État du Qatar |
Qatar
(Dawlat Qatar) |

Capitale: Doha Population: 3,1 millions (2025) Langue officielle: arabe (de jure) Groupe majoritaire: aucun Groupes minoritaires: arabe du Golfe (23,9%), arabe palestinien (13,0%), farsi de l'Ouest (9,7%), arabe libanais (9,4%), arabe syrien (9,4%), ourdou (6,1 %), népalais (4,8%), philippin (4,3%), malayalam (2,7 %), arabe saoudien (2,0%), arabe soudanais (2,0 %), arabe égyptien (2,0%), cinghalais (2,0%), baloutche du Sud (2,0%), indonésien (1,4%), anglais (1,4%), tamoul (1,0 %), français (1,3%), etc. Langue coloniale: anglais Système politique: monarchie absolue Articles constitutionnels (langue): art. 1 de la Constitution du 29 avril 2003 Lois linguistiques: Loi sur la protection de la langue arabe (2019). Lois scolaires: Décret-loi n° 34 réglementant l'Université du Qatar (2004); Décret ministériel n° 40 du ministre de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur, portant application de la loi n° 23 de 2015 sur la réglementation des établissements d'enseignement privés (2017); Décret ministériel n° 35 sur la création des départements au sein des unités administratives du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur et attribuant leurs compétences (2019). Lois sur la justice: Loi n° 23 sur le Code de procédure pénale (2004); Loi n° 4 promulguant la Loi sur l’exécution judiciaire (2024). Lois à portée linguistique: Loi n° 8 sur les publications et l'édition (1979); Loi n° 25 sur la protection de la propriété intellectuelle et le droit d’auteur (1995); Loi n° 1 promulguant la Loi sur la fonction publique (2001); Loi n° 9 sur les marques, les données commerciales, les noms commerciaux, les indications géographiques et les dessins et les modèles industriels (2002); Loi n° 14 promulguant la Loi du travail (2004); Loi n° 38 sur la nationalité qatarie (2005); Loi n° 27 promulguant la Loi sur le commerce (2006); Loi n° 8 sur la protection des consommateurs (2008); Loi n° 1 régissant et contrôlant l'emplacement de publicités, de sculptures et de monuments commémoratifs (2012); Loi n° 11 sur la Loi sur les sociétés commerciales (2015); Loi n° 5 modifiant certaines dispositions de la loi n° 1 de 2012 régissant et contrôlant l'emplacement de la publicité (2025). |
1 Situation générale
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L'État du Qatar est un pays de la péninsule Arabique; il forme une péninsule de 11 427 km² dans le golfe Arabo-Persique (Belgique: 32 545 km²). Ce minuscule État pétrolier est limité au sud-ouest par l'Arabie Saoudite et au sud-est par les Émirats arabes unis. Doha est la capitale et le port principal; elle accueille 40 % de la population qatarie. Rappelons que la ville de Doha abrite aussi une base militaire américaine.
Au point de vue administratif, le Qatar est divisé en huit municipalités (baladiyat au singulier; baladiyah au pluriel): Ash Shamal, Al Khawr, Al Daayen, Umm Salal, Al Shahaniya, Al Rayyan, Al Wakrah et Doha (Ad-Dawhah). |
Le mot "Qatar" provient de l'arabe قطر (qaṭar), qui signifie «goudron» ou «résine», en référence au pétrole. Cette appellation est également liée à l'ancienne dénomination romaine de «Katara».
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Le Qatar est une monarchie absolue, comme il en existe encore dans le monde. La famille régnante, les al-Thani, peut se prévaloir d'une forte légitimité: quelque 40 % de la population qatarie lui est apparentée. En vertu de l'ancienne Constitution de 1970, le pouvoir exécutif est détenu par le chef de l'État, l'émir, qui nomme les membres du Conseil des ministres. À l'instar des autres monarchies du Golfe, le Qatar n'a pas de véritable système législatif, bien que la Constitution garantisse à tous les citoyens des droits démocratiques fondamentaux. La Charia, la loi islamique, est la source du droit.
Aujourd'hui, l'émir (le cheikh Tamim Hamad Al Thani) gouverne assisté d’un Conseil consultatif et de ministres. Il détient à la fois les pouvoirs législatif et exécutif. Le Conseil des ministres peut proposer des projets de lois et des projets de décrets, mais avant tout il doit veiller à la bonne application des lois et des décrets approuvés par l'émir. Le Qatar est membre de la Ligue arabe.
En arabe, أمير ʾ(''amīr'') est celui qui donne des ordres, mot lui-même dérivé du verbe أَمَرَ ʾ(''amara'') signifiant «commander», d'où le «commandeur des croyants» dans plusieurs pays arabes. |
2 Données démolinguistiques
La majorité de la population est concentrée à la fois dans la capitale Doha et dans la seconde ville en importance, Al-Rayyan au sud-ouest. Ces deux villes comptent environ pour 80 % de la population qatarie (ou qatarienne). Seulement 8 % de la population vit en dehors des villes; il s'agit principalement de nomades. Les Qataris originaires du pays sont en grande partie des musulmans sunnites d'obédience wahhabite. La population prise dans son ensemble demeure sunnite à plus de 90 %. L'arabe est la langue officielle, mais l'utilisation de l'anglais (comme langue véhiculaire) pour le commerce est très répandue. On pourrait affirmer que le Qatar est un «pays bilingue» dont la langue officielle est l'arabe standard moderne.
Les habitants du Qatar se nomment «Qatariens» et «Qatariennes», mais on trouve aussi les termes «Qataris» et «Qataries». L'Arrêté du 4 novembre 1993 relatif à la terminologie des noms d'États et de capitales préconise Qatarien/Qatarienne, mais la Commission de terminologie de l'ONU accepte la variante héritée de l'anglais Qartari/Qatarie. On peut trouver aussi Qatariotes ou encore Katariens/Katariennes, Kataris/Kataries, d'après la variante orthographique «Katar».
2.1 Les ethnies
On distingue plusieurs communautés de Qataris (ou Qatariens): les Arabes, les Iraniens, les Indo-Pakistanais, les Népalais, les Philippins, les Occidentaux, les Dravidiens, les Indonésiens, les Bantous africains, etc. Parmi les Arabes, seuls ceux d'origine qatarie sont des «autochtones», les autres étant des travailleurs provenant des pays voisins, notamment des Arabes palestiniens, libanais, syriens, soudanais, égyptiens, saoudiens, etc. L'ensemble des Arabes forment 45 % de la population, en baisse depuis dix ans, alors qu'ils atteignaient 68 % de la population. Cependant, en raison de l'immigration massive, les Qataris d'origine ne forment plus que 19,6 % de la population totale à parler leur langue.
Outre les Arabes, on trouve les Indo-Iraniens (Daris et Persans: près de 10 %), les Indo-Pakistanais (14,1 %) tels que les Ourdous, les Baloutches, les Cinghalais, les Malayali et les Tamouls. Il faut ajouter aussi les Philippins (4,3 %) et les les Yéménites (4,3%), ainsi que plusieurs autres petites communautés.
Quant aux Occidentaux (principalement des Britanniques, des Américains, des Canadiens, des Arméniens, des Français et des Allemands), ils forment un autre groupe communautaire d'environ 70 000 personnes, soit 2,2 % de la population qatarie.
| Ethnie |
Langue maternelle |
Population |
Pourcentage |
Affiliation linguistique |
Religion principale |
| Arabe qatari |
arabe qatari (arabe du Golfe) |
611 000 |
19,6 % |
langue sémitique |
islam |
| Arabe palestinien |
arabe palestinien |
405 000 |
13,0 % |
langue sémitique |
islam |
| Iranien (Persan) |
farsi de l'Ouest |
302 000 |
9,7 % |
langue indo-iranienne |
islam chiite |
| Arabe libanais |
arabe libanais |
292 000 |
9,4 % |
langue sémitique |
islam |
| Arabe syrien |
arabe syrien |
292 000 |
9,4 % |
langue sémitique |
islam |
| Ourdou |
ourdou |
191 000 |
6,1 % |
langue indo-iranienne |
islam |
| Népalais |
népali |
150 000 |
4,8 % |
langue indo-iranienne |
hindouisme |
| Philippin |
philippin |
135 000 |
4,3 % |
langue austronésienne |
christianisme |
| Yéménite ou Akhdam |
arabe du Golfe |
133 000 |
4,3 % |
langue sémitique |
islam |
| Malayali |
malayalam |
84 000 |
2,7 % |
langue dravidienne |
hindouisme |
| Arabe saoudien du Najdi |
arabe saoudien du Najdi |
61 000 |
2,0 % |
langue sémitique |
islam |
| Arabe égyptien |
arabe égyptien |
61 000 |
2,0 % |
langue sémitique |
islam |
| Srilankais cinghalais |
cinghalais |
61 000 |
2,0 % |
langue indo-iranienne |
hindouisme |
| Baloutche du Sud |
baloutchi du Sud |
61 000 |
2,0 % |
langue indo-iranienne |
islam |
| Arabe soudanais |
arabe soudanais |
61 000 |
2,0 % |
langue sémitique |
islam |
| Indonésien |
indonésien |
44 000 |
1,4 % |
langue austronésienne |
islam |
| Arabe saoudien |
arabe hijazi |
30 000 |
1,0 % |
langue sémitique |
islam |
| Tamoul |
tamoul |
30 000 |
1,0 % |
langue dravidienne |
hindouisme |
| Britannique |
anglais |
29 000 |
0,9 % |
langue germanique |
christianisme |
| Américain |
anglais |
15 000 |
0,5 % |
langue germanique |
christianisme |
| Français |
français |
9 100 |
0,3 % |
langue romane |
christianisme |
| Arménien |
arménien |
9 000 |
0,3 % |
isolat indo-européen |
christianisme |
| Allemand |
allemand |
6 000 |
0,2 % |
langue germanique |
christianisme |
| Érythréen tigré |
tigré |
6 000 |
0,2 % |
langue sémitique |
islam / christianisme orthodoxe |
| Turc |
turc |
5 600 |
0,2 % |
famille altaïque |
islam |
| Autres |
- |
35 000 |
1,1 % |
- |
- |
| Total |
- |
3 116 000 |
100 % |
- |
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On constate que le Qatar compte plus de 80 % de travailleurs étrangers parmi la population du Qatar; en tant qu'étrangers, ils sont généralement exploités et maltraités par leurs employeurs, sauf les Occidentaux, malgré des modifications récentes de la législation sur le travail. La plupart de ces immigrants sont originaires du sous-continent indien et des pays arabes voisins. Du fait du grand nombre d'expatriés, majoritairement de sexe masculin, le Qatar possède l'une des plus grosses différences de ratio entre les sexes dans le monde, soit environ trois hommes pour une femme.
2.2 Les langues
Tous les Arabes parlent une langue afro-asiatique (ou chamito-sémitique), peu importe leur variété d'arabe (qatari, palestinien, libanais, syrien, soudanais, égyptien, saoudien, etc.). Les Iraniens parlent généralement le farsi ou le dari (Afghanistan), une langue indo-iranienne du groupe iranien. Les Indo-Pakistanais parlent des langues indo-iraniennes, mais appartenant au groupe indien (ourdou et cinghalais) ou iranien (baloutchi) ou encore des langues dravidiennes (malayalam et tamoul). Les Yéménites d'Afrique ont perdu leur langue et parlent l'arabe du Golfe. Mais les Philippins parlent leur langue nationale, le philippin, une langue malayo-polynésienne occidentale. Les Occidentaux parlent surtout l'anglais (Britanniques et Américains), mais aussi le français (Français), l'allemand ou l'arménien.
À l'exemple des autres pays arabophones, le Qatar compte trois types d'arabe: l'arabe vernaculaire, l'arabe classique (ou coranique) et l'arabe moderne standard.
- L'arabe vernaculaire (ou arabe qatari, libanais, etc.) reste la langue maternelle de tous les arabophones; l'arabe qatari est aussi appelé «arabe du Golfe». Toutefois, l'arabe du Golfe présente aussi ses propres variantes selon qu'il est employé au Qatar, en Arabie Saoudite, au Bahreïn, aux Émirats arabes unis, à Oman ou par les populations nomades du sud de l'Irak. Ces variantes de l'arabe, quoique compréhensibles en elles, n'assurent pas nécessairement une communication aisée. Voir aussi «Les nombreuses variétés de l'arabe vernaculaire» (carte)
- L'arabe coranique n'est la langue maternelle d'aucun Qatarien et il n'est pas utilisé comme véhicule normal de la communication. Cette langue arabe demeure pour tout arabophone la langue de la prédication islamique et de l'enseignement religieux (la langue du Coran), mais c'est également la référence et l'outil symbolique de l'identité arabo-musulmane, une langue supranationale réservée à des usages formels et limités à certaines situations particulières. Enfin, l'arabe classique demeure en principe la langue officielle de l'État, mais les faits révèlent qu'il est généralement supplanté par l'arabe standard moderne.
- L'arabe moderne standard, ou simplement «arabe standard», correspond à la variante moderne de la langue arabe, soit celle qui est enseignée dans les écoles, par opposition à l'arabe classique ancien associé à l'arabe du Coran. Cette variété d'arabe moderne est également la langue des productions littéraires, de la presse écrite, de la presse électronique, et de toute sorte de brochures et de documents administratifs et judiciaires. Surtout, c'est la langue qui est utilisée dans les manifestations officielles et institutionnelles, notamment au Parlement. Au niveau supranational, l'arabe moderne standard est la langue de communication par excellence dans le monde arabe, bien plus que l'arabe classique, à la fois à l'écrit et à l'oral. Pour cette raison, c'est une variété de référence pour toute la communauté arabe, parce que, à travers elle, sont véhiculées la culture arabe en général.
L'anglais sert la plupart du temps de langue véhiculaire entre les locuteurs des différentes langues employées dans le pays. De plus, l'anglais a tendance à devenir une langue de communication privilégiée pour l'importante diaspora d'expatriés que compte le Qatar. Devant l'importance croissante de l'anglais, pour ne pas dire du «tout-anglais», le gouvernement qatari semble avoir pris des mesures dans le but de revaloriser la langue arabe. Néanmoins, le Qatar est un pays où la langue officielle est l’arabe, alors que la population ne le parle guère ou très peu, bien que l'anglais serve de communication entre les différentes ethnies, en fait généralement dans un anglais approximatif.
Dans cet ancien protectorat britannique, le français n'est que fort peu pratiqué dans la vie quotidienne. Pourtant, après de nombreuses polémiques, le pays est devenu membre de la Francophonie en 2012. Aujourd’hui, 10% de la population parle français comme langue première ou seconde. Et de grandes écoles françaises comme la Sorbonne ou HEC y sont présentes et participent au programme "Qatar National Vision 2030" visant à transformer le pays et à accroître le prétendu "soft power" de l’émirat à travers le monde. Par ailleurs, des écoles privées tunisiennes, libanaises, suisses, indiennes, etc., enseignent aussi le français.
2.3 Les religions
L'islam est la religion d'État du Qatar ; tous les Qataris d'origine sont musulmans de confession wahhabite,
reliée au sunnisme, parfois au chiisme. L'importance de la religion dans ce pays est significative, car elle influence tous les aspects de la vie quotidienne. Les principes islamiques sont intégrés dans les normes sociales, juridiques et judiciaires, culturelles, tandis que les lois qataries s'appuient sur la Charia pour régir divers domaines. Les cinq prières quotidiennes (Salah) constituent une pratique essentielle, et le mois sacré du ramadan a un impact important dans la vie quotidienne. Néanmoins, le Qatar a également accueilli de nombreuses conférences de dialogue interreligieux, montrant son engagement envers la tolérance et la coexistence harmonieuse.
Par ailleurs, il existe des adeptes d'autres religions, notamment des chrétiens, parmi les nombreux travailleurs étrangers. Selon le recensement de 2024, la population est musulmane dans une proportion de 85 %, dont 10% de chiites; chrétienne à 8 %; hindouiste à 7 %, etc.
3 Données historiques
Il semble que les plus traces les plus anciennes de présence humaine dans la
région du Golfe remontent à quelque 4000 ans avant notre ère. Plus tard, la
péninsule Arabique, alors steppique, fut fréquentée par des tribus nomades du
Najd, qui y séjournaient durant la saison sèche, lorsque l'intérieur des terres
était trop sec. La région du Golfe devint un centre de commerce florissant, et
la brillante civilisation de Dilmoun, centrée sur le Qatar et le Bahreïn
actuels, devint un centre de commerce florissant.
Au
Ve siècle avant notre ère, l’historien grec Hérodote désignait les habitants de la région comme des Cananéens, connus pour leur maîtrise de la navigation et leur habileté dans le négoce
et l'écriture araméenne. Ce sont les Grecs qui donnèrent son nom au golfe Persique. Auparavant, les Suméro-Babyloniens l'appelaient soit la mer Inférieure, soit la mer Amère, soit encore la mer du Soleil levant. Au IIe siècle de notre ère, le géographe grec Ptolémée mentionna une ville nommée ''Catara'' (d'où Qatar) sur sa carte de la région. Par la suite, l'occupation romaine marqua le déclin commercial du Golfe au profit de la mer Rouge. Il fallut attendre la domination de la région par l’Empire sassanide (entre les IIIe et VIe siècles pour que la région du Golfe redevienne un lieu d’échanges florissants. Assyriens, Perses, Babyloniens, Grecs et Sassanides se succédèrent dans cette région du Golfe.
3.1 L'avènement de l'islam
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La religion musulmane pénétra au VIIe siècle dans la région du Golfe, alors sous domination de la dynastie des Arabes de Manadhira. Leur roi, Al Mundhir Ibn Sawi Al Timimi, se convertit à la nouvelle religion. Dès lors, le Qatar participa à l’expansion de l’islam; il aida à la préparation d'une première flotte destinée à diffuser la religion au-delà des mers. En même temps, la langue arabe s'implanta définitivement dans la région, même si cette langue était déjà parlée depuis quelques siècles, probablement dès le IIe siècle. C'est à cette époque qu'est apparu le nom de ''Qatar'' pour désigner la région. |
Durant le règne des Abbassides (750-1250), le Qatar connut une grande période de prospérité. Ce fut l'époque des Milles-et-Une-Nuits, l'âge d’or du monde arabo-persan. Le port de Bassorah (aujourd'hui en Irak) étendit son influence dans tout le Golfe.
3.2 Les dominations ottomane et britannique
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Les Portugais occupèrent le détroit d'Ormuz, puis Mascate (aujourd'hui la capitale du sultanat d'Oman) et Bahreïn. En 1517, ils prirent le Qatar et imposèrent leur contrôle maritime et commercial dans le Golfe. Quelques années plus tard, soit en 1538, ils furent chassés de la région par les Ottomans qui dominèrent le Qatar durant presque quatre siècles. En fait, le Qatar n'est jamais devenu une province ottomane, mais les Ottomans l'ont néanmoins dirigé directement de 1550 à 1680 et de 1818 à 1830, puis indirectement de 1680 à 1818 et de 1830 à 1872; la mainmise des Ottomans sur le Qatar s'est poursuivie en soumettant la monarchie des Al Thani jusqu'en 1915.
Les Ottomans n'imposèrent pas la langue turque aux habitants, cette langue restant le seul apanage de l'Administration. Au cours du XVIIe siècle, le pays fut marqué par de violentes rivalités entre les tribus désirant contrôler le territoire. Les conflits entre tribus se poursuivirent jusqu'au début du XIXe siècle. |
C'est alors que les Britanniques décidèrent d’intervenir, car les rivalités tribales diminuaient la sécurité maritime des flottes britanniques en route vers les Indes. Après avoir bombardé Doha, le colonel Lewis Pelly (1825-1892) de l’armée impériale, à titre de «résident politique» dans le Golfe, imposa en 1868 un traité de paix avec le cheikh Mohammad Bin Thani et reconnaissait en ce dernier le personnage le plus influent de la région, ce qui mettait fin aux prétentions des Al Khalifa à gouverner le Qatar.
En 1871, le traité de paix devint caduc, car les Turcs installèrent à nouveau une garnison au Qatar, remettant aussi le pays sous la gouverne ottomane. Mais le cheikh Qasim s’opposa à cette tutelle et prit les armes contre les Turcs et leur infligea une cinglante défaite. Au tournant du siècle, Qasim décida d'adhérer au wahhabisme (d'après le nom du fondateur, Abd Al Wahhab), une doctrine d’interprétation rigoriste du Coran. En 1913, un accord fut conclu entre Britanniques et Ottomans, redéfinissant les zones d'influence dans la région.
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La domination britannique sur le Qatar fut consacrée en 1916 par un traité de protectorat : l'émir, en échange de la protection britannique contre la puissance menaçante d'Ibn Séoud, accordait à la Grande-Bretagne une exclusivité sur les concessions pétrolières. Le traité du 3 novembre 1916 entre le gouvernement britannique et le cheikh de Qatar comportait divers engagements du cheikh, notamment celui de respecter les obligations propres aux «États de la Trêve» (en anglais: "Trucial Coast"). Ce traité quasi unilatéral obligeait les Émirats (Abou Dabi, Ajman, Dubaï, Charjah, Umm al-Quwain, Ras al-Khaimah, etc.), ainsi qu'à Bahreïn, au Qatar et même au Koweït de n'entretenir aucune relation politique ou économique avec un autre pays que la Grande-Bretagne... en échange de sa protection. |
Sous réserve de quelques engagements particuliers, l'administration intérieure du territoire demeurait entièrement souveraine, car seules les affaires extérieures se voyaient limitées par l'intermédiaire obligé du Royaume-Uni. Le traité entre le gouvernement britannique et le cheikh de Qatar, en date du 3 novembre 1916, comportait divers engagement du cheikh dont celui de respecter les obligations propres aux «États de la Trêve» ("Trucial States") :
| Moi, cheikh Abdullah, je m'engage en outre à ne pas avoir de relations et à ne pas correspondre avec une autre puissance, ni à recevoir son agent, sans le consentement du Gouvernement britannique; sans un tel consentement, je ne céderai pas non plus de terres à aucune autre puissance ni à ses sujets, que ce soit en les affirmant, en les vendant, en les transférant, en les donnant ou de toute autre manière. |
En retour, le gouvernement britannique s'engageait à protéger le cheikh, ses sujets et son territoire contre toute agression par la mer et à prêter ses bons offices en cas d'attaque terrestre du territoire du Qatar.
Les premières découvertes de gisements pétrolifères dans la région, à Bahreïn en 1932, soulevaient la question de la délimitation précise des frontières. Il s'agissait de définir les territoires de prospection et d'exploitation des compagnies pétrolières, l'américaine SOCAL ("Standard Oil Company of California") obtint d'Ibn Séoud la concession du Hasa, en territoire saoudien, tandis que la concession qatarie fut échue à la britannique APOC ("Anglo-Persian Oil Company"). Définir la frontière revenait à tracer la séparation entre les deux concessions. Se posa en outre la question de l'accès à la mer; le port d'Al-Udaïd était revendiqué par l'Arabie Saoudite, le Qatar et Abou Dabi. L'accord sur les frontières n'interviendra qu'en 1965. Puis la Seconde Guerre mondiale vint stopper la production pétrolière,mais entraîna une
vague d’immigration qui porta la population du Qatar à environ 27 000 habitants, dont la moitié à Doha. La grande aventure du pétrole recommença en 1949.
Au cours des années 1960, le cheikh Khalifa Bin Hamad Al Thani, alors prince héritier, prit une part de plus en plus active dans les affaires du Qatar. Il participa à l'élaboration d’un plan de développement national qui prévoyait une modernisation de l’administration et un développement accéléré de l’industrie pétrolière. Cette nouvelle situation entraîna un besoin de main-d'œuvre, c'est-à-dire une seconde vague d’immigration qui provenait essentiellement du sous-continent indien (les Indo-Pakistanais).
Vers la fin de la même décennie, soit en 1968, les Britanniques décidèrent de se dégager de tout accord de défense dans la région avant l’année 1971. Les émirats du Golfe envisagèrent un temps de constituer une fédération, mais les négociations s'avérèrent rapidement infructueuses. En avril 1970, le Qatar se dota d’une constitution provisoire qui en faisait un État arabe indépendant, avec l'arabe comme langue officielle, et devint membre de l'Organisation des Nations unies. Le Bahreïn devint également indépendant. Le gouvernement britannique mit fin au protectorat le 1
er décembre 1971, ce qui permet de créer les Émirats arabes unis.
3.3 L'indépendance
En 1972, l'émir qui dirigeait le Qatar, Ahmad ibn Ali al-Thani, fut détrôné par son cousin, Khalifa ibn Ahmad, sous le règne duquel le pays s'était modernisé. Le cheikh Ahmad poursuivit la politique étrangère menée par son père au sujet de l'Arabie Saoudite, avec laquelle les relations se compliquèrent.
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En 1974, l’ensemble des opérations pétrolières fut placé sous le contrôle d’une société unique créée à cet effet, la Compagnie générale de pétrole du Qatar (appelée QGPC). Grâce au pétrole, le Qatar devint un pays très riche.
Les domaines de la santé et de l'éducation se développèrent, ce qui favorisa une troisième vague de main-d’œuvre étrangère, cette fois-ci en en provenance du monde arabe et de l'Asie du Sud-Est (Philippines). Les mœurs évoluèrent rapidement, alors que la société qatarie se trouvait confrontée à la modernité importée de l’Occident. Apparurent les voitures, le téléphone, la télévision, l'air climatisé, les ordinateurs, etc., ce qui bouleversa grandement les mœurs des Qataris, sans remettre en cause les fondements religieux et traditionnels de la société.
En 1991, le Qatar participa à la coalition levée contre l'Irak, tout en demeurant partisan du retour de l'Irak sur la scène internationale. Le Qatar fut aussi le premier pays arabe du Golfe à conduire des négociations avec Israël en vue d'une normalisation des relations diplomatiques. Cette politique étrangère différenciée s'inscrit dans un contexte de tensions quasi permanentes avec ses voisins du Golfe, en raison de problèmes frontaliers récurrents. |
- Une certaine démocratisation
Le 27 juin 1995, le prince héritier, le cheikh Hamad Bin Khalifa Al Thani, prenait le pouvoir après avoir renversé son père. Devenu nouvel émir du Qatar, il entreprit des réformes marquant un premier pas vers la démocratisation du pays et de ses institutions. Il accorda le droit de vote aux femmes et, en octobre 1996, il laissa s’implanter à Doha une chaîne de télévision privée arabe devenue célèbre : Al-Jazeera (l’île). La chaîne est devenue en quelques années la seule voix libre de l’immense nation arabe. À l’heure actuelle, le Qatar semble se tourner vers une nouvelle aventure, celle du gaz. Les revenus du pétrole et du gaz naturel permettent au Qatar d'atteindre un niveau de revenus par personne proche de celui des plus riches pays industriels d'Europe de l'Ouest.
Le 11 décembre 2002, le Qatar signait avec les États-Unis un accord de coopération militaire relatif à l’utilisation de la base aérienne d’Al-Eideïd par les forces américaines. En 2011, le Qatar fit preuve d'une certaine audace en envoyant ses avions militaires combattre les forces libyennes du colonel Kadhafi aux côtés des troupes occidentales.
- La Francophonie
Depuis le 13 octobre 2012, le Qatar est membre associé de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF), et ce, sans être passé par le statut d'observateur. De fait, l'admission du Qatar comme «État associé» dans la Francophonie paraît un peu nébuleuse. Les représentants du Qatar ont fait valoir que l'enseignement du français a été rétabli dans les établissements publics qataris depuis la rentrée 2012, sans oublier le lancement en 2010 d'une radio francophone depuis Doha. Le Qatar, monarchie pétrolière et gazière du Golfe, a aussi investi massivement en France dans le secteur sportif, l'achat de droits de diffusion de télé, le marché de l'art et de la mode. Le chef de la diplomatie française, à l'époque Laurent Fabius, avait souhaité la bienvenue aux investisseurs qataris.
- La règle du non-droit
Quoi qu'il en soit, le Qatar reste l'un des pays les plus sévèrement condamnés par Human Rights Watch (HRW) pour son non-respect de la règle de droit, notamment le droit à un procès juste et équitable et les droits de l’homme en général, sans oublier les conditions d’esclavage imposées à ses ouvriers étrangers non occidentaux. Pour ce qui est du droit de la nationalité, le Qatar s'organise pour ne pas permettre aux travailleurs immigrés d'obtenir la nationalité qatarienne. Les enfants eux-mêmes n'acquièrent pas la nationalité qatarienne lorsqu'ils naissent au Qatar, même si leur mère est elle-même qatarienne. Les femmes font encore l’objet de diverses discriminations, que ce soit la violence au foyer, le divorce, l'héritage, la garde des enfants, la nationalité et le droit de circuler librement. La peine de mort reste en vigueur, ainsi que les punitions corporelles, notamment la flagellation (surtout pour sévir contre la consommation d'alcool ou des relations sexuelles illicites). Au Qatar, la Charia interdit toute relation sexuelle hors mariage et l'homosexualité est passible de la peine de mort pour les musulmans.
- L'opportunisme qatari
Doha entretient des relations notamment avec la France, les États-Unis et le Hamas. Autrement dit, le Qatar entretient des relations avec des parties en conflit. Il jouit d'une position unique d'interlocuteur à la fois du Hamas, d'Israël et des Occidentaux. Le petit pays du Golfe abrite la plus grande base militaire américaine de la région, tout en cultivant également des contacts très réguliers et étroits avec la direction du Hamas. Le gouvernement de Doha accueille depuis 2012 le bureau politique du groupe au pouvoir dans la bande de Gaza, et ce, «avec l'aval tacite des États-Unis». L'émirat partage aussi un champ gazier avec l'Iran, ce qui lui permet de servir d'interface avec le pays perçu comme la menace majeure dans cette région.
En effet, le chef du Hamas vit confortablement au Qatar depuis 2019 à l'abri des bombes israéliennes; il est devenu millionnaire, comme d'autres dirigeants du mouvement militariste, en prélevant une taxe de 20% sur tous les biens entrant à Gaza. L'émirat verse par ailleurs 30 millions de dollars chaque mois à la bande de Gaza, pour financer la construction d'infrastructures et les salaires des fonctionnaires, et ce, avec l'aval d'Israël.
Dans ces conditions, le Qatar parle directement à toutes les parties prenantes au conflit entre Israël et le Hamas, ce qui en fait un interlocuteur incontournable pour ces négociations. D'autres pays auraient pu jouer ce rôle, comme la Turquie ou l'Égypte, mais l'opportunisme qatari a déjà gagné sa fonction de médiateur dans d'autres crises, par exemple en Afghanistan.
Le Qatar est un pays très riche, mais il est aussi très petit (près de trois fois moins grand que la Belgique). Ses dirigeants ont compris qu'ils devaient s'appuyer sur la «manière douce» ("soft power") pour exister sur la scène internationale. Le pays veut devenir «la Genève du Moyen-Orient», ce qui le place en conflit avec le sultanat d'Oman qui aspire au même titre.
- La discrimination è
l'égard des femmes
Au Qatar, les femmes sont soumises aux
lois sur la tutelle masculine, qui les discriminent et portent atteinte à leur
droit de prendre des décisions autonomes en matière de mariage, de divorce et de
garde d'enfant. Ainsi, les femmes doivent obtenir la permission de leur tuteur
masculin pour se marier, obtenir une bourse de l'État pour étudier à l’étranger,
occuper de nombreux emplois publics, voyager à l’étranger (jusqu’à un certain
âge) ou bénéficier de certains soins de santé procréative. En pratique, les
femmes subissent des discriminations si elles essaient de louer un appartement
sans l’appui d’un tuteur masculin. Le tuteur masculin et d’autres membres de la
famille peuvent dénoncer une femme à la police pour «absence» du foyer, ce qui
peut déclencher son arrestation et son retour forcé au foyer, voire son
placement en détention administrative. Les femmes ont besoin de l’autorisation
d’un tuteur masculin pour se marier et les femmes mariées sont censées obéir à
leur mari. Elles peuvent perdre le soutien financier de leur mari si elles
travaillent ou voyagent alors que leur mari s’y oppose. Les dispositions en
matière d’héritage prévoient que les sœurs reçoivent la moitié de la part de
leurs frères.
Malgré tout, le Qatar a réalisé certains
progrès dans la promotion de l'égalité des sexes dans divers domaines tels que
l'éducation, la santé et l'emploi. Quelques femmes qataries ont été nommées
juges et occupent des postes importants dans l'armée, l'aviation civile et le
corps diplomatique.
4 La politique linguistique
L'État du Qatar a adopté une politique d'arabisation pragmatique: il s'agit de favoriser l'arabe tout en conservant certaines prérogatives à l'anglais. La Constitution de 1970 a été remplacée par celle de 2003, approuvée lors d'un référendum le 29 avril 2003. L'article 1er de la Constitution reprend les dispositions de 1970 sur la langue:
| Article 1
Le Qatar est un État arabe indépendant et souverain. Sa religion est l'islam et la Charia islamique est la principale source de sa législation. Son système est démocratique et sa langue officielle est l'arabe. |
Quant à l'article 5, il met l'accent sur l'union des pays arabes.
4.1 La langue de l'État
Le Qatar fonctionne avec trois langues arabes: l'arabe classique, l'arabe qatari (ou arabe du Golfe) et l'arabe standard moderne. C'est en arabe classique (coranique) que sont rédigés les lois, les règlements et les décrets-lois. D'ailleurs, l'article 3 de la Loi sur la protection de la langue arabe (2019) officialise cette pratique, bien que des traductions en d'autres langues (comprendre l'anglais) soient possibles:
| Article 3
La législation de l'État doit être rédigée en langue arabe et une traduction de celle-ci dans d'autres langues peut être publiée, si l'intérêt public l'exige. |
De fait, de nombreuses lois sont traduites en anglais. C'est en arabe du Golfe ou en arabe qatari qu'on discute des lois rédigées en arabe standard, c'est en arabe du Golfe qu'on commente les règlements administratifs offerts en arabe standard moderne.
- La justice
Le système judiciaire du Qatar est structuré en plusieurs niveaux, allant des tribunaux de première instance aux tribunaux supérieurs. Les tribunaux de première instance jugent les infractions, tandis que les tribunaux supérieurs traitent les questions plus complexes. La procédure pénale est influencée par la Charia, et des règles spécifiques s'appliquent, comme le serment des témoins devant le procureur et le juge au nom d'Allah, ou de leur Dieu s'ils ne sont pas de confession musulmane. Il existe également des juridictions spécifiques pour les mineurs, avec un juge des enfants qui peut convoquer et interroger du personnel éducatif spécialisé dans la délinquance juvénile.
L'article 15 de la Loi n° 4 promulguant la Loi sur l’exécution judiciaire (2024) est très clair sur l'emploi de l'arabe:
Article 15
Une traduction certifiée conforme en arabe des jugements, des ordonnances et des documents officiels étrangers, accompagnée d’une déclaration certifiée conforme de la procédure employée pour leur exécution dans le pays où ils ont été rendus, doit être jointe à la demande d’exécution. |
La Loi n° 23 sur le Code de procédure pénale (2004) porte également sur l'emploi obligatoire de l'arabe, ainsi que d'une traduction si des documents sont dans une autre langue.
Article 72
L'enquête doit se dérouler en arabe et le procureur entend les déclarations des opposants ou des témoins qui ne les connaissent pas par l'intermédiaire d'un interprète après avoir prêté serment d'accomplir sa mission avec honnêteté et honnêteté.
Si des documents ou des pièces sont soumis dans une autre langue que l'arabe, le procureur général désignera un traducteur pour prêter serment comme indiqué dans le paragraphe précédent.
Article 427 (modifié par la loi 6/2020)
Si un pays étranger souhaite demander qu'une enquête soit menée par les organismes judiciaires qataris, la demande de délégation des autorités compétentes de ce pays doit être soumise par la voie diplomatique au procureur de la République, à condition qu'elle soit rédigée en arabe, ou dans toute autre langue, à condition qu'elle soit accompagnée d'une traduction en arabe et qu'elle indique ce qui suit :
1. Le nom de l'entité demandant la délégation, et la nature de la délégation demandée. 2. Un résumé des faits liés à l'objet de la délégation, et des textes juridiques qui lui sont applicables. 3. Une description des démarches à entreprendre ou des investigations à réaliser, et de leur objet. 4. L'identité, la localisation et la nationalité de toute personne concernée par la délégation demandée, lorsque cela est possible. |
Les textes ne le précisent pas, mais la procédure orale peut se dérouler en arabe qatari pour les justiciables et le personnel judiciaire, tout aussi bien en arabe standard moderne pour le personnel et les documents écrits.
Dans les tribunaux, l'arabe standard est la langue officielle, mais les accusés, les témoins et les avocats peuvent s'exprimer en arabe du Golfe (arabe qatari) ou en anglais lorsque la cause concerne les étrangers. Dans les municipalités (cours locales), c'est toujours l'arabe du Golfe avec, selon les besoins, le recours aux services d'un interprète. Cela étant dit, il vaut mieux ne pas avoir de contentieux avec des citoyens du Qatar (les «nationaux»), car la justice du pays risque de ne pas se montrer totalement impartiale.
- L'administration publique
Les services gouvernementaux centralisés sont donc offerts en arabe du Golfe (avec les locaux), en arabe standard (avec les autres arabophones) et en anglais (avec les étrangers occidentaux et asiatiques).
Depuis l'adoption de la Loi sur la protection de la langue arabe (2019), toutes les institutions et les organismes gouvernementaux sont tenus d'employer l'arabe:
Article 1er
Toutes les agences gouvernementales et non gouvernementales s'engagent à protéger et à promouvoir la langue arabe dans toutes leurs activités et les événements qu'elles ont préparés.
Article 2
Les ministères, les autres agences gouvernementales et les organismes et institutions publics sont tenus d'employer la langue arabe dans leurs assemblées et discussions, et dans toutes les décisions qu'ils prennent, ainsi que les règlements, les directives, les documents, les contrats, les correspondances, les étiquettes, les programmes, les publications, les publicités audio et visuelles ou imprimées et tout autre transaction.
Les dispositions du paragraphe précédent s'appliquent aux associations et aux institutions privées, aux fondations privées d'intérêt public et aux organismes dont le budget est financé par l'État.
Article 4
La langue arabe est la langue des discussions, des négociations, des mémorandums et de la correspondance avec d'autres gouvernements, organisations et organismes régionaux et internationaux, ainsi que des conférences officielles, le texte étant joint à l'autre langue approuvée par ces organismes.
La langue arabe doit être employée dans la rédaction des traités, des accords et des contrats conclus entre l'État et d'autres pays, dans les organisations et les organismes régionaux et internationaux, et une autre langue peut être adoptée à la condition qu'une traduction en langue arabe y soit jointe. |
On comprendra que, pour occuper un poste dans la fonction publique, la Loi n° 1 promulguant la Loi sur la fonction publique (2001) exige la nationalité qatarie:
| Article 10 (modifié par le décret-loi 25/2007)
Toute personne nommée à un poste :
1. doit être de nationalité qatarie. S'il n'est pas présent, la priorité sera donnée aux citoyens des pays du Conseil de coopération du Golfe, puis aux citoyens des pays arabes, puis aux autres nationalités. 2. ne doit pas être âgé de moins de dix-huit ans. 3. doit avoir une bonne conduite et une bonne réputation.
|
Quant à la Loi n° 38 sur la nationalité qatarie (2005), l'article 2 oblige tout requérant à posséder une maîtrise suffisante de la langue arabe:
| Article 2
La nationalité qatarie peut être accordée par décret émirien à un non-Qatari si les conditions suivantes sont remplies :
3. Le demandeur doit être de bonne moralité et de bonne réputation et ne doit pas avoir été condamné par un jugement définitif au Qatar ou à l'étranger pour un crime impliquant une atteinte à la probité ou une malhonnêteté.
4. Le requérant doit posséder une maîtrise suffisante de la langue arabe.
Aux fins de l'application des règles d'octroi de la nationalité qatarie prévues par le présent article, la priorité est accordée aux personnes dont la mère est qatarie. Toute personne née au Qatar ou à l'étranger d'un père qatari naturalisé est considérée comme citoyen qatari naturalisé.
Toute personne née au Qatar de parents inconnus est considérée comme citoyen naturalisé, et un enfant trouvé est considéré comme né au Qatar, sauf preuve du contraire. |
Évidemment, on ne précise pas de quel arabe il s'agit, mais il est sûrement rare qu'un étranger connaisse l'arabe qatari à défaut de quoi l'arabe standard moderne durement acquis pourra faire l'affaire, voire l'anglais.
De façon générale, c'est en arabe du Golfe que les employés de l'État communiquent oralement avec la population, c'est-à-dire l'administration, l'armée, la police, les affaires, etc. C'est en arabe standard moderne que l'État communique officiellement avec les Qatariens lors des cérémonies officielles, mais l'arabe du Golfe n'est pas nécessairement exclu. C'est l'arabe standard moderne qu'on utilise dans les médias, les écoles et les communications entre les populations arabophones. Avec les non-arabophones, c'est l'anglais qui remplace l'arabe moderne.
C'est la population autochtone du Qatar qui contrôle les affaires du gouvernement, de la police, de l'armée, etc. C'est pourquoi l'arabe du Golfe (arabe qatari), une langue essentiellement orale, est
employé partout. La plupart des fonctionnaires parlent donc l'arabe qatari, mais aussi l'arabe standard lorsque les circonstances l'exigent, parfois l'anglais dans
plusieurs bureaux administratifs de la capitale.
4.2 La langue des entreprises
La loi ne s'est pas contentée d'imposer l'arabe aux institutions publiques, car elle concerne aussi les entreprises commerciales privées. Ainsi, les articles 8 et 10 de la
Loi sur la protection de la langue arabe (2019) obligent les entreprises à avoir des appellations arabes et à avoir des noms de produits en arabe:
| Article 8
1) Les entreprises et les institutions à des fins commerciales, financières, industrielles, scientifiques, et à des fins de divertissement ou autres sont désignées par des appellations arabes.
2) Les entreprises et institutions internationales et locales dont les noms étrangers ou les noms de leurs produits sont internationalement connus avec une marque déposée peuvent conserver le nom étranger à la condition qu'il soit écrit en arabe en plus de la langue étrangère.
Article 10
Les marques déposées, les appellations commerciales, les pièces de monnaie, les timbres et les médailles doivent être rédigées en arabe et l'équivalent peut être écrit dans une autre langue à la condition que la langue arabe occupe une position plus importante. |
La Loi sur la protection de la langue arabe
n'interdit pas l'usage d'une langue étrangère (l'anglais), mais celle-ci doit être accompagnée d'un texte en arabe:
| Article 9
Les données et les informations relatives aux fabrications et produits qataris doivent être rédigées en arabe et une traduction dans une autre langue peut y être jointe. |
Selon la Loi n° 11 sur la Loi sur les sociétés commerciales (2015), les contrats d'entreprise doivent être rédigés en arabe et possiblement être accompagnés d'une traduction dans une langue étrangère:
| Article 3
Toute société établie au Qatar doit être de nationalité qatarie et son siège social doit être au Qatar. Ceci n’implique pas nécessairement que l’entreprise bénéficie de droits légalement réservés aux Qataris, à moins qu’elle ne soit entièrement détenue par des Qataris.
Article 6
À l'exception d'une société commune, le contrat de société et toute modification qui y est apportée doivent être rédigés en arabe et notariés, faute de quoi le contrat ou la modification sera invalide.
Les modalités de documentation des contrats d'entreprise sont déterminées par décision de l'autorité compétente, en coordination avec le Ministre.
Le contrat d'entreprise ou tout avenant à celui-ci pourra être accompagné d'une traduction dans toute autre langue étrangère. En cas de divergence, la priorité sera donnée à la version rédigée en arabe.
Article 77
L'appel à une souscription publique doit s'effectuer au moyen d'une annonce dans deux quotidiens locaux, dont au moins un en langue arabe, au moins une semaine avant le début de l'abonnement. Le contenu de souscription doit comprendre les éléments suivants :
1. Le nom et la nationalité des représentants. 2. La raison sociale, l’objet et le siège social de la société. 3. Le montant du capital déclaré de la société, le cas échéant. 4. Le montant du capital émis et libéré, la nature des actions, leur valeur nominale et leur nombre, le montant de celles-ci proposées à la souscription publique ou ce à quoi les fondateurs ont souscrit, ainsi que les restrictions imposées à la négociation des actions.
[...] |
- La réglementation sur l'affichage, la publicité et les monuments commémoratifs
Le Qatar présente une apparence visuelle résolument bilingue, c'est-à-dire arabe-anglais. L'anglais est omniprésent au point où l'on pourrait croire que le pays est officiellement bilingue. Les affiches unilingues arabes sont rares et même les ministères du gouvernement ont des présentations bilingues. La signalisation routière est bilingue. De façon générale, les inscriptions en arabe sont placées au-dessus de celles en anglais.

L'article 31 de la Loi n° 9 sur les marques, les données commerciales, les noms commerciaux, les indications géographiques et les dessins et les modèles industriels (2002) oblige l'emploi de l'arabe :
|
Article 31
Si la quantité, la taille, la quantité, la capacité, le poids ou les éléments entrant dans leur composition sont des facteurs entrant dans l'estimation de leur valeur, ces produits ne peuvent pas être importés, vendus ou proposés à la vente, à moins qu'ils ne contiennent une ou plusieurs de ces déclarations en arabe. |
En 2012, l'émir du Qatar, Tamim ben Hamad Al Thani, a approuvé par décret une loi énonçant que les inscriptions publicitaires devaient être en arabe, bien que les langues étrangères puissent être autorisées de façon supplémentaire: la Loi n° 1 régissant et contrôlant l'emplacement de publicités, de sculptures et de monuments commémoratifs (2012), laquelle a été modifiée en 2025 par la Loi n° 5 modifiant certaines dispositions de la loi n° 1 de 2012 régissant et contrôlant l'emplacement de la publicité (2025). L'article 5 des deux lois se lit comme suit (en traduction):
| Article 5
Les conditions suivantes sont requises pour qu'une publicité soit autorisée :
1. La langue de la publicité doit être l'arabe, et toute autre langue peut être employée en plus de l'arabe, conformément aux contrôles déterminés par la municipalité compétente.
2. La publicité ne doit contenir aucun élément offensant la religion islamique ou les autres religions.
3. La publicité ne doit rien contenir qui viole l'ordre public, les bonnes mœurs, les coutumes, les traditions ou les coutumes en vigueur.
4. Le design de la publicité, en termes de taille, de forme et de couleurs, ne doit pas être similaire aux panneaux de signalisation, panneaux, bannières ou autres panneaux officiels.
5. Le support publicitaire ne doit pas gêner la circulation ou la circulation des piétons ni conduire à bloquer ou perturber le fonctionnement des feux tricolores ni à gêner les moyens de secours.
6. Une approbation écrite du propriétaire ou de son représentant est exigée, si le support publicitaire est installé sur une propriété qui n'appartient pas au demandeur du permis.
7. L'installation du support publicitaire ne doit pas causer de dommages aux équipements publics, mettre en danger la vie des personnes ou des biens, entrer en conflit avec le caractère esthétique du quartier ou perturber l'aspect général de la ville.
8. Les normes, les tailles ou les dimensions déterminées par la municipalité compétente doivent être respectées.
9. Les marques, les noms et les données contenues dans la publicité ne doivent pas être contraires à la loi, à la réalité ou aux données officielles.
10. Si la publicité est placée sur une propriété, le support publicitaire ne doit pas présenter de danger pour les usagers de la propriété, leur causer un préjudice ou perturber leur confort. Le support publicitaire ne doit pas obstruer la vue ni obstruer les bouches d'aération. |
Les inscriptions en question concernent la publicité, les statues et tous les monuments commémoratifs. Quoi qu'il ne soit, la loi de 2012 n'a pu empêcher la présence de l'anglais dans l'affichage, il ne fait qu'interdire l'unilinguisme anglais et le non-usage des inscriptions en arabe. La loi ne concerne pas les annonces commerciales dans les journaux et les magasines, mais inclut les sculptures et les monuments commémoratifs. Les affiches, les publicités, etc., ne doivent pas entraver la circulation des véhicules ou le déplacement des piétons; elles ne doivent pas avoir un contenu insultant l'islam ou toute autre religion ni violer les mœurs et les traditions qataries.
| Article 2
Les textes des articles 1, 17, 18 et 19 de la loi n° 1 de 2012 visés sont remplacés par les textes suivants :
[...]
Article 17 :
« Sans préjudice de toute peine plus sévère prévue par une autre loi :
1. Quiconque enfreint l'une des dispositions des articles 2, 7, 8, 10, 11 de la présente loi sera passible d'une amende n'excédant pas 30 000 riyals. 2. Quiconque contrevient à l'une des dispositions de l'article (16 bis, premier paragr., deuxième paragr./alinéa 3) de la présente loi sera passible d'un emprisonnement d'une durée n'excédant pas six mois et d'une amende n'excédant pas un million de riyals, ou de l'une de ces deux peines.
En plus de la peine prescrite, le tribunal peut ordonner le retrait de la publicité, de la sculpture ou du mémorial et la restauration de l'objet dans son état d'origine aux frais du condamné. Les dépenses seront recouvrées par la méthode administrative.
La peine sera multipliée en fonction du nombre d'infractions, même si elles sont commises par la même personne. |
En plus de la peine prescrite, le tribunal peut ordonner le retrait de la publicité, de la sculpture ou du mémorial, et la restauration de l'objet dans son état d'origine aux frais de la personne condamnée.
De plus, l'article 11 de la Loi sur la protection de la langue arabe impose une amende n'excédant pas 50 000 riyals en cas d'infraction à la loi à certains articles:
| Article 11
Sans préjudice de toute peine plus sévère prévue par une autre loi, une amende n'excédant pas 50 000 riyals sera infligée à quiconque enfreint l'une des dispositions des articles 2.2, 5.2, 8, 9 et 10 de la présente loi. |
- La protection des citoyens qataris
La législation qatarie prévoit des dispositions visant à protéger les citoyens. Ainsi, la
Loi n° 14 promulguant la Loi du travail (2004) impose l'arabe dans les contrats entre employeurs et travailleurs:
| Article 9
Les contrats et autres documents et instruments écrits prévus par la présente loi doivent être rédigés en arabe.
L’employeur peut joindre une traduction des contrats, documents ou instruments écrits dans d'autres langues; en cas de divergence, le texte arabe doit prévaloir.
Article 123
L'Union générale des travailleurs qataris peut, après approbation du Ministère, adhérer à toute organisation arabe ou internationale œuvrant dans le domaine des organisations syndicales. |
La Loi n° 8 sur la protection des consommateurs (2008) est intéressante à plus d'un titre, mais seul l'article 17 déclare que les informations et les déclarations mentionnées dans la loi doivent être rédigées en arabe, bien que d'autres langues puissent être employées en complément:
| Article 7
Lors de la vente d'un produit, le fournisseur est tenu d'indiquer clairement sur son emballage ou son contenant le type, la nature et la composition du produit, ainsi que toutes les informations pertinentes, conformément au règlement d'application de la présente loi.
Si l'usage du produit comporte un risque, celui-ci doit être clairement indiqué. Il est interdit au fournisseur de décrire, de faire de la publicité ou d'exposer le produit de manière à contenir des informations fausses ou trompeuses.
Article 8
Lors de la vente d'un produit, le fournisseur est tenu d'afficher clairement son prix ou de l'afficher de manière visible sur le lieu de vente. Le consommateur a le droit d'obtenir une facture datée mentionnant le type de produit, son prix, sa quantité et toute autre information prévue par le règlement d'application de la présente loi.
L'autorité compétente peut, par décision, désigner certains produits pour lesquels il suffit que le fournisseur mette le prix à la disposition du consommateur de manière claire et précise.
Article 11
Le fournisseur doit clairement préciser les modalités, les caractéristiques et les prix des services proposés. Il est tenu de garantir la prestation dans un délai raisonnable compte tenu de la nature du service et de rembourser le client ou de rendre correctement à nouveau le service.
Article 17
Les informations et les déclarations visées aux articles 7, 8 et 11 du présent chapitre doivent être rédigées en arabe. D'autres langues peuvent être employées en complément. |
L'article 588 de la Loi n° 27 promulguant la Loi sur le commerce (2006) ne mentionne que l'obligation de publier le nom de son propriétaire ainsi que le nom et l'adresse du contestataire dans l'un des quotidiens locaux publiés en langue arabe:
Article 588
En cas de perte ou de destruction du chèque au porteur, son propriétaire peut s'opposer au retrait du paiement de sa valeur.
La contestation doit inclure le numéro du chèque, son montant, le nom de son signataire et toute autre déclaration permettant de l'identifier et des circonstances entourant sa perte ou sa destruction. S'il n'est pas possible de fournir certaines de ces informations, les raisons doivent être indiquées. Si le contestataire n'a pas de domicile au Qatar, il doit y indiquer un domicile choisi.
Le document devra, aux frais du contestataire, publier le numéro du chèque perdu ou détruit, son montant, le nom de son propriétaire ainsi que le nom et l'adresse du contestataire dans l'un des quotidiens locaux publiés en langue arabe. Toute action entreprise sur le chèque après la date de cette publication sera invalide. |
| Article 4
Quiconque, avec la permission de l’auteur original, a traduit l'œuvre dans une autre langue, ainsi que le résumé des travaux, ou a altéré, modifié, expliqué ou commenté celle-ci de façon à faire apparaître le travail sous une forme nouvelle, doit bénéficier de la protection prévue en vertu des dispositions de la présente loi. Cela ne doit pas porter atteinte à la protection prévue pour les auteurs d'œuvres originales.
La protection du droit d'auteur et le droit de la personne qui a traduit une œuvre dans une autre langue étrangère et dans une traduction en arabe prennent fin si l’auteur ou le traducteur n’exerce pas ce droit par lui-même, soit par d’autres, dans un délai de trois ans à compter de la date de première publication de l'œuvre originale ou de celle traduite. |
4.2 L'éducation
L'enseignement au Qatar est gratuit et obligatoire, à la fois pour les enfants qataris et pour ceux des travailleurs immigrants. Un programme d'alphabétisation des adultes a été mis en place, avec succès, puisque le taux d'alphabétisation des adultes s'élevait à 79 % en 2001 et à 97% en 2014, soit l'un des plus élevés du monde arabe. Avant que la découverte du pétrole, le Qatar ne disposait seulement que de quelques écoles primaires pour des garçons, celles-ci étant par ailleurs dispersées dans tout le pays.
 |
Aujourd'hui, l'éducation a bien changé au Qatar, car le pays accueille une population internationale grandissante, ce qui explique la diversité des modèles d'éducation proposés : programmes qataris, britanniques, français, américains, etc. La scolarité au Qatar présente plusieurs particularités liées à la culture locale, au fonctionnement du pays et à la présence d’immigrants sur le territoire. C'est pourquoi l’arabe et les études islamiques occupent une place importante dans le programme national, même si l’anglais est enseigné dès le primaire et devient indispensable dans la plupart des écoles privées. Les établissements d'enseignement adoptent presque tous un système d’uniforme scolaire, parfois avec un code vestimentaire strict,
y compris dans les écoles internationales. |
- Les écoles publiques
Les écoles publiques au Qatar sont gratuites pour tous les citoyens. Les immigrants peuvent être tenus de payer certains frais, mais ceux-ci varient d’une école à l’autre. Les cours sont donnés en arabe standard moderne et d’autres cours sont obligatoires comme l'anglais, les mathématiques, les sciences, les études islamiques, etc. On distingue six ans d'école primaire, trois ans d'école intermédiaire et trois ans d'enseignement général secondaire.
L'article 5 de la Loi sur la protection de la langue arabe (2019) énonce que «la langue arabe est la langue d'enseignement dans les établissements d'enseignement publics» et que celle-ci est obligatoire en tant que «matière principale indépendante» dans les établissements privés:
| Article 5
La langue arabe est la langue d'enseignement dans les établissements d'enseignement publics, à moins que la nature de certains programmes ne nécessite leur enseignement dans une autre langue, tel que déterminé par le ministère de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur.
Les établissements d'enseignement privés sont tenus d'enseigner l'arabe en tant que matière principale indépendante dans leurs programmes, dans les cas et selon les règles et règlements fixés par le ministère de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur. |
Les écoles publiques (plus d'une centaine) offrent une instruction gratuitement pour les enfants des résidants non qataris qui travaillent pour le secteur public. L'anglais est introduit dans les deux dernières années du primaire, mais il est surtout appris dans les écoles préparatoires et au secondaire. Dans l’enseignement secondaire qatarien, le français demeure une option possible pour les élèves de la filière Lettres où il est enseigné pendant les deux dernières années du secondaire.
- Les écoles privées
Avec la diversité de sa population, les écoles privées au Qatar offrent un large éventail de programmes d’études pour répondre aux besoins des élèves et des familles. Ces écoles proposent des programmes divers offerts en arabe qatari, en anglais britannique ou américain, en français, en allemand, en hindi, en philippin, etc. Il existe des écoles privées réservées aux filles et aux garçons. Ces écoles exigent des frais de scolarité.
Les écoles privées sont destinées aussi bien aux étrangers occidentaux qu'aux différentes communautés arabes comme les Libanais, les Jordaniens, les Soudanais, etc., ou aux Indo-Pakistanais. Dans ces écoles, la langue d'enseignement est l'anglais, l'ourdou, le français, etc. Le ministère de l'Éducation soutient l'éducation privée en fournissant des écoles avec les manuels, la papeterie, la sécurité sociale, l'électricité et l'eau gratuitement, ainsi qu'un directeur ou une directrice d'origine qatarie, sans oublier un enseignant pour chacune des maternelles. À la suite de ce soutien, les écoles privées sont devenues très populaires. Ces écoles reçoivent de l'aide financière du gouvernement, mais pas suffisamment pour couvrir toutes les dépenses; elles exigent donc des frais de scolarité.
Un sondage en ligne réalisé il y a quelques années par le journal arabe Al Raya révélait que 90 % des répondants affirmaient qu'ils ne sentaient pas que l'arabe avait été utilisé correctement dans les établissements publics, les écoles et les universités. Environ 85 % des répondants croyaient que les établissements d'enseignement avaient échoué à adopter l'arabe comme langue officielle.
- Les écoles internationales
Ce sont généralement des écoles bilingues situées à Doha. La plupart sont américaines ou britanniques et donnent leurs cours en anglais, bien que des cours d'arabe langue seconde soient offerts. D’autres établissements d'enseignement proposent un enseignement couvrant le français, notamment ceux gérés par l’Agence pour l'enseignement français à l'étranger (AEFE): le lycée Bonaparte Doha (enseignement multilingue couvrant le français, l’anglais, l’arabe, l’espagnol et le latin), le Lycée franco-qatarien Voltaire (programme en langue française avec deux sciences en anglais en plus de l’enseignement de la langue arabe et de la religion), l'École internationale Charlemagne. Les écoles internationales au Qatar peuvent représenter une dépense importante, car les frais de scolarité sont élevés.
- Les écoles religieuses
Au Qatar, au-delà des écoles publiques, privées, bilingues et internationales, il existe un réseau d’établissements et de centres à orientation religieuse. Ces établissements combinent souvent l'enseignement des disciplines avec l'éducation religieuse. Ils s’adressent tant aux familles qataries qu’aux immigrants souhaitant que leurs enfants reçoivent une formation conforme à leurs convictions religieuses.
- Les études supérieures
Le système universitaire a commencé en 1973 avec deux facultés, une pour les hommes et une pour les femmes. Quelques années plus tard, des facultés en sciences humaines, en études sociales, en études islamiques et en sciences ont été ajoutées et l'Université du Qatar a été fondée. Cette université a continué à s'étendre depuis et occupe maintenant un grand campus juste à l'extérieur de Doha. La cité universitaire est divisée dans deux sections, une pour les hommes et une pour les femmes; chacune des sections bénéficie de ses propres salles de cours, ses laboratoires et différents autres équipements. Le Collège de technologie a suivi; il constitue l'un des éléments d'un projet grandiose du Qatar visant la création d'une «cité de l'éducation» dans la capitale, qui rassemblerait l'élite de l'expertise mondiale. D'ailleurs, la Cornell University School of Medicine de New York y a établi un campus satellite; cet institut médical offre à ses étudiants les mêmes diplômes «Ivy League» qu'elle décerne à New York.
L'article 6 de la Loi sur la protection de la langue arabe énonce que les universités d'État et les établissements d'enseignement supérieur sont tenus d'enseigner en langue arabe:
| Article 6
Les universités d'État et les établissements d'enseignement supérieur sont tenus d'enseigner en langue arabe, à moins que la nature de certains programmes universitaires nécessite un enseignement dans une autre langue, comme il doit être décidé, selon le cas, par le conseil d'administration de l'université ou le ministère de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur. |
L'article 7 de la même loi rend obligatoire l'usage de l'arabe dans la recherche scientifique:
| Article 7
La recherche scientifique financée par des agences gouvernementales et non gouvernementales doit être publiée en langue arabe et peut être publiée dans d'autres langues à la condition que le chercheur, dans ce cas, soumette un résumé de la recherche en arabe. |
Le Décret ministériel n° 35 sur la création des départements au sein des unités administratives du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur et attribuant leurs compétences (2019) présente les départements suivants:
Article 22
Le département d’orientation scolaire comprend les départements suivants :
1- Département d’éducation islamique 2- Département de langue arabe 3- Département de mathématiques 4- Département de sciences 5- Département d’anglais 6- Département d’histoire-géographie 7- Département d’informatique 8- Département d’éducation physique et sportive 9- Département des arts et du théâtre 10- Service de conseil pédagogique |
Les langues d'enseignement sont l'arabe standard moderne et l'anglais. En général, l'arabe standard est la langue d'enseignement dans les domaines de l'éducation, des arts et des sciences sociales; l'anglais est la langue d'enseignement dans les sciences naturelles, de la pétrochimie et des affaires. Le Qatar possède un Institut des langues à Doha, qui est chargé de la formation continue des employés du gouvernement afin d'améliorer leurs standards en arabe, en anglais et en français. Les candidats doivent avoir suivi avant leur inscription à l'Institut un minimum de trois années d'étude de langue arabe.
Le Décret-loi n° 34 réglementant l'Université du Qatar (2004) met l'accent sur l'identité arabe:
| Article 2
L'université vise à enrichir le mouvement culturel et scientifique de la société qatarienne et à le faire progresser culturellement, tout en préservant ses éléments arabes authentiques et son ancien patrimoine culturel islamique, en diffusant et en développant les connaissances, en contribuant à l'avancement de la pensée, à l'avancement de la science et au développement des valeurs humaines, en fournissant au pays des spécialistes, des techniciens et des experts dans divers domaines, en préparant des personnes dotées de connaissances et de méthodes de recherche avancées et en renforçant les liens culturels et scientifiques avec d'autres universités et organismes scientifiques arabes, étrangers et internationaux. |
Par ailleurs, le Décret ministériel n° 40 du ministre de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur, portant application de la loi n° 23 de 2015 sur la réglementation des établissements d'enseignement privés (2017) laisse entendre que les contrats de travail doivent être en arabe:
Article 23
La relation entre l'établissement titulaire de la licence ou son représentant et le salarié est régie par un contrat de travail.
Ce contrat de travail doit être rédigé en arabe comme langue principale, en plus de toute autre langue, pour une durée d'un an, débutant au début de l'année scolaire et se terminant au début de l'année scolaire suivante, vacances d'été comprises.
Le contrat doit préciser la nature du travail effectué par le salarié, son salaire mensuel, ainsi que tous ses droits et obligations. |
Sauf que l'anglais est partout autorisé. Beaucoup de Qatariens trouvent inacceptable que l'arabe soit constamment devancé par l'anglais parce que tel est la situation. La véritable question qui semble se poser aux Qataris, c'est de trouver des moyens de vivre en harmonie avec la mondialisation tout en maintenant leur langue et leur identité. Cependant, aucun texte de loi ne précise de quel arabe il s'agit quand on parle de «la langue et de l'identité des Qatariens»: de l'arabe qatari, de l'arabe classique ou de l'arabe moderne standard? Cette ambiguïté est voulue, car elle empêche de prendre position sur une question aussi controversée non seulement au Qatar, mais dans tout le monde arabe.
4.3 Les médias
L'État du Qatar a une politique linguistique plutôt libérale à l'égard des langues dans les médias. En réalité, il n'existe aucune obligation. Certains journaux sont rédigés en arabe standard (Al-Raya, Al-Watan, Al-Sharq, Al-Arab), d'autres sont en anglais (Gulf Times et The Peninsula). L'article 11 de la Loi n° 8 sur les publications et l'édition (1979) déclare qu'un journaliste doit maîtriser parfaitement la langue arabe ou la langue dans laquelle la publication de presse est publiée si elle est publiée dans une langue étrangère:
| Article 11
Un journaliste doit satisfaire à toutes les conditions stipulées à l'article 9, ainsi qu'aux conditions suivantes :
a) Il doit maîtriser parfaitement la langue arabe ou la langue dans laquelle la publication de presse est publiée si elle est publiée dans une langue étrangère. b) Il ne doit pas être associé à un travail dans un pays étranger.
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- Les médias électroniques
Dans les médias électroniques, QBS (Qatar Radio Service) et ses stations locales diffusent en arabe du Golfe et en arabe standard. QBS diffuse également trois heures quotidiennes d’informations et de programmes de divertissement en anglais et en français. La station de Doha est composée d’une dizaine de rédacteurs et d’animateurs, dont un Américain, un Français, un Algérien, un Béninois, un Égyptien, un Qatarien et un Tunisien. En ce qui a trait à la télévision, Qatar Television One diffuse en arabe classique au canal 9 et au canal 11; Qatar Television Two (canal 37) diffuse en anglais de la fin d'après-midi jusqu'à minuit, ainsi qu'un hebdomadaire en français le lundi (vers 18 h 45). Les abonnés de Qatar Cable Vision peuvent également suivre les programmes de TV5 Orient sur le canal 74. Cette chaîne informe en permanence et propose des œuvres (françaises, suisses, belges et canadiennes) audiovisuelles en langue française, de même que des émissions de divertissement adaptées aux attentes des téléspectateurs francophones et francophiles du Proche-Orient. Il faut aussi mentionner Radio Monte-Carlo Moyen-Orient (en FM.593.4) qui diffuse en arabe classique, puis des bulletins d'informations en anglais et en français, trois fois par jour.
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Enfin, la célèbre chaîne de télévision Al-Jazira (ou Aljazeera), basée à Doha, est maintenant connue dans le monde entier. Elle est la première chaîne d’informations en continu du monde arabe, diffusée via satellite et regardée par près de quarante-cinq millions d’Arabes dans le monde. Le président du Conseil d’administration d’Al-Jazira est un membre de la famille royale et, bien que la chaîne soit entièrement financée par l’État du Qatar, Al-Jazira ne constitue pas la voix du gouvernement. Vitrine du monde arabe, la chaîne Al-Jazira traite des événements du monde, d’un point de vue arabe. Une soixantaine de journalistes, des correspondants dans le monde entier, chrétiens et musulmans, y travaillent.
Al-Jazira prône ainsi un monde arabe réunifié. Elle diffuse en langue arabe standard depuis sa fondation en 1996, ainsi que des bulletins en anglais. Cependant, en date du 15 novembre 2006, la chaîne Al-Jazira lançait une chaîne en anglais pour partir à la conquête du monde anglophone. Le nouveau réseau devrait être capté par au moins 40 millions de foyers, la plupart à l'extérieur de l'Amérique du Nord et de l'Europe. |
Les États-Unis voudraient bien faire taire Al-Jazira, car ils n'admettent pas que la chaîne arabe présente les événements d'une autre façon que la leur. Les dirigeants américains n'ont certainement pas vu d'un bon œil l'apparition de la chaîne en anglais, une autre façon «de répandre le Mal». Dans un monde arabe dans lequel le contexte médiatique se caractérise par le conformisme, Al-Jazira semble l’exception qui confirme la règle. Pour bien des journalistes, Al-Jazira demeure sans conteste une «ouverture» démocratique. Il n'est pas surprenant que la chaîne ait suscité, depuis sa création en 1996, de l'engouement dans tout le monde arabe. Le problème, c'est que les États-Unis sont contre les démocraties dans le monde arabe; ils préfèrent des régimes qui contrôlent fortement la situation du pays en adoptant la «vision américaine». Quoi qu'il en soit, l'attitude du Qatar en cette matière lui fait honneur, surtout que, dans la plupart des pays arabes, c'est le silence... de peur de prendre position contre les dictatures arabes, les États-Unis et les fondamentalistes musulmans. Il n'en demeure pas moins que, à cause d'Al-Jazira, le minuscule État du Qatar, avec ses 800 000 habitants, jouit d'une influence gigantesque, hors du commun. Grâce au vaste auditoire de la chaîne Al Jazira, l’émirat du Qatar s’est fait le chantre des révolutions et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Al-Jazira dérange!
4.4 La Francophonie
Le Qatar est membre associé de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF) depuis le 13 octobre 2012. Cette entrée du Qatar a fait grincer des dents; certains participants se sont aussi inquiétés de l'ambition de ce pays de développer davantage son influence en Afrique de l'Ouest musulmane et surtout de sa propension à financer des écoles religieuses prenant parfois la place d'écoles en langue française. Le Qatar a fait valoir qu'il accueillait de nombreux expatriés francophones et qu'une radio publique de langue française avait été financée au Qatar, selon une source informée des négociations. Enfin, d'autres commentateurs reprochent à l'OIF de perdre sa spécificité en intégrant des pays qui ne sont pas considérés comme francophones.
Outre l'anglais, certaines écoles privées assurent l’enseignement du français comme seconde langue ou étrangère; c’est le cas des établissements tunisien, libanais, anglais, égyptien, américain, indien et de l'académie du Qatar (Qatar Academy). Depuis son entrée dans la Francophonie en octobre 2012, l'émirat wahhabite s'est intéressé de près au programme du lycée franco-qatarien Voltaire de Doha; le gouvernement qatari aurait interdit un livre d'histoire religieuse qui parlait de la chrétienté au Moyen Âge et a remplacé un manuel d'enseignement de l'arabe par un ouvrage mêlant l'apprentissage de la langue et de la religion. La Mission laïque française, qui gère cet établissement, s’étant plainte auprès des autorités françaises, fut forcée de quitter le Qatar à la fin du mois de décembre 2012. En réalité, le différend qui oppose les Qataris à la Mission laïque française semble strictement financier; celle-ci aurait utilisé les fonds du lycée pour financer, à l'insu de ses partenaires locaux trois autres lycées, dont un en Irak et deux en Afghanistan.
Dans les faits, l'État qatari a plutôt exigé du lycée Voltaire que l'enseignement de l'histoire du Qatar soit offert et que l'apprentissage de la langue arabe destiné aux élèves (40% d'entre eux) dont c'est la langue maternelle soit conforme au programme de l'Éducation nationale du Qatar. Par ailleurs, le Qatar ne semble pas s'arrêter en si bon chemin; il veut financer des établissements du type du lycée Voltaire dans le Golfe et en Afrique, avec l'ambition d’aider «à la sauvegarde et à l’expansion de la langue française» et de «devenir le pôle de la Francophonie régionale». Ce sont là de beaux projets !

La politique linguistique de l'État du Qatar est celle d'un bilinguisme anglo-arabe, ce qui n'empêche nullement la diglossie entre l'arabe vernaculaire (arabe qatari ou arabe du Golfe) et l'arabe standard, l'arabe coranique étant évacué et réservé aux activités religieuses. Il n'existe pas, au sens juridique du terme, de minorités linguistiques au Qatar, sauf religieuses. Les arabophones doivent parler l'arabe; les autres, l'anglais. La notion de minorité linguistique n'existe pas parce que les autres langues sont considérées comme des langues immigrantes, donc ignorées, comme c'est le cas d'ailleurs dans la plupart des pays du monde.
En réalité, le Qatar compose avec le bilinguisme arabo-anglais afin de permettre une meilleure harmonisation entre les nombreux travailleurs étrangers. Dans les affaires de l'État, c'est la valorisation de la langue officielle (l'arabe standard) et le maintien de l'arabe qatari ou de l'arabe du Golfe dans les communications informelles. Toutefois, dans les écoles privées et dans les médias, c'est la non-intervention et le multilinguisme qui règnent, avec une prédominance pour l'anglais. Depuis quelques années, le Qatar semble aussi s'intéresser à l'enseignement du français afin d'exercer un timide contrepoids à l'anglais. En somme, le Qatar semble éprouver certaines difficultés à se débarrasser du colonialisme linguistique qu'il a hérité de la Grande-Bretagne et qui perdure avec la mainmise de l'économie américaine. Quoi qu'il en soit, le Qatar a adopté la Loi sur la protection de la langue arabe en 2019, ce qui oblige en principe l'emploi de l'arabe sans nécessairement interdire une autre langue. Cette nouvelle politique linguistique devait redonner à la langue arabe un traitement plus approprié à la population arabophone, mais l'acceptation de la concurrence de l'anglais par les autorités qataries exerce un contrepoids inévitable à la promotion de l'arabe. Ce sera toujours difficile de promouvoir à la fois l'arabe et l'anglais parce que la situation globale n'est pas égalitaire, surtout que la législation linguistique n'est pas toujours appliquée, ce qui menace potentiellement la vitalité de la langue arabe et de la langue vernaculaire locale, le qatari.
Dernière mise à jour: 20 avr. 2026
Bibliographie
KHOURY, Enver. The United Arab Emirates: Its Political System and Politics, Hyattsville (Maryland), Institute of Middle Eastern and North African Affairs, 1980.
NIBLOCK, Tim. Social and Economic Development in the Arab Gulf, Londres, Éditions Croom Helm, 1980.
PECK, Malcolm C. The United Arab Emirates: A Venture in Unity, Boulder (Colorado), Éditions Westview Press, 1986.
PETERSON, John E. The Arab Gulf States: Steps Toward Political Participation, New York, Éditions Praeger, 1988.
THUAL, François. Abrégé de géopolitique du Golfe, Paris, Éditions Ellipses, 1997. |