Les langues berbères

Le mot berbère est dérivé du grec barbaroi et retenu par les Romains dans barbarus, puis récupéré par les Arabes en barbar et enfin par les Français avec berbère et les Anglais avec Berber. Ce terme désignait avant tout les «gens dont on ne comprend pas la langue», c'est-à-dire les étrangers. Par extension, le mot a fini par signifier «sauvage» ou «non-civilisé». C'est pourquoi les Berbères se désignent eux-mêmes par le terme Imazighen (au pluriel); au singulier, c'est le terme Amazigh qui est employé. Le mot tamazight désigne leur langue (berbère), mais on écrit aussi «langue amazighe»; le mot Tamazgha désigne le territoire auquel ils appartiennent (la Berbérie). Le mot Amazigh signifie «homme noble» ou «homme libre». 

1. La classification des langues berbères

De façon générale, quand un locuteur parle le tamazight, le rifain ou le kabyle, on dit qu'il parle le berbère. On devrait plutôt dire qu'il parle une «langue berbère» et non le berbère parce qu'il y en a plusieurs. Techniquement, affirmer qu'un locuteur parle le berbère, c'est comme laisser entendre qu'un Français parle le roman, c'est-à-dire une langue romane, car le mot berbère désigne une branche de langues appartenant à la famille afro-asiatique (appelée aussi ''chamito-sémitique''). La figure ci-contre illustre les principales branches des langues afro-asiatiques: chamite (3 langues), sémitique (73 langues), berbère (29 langues) et couchitique (47 langues), auxquelles pourrait-on ajouter les langues tchadiques (192 langues) et omotiques (28 langues).

Or, aucun locuteur ne parle le chamite, le sémitique ni le berbère, puisqu'il s'exprime dans l'une des composantes de chacun des groupes linguistiques. Ce peut être l'arabe, l'hébreu ou le tamazight, qui sont toutes des langues sémitiques. On emploie donc à tort l'expression «le berbère» pour désigner une langue en particulier, comme s'il y en avait qu'une seule. Pire, on les qualifie souvent de «dialectes» pour leur dénier leur fonction de «langue». En fait, classer les langues berbères et les arabes vernaculaires comme des «dialectes», alors que ce sont des langues comme l'arabe standard et le français ou l'anglais, c'est leur refuser d'être des «langues» parce qu'elles n'ont pas bénéficié du «statut de langue officielle» ou de «langue nationale», à l'intérieur d'un pays.  

2. L'origine des langues berbères

La carte ci-dessous illustre les langues employées dans cette région du monde il y a 5000 ans avant notre ère. Il s'agit là de très vieilles langues par comparaison à l'anglais ou au français. On a raison de mentionner le grec ancien, le persan et l'arménien dans les langues indo-européennes, mais on n'évoque que rarement des langues tout aussi anciennes, telles les langues berbères. La reconstruction du proto-berbère n’est pas très avancée, mais certains points de différences entre le proto-berbère et les parlers actuels sont déjà assez clairs.

Il faut comprendre que si le phénicien, l'araméen, l'arabe et l'hébreu sont des langues du groupe sémitique, le tamazight, le kabyle, le tachelhit (ou chleuh ou soussi), le tamasheq, le tamajaq, le siwi, le rifain, le jerba, etc., font partie du groupe berbère parmi les langues afro-asiatiques.

L'origine des langues berbères relève donc de la plus haute Antiquité au même titre que l'ancien égyptien. Dans l’Antiquité, le libico-berbère, également connu sous le nom de ''berbère ancien'' ou ''libyque'', fut employé par les populations libyennes en Libye antique; cette langue libyque fut contemporaine, pour la Méditerranée occidentale, de l’ibère, du basque, du celte, de l’étrusque et d’autres langues de la péninsule italienne (ligure, osque, latin, ombrien, etc.), ainsi que pour le Proche-Orient, du cananéen (phénicien, hébreu), de l’araméen, l’assyro-akkadien, du paléo-arabe, etc.

Les langues berbères étaient parlées dans toute l'Afrique du Nord, dans ce qui est aujourd'hui le Sahara occidental, le Maroc, l'Algérie, la Tunisie, la Libye, l'Égypte, la Mauritanie, le Mali et le Niger. 

Les langues berbères couvraient à l’origine l’ensemble de l’Afrique du Nord et du Sahara. Elles sont devenues partout minoritaires — par conséquent en grande partie menacées — à la suite d’un lent processus d’arabisation de l’Afrique du Nord, une conséquence de la conquête arabo-islamique au cours des VIIe et XVIIIe siècles, puis de
l’arrivée de populations arabes nomades venues du Moyen-Orient (XIe siècle).

3. La répartition des langues berbères

La carte ci-contre montre bien le résultat des conquêtes arabes sur la berbérophonie en Afrique du Nord. Bien qu'on puisse compter une trentaine de langues berbères, elles ne forment plus un continuum géographique comme il y a des centaines d'années avant le VIIe siècle.

 Aujourd'hui, les langues berbères sont fragmentées à l'intérieur d'un même pays, à l'exception du Maroc où la proximité de proche en proche s'est relativement maintenue.  

C'est donc la principale caractéristique des langues berbères :le morcellement de la langue en un grand nombre de parlers distincts, et ce, pour plusieurs raisons dont les suivantes :

1) Les berbérophones sont répartis dans de vastes étendues géographiques morcelées entre elles, sans contact.
2) Au point de vue historique, les Berbères ont dû subir de multiples invasions qui les ont dispersés dans des États différents.
3) Les Berbères n'ont jamais pu constituer d'État berbère depuis la conquête arabe au Maghreb. 

Le tableau suivant présente les langues berbères par pays et en fonction de la population totale des berbérophones:

Pays

Maroc Algérie Tunisie Libye Égypte Niger Mauritanie Mali
Appellation courante amazigh kabyle tamazigh tamacheq siwi amazight tamacheq tamajaq
Variétés
linguistiques
tachelhit
tamazight
tamazight de l'Atlas
tarifit
rifain
ghomara
senhaja
judéo-berbère
kabyle
chaoui
chenoui
tamazight
tachawit
tumzabt
taznatit
tidikelt
séned
nafoussi
taznatit
ghadamès
 

zénète
ghadamès
nafoussi

siwi

 

tetseret
tamajeq
tahggar

tamacheq

 

tamajaq
tamasheq

 

Population 15-20 millions

12-15 millions

100 000 220 000 27 000 720 000 145 000 1,1 million

Le Maroc et l'Algérie sont les principaux États berbérophones. Il n'y a pas de chiffres officiels précis concernant le nombre de berbérophones dans le monde, mais on estime qu'il existe entre 40 et 60 millions de locuteurs des langues berbères, principalement au Maghreb. D'autres sources estiment que le nombre de berbérophones dépasserait à peine 30 millions. En raison de l'absence de recensements linguistiques fiables, ces chiffres peuvent varier, mais ils démontrent que ces millions de berbérophones ne se sont pas tous arabisés au point de changer de langue maternelle. Par conséquent,  si tous les Berbères se sont islamisés, ils ne se sont pas tous arabisés.

4. La classification des langues

Il n'est pas aisé de classer les 28 ou 29 langues berbères, mais Ethnologue les présente ainsi en trois groupes principaux :

C'est le groupe berbère septentrional qui compte le plus de langues en Algérie, au Maroc, en Libye et en Tunisie. Le guanche est une langue éteinte en raison de l'hispanisation; il était parlé dans les îles Canaries. Ce sont les seuls indigènes qui vivaient dans ces îles et ce sont les seuls Berbères à ne pas avoir été islamisés. Leur civilisation a disparue, mais a laissé des traces dans la culture canarienne et quelques vestiges.

Dans cette classification des 28 ou 29 langues berbères, on peut plus parler d'une langue berbère, car il y en a 28 de vivantes. On emploie donc le terme «berbère» pour désigner l'ensemble linguistique berbère, mais souvent pour désigner n'importe quelle langue berbère, peu importe laquelle. Ainsi, affirmer qu'un individu parle le berbère, ce n'est pas faux, mais c'est aussi incomplet. C'est un peu comme confondre l'espagnol, le catalan et le portugais, trois langues romanes.

5. La diversité des langues berbères

Les langues berbères sont diversifiées, avec des variations phonétiques et lexicales; elles sont souvent parlées dans des régions où les langues plus favorisées ont tendance à dominer. Mais l'intercompréhension entre les langues berbères est une réalité concrète, principalement entre parlers voisins, grâce à une structure linguistique commune. En dépit des variations importantes entre les langues, l'intercompréhension peut être aisée si les distances géographiques sont peu importantes. Par exemple, un locuteur du siwi en Égypte ne pourra que difficilement communiquer avec un Touareg du Niger.

- La distance géographique

Certaines variétés périphériques, comme le zénaga (Mauritanie) ou le siwi (Égypte), sont très distinctes et présentent une intercompréhension plus faible avec les parlers maghrébins. Néanmoins, l'intercompréhension reste élevée pour les échanges de base, malgré les séparations géographiques, grâce à un vocabulaire et une grammaire fondamentale partagés. En fait, seuls le touareg et les parlers les plus périphériques (Libye, Égypte et Mauritanie) présentent un ensemble de caractéristiques linguistiques spécifiques qui pourraient justifier qu'on les considère comme des systèmes autonomes, et donc comme des «langues» particulières. Encore qu'il s'agisse, le plus souvent, davantage de modalités particulières de réalisation que de véritables différences structurales. Dans les faits, chaque groupe emploie son ou ses parlers locaux qui ne sont guère employés que pour la communication intra-régionale. De plus, il n'a jamais existé dans le monde berbère d'instance de normalisation et d'unification de la langue : il n'y a pas de norme instituée de la langue berbère, même pour les usages littéraires.

Par conséquent, dans la vie des langues berbères, il n'existe pas à proprement parler une langue berbère, car celle-ci ne se présente que sous la forme de parlers locaux dont l'intercompréhension aisée n'est pas absolument garantie. La dispersion des locuteurs sur un espace immense, leur appartenance à des États généralement peu disposés à promouvoir le berbère — sauf le Maroc et l'Algérie, après maintes pressions —, l'absence d'un vrai support culturel, voire religieux, et surtout la concurrence de langues plus favorisées, habituellement l'arabe ou le français, sinon les deux. De plus, les berbérophones ne sont pas toujours équipés ni aidés à faire valoir leurs droits. Depuis les années 1960, des mouvements se sont  développés pour défendre l'identité et la langue berbères, désormais dégagées de toute compromission avec les anciens colonisateurs. Des associations de militants ont surgi, d'abord chez les immigrants, puis en Afrique où le berbère est maintenant reconnu comme langue co-officielle (Maroc, Algérie et Mali), langue nationale (Niger) ou langue régionale (Libye).

- Les alphabets

Il faut mentionner un autre aspect de la diversification, celui des alphabets. Les berbérophones utilisent une écriture particulière, le tifinagh,  pour transcrire leur langue tout en recourant aussi à l'alphabet latin et à l'alphabet arabe. Ce n'est pas simple, car les berbérophones font usage de trois alphabets: l'alphabet tifinagh, l'alphabet latin et l'alphabet arabe. Alors que la Kabylie algérienne a opté, depuis longtemps, pour l'alphabet latin, la région des Aurès au nord-est de l'Algérie, celle des Chaouis, utilise les caractères arabes, mais les Touaregs du Sud préfèrent les tifinaghs.

Or, pour beaucoup d'arabophones islamistes, l'alphabet latin, qui a la fâcheuse coïncidence de ressembler au français, peut paraître comme un insulte au caractère officiellement arabo-musulman du pays. Ce sont eux qui ont réussi à influencer les Chaouis d'opter pour l'alphabet arabe.

L’alphabet tifinagh comporte 33 lettres et ne représente aucune des données phonétiques d’aucune langue berbère en particulier, car il est conçu pour écrire un berbère standard.
 

La particularité de cet alphabet est de neutraliser dans la langue écrite les traits phonétiques à caractère particulier, bien que cet alphabet sert avant tout à transcrire le tamazight parlé au Maroc. Le sens de la lecture et l’écriture tifinaghe est orienté vers la droite.

Toutefois, le tifinagh ne fait pas l'unanimité chez les berbérophones, une écriture à base d'alphabet libyque, l'alphabet employé par les Berbères jusqu'à l'Antiquité tardive en Afrique du Nord. L'alphabet néo-tifinagh est adopté officiellement par le Maroc comme alphabet de l'amazigh standard marocain, langue officielle du pays depuis 2011 à côté de l'arabe. Il est aussi employé chez les Berbères du Nord-Ouest libyen pour transcrire leur langue. L'Algérie, qui a introduit le tamazight dans la Constitution en 2002 comme «langue nationale» et l'a officialisé en 2016, laisse utiliser le néo-tifinagh, l’alphabet latin et l'alphabet arabe.

L'Association Tamazgha lutte pour la reconnaissance des droits identitaires, linguistiques, politiques et sociaux des berbérophones de tous les pays. Ainsi, l'Association tamazgha accuse l’Institut royal de la culture amazighe (IRCAM) du Maroc de «complot visant à freiner l'usage de la graphie gréco-latine largement diffusée». Il s'agirait d'une «stratégie pour propulser l'usage de la graphie arabe, en vue de l'imposer par l'usage». Dans un contexte où l'arabisation est une affaire d'État et où le tamazight a longtemps été combattu par l'État marocain, l'usage de la graphie arabe jouerait en faveur de l'arabisation. Pour l'Association Tamazgha, il ne faudrait pas voir dans l'adoption de la graphie tifinaghe un geste en faveur du tamazight. Rappelons que l'écriture tifinaghe est vieille de 3000 ans et qu'elle a été utilisée à des fins décoratives et artistiques en Égypte, au Niger, au Mali, au Burkina Faso et aux îles Canaries. Néanmoins, le tifinagh se généralise et est de plus en plus employé dans la signalisation et les agences de presse officielle.

- Les mystères de l'orthographe latine

Dans le cas des langues berbères, la question de l'orthographe pour désigner les parlers demeure problématique, car la même langue peut s'écrire différemment une fois en français ou en anglais. L'orthographe des langues est généralement basée sur l'alphabet latin du français ou de l'anglais, à partir d'une transcription de l'alphabet arabe ou tifinagh. Forcément, des différences sont notables dans la façon de désigner les langues. Par exemple, les Chleuhs du Maroc parlent le tachelhit, mais selon les sources on trouve cette langue écrite ainsi: le chleuh, le tachelhit, le tashelhiyt ou le taclḥiyt. Encore au Maroc, les Amazighs parlent en principe le tamazight, ou bien le tamazigh ou encore l'amazigh ou l'amazight. Au féminin, «langue amazighe».  Pour les Berbères, aucune de ces transcriptions n'est correcte. 

6. L'influence des langues concurrentes

Évidemment, depuis plus d’un millénaire, les langues berbères ont été en contact avec l’arabe, puis plus tardivement avec le français, plus rarement avec l'anglais (sauf en Égypte). Le contact prolongé avec l'arabe a entraîné une influence de cette langue sur toutes les variétés berbères, notamment dans la phonologie, la morphologie, la syntaxe et le lexique.

6.1 L'arabisation

Puisque l'arabe n'était partout le même partout, entre le Maroc et l'Égypte, les influences peuvent être diverses d'un pays à l'autre. Nous savons aussi que l’arabe urbain qui était parlé par les locuteurs arabes originaires des anciennes cités arabes orientales était fort différent de l’arabe bédouin parlé par les communautés arabes bédouines qui sont arrivées en Afrique du Nord à partir du XIe siècle. Cela signifie que l'arabe conquérant du VIIIe siècle était différent de celui du XIe siècle. Par conséquent, au fil du temps, le tarifit du Maroc peut avoir pris des formes différentes du nafoussi en Libye; même du nafoussi dans ce pays au nafoussi en Tunisie. Les différences sont dues non seulement aux variations des éléments berbères géographiquement dispersés, mais également à l’influence de plusieurs types d’arabe. Malheureusement, nous ne disposons pas de renseignements sur les types d’arabe introduits en Afrique du Nord depuis le haut Moyen Âge ni sur celles des formes médiévales des variétés berbères d'où proviennent celles de l'Afrique du Nord pour étudier ce processus d'évolution.

Restées à l’écart ou à l’abri de l’influence de l’arabe en raison de plusieurs facteurs, certaines variétés (kabyle, tamazight, tachelhit, senhaja, ghomara, etc.) et celles considérées comme des groupes à part (touareg, zénaga, etc.) n’ont pas été touchées au même degré par ces types de contacts avec les différentes formes d’arabe pendant cette période. Nous savons que des mots proviennent de l'arabe et que d'autres mots ont été partiellement arabisés.  Bref, les différents types de contacts des variétés berbères avec les différents types d’arabe (l'arabe coranique, l'arabe véhiculaire et l'arabe standard moderne) y ont généré des variations importantes qu'on constate aujourd'hui.

À l'intérieur même d'un pays, les berbérophones ne sont que rarement regroupés sur un territoire continu, sauf au Maroc et dans le Sud avec les Touaregs. De façon générale, ils constituent des communautés isolées les unes des autres, sans contact. Pour toutes ces raisons, le berbère est morcelé en différentes variétés, voire des langues quasi différentes. Dans chaque pays, le berbère est influencé par des emprunts et des tournures du pays de résidence: l'arabe algérien en Algérie, l'arabe marocain au Maroc, l'arabe tunisien en Tunisie, l'arabe libyen en Libye, etc. Dans le même pays, comme en Algérie, chacune des variétés porte une appellation différente: kabyle, chaouia, tamazight, hassaniyya, tumzabt, taznatit, etc. Il n'y a donc pas de variété berbère standardisée.

6.2 La dévalorisation sociale

De plus, tous les historiens admettent depuis longtemps que les langues berbères ont été confinées par l’arabisation à un au rôle réducteur de «dialecte», réservé à l’oralité et dépourvu de prestige, face à un arabe conquérant qui accaparait le domaine de l’écrit et des fonctions de communication prestigieuses. Au cours du Moyen Âge, après les conquêtes arabes en Afrique du Nord, les langues berbères se sont appauvries dans leur lexique et leur importance sociale.

En avril 711, un contingent militaire d'environ 12 000 soldats commandés par le gouverneur arabe de Tanger, Tariq ibn Ziyad; cette armée débarqua à Gibraltar pour commencer l'invasion des royaumes chrétiens de l'Hispania ("invasión musulmana"). On a parlé d'une «conquête arabe» parce que musulmane, alors que les soldats étaient pratiquement tous berbères. En réalité, on ne sait pas grand-chose sur le caractère «berbère» des conquérants musulmans, car cet élément est généralement contesté par les Arabes. On parle de conquête arabe, au lieu de conquête berbéro-musulmane ou de conquête musulmane, c'est tout dire.

Ce sont surtout les auteurs berbères modernes, dans le cadre de la renaissance culturelle berbère, qui ont mis ce point de vue de la conquête arabo-berbère en avant-plan. Toutefois, au Moyen Âge, il n'y avait pas encore de statistiques ethniques et, comme c'est l'arabe était la langue de communication, littéraire et religieuse, il est bien difficile de savoir qui était ethniquement berbère ou arabe. Qu'ils soient arabes ou berbères, ces conquérants étaient tous musulmans.

Depuis quelques années, certaines langues berbères ont obtenu un statut reconnu par la loi ou la Constitution. Le berbère est une langue co-officielle au Maroc depuis la Constitution de 2011 et en Algérie depuis la révision constitutionnelle de 2016; au Mali, après le Référendum constitutionnel de 2023, le tamasheq est une langue co-officielle avec les autres langues nationales. Le tamajeq (ou tamacheq) est une langue nationale au Niger et une langue régionale en Libye.

6.3 L'influence française

Plus tard, les langues berbères ont été en contact avec la colonisation française. Dès lors, le français s'est superposé à l'influence de l'arabe sur le berbère; il fut introduit et a influencé la configuration sociolinguistique en Afrique du Nord, avec l'arabe et les langues berbères.

La langue berbère a été influencée par la colonisation française de manière significative. Au cours des XIXe et XXe siècles, les politiques linguistiques coloniales ont imposé le français comme langue seconde, tandis que les langues berbères, comme le tamazight, ont été marginalisées. Cette situation a conduit à des emprunts réciproques et à des formes métissées dans les usages linguistiques, ainsi qu'à une coexistence difficile entre le français et les langues berbères, ces dernières étant souvent mal reconnues et mal intégrées dans le système d'éducation. Le français, en tant qu'instrument de conquête et d'assimilation, a joué un rôle crucial dans la configuration sociolinguistique de l'Afrique du Nord en influençant la manière dont les langues berbères sont enseignées et employées aujourd'hui. En Égypte, ce fut l'anglais qui a influencé le siwi après l'arabe.

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