L'Empire mongol

 De 1206 à 1243-1294

1. L'apport de Gengis Khan

L'Empire mongol, fondé au XIIIe siècle par Gengis Khan (1155-1227), fut le plus grand empire jamais connu dans l'Histoire. À son apogée, à la fin du XIIIe siècle, l'Empire mongol s'étendait de la Turquie actuelle jusqu'à l'océan Pacifique et de Moscou jusqu'au nord de l'Inde en incluant la Chine et la Sibérie (Russie). Puis les successeurs de Gengis Khan complétèrent les conquêtes de la Chine, de l'Iran, de l'Irak, de la Syrie, de la Turquie et de l'Europe orientale. À cette époque, l'Empire mongol couvrait environ 33 millions de kilomètres carrés.

Les langues en usage étaient principalement des langues mongoles, turques, chinoises ainsi que le persan. Il s'agit bien de plusieurs langues mongoles, turques ou chinoises, car ces langues n'étaient pas uniformisées. Connue sous le nom de «mongol classique» ou «mongol littéraire», la langue écrite représente généralement la langue telle qu'elle était parlée à la cour de Gengis Khan. N'oublions pas que les Mongols ont gouverné la Chine pendant une centaine d'années!

2. L'écriture mongole

Gengis Khan, qui ne savait ni lire ni écrire, a compris qu'il ne pouvait pas diriger son immense empire sur la seule langue parlée, car le grand nombre de peuples impliquait un grand nombre de langues. Il a dû trouver des scribes qui pouvaient transcrire les sons de la variété mongole que lui-même et sa cour parlaient pour en codifier une écriture. Cependant, les scribes n'ont rien inventé: ils ont empruntée aux Ouïghours leur écriture qu'il fallut modifier pour l'adapter au mongol. Ils l'ont retournée verticalement et l'ont fait lire de gauche à droite, de haut en bas. L'apport de Gengis Khan est donc crucial pour la langue mongole, notamment parce que celui-ci fut celui qui a introduit une écriture dans la langue, puisqu'avant lui il n'existait pas de version écrite de la langue. Les Mongols du XIIIe siècle ont eu recours à l'écriture ouïghoure qu'ils avaient eux-mêmes empruntés à l'alphabet syriaque, elle-même dérivée de l'alphabet araméen. 

À cette époque, la majorité de la population de la steppe eurasienne parlait des langues turques. Les langues turques et les langues mongoles font partie de la famille altaïque, ce qui signifie que le turc et le mongol ont déjà eu à l'origine une structure similaire.

3. Le poids des langues turques

Il faut savoir que les troupes qui composaient les armées mongoles parlaient majoritairement une langue turque, alors que les commandants étaient probablement-de langue maternelle mongole. En s’aventurant vers l’est, les armées mongoles furent de plus en plus confrontées avec des populations turcophones qui peuplaient ces régions. L'afflux de nouveaux locuteurs turcs, sans oublier le prestige que cette langue avait acquis dans l'Empire, rendait l’usage du turc plus courant. De nombreuses tribus turques, déjà présentes sur le chemin de l'Empire en expansion, s'enfuirent vers d'autres régions occidentales, surtout en Anatolie. La turquification de ces terres s'accéléra pendant et après la période mongole, et certains États importants furent fondés par ces migrants et leurs descendants.

Ainsi, la langue mongole a favorisé davantage l'expansion des langues turques que des langues mongoles elles-mêmes. À cette époque, les langues n'étaient pas toutes encore unifiées, car les variétés dialectales prédominaient. Cette situation n'exclut pas le fait que les langues mongoles aient pu exercer une certaine influence sur les autres langues parlées par les populations de l'Empire mongol. En Asie centrale (Kazakhstan, Kirghizistan, Ouzbékistan, Tadjikistan) etc.) et au Proche-Orient, des emprunts lexicaux existaient, mais il est souvent difficile d'affirmer s'ils proviennent directement du mongol ou d'une langue turque. Les historiens croient que l'influence du mongol fut beaucoup plus importante dans la partie chinoise de l'Empire que dans les autres régions. Cependant, contrairement à l'Empire romain qui a duré 500 ans, l'Empire mongol n'aura pas vécu un siècle, ce qui explique aussi son influence modeste.

4. L'évolution de la langue mongole

Bien sûr, la langue mongole khalkha employée aujourd'hui est très différente du mongol employé par la cour de  Gengis Khan. En 1567, le traducteur et érudit Ayuush Güüsh ajouta des lettres supplémentaires à l'écriture mongole traditionnelle pour permettre d'écrire des emprunts au tibétain, au sanskrit et au chinois dans les textes mongols.

À la fin du XVII
e siècle, un moine et érudit mongol appelé Bogdo Zanabazar a créé une nouvelle écriture pour le mongol appelé Soyombo, qui pouvait également être utilisé pour écrire le chinois et le sanskrit. Il a été principalement utilisé pour les traductions mongoles de textes bouddhistes et dans les inscriptions des temples. Des traducteurs sont aujourd'hui toujours nécessaires !

En février 1941, le gouvernement mongol a aboli l'écriture mongole traditionnelle; du 1
er février au 25 janvier 1941, le mongol a été écrit avec une version de l'alphabet latin. Depuis la période soviétique, les Mongols utilisent un alphabet cyrillique modifié. Les raisons officielles de l'abandon de l'alphabet latin étaient que le système d'orthographe utilisé ne respectait pas très bien les phonèmes du mongol, mais en réalité la décision de passer à l'alphabet cyrillique pourrait bien être politique.

Depuis 1994, des efforts ont été déployés pour réintroduire l'écriture mongole traditionnelle et elle est maintenant enseignée dans une certaine mesure dans les écoles, bien qu'elle soit principalement utilisée à des fins «décoratives» par des artistes, des designers, des calligraphes et des poètes. La plupart des citoyens mongols d'aujourd'hui ne connaissent que fort peu ou pas du tout l'écriture mongole traditionnelle, bien qu'il y ait un niveau élevé d'alphabétisation en cyrillique.

Si seulement 3,2 millions de locuteurs parlent aujourd'hui le mongol, entre 150 et 180 millions de locuteurs parlent une langue turcique de la famille altaïque, dont le turc (75 millions), l'azéri (25 millions), l'ouzbek (15 millions), le kazakh (12 millions), l'ouïgour (10 millions), le tatar (7 millions), le turkmène (7 millions), le kirghiz (4 millions), le bachkir (2 millions), etc.

Dernière mise à jour: 29 nov. 2021

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