la révolution islamique de 1979 en conflit ouvert avec les dirigeants sunnites qu'ils considèrent comme «corrompus» et vendus au «Grand Satan» américain. En Irak, le conflit fut exacerbé par le fait que la majorité chiite a été longtemps dirigée par une minorité sunnite, alors qu'en Syrie la majorité sunnite est dirigée par une minorités alaouite dont la doctrine est rattachée au chiisme. Au Bahreïn, la majorité de la population est chiite, mais la famille royale est sunnite.   

2. La localisation des chiites et de sunnistes

La plupart des pays du Proche-Orient, du Moyen-Orient et de l'Asie centrale sont de rite sunnite, avec parfois quelques petites communautés chiites.

On compte quatre pays à majorité chiite : lIran (90%), l’Azerbaïdjan (70%), le Bahreïn (70%) et l’Irak (60%). Toutefois, on trouve d’importantes minorités chiites dans d'autres pays: au Liban (31%), au Yémen (35%), au Koweït (21%), en Turquie (20%), au Qatar (20%), en Afghanistan (15%), en Arabie Saoudite (10-15%) et en Syrie (10%).

La répartition au Moyen-Orient entre ces deux rites musulmans apparaît clairement sur la carte de gauche. Un fait est indéniable: le sunnisme est beaucoup plus répandu, y compris dans les pays non arabes.

Il ne faut pas oublier qu'on trouve des pays à majorité sunnite en Europe (Kosovo et Albanie), dans une grand partie de l'Afrique (19 pays), en Asie centrale (6 pays), dans l'océan Indien (5-6 pays), sans oublier des minorités en Inde et au Bangladesh.

Les deux tableaux qui suivent indiquent la proportion des membres des deux confessions religieuses au Proche-Orient et au Moyen-Orient, les pays à majorité sunnite et les pays à forte proportion chiite. L'Égypte fait partie du Proche-Orient. Ces tableaux témoignent du fait que les musulmans peuvent parler d'autres langues que l'arabe comme langue maternelle. 

Les pays à majorité sunnite

Afghanistan (pachtou + persan)
Musulmans sunnites : 80 %
Musulmans chiites : 15 %

Arabie Saoudite (arabe)
- Musulmans  sunnites:  85%
- Musulmans chiites : 10-15%

Égypte (arabe)
- Musulmans sunnites : 90 %
- Chrétiens coptes : 6%

Émirats arabes unis (arabe)
- Musulmans sunnites : 87%
- Musulmans chiites : 13%

Jordanie (arabe)
- Musulmans sunnites: 95%
- Musulmans chiites: 1%
- Chrétiens : 4%

Koweït (arabe)
- Musulmans  sunnites: 65%
- Musulmans chiites : 8%
- Chrétiens: 12% 

Qatar (arabe)
- Musulmans sunnites : 75% 
- Musulmans chiites : 10% 

Soudan-Nord (arabe) 
- Musulmans sunnites : 70%
- Croyances locales : 20%
- Chrétiens : 5% 
- Autres : 5% 

Syrie (arabe)
- Musulmans sunnites : 75% 
- Musulmans alaouites : 11% 
- Chrétiens (tous rites) : 10%
- Druzes : 4 %

Les pays à forte proportion chiite

Iran (persan)
- Musulmans chiites : 90%
- Musulmans sunnites: 10%

Azerbaïdjan (azéri)
- Musulmans chiites : 70%
- Musulmans sunnites : 30%

Bahreïn (arabe)
- Musulmans chiites : 70%
- Musulmans sunnites : 30%

Irak (arabe)
- Musulmans chiites : 60%
- Musulmans sunnites : 40%

Liban (arabe)
- Musulmans sunnites: 32%
- Musulmans chiites: 31%
- Chrétiens: 32%
- Druzes: 4,5%

Yémen (arabe)
- Musulmans  sunnites: 65%
- Musulmans chiites : 35%

Turquie (turc)
- Musulmans  sunnites: 80%
- Musulmans chiites : 20%

Pakistan (ourdou + anglais)
- Musulmans  sunnites:  85%
- Musulmans chiites : 10-15%

Aux côtés de ces deux grandes confessions, il existe également d’autres courants minoritaires : les alaouites en Syrie, les alévis en Turquie, les druzes dispersés dans tout le Proche-Orient, et les khâridjites à Oman et au Maghreb.

On peut visualiser une carte illustrant la répartition des musulmans sur tous les continents (cliquer ici).

3. Liens entre l'arabe et l'islam

Bien que les liens entre l'arabe et l'islam soient manifestes et que l'islamisation d'une population ait souvent entraîné son arabisation, certaines populations islamisées n'ont pas adopté l'arabe et certaines populations arabisées ne se sont jamais islamisées. Les autres peuples de religion musulmane (sunnite ou chiite) non arabophones habitent l'Iran, la Turquie, le Pakistan, le Bangladesh et l'Indonésie. En Afrique, les musulmans non arabophones couvrent le Mali, le Niger, la Somalie et les Comores. Ces peuples font usage d'une bonne vingtaine de langues dont le turc, l'amharique (Éthiopie), le farsi ou persan (Iran), le berbère (Algérie), l'indonésien (Indonésie), le pachtou (Afghanistan), l'ourdou (Pakistan), le singhalais et le tamoul (Sri Lanka), le comorien (Comores), etc.

De façon plus accidentelle, certains peuples arabisés ne se sont pas islamisés. C'est le cas des Maltais de l'île de Malte au sud de la Sicile. Le maltais est apparenté à l'arabe maghrébin, mais la population de l'île est demeurée chrétienne. Au Liban, beaucoup de Libanais parlent l'arabe, mais demeurent chrétiens (32%); il en est ainsi en Égypte où l'on retrouve des chrétiens coptes (mais aussi des communautés catholiques). 

À l'heure actuelle, on dénombre 2,8 milliards de musulmans dans le monde, mais seulement 345,2 millions parlent l'arabe vernaculaire comme langue maternelle et 270 millions comme langue seconde (l'arabe standard moderne).

L'arabe coranique et l'arabe standard moderne ne sont pas des langues maternelles, mais des langues secondes. En résumé, il y a beaucoup plus de musulmans que d'arabophones. Cela signifie aussi 99 % des musulmans ne peuvent lire le Coran dans le texte original en arabe coranique, car ils ne le parlent pas. Comme quoi les mots «musulmans», «Arabes» et «arabophones» ne sont pas équivalents, puisque les Iraniens, les Turcs, les Indonésiens, les Berbères, les Afghans, etc., ne sont pas arabophones et ne parlent ni l'arabe véhiculaire, ni l'arabe standard moderne, mais tout ce beau monde prie en arabe coranique, un peu comme les chrétiens catholiques employaient le latin auparavant.

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