République socialiste du Vietnam

Vietnam

(1) Situation générale

 
Capitale: Hanoi
Population: 96,5 millions (2018)
Langue officielle: vietnamien
Groupe majoritaire: vietnamien (84 %)
Groupes minoritaires: près d'une centaine de langues dont le khmer, le cham, le thaï, le hmong, etc.
Système politique: république socialiste
Articles constitutionnels (langue): art. 5, 25, 42, 58, 61, 70, 75, 77 et 82 de la Constitution de 2013

Lois linguistiques: Décret sur les questions relatives aux minorités ethniques (2011)

Lois en matière de justice: Code de procédure pénale (2003); Décret n°158/2005/ND-CP sur l'inscription et la gestion de l'état civil (2005); Loi sur l'entraide judiciaire (2007); Loi sur l'arbitrage commercial (2010); Loi sur l'exécution des jugements en matière pénale (2010); Loi sur l'organisation des cours populaires (2014); Code civil (2015); Code de procédure civile (2015); Code pénal (2015); Loi sur la procédure administrative (2015); Loi sur la promulgation des documents juridiques (2015).

Lois en matière d'éducation: Loi sur l'éducation (2005); Décret réglementant l'enseignement (2010); Loi sur l'enseignement supérieur (2012); Loi sur la formation professionnelle (2014); Décret n° 86 sur la coopération étrangère et les investissements dans l'éducation (2018).

Lois sur la publicité, l'affichage et l'étiquetage: Règlement sur l'étiquetage des marchandises destinées à être distribuées dans le pays, à l'exportation et à l'importation (1999); Décret n° 39 sur la publicité (2001); Décret n° 89 sur l'étiquetage des marchandises (2006); Loi sur la sécurité alimentaire (2010); Décret n° 38 exposant un certain nombre d'articles de la loi sur la sécurité alimentaire (2012); Loi sur la publicité (2012); Loi sur la prévention et le contrôle du tabac (2012); Décret n° 158 sur les sanctions applicables aux infractions administratives en matière de culture, de sport, de tourisme et de publicité (2013); Décret n° 43 sur l'étiquetage des marchandises (2017).

Autres lois diverses: Loi sur les médias (1999); Loi sur le patrimoine culturel (2001); Loi sur le budget de l'État (2002); Loi sur la construction (2004); Loi sur la cinématographie (2006); Règlement sur les activités culturelles publiques et la prestation des services culturels publics (2006); Loi sur l'égalité des sexes (2006); Loi sur la nationalité vietnamienne (2008); Loi sur les cadres et les fonctionnaires (2008); Loi sur la protection des droits des consommateurs (2010);  Loi sur la poste (2010); Loi sur la fonction publique (2010); Circulaire n° 156/2013 sur les documents fiscaux (2013); Décret n° 158/2013/NĐ-CP sur les sanctions applicables aux infractions administratives en matière de culture, de sport, de tourisme et de publicité (2013)Loi sur l'organisation de l'Assemblée nationale (2014); Loi sur le notariat (2014); Circulaire n° 26/2015 sur les factures et les services (2015); Décret n° 37/2015 / ND-CP sur le règlement précisant les contrats de construction (2015); Loi sur la comptabilité (2015); Loi sur la promulgation des documents législatifs (2015); Loi sur la sécurité et la santé au travail (2015); Loi sur la presse (2016); Circulaire n° 09/2017 sur les publications destinées aux enfants (2017);  Loi sur le tourisme (2017); Loi sur les transferts technologiques (2017).

1 Situation géographique

Cet État du Sud-Est asiatique appelé le Vietnam (en vietnamien: Việt Nam) a une superficie de 331 210 km² (Finlande: 337 030 km² ; France: 547 030 km²  ou 11 fois la Belgique) s’étire comme un immense S étiré dont les extrémités sont distantes de 1650 km entre, à l’est, la mer de Chine méridionale et, à l’ouest, le Laos (1650 km de frontière commune) et le Cambodge (930 km de frontière); au nord, le pays partage une frontière de 1159 km avec la Chine (voir la carte). Le pays possède possède 4200 km² d'eaux territoriales. Contrefort oriental de la péninsule indochinoise, le Vietnam présente un relief très contrasté, où les montagnes et les collines occupent les deux tiers du territoire (voir la carte).

Selon l'Arrêté français du 4 novembre 1993 relatif à la terminologie des noms d'États et de capitales, le nom du pays devrait s'écrire Viêt Nam, mais admet la variante Vietnam. En fait, la graphie se présente de façon très diversifiée, car on trouve non seulement Vietnam et Viêtnam, mais aussi Viêt Nam, Viet Nam et Viet-nam. La graphie en un seul mot sans accent — que nous privilégions ici — a l’avantage de la simplicité et de s'harmoniser avec les formes Vietnamien/Vietnamienne.

1.1 Les régions traditionnelles

On distingue traditionnellement trois grandes régions appelées : le Bac Bô (ou Tonkin), le Nam Bô (ou Cochinchine) et le Trung (ou Annam).

1) Le Tonkin est situé au nord du Vietnam (le Bac Bô), avec deux grandes villes importantes, Hanoi (la capitale du pays) et Hai Phong. Ces deux villes sont les centres industriels les plus importants du Vietnam (voir la carte).

2) La Cochinchine (le Nam Bô) est au sud, ainsi que la métropole de Hô-Chí-Minh-Ville, anciennement Saigon (voir la carte).

3) L’Annam, ou centre du Vietnam (le Trung Bô), désigne une région constituée de longs chapelets de petites plaines: la cordillère Annamitique. La longue plaine littorale est adossée à la cordillère Annamitique et relie le delta du fleuve Rouge (Tonkin), au nord, à celui du Mékong (Cochinchine) au sud. L'Annam a pour villes principales Huê et Da Nang (anciennement Tourane). Le nom d’An Nam a longtemps désigné pour les étrangers, notamment les Chinois, le Vietnam dans son entier.

En réalité, ces trois grandes régions traditionnelles (ou ) ont été remplacées par huit régions administratives :

(1) la Région du Nord-Est = Đông Bắc ;

(2) la Région du Nord-Ouest = Tây Bắc ;

(3) le Delta du fleuve Rouge = Đồng bằng sông Hồng ;

(4) la Côte centrale du Nord = Bắc Trung Bộ ;

(5) la Côte centrale du Sud = Nam Trung Bộ ;

(6) la Région des Montagnes centrales = Tây Nguyên ;

(7) la Région du Sud-Est = Đông Nam Bộ ;

(8) le Delta du fleuve Mékong = Đồng bằng sông Cửu Long.

1.2 Les divisions administratives

Ces huit régions administratives sont subdivisées en 58 provinces provinces (ou tinh), mais cinq villes (Hanoi, Hai Phong, Hô-Chí-Minh-Ville, Da Nang et Can Tho) forment des districts particuliers (thanh phô) qui dépendent directement du gouvernement central. Chaque province est divisée en plusieurs districts, lesquels sont scindées en communes. À chaque niveau administratif se trouve un conseil populaire élu directement par la population. Ce conseil élit à son tour un comité populaire, véritable organisme exécutif local, secondé dans son travail par autant de services techniques qu’il en existe de ministères au niveau central. Ainsi, chaque comité populaire est placé à la fois sous l’autorité du gouvernement et sous celle, moins technique, d’un conseil populaire.

La plupart des centres urbains sont situés dans le sud du Vietnam. De toutes les grandes villes, seule la capitale, Hanoi, n'est pas située sur le littoral. Les grandes villes demeurent, en plus de Hanoi les suivantes: Hô-Chí-Minh-Ville, Hai Phong et Da Nang, près de l'ancienne cité impériale de Hué. La ville de Hanoi constitue la capitale administrative, et Hô-Chí-Minh-Ville, la capitale économique et commerciale; dans l’Annam, Hué, l’ancienne ville impériale de la dynastie des Nguyên, reste le foyer intellectuel et artistique du pays.

1.3 Le régime politique

Le Vietnam est un État communiste dirigé par un parti unique, le Parti communiste du Vietnam (PCV ou en vietnamien: Đảng Cộng Sản Việt Nam). Selon l'article 4 de la Constitution de 2013, le Parti communiste est l'avant-garde de la classe ouvrière, guidé par le marxisme-léninisme et impose l'exclusivité du pouvoir politique dans la société vietnamienne. L'opposition politique est interdite et tout effort de proposer le multipartisme est réprimé par le Parti et la Sécurité vietnamienne (cong an). Dans les villes et les provinces, tous les postes de direction sont détenus par des membres du Parti; il en va de même pour les ministres qui sont systématiquement membres du Comité central. Les députés de l'Assemblée nationale sont tous membres du Parti.

En réalité, c'est le Parti communiste qui régit le pays, non la Constitution ou les lois. Ce système permet au Parti de rédiger les lois et de modeler le système de gouvernance afin qu'il réponde à ses besoins, y compris en ce qui concerne les politiques
économiques et la manière dont les dissidents sont traités. Les gouvernements de ce pays ont emprunté, dès la fin des années 1980, la voie du socialisme de marché. Le Vietnam a su libéraliser son économie au point de devenir en 2015 le premier pays de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ANASE ou ASEAN) en matière d’attraction de capitaux étrangers. Toutefois, en dépit des réformes administratives et économiques entreprises par l’État-parti, la République socialiste du Vietnam présente encore des caractéristiques d'un pays autoritaire et policier dans lequel certaines libertés fondamentales sont niées, où l’armée est toute-puissante et où le centralisme confère au pouvoir politique toute la latitude désirée en la matière.

2   Données démolinguistiques

La population du Vietnam était estimée à 96,5 millions d'habitants en 2018. Si l'on fait exception des Montagnes centrales, du Nord-Est et du Nord-Ouest, toutes les régions comptent au moins dix millions d'habitants.

2.1 La répartition de la population

La répartition de la population sur le territoire vietnamien est très inégale. La majorité des Vietnamiens habitent le long de la côte occidentale, qui donne sur le golf du Tonkin au nord et la mer de Chine méridionale plus au sud. La densité de population a toujours été un sujet de préoccupation au Vietnam, en particulier dans la région du delta du fleuve Rouge (dans le nord-est du pays où est située la ville de Hanoi), qui est de loin la région à plus forte densité de population avec 1136 personnes au km², la moyenne au pays étant de 253 habitants/km². Le Vietnam demeure donc l’un des pays à plus forte densité de population de l’Asie du Sud-Est et du monde en raison de la répartition inégale de la population.

En effet, des disparités considérables existent d'une région à l'autre au Vietnam. Ainsi, la fécondité dans la région du delta du fleuve Rouge au nord-est et dans le delta du Mékong au sud-est est la plus faible du pays, en partie du fait de la présence des deux plus grandes villes du Vietnam, Hanoi et de Hô-Chí-Minh-Ville. Ce sont dans les régions montagneuses où la population est la moins élevée et où la fécondité demeure la plus élevée. De même, les taux de mortalité infantile varient d’une région à l'autre. Dans Les grandes villes, comme Hanoi et Hô-Chí-Minh-Ville, ces taux sont faibles, proches de ceux de certains pays européens. Mais dans certaines provinces, en particulier celles où vivent des minorités ethniques, les taux de mortalité infantile sont parmi les plus élevés au monde. Cette situation s'explique par le fait que des difficultés d’accès aux services de soins en raison du terrain accidenté ou inhospitalier et aux familles plus nombreuses.

Paradoxalement, ce sont ces régions qui sont les moins peuplées: la Région du Nord-Est, la Région du Nord-Ouest et la Région des montagnes centrales. Bref, la population du Vietnam est surtout concentrée dans les plaines, le long des côtes, tandis que les minorités ethniques se trouvent dans les montagnes, dans l'arrière-pays. Les régions montagneuses du Centre et celles du Nord abritent une soixantaine de minorités ethniques représentant 15 % de la population, c’est-à-dire plus de dix millions d’individus.


2.2 La diversité ethnique

Le Vietnam est un pays connu pour sa grande diversité ethnique. La population vietnamienne est composée majoritairement des Viet, soit 82,3 %, appelés officiellement Kinh et de 53 ethnies minoritaires reconnues, principalement représentées dans les montagnes du Nord (30 % à 40 % de la population) ou dans les provinces centrales de l'arrière-pays. En réalité, il existe beaucoup plus que 53 groupes ethniques, car il faut considérer qu'on compte autant de groupes non reconnus, pour une centaine au total. Parmi toutes ces ethnies, cinq comptent plus d'un million de représentants : les Thaï, les Muong, les Khmers, les Hmong blancs et les Chinois. Dans un pays de plus de 96 millions d'habitants, une communauté de 1,1 million d'habitants ne correspond qu'à 1,1 % de la population.

Moins d'une vingtaine d'ethnies ont une population variant entre 800 000 et 100 000 personnes. Une quarantaine d'ethnies forment des communautés variant entre 99 000 et 10 000 personnes. Les autres ethnies, une quarantaine, peuvent compter seulement quelques centaines de représentants.

Ethnie Population Pourcentage Langue première Affiliation linguistique Religion
Viet ou Kinh 80 422 000 83,2 % vietnamien austro-asiatique bouddhisme
Thaï tho (tay) 1 823 000 1,8 % thaï tho tai-kadai religion ethnique
Muong 1 404 000 1,4 % muong austro-asiatique religion ethnique
Khmer 1 302 000 1,3 % khmer austro-asiatique bouddhisme
Hmong blanc 1 144 000 1,1 % hmong daw hmong-mien chrétienne
Nung 1 085 000 1,1 % nung tai-kadai religion ethnique
Chinois cantonais 1 064 000 1,1 % chinois cantonais sino-tibétaine aucune
Chinois mandarin 862 000 0,8 % vietnamien austro-asiatique aucune
Thaï noi (dam) 828 000 0,8 % thaï dam tai-kadai religion ethnique
Eurasiens 474 000 0,4 % français langue romane Chrétienne
Jarai 455 000 0,4 % jarai austronésienne religion ethnique
Zhuang 420 000 0,4 % zhuang tai-kadai religion ethnique
Rhade 366 000 0,3 % rade austronésienne Chrétienne
Thaï blanc (Don) 332 000 0,3 % thaï don tai-kadai religion ethnique
Yu Mien 272 000 0,2 % yu mien hmong-mien religion ethnique
Thaï phu 247 000 0,2 % thaï phu tai-kadai bouddhisme
Kim mun 210 000 0,2 % kim mun hmong-mien religion ethnique
Bahnar 195 000 0,2 % bahnar austro-asiatique religion ethnique
Cao Lan, San Chay 189 000 0,1 % cao Lan tai-kadai religion ethnique
Koho 186 000 0,1 % koho austro-asiatique Chrétienne
Thaï rouge 166 000 0,1 % thaï daeng tai-kadai religion ethnique
Hmong njua 160 000 0,1 % hmong njua austro-asiatique chrétienne
San diu 154 000 0,1 % yu mien hmong-mien religion ethnique
Hrê 141 000 0,1 % hrê austro-asiatique religion ethnique
Sedang 124 000 0,1 % sedang austro-asiatique religion ethnique
Thaï nua 107 000 0,1 % thaï nua tai-kadai bouddhisme
Cham de l'Est 86 000 0,0 % cham de l'Est austronésienne hindouisme
Khmou 85 000 0,0 % khmou austro-asiatique religion ethnique
Coréen 84 000 0,0 % coréen  famille coréenne aucune
Tho 84 000 0,0 % tho tai-kadai religion ethnique
Bru de l'Est 67 000 0,0 % brou de l'Est austro-asiatique religion ethnique
Giay 64 000 0,0 % bouyei tai-kadai religion ethnique
Roglai du Nord 63 000 0,0 % roglai du Nord austronésienne religion ethnique
Katou de l'Est 62 000 0,0 % katou de l'Est austro-asiatique religion ethnique
Roglai du Sud 51 000 0,0 % roglai du Sud austronésienne religion ethnique
Maa 46 000 0,0 % maa austro-asiatique religion ethnique
Stieng bulo 46 000 0,0 % stieng bulo austro-asiatique chrétienne
Haroi 44 000 0,0 % haroi austronésienne religion ethnique
Mnong du Centre 38 000 0,0 % mnong central austro-asiatique chrétienne
Stieng budeh 37 000 0,0 % stieng budeh austro-asiatique chrétienne
Mnong de l'Est 36 000 0,0 % mnong de l'Est austro-asiatique religion ethnique
Mnong du Sud 36 000 0,0 % mnong du Sud austro-asiatique chrétienne
Cham de l'Ouest 31 000 0,0 % cham de l'Ouest austronésienne islam
Choro 30 000 0,0 % chrau (cho-ro) austro-asiatique religion ethnique
Kayong 27 000 0,0 % kayong austro-asiatique religion ethnique
Hmong bua 25 000 0,0 % miao austro-asiatique religion ethnique
Hani 24 000 0,0 % hani sino-tibétaine religion ethnique
Puoc 24 000 0,0 % puoc austro-asiatique religion ethnique
Thaï thanh 24 000 0,0 % thaï thanh tai-kadai religion ethnique
Akha 22 000 0,0 % akha sino-tibétaine religion ethnique
Chourou 22 000 0,0 % chrou austronésienne religion ethnique
Ta'oi supérieur 22 000 0,0 % ta'oih supérieur austro-asiatique religion ethnique
Pacoh 19 000 0,0 % pacoh austro-asiatique religion ethnique
Rengao 19 000 0,0 % rengao austro-asiatique religion ethnique
Trieng 19 000 0,0 % trieng austro-asiatique religion ethnique
Jeh 18 000 0,0 % jeh austro-asiatique religion ethnique
Khao 18 000 0,0 % khao austro-asiatique religion ethnique
Phuong 18 000 0,0 % phuong austro-asiatique religion ethnique
Halang 16 000 0,0 % halang austro-asiatique religion ethnique
Lao 16 000 0,0 % lao tai-kadai bouddhisme
Khang 15 000 0,0 % khang austro-asiatique religion ethnique
Tsun-Lao 14 000 0,0 % tsun-lao tai-kadai religion ethnique
Co 13 000 0,0 % cua austro-asiatique religion ethnique
Phula 12 000 0,0 % phula sino-tibétaine religion ethnique
Zhuang yongnan 12 000 0,0 % zhuang tai-kadai religion ethnique
Lahu 11 000 0,0 % lahu sino-tibétaine religion ethnique
Thaï pao 10 000 0,0 % thaï-pao tai-kadai religion ethnique
Autres 1 023 400 1,0 % - - -
Total de la population en 2018 96 565 400 100 %   - -

Le Vietnam constitue, contrairement à une croyance assez répandue, une nation multiethnique et multiconfessionnelle, dans laquelle on inventorie une centaine d'ethnies. On trouve ainsi au Vietnam un éventail unique de langues et de peuples en Asie du Sud-Est. Les minorités ne représentent que 15 % de la population du pays, mais leur proportion moyenne s'élève à 30% et à 40% dans les montagnes du Nord et à plus de 80% dans les provinces septentrionales de Cao-Bang, de Hà-Giang, de Lang-Son, de Lai-Châu et de Son-La.

On peut résumer la situation en disant que les langues du Vietnam appartiennent à huit grands groupes ethniques différents.

- le groupe des Viets-Muongs : Chut, Kinh, Muong, Tho;
- le groupe des Thaïs : Bo, Giay, Lao, Lu, Nung, San Chay, Tay, Thaï;
- le groupe des Môn-Khmers : Ba Na, Brau, Bru-Van Kieu, Cho-ro, Co, Co-ho, Cotou, Gie-trieng, Hrê, Khang, Khmer, Kho mu, Ma, Mang, M'Nong, O-du, Ro-mam, Ta-Oi, Xinh-mun, Xo-Ðang, Xtieng;
- le groupe des Hmong-Dao : Dao, Mong (H'Mong), Pa Then;
- le groupe des Kadai : Co lao , La-chi, La ha, Pu Peo;
- le groupe des Austronésiens : Cham, Churu, Ede, Giarai, Raglai;
- le groupe des Chinois han : Hoa, Ngai, San diu;
- le groupe des Tibéto-Birmans : Cong, Ha Nhi, La Hu, Lo Lo, Phu La, Si La.

Il faut aussi se rendre compte que les minorités occupent une superficie considérable du Vietnam, soit 200 000 km² sur un total de 335 000 km², ce qui correspond aux deux tiers du pays. Alors que les Viets occupent le littoral, les minorités contrôlent les montagnes du Nord et toute la frontière ouest du pays. Dès que l'on quitte les villes du littoral, les deltas et les plaines, ce sont les minorités qu'on rencontre partout, avec leurs langues, leurs coutumes, leurs cultures, leurs religions, etc.

Par ailleurs, la présence des nombreuses minorités permet au Vietnam une ouverture à l'Asie du Sud-Est parce que ces populations favorisent les contacts avec tous les pays voisins. En effet, les différentes ethnies sont composées de populations qui enjambent les frontières, ce qui n'est pas le cas des Viets, pratiquement tous concentrés au Vietnam. Ce qui relie le pays à l'extérieur, c'est justement la présence de dix millions de minoritaires constituant un échantillon parfait de l'ensemble des groupes ethniques qui existent ailleurs en Asie du Sud-Est, soit entre le sud de la Chine et le nord de l'Inde, ce qui inclut le Laos, le Cambodge, la Thaïlande et la Birmanie. Pour toutes ces considérations, on ne peut qualifier les minorités du Vietnam de «négligeables» ou de «peu d'importance». D'ailleurs, même le gouvernement vietnamien commence à se rendre compte de la richesse ethnolinguistique de ces minorités à l'intérieur de ses frontières, tout en se méfiant de celles-ci pour des motifs d'ordre historique. Grâce aux minorités, le Vietnam peut échapper au monopole de la monoculture ethnique et accéder à une dimension régionale dans cette partie du monde. Il n'est guère surprenant que la carte ethnolinguistique du Vietnam soit relativement complexe.

2.3 Les Viets (Kinh) et leur langue

L'ethnie principale, les Viets (ou Kinh: mot issu du chinois classique Jing signifiant «capitale», plus précisément «peuple de la capitale»), parle le vietnamien (en vietnamien : Tiếng Việt), une langue appartenant à la famille austro-asiatique et présentant de nombreux points communs avec le thaï (les tons) et le khmer (le vocabulaire), tout en ayant intégré des milliers de mots chinois. Le vietnamien et le muong font partie des langues viétiques et demeurent les rares langues môn-khmer à être parlées par plus d'un million de locuteurs. Sous sa forme orale, le vietnamien présente des différences importantes d’accent et de vocabulaire entre le Nord, le Centre et le Sud. En fait, la langue vietnamienne compte plusieurs variétés régionales ou dialectales mutuellement intelligibles. Les variétés dialectales les plus importantes sont les suivantes:

Région dialectale Dénomination sous la colonisation française
Le vietnamien du Nord tonkinois
Le vietnamien du Centre-Nord annamite
Le vietnamien du Centre annamite
Le vietnamien du Centre-Sud annamite
Le vietnamien du Sud cochinchinois

Ces zones dialectales diffèrent principalement par leurs systèmes phonétiques, mais aussi par leur vocabulaire de base, la grammaire et les outils grammaticaux. Les variétés régionales du Centre-Nord et du Centre, qui présentent une quantité importante de différences de vocabulaire, sont généralement moins intelligibles les unes des autres pour les locuteurs du Nord et du Sud. Il y a moins de variations internes dans la région du Sud que dans les autres régions en raison de son installation relativement tardive par des locuteurs vietnamiens (vers la fin du XVe siècle). Quoi qu'il en soit, les variétés du Nord et du Sud présentent en plus des sous-variations dialectales locales.


La région du Centre-Nord est particulièrement conservatrice; sa prononciation s'est moins différenciée de l'orthographe vietnamienne que les autres variétés, qui ont tendance à fusionner certains sons. Le long des zones côtières, les variations régionales ont été neutralisées dans une certaine mesure, tandis que les régions plus montagneuses préservent davantage de variations. En ce qui concerne les attitudes sociolinguistiques, les locuteurs des variétés dialectales considèrent souvent que les variétés du Centre-Nord sont «particulières» ou «difficiles à comprendre», alors que leur prononciation correspond le mieux à la langue écrite; ceci est généralement dû à la diversité de mots dans leur vocabulaire qui ne sont pas familiers aux autres locuteurs.

Pour résumer, on distingue la variété du Nord autour de Hanoi, la capitale, puis la variété du Centre autour de Hué, l'ancienne capitale impériale, et ensuite la variété du Sud autour de Ho Chi Minh-Ville, l'ancienne Saigon. Bien que l'intercompréhension entre les trois grandes variantes demeure relativement aisée, il subsiste certaines difficultés entre le Nord et le Sud, notamment en ce qui a trait au vocabulaire scientifique. Après la partition du Vietnam de 1955, le Nord fut soumis à l'influence communiste et s'est montré plus réfractaire aux mots étrangers, alors que le Sud, d'allégeance américaine, fut américanisé. Il est résultat des emprunts massifs aux termes sino-vietnamiens au nord, des emprunts massifs à l'anglais au sud. De plus, le vietnamien du Sud se distingue de la norme septentrionale par le fait qu'il a moins de tons et qu'il modifie certaines consonnes, mais les trois variétés utilisent le même système d'écriture.

La variante vietnamienne du Sud, appelé «cochinchinois», est parlée par plus de locuteurs que les deux autres variantes réunies. Depuis plusieurs décennies, la population du Nord émigre dans le Sud pour toutes sortes de raisons, alors que l'inverse ne se produit pas ou du moins fort peu. La variante du Sud est celle qui est employée par les Vietnamiens exilés d'outre-mer, que ce soit aux États-Unis, au Canada, en France ou en Australie. En effet, après la guerre du Vietnam, ce sont les Vietnamiens du Sud qui ont quitté leur pays, non les gens du Nord. Autrement dit, ce n'est pas la capitale, Hanoi, qui impose la norme linguistique à la diaspora vietnamienne, mais Ho Chi Minh-Ville, la ville du Sud. Par contre, c'est Hanoi qui dicte la norme pour l'ensemble des locuteurs qui résident dans le pays. Quoi qu'il en soit, les deux variantes du Nord et du Sud sont remarquablement similaires, bien que la variante du Nord détienne une grande diversité dialectale et qu'elle demeure plus proche de ses origines historiques.

- L'influence chinoise

Le Vietnam faisait partie d'un royaume vassal de la Chine, quelque deux siècles avant notre ère. C'est à ce moment que la langue vietnamienne a émergé. L'occupation chinoise allait durer mille ans, avec ce que cela implique au point de vue linguistique. Le vietnamien a donc subi des influences très importantes de la part du chinois, mais également des langues thaïes. Le vietnamien a évolué pour devenir une langue tonale et monosyllabique.

Les Vietnamiens ont utilisé les caractères chinois jusqu'au XIIIe siècle. Tout comme pour le chinois, les mots vietnamiens contenaient deux symboles: le premier indiquait la signification et le second la prononciation. Puis, les Vietnamiens ont inventé leur propre système d'écriture: le Chữ nôm (aujourd'hui abandonné). Le grand inconvénient de cette écriture, c'est qu'elle impliquait aussi la connaissance du chinois. Mais ce système avait l'avantage de maintenir la tradition historique et culturelle avec le chinois.

- L'écriture vietnamienne

Ce n'est qu'au XVIIe siècle que, Alexandre de Rhodes (1591‑1660), un jésuite français de nationalité portugaise, introduisit l'alphabet phonétique romanisé toujours en vigueur actuellement: le quôc ngu, mot désignant à la fois cette écriture en alphabet latin et la langue vietnamienne. C'est ce jésuite qui, le premier, a classé les phonèmes de la langue vietnamienne. Par ses publications, il a systématisé, perfectionné et vulgarisé le nouveau mode d'écriture. Le premier dictionnaire vietnamien utilisant cette écriture fut le Dictionarium Annamiticumm Lusitanum et Latinum d'Alexandre de Rhodes, imprimé à Rome en 1651. L'Administration coloniale française était très favorable au quôc ngu, parce qu'elle y voyait une étape vers l'apprentissage de l'écriture et de la langue française. Elle considérait aussi le vietnamien comme un «patois» déchu par quatorze siècles de colonisation chinoise. Toutefois, le nouvel alphabet romanisé s'est implanté difficilement pour toutes sortes de raisons, dont des raisons politiques et idéologiques. Il a fini par s'imposer, mais seulement après la Seconde Guerre mondiale. C'est après l'indépendance que le gouvernement vietnamien a décidé d'alphabétiser les masses avec l'écriture quôc ngu, jugée plus facile que l'ancienne écriture le Chữ nôm (aujourd'hui abandonné).


A Á À Ả Ã Ạ

Ă Ắ Ằ Ẳ Ẵ Ặ

 Ấ Ầ Ẩ Ẫ Ậ

E É È Ẻ Ẽ Ẹ

Ê Ế Ề Ể Ễ Ệ

I Í Ì Ỉ Ĩ Ị

O Ó Ò Ỏ Õ Ọ

Ơ Ớ Ờ Ở Ỡ Ợ

Ô Ố Ồ Ổ Ỗ Ộ

U Ú Ù Ủ Ũ Ụ

Ư Ứ Ừ Ử Ữ Ự

Y Ý Ỳ Ỷ Ỹ Ỵ

EXEMPLE d'enseigne:
 
L’alphabet vietnamien comprend 29 lettres, dont 17 consonnes et 12 voyelles. Les voyelles se constituent des six voyelles de base de l’alphabet latin (a, e, i, o, u, y) et de nouvelles voyelles avec l’accent circonflexe (â, ê et ô) et la corne (ơ et ư). Le Quoc ngu utilise les consonnes de l’alphabet latin sans les lettres f, j, w et z, mais avec de nouveaux digrammes: ch, gi, kh, nh, ng, ph, th, tr. Le vietnamien standard possède six tons avec cinq signes diacritiques: l’accent grave, le crochet en chef, le tilde, l’accent aigu et le point souscrit. Par exemple, dans l'illustration de gauche, les mots đi chậm (mot à mot: allez + lent) porte des signes diacritiques, de même que đường nhiều sương mù

Dans l'écriture romanisée utilisée actuellement, les mots figurent comme une succession de monosyllabes. Si le vietnamien apparaît aujourd'hui comme une langue monosyllabique et tonale, il le doit en partie à l'influence du chinois et également au thaï, tout en ayant subi en même temps des transformations internes au cours de son histoire. Le vietnamien a non seulement entretenu des contacts avec les langues des ethnies de même parenté, mais également avec celles des autres ethnies appartenant à une autre famille linguistique; tout cela lui a permis de s’enrichir d’éléments nouveaux puisés dans ces langues. La langue vietnamienne est un amalgame étroit d'éléments thaïs, khmers, chinois et vietnamiens (puis français et anglais), mais l’élément chinois s’avère nettement prépondérant. Étant donné que tous les mots vietnamiens sont invariables, la grammaire apparaît toute simple, car il n'y a pas de conjugaison, ni de déclinaison des mots, ni de pluriels irréguliers, etc. Cependant, les modulations tonales, sans oublier les variations phonétiques entre le Nord, le Centre et le Sud peuvent rendre le vietnamien plus difficile à apprendre pour les étrangers qui ne sont guère habitués aux langues à tons.

Malgré une influence chinoise omniprésente, le Vietnam demeure le seul pays du Sud-Est asiatique à posséder une écriture romanisée. Cette alphabétisation du vietnamien a aussi contribué à amputer la langue de son héritage culturel et historique avec le chinois. À l'exception d'une poignée d'intellectuels, plus personne ne connaît aujourd'hui l'écriture qui a été utilisée durant de nombreux siècles; plus aucun Vietnamien ne peut lire aujourd'hui la version originale des œuvres littéraires des siècles passés ni les innombrables inscriptions qui ornent les pagodes, les temples et les sanctuaires dans les villes et villages du pays; plus personne ne peut lire les poètes que le pays a produits ni les annales impériales qui racontent l'histoire du Vietnam; personne ne peut vérifier ce qu'affirment les historiens contemporains sur l'histoire du pays. Bref, le passé n'est intelligible que par des spécialistes, dont les intellectuels chinois eux-mêmes.

 
En réalité, cette situation est également similaire au français (et en d'autres langues), car peu de francophones aujourd'hui peuvent lire un texte dans sa version intégrale avant le XVe siècle. Les documents rédigés en ancien français ne sont pas à la portée de tout le monde, il faut des «traductions» pour en comprendre le sens.

Par contre, l'écriture romanisée du Vietnam a également permis d'alphabétiser des masses considérables de citoyens en un temps record, d'enregistrer des pans entiers de la culture populaire et de la langue parlée, et de tisser un lien entre les classes cultivées (qui ont entamé la révolution) et les classes rurales. Bref, l'alphabet romanisé a contribué à unifier la société vietnamienne pour une plus grande cohésion nationale.     

Le vietnamien contemporain peut encore s'écrire à l'aide de caractères chinois (l'ancien Chữ nôm) dans des occasions spéciales ou comme forme d'art, mais la graphie romanisée, le quôc ngu, est devenue l'écriture officielle du pays.

Ajoutons quelques mots sur les noms de famille vietnamiens. Tout étranger est quelque peu surpris de la fréquence de certains noms, tels Nguyen, Tran, Phan, Lê, Pham, Dô, Vu, Dang, etc. La plupart de ces noms sont d'origine chinoise et ils ont été imposés par les Chinois au début du premier millénaire afin de faciliter l'administration locale. Les Nguyen forment près de 50 % des noms de famille du Vietnam, Nguyen étant le nom de la dernière dynastie impériale vietnamienne, qui a compté 13 souverains, de 1802 à 1945.

- Une langue tonale

Le vietnamien est une langue tonale. C'est une langue dans laquelle la prononciation des syllabes d'un mot est soumise à un ton précis, c'est-à-dire à une hauteur relative déterminée ou une mélodie particulière. Cela signifie qu'une modification de ton dans un mot entraîne une autre signification comme s'il s'agissait d'un autre mot. Beaucoup de langues dans le monde sont des «langues à tons», soit au moins 60 %, selon les estimations. Presque toutes ces langues ne sont pas européennes, ce qui explique que les Occidentaux sont peu familiers avec les langues tonales. Ainsi, toutes les langues chinoises sont des langues tonales: le mandarin, le hakka, le cantonais, le min, le gan, etc. Il en est ainsi des langues thaïes (thaï, lao, cham, zhuang), de la plupart des langues bantoues au sud du Sahara (bambara, haoussa, yorouba, igbo, lingala, kinyarwanda, zoulou, etc.), et même des langues amérindiennes (zapotèque, navajo, chipewyan, etc.).

Le vietnamien comporte six tons, chaque syllabe doit être prononcée avec un ton particulier, c'est à dire avec une certaine hauteur musicale et selon une courbe mélodique propre à chaque type de ton. Toute prononciation des tons non appropriée peut entraîner une toute autre signification du mot. Par exemple, le mot "ma":

Mot Signe diacritique Explication
du signe
Appellation
vietnamienne
Signification
du mot
Ton
ma

aucun

pas de signe ngang = "plat" «esprit» médian : syllabe prononcée comme en français

à

accent grave huyền = "suspendu" «mais» descendant bas

á

accent aigu sắc = "pointu" «mère» montant haut
mạ

point souscrit nặng = "lourd" «jeune pousse de riz» ton bas tombant glottalisé
mả

crochet hỏi = "question" «tombe» descendant montant bas

ã

tilde ngã = "tombant" «cheval» haut glottalisé
1. Le ngang (pas de marque écrite) est un ton médian qui est prononcée comme en français : ma = «esprit».

2. Le huyền (accent grave) est un ton descendant bas; il débute avec un niveau assez bas pour continuer légèrement  : mà = «mais».

3. Le sắc (accent aigu) est un ton montant haut, un peu comme la dernière syllabe française d'une phrase interrogative: má = «mère».

4. Le nặng (point souscrit) est un ton bas tombant glottalisé; il descend descend légèrement, pour se terminer brusquement : mạ = «jeune pousse de riz».

5. Le hỏi (crochet) est un ton bas descendant-montant; il descend progressivement pour remonter vers le haut du départ : mả= «tombe».

6. Le ngã (tilde) est un ton haut-glottalisé; il débute comme le ton nang avant de remonter très rapidement en ton sắc : mã = «cheval».

- La diaspora vietnamienne

Les locuteurs du vietnamien ne sont pas confinés au seul Vietnam. En raison d'une forte immigration, on trouve des locuteurs de cette langue en nombre significatif dans les pays qui suivent: l'Allemagne, l'Australie, la Belgique, le Cambodge, le Canada, la Chine, la Côte d'Ivoire, les États-Unis, la Finlande, la France (dont un certain nombre en Martinique et en Nouvelle-Calédonie), le Laos, la Norvège, les Pays-Bas,  les Philippines, la Pologne,  la République tchèque, le Royaume-Uni, le Sénégal, la Suisse, la Thaïlande et le Vanuatu.

Pays d'accueil (2017) Nombre
Cambodge    800 000
Laos    117 000
Thaïlande    121 000
États-Unis 1 642 000
France      325 000
Australie    220 000
Canada    160 000
C'est aux États-Unis qu'on retrouve le plus grand nombre de Vietnamiens expatriés (1,6 million), puis dans les trois pays du Sud-Est asiatique (1,0 million au total): le Cambodge, le Laos et la Thaïlande. Ensuite, viennent les pays d'accueil suivants : la France (325 000), l'Australie (220 000) et le Canada (160 000, dont une majorité en Ontario, au Québec et en Colombie-Britannique).

Tous les autres pays tels l'Allemagne, les Pays-Bas, la Pologne, le Royaume-Uni, etc., n'ont reçu que quelques milliers d'immigrants vietnamiens (entre 4000 et 7000), sauf en Russie où il y en a un peu plus (14 000). Bref, au total, la diaspora vietnamienne représenterait environ quatre millions de personnes dans le  monde.

Après la réunification du Vietnam en 1976, les expatriés vietnamiens étaient considérés comme des ennemis, car selon les dirigeants de l'époque, le fait de fuir son pays après la victoire des communistes constituait un acte de trahison envers la patrie. La situation s'est normalisée depuis parce que la diaspora vietnamienne est devenue une source de financement non négligeable pour l'intérêt du pays. Par exemple, pour l'année 2015, le Vietnam se classait au 11e rang des pays d'accueil des expatriés en raison des transferts de fonds qu'il recevait en provenance des communautés vietnamiennes à l’étranger; cette somme s’élevait alors 12,3 milliards de dollars américains. Avec le cumul des années, ce montant peut aisément atteindre les 100 milliards. Il n'existe sûrement pas de motif suffisant pour se passer de cette manne providentielle !  

2.4 La diversité des langues

Évidemment, les langues sont aussi nombreuses que les ethnies. Celles-ci s'expriment dans l’une des cinq familles linguistiques qui suivent : la famille austro-asiatique, la famille sino-tibétaine, la famille thaï-kadai, la famille hmong-mien et la famille austronésienne. C'est donc dire que le Vietnam possède un riche patrimoine linguistique. Pour le gouvernement du Vietnam, la définition des minorités ethniques repose sur quatre critères:

1) une langue autre que la langue nationale;
2) la relation
et le système d'organisation sociale à une de longue tradition;
3) une économie d'autosuffisance;
4) une identité culturelle distincte, identifiée comme telle par les nations voisines acceptant un groupe culturel distinct.

Les minorités sont pour la plupart localisées dans le Nord-Ouest, sur le massif montagneux à la frontière de la Chine et du Laos (Tonkin) ou encore dans les hauts plateaux du Centre (Annam) et du Sud (Cochinchine). Après avoir farouchement résisté aux envahisseurs étrangers, ces peuples ont tous conservé leurs langues particulières et ont développé leur identité culturelle. Dans le Nord où la montagne domine, les communications difficiles ont fait perdurer les langues minoritaires qui sont aujourd’hui grandement utilisées. La vie est pourtant difficile dans ces montagnes où l'agriculture de substance n'a guère changé depuis des siècles.

 
Parmi les ethnies minoritaires parlant une langue de la famille austro-asiatique (dont fait partie le vietnamien), mentionnons une quinzaine de peuples, résidant souvent le long de la frontière laotienne, dont les Khmers (1,3 million), les Bahnars (195 000), les Koho (186 000), les Hmongs njua (160 000), les Hrê (141 000), les Sedang (124 000), les Khmou (85 000), les Brou de l'Est (67 000), les Katou de l'Est (62 000), les Maa (46 00)), les Stieng bulo (46 000), les Mnongs du Centre (38 000), les Stieng budeh (37 000), les Mnongs de l'Est (36 000), les Mnongs du Sud (36 000), les Choro (30 000), etc. Tous ces divers peuples sont de véritables autochtones et ils étaient là avant tous les autres groupes qui, pour la grande majorité d’entre eux sont descendus du sud de la Chine. La langue des Muongs au nord est très proche du vietnamien, mais aujourd'hui la langue est plus influencée par le thaï.

Au nord du Vietnam, le long de la frontière chinoise, dans les hautes montagnes du Nord, les langues de la famille sino-tibétaine ne sont pas très nombreuses, mais elles sont là depuis fort longtemps: le chinois cantonais (1,9 million),  le hani (24 000), l'akha (22 000), le phuta (12 000), le lahu (11 000), etc. Dans le sous-groupe tibéto-birman, on distingue le hani, le lau, le sila, etc. C’est une population que l’on retrouve dans le sud-ouest de la Chine et dans toute la région himalayenne.

Dans le Nord-Ouest se trouvent également les langues de la famille tai-kadai :  le nung (1,0 million), le thaï dam (828 000), le zhuang (430 000), le tahï don (332 000), le thaï phu (247 000), le man cao lan (189 000), le thaï daeng (166 000), le thaï nua (107 000), le tho (84 000), le bougei (64 000), le thaï thanh ( 24 000), le lao (16 000), le tsun-lao (14 000), etc.

Dans la même région, la famille hmong-mien (ou miao-yao) présente quelques langues: le hmong daw (1,1 million), le yu mien (426 000), le kim mun (210 000), etc.

Enfin, dans le centre-sud du pays, les langues de la famille austronésienne sont parlées par les habitants des hauts plateaux, dont le jaraï (455 000), le rade (366 000), le cham de l'Est (86 000), le roglai du Nord (66 000), le roglai du Sud (51 000), le haroi (44 000) et le cham de l'Ouest (31 000), le chrou (22 000), etc. Les Chams habitent les montagnes du Nord et les faubourgs de Hô-Chí-Minh-Ville.

Le Vietnam demeure un pays relativement pauvre, particulièrement dans les zones rurales. Dans ces zones, les minorités ethniques sont encore plus pauvres.

Par ailleurs, plus on monte vers le nord du pays, moins la langue vietnamienne est utilisée, sauf dans la région immédiate de Hanoi. La communauté khmère (ou Cambodgiens) compte plus de 1,3 million de locuteurs qui vivent en majorité dans la région du Delta du Mékong (provinces de Trà Vinh et Soc Trang, mais aussi Bac Liêu, Cà Mau, Hâu Giang, Cân Tho, An Giang et Kiên Giang). Dans la Région du Nord-Est (provinces de Son La et de Lai Chau), où les Thaïs ont longtemps exercé un grand pouvoir politique, la langue dominante reste encore le thaï et ses variétés linguistiques; c’est cette langue qui sert de langue commune à tous les groupes linguistiques. Encore plus au nord, c’est le chinois qui prédomine par rapport au vietnamien, bien qu’il soit en régression depuis quelques années.

Après des années de relations difficiles, le gouvernement vietnamien en est venu à considérer les minorités ethniques comme une «pâture pour touristes» (ou «pièges à touristes») et se sert de leurs villages, de leurs costumes traditionnels et de leur musique pour faire la «promotion» du Vietnam. C'est quand même mieux que de les percevoir comme des ennemis en puissance ! Le visiteur éventuel doit faire preuve d'une certaine «réserve» lorsqu'il s'aventure dans ces communautés. Dans les grandes villes telles que Hanoi et Hô-Chí-Minh-Ville, l’anglais prend de plus en plus d’importance dans le monde des affaires, et ce, malgré les efforts du gouvernement d’y introduire ou y réintroduire le français.

On trouve au Vietnam différentes formes d’écritures utilisées par les minorités, comme les idéogrammes (tày, nung et autres groupes thaïs) et des alphabets d’origine indienne (thaï noir, cham, khmer, lao, etc.) et latine. Les solutions trouvées pour transcrire la langue vietnamienne (l’alphabet latin) ont eu tendance à s’imposer et furent souvent appliquées à à la transcription de langues orales ou de dialectes voisins géographiquement.

2.5 Le français et l’anglais

Le français et l’anglais constituent au Vietnam des vestiges de la période coloniale imposée d’abord par la France, puis perpétuée par les États-Unis. La langue française est aujourd’hui parlée comme langue seconde par quelque 100 000 personnes, essentiellement des personnes âgées qui ont connu la période coloniale française. On trouve encore une petite communauté française de quelque 2300 personnes. On compte aussi dans le pays une centaine de bureaux de représentation ou de succursales de sociétés françaises, dont six banques. Parmi les plus importants investisseurs français au Vietnam, on retrouve des sociétés comme Alcatel, Elf Antargaz, Elf Atochem, Rhône Poulenc et RPR, Roussel Uclaf, Sanofi, Schneider, Suez-Lyonnaise des Eaux, Total, etc. Au Vietnam, pays de 96 millions d’habitants, le français est peu visible, voire inexistant en dehors des grandes villes. D’après les derniers chiffres de l’OIF, seule 0,7% de la population peut être considérée comme francophone. Le nombre d’apprenants du français au primaire, au secondaire et dans les classes bilingues baisse d’année en année. En dépit des efforts pour promouvoir la Francophonie, l'anglais fait de plus en plus figure de langue des affaires.

À l’instar du français, l'anglais est uniquement une langue seconde dans le pays. Mais c’est une langue qui est enseignée presque partout au point où l’on peut affirmer que «l'anglais est la langue de l'avenir, le français, celle du souvenir». Les Français peuvent difficilement s'y résigner. Aujourd'hui, plus de cinq millions de Vietnamiens maîtriseraient l'anglais, à des degrés divers, soit environ 6,5 % de la population (2001). Il y a certes une certaine nostalgie de la génération de 60 ans, mais la nouvelle génération se détourne de plus en plus du français au profit de l’anglais, jugé plus utile. Cette situation s'explique par la forte présence de soldats américains entre 1961 et 1975 au Sud-Vietnam, ainsi que par la forte émigration vers les pays anglophones. La langue anglaise est de plus en plus visible dans le paysage vietnamien, particulièrement dans les grandes entreprises anglo-américaines qui détiennent les grands hôtels, et les écoles internationales.  

3 Les religions

Le Vietnam est un carrefour et une charnière importante entre le monde chinois et le monde indien. Depuis des temps très anciens, les forces morales et spirituelles de ces deux univers ont façonné le peuple vietnamien qui puise ses sources dans le bouddhisme, le confucianisme et le taoïsme. Se sont ajoutées ensuite d'autre religions venues de l'extérieur. On pourrait résumer ainsi la répartition des religions au Vietnam (Wikipedia, 2014):

Les religions établies de longue date au Vietnam comprennent la religion populaire vietnamienne, historiquement structurée par les doctrines du confucianisme et du taoïsme chinois, ainsi que par une forte tradition du bouddhisme (appelées les trois enseignements ou tam giáo). Selon les statistiques officielles du gouvernement de 2014, quelque 24 millions de personnes étaient identifiées comme appartenant à l'une des religions organisées reconnues, sur une population de 90 millions de personnes. Sur ce nombre, 11 millions étaient des bouddhistes (12,2%); 6,2 millions, des catholiques (6,9%); 4,4 millions, des caodaiens (4,8%); 1,4 million, des protestants (1,6%); 1,3 million, des hoahaistes (1,4%). A cela s'ajoutent 75 000 musulmans, 7000 bahá'ís, 1500 hindous et autres groupes plus petits (<1%). Une petite population juive, essentiellement étrangère, existe à Hanoi et à Hô-Chi-Minh-Ville. Quant aux religions populaires traditionnelles (culte des dieux, des déesses et des ancêtres), elles ont connu une renaissance depuis les années 1980.
Religion populaire vietnamienne 73,1 %
Bouddhisme 12,2 %
Catholicisme romain 6,9 %
Caodaïsme 4,8 %
Protestantisme 1,5 %
Hoahaïsme 1,4 %
Autres 0,1 %

 3.1 Les religions traditionnelles et étrangères

Au Vietnam, les religions traditionnelles sont le bouddhisme, le confucianisme et le taoïsme.

- Le bouddhisme

Le bouddhisme est apparu au Vietnam autour du IIe siècle de notre ère chrétienne, mais il n'est devenu une religion officielle dans ce pays qu'en 969 au temps de la dynastie des Ly, lorsque la philosophie prit un caractère de croyance populaire. Bien que quelque peu ésotérique, le bouddhisme mahayana est devenu une religion d'État au XIIe siècle. Le bouddhisme s'est largement répandu parmi la population et a exercé une profonde influence sur la vie sociale en laissant de nombreuses traces dans les domaines culturel et architectural. De nombreuses pagodes ont construites au Moyen Âge. Aujourd'hui, les adeptes du bouddhisme représentent environ 12,2 % de la population.

- Le confucianisme

Depuis 2000 ans, le confucianisme est à la base des institutions sociales et familiales du Vietnam. C'est avant tout une philosophie morale, fondée par Confucius (-551 à -479), qui ne se préoccupe ni des origines du monde, ni des fins de l’homme dans l’au-delà. Le confucianisme préconise une société paisible et stable soumise à un souverain, à l’image d’une famille hiérarchisée autour du père.

- Le taoïsme

C'est encore une philosophie qui préconise la contemplation et la vie simple. On attribue à Chang Long la responsabilité de l’avoir officiellement déclarée religion en 143 avant notre ère. Par la suite, le taoïsme s’est divisé deux: le culte des Immortels et la Voie du professeur divin. Son idéal est de revenir au Tao, c'est-à-dire la Voie, le principe de l’univers. Seule une élite, tant en Chine qu’au Vietnam, a été capable de comprendre réellement une telle philosophie.

- Le culte des ancêtres (religion traditionnelle)

Le culte des ancêtres est au Vietnam de la plus haute importance. L'objectif du culte des ancêtres est de perpétuer un ensemble affectif aussi intense que possible en reliant d’une façon indissoluble les vivants et les morts d’un même clan. Il a pour pratique l’entretien des tombes, mais surtout le culte qui doit être rendu dans le temple familial aux tablettes des quatre générations ascendantes : le trisaïeul et sa femme, le bisaïeul et sa femme, l'aïeul et l'aïeule, père et mère. Au fur et à mesure, on enterre les tablettes des générations les plus vieilles sous le sol du temple. Chaque village possède un temple des ancêtres qui contient les archives de chaque famille, représentées par les tablettes. Les nombreuses autres religions pratiquées au Vietnam ont été apportées plus tard. Au moins 73 % des Vietnamiens pratiquent le culte des ancêtres.

- Le christianisme

C'est seulement vers le XVIe siècle que la religion catholique fut apportée par les missionnaires portugais de l'ordre des dominicains. D'abord installés
à Malacca (Malaisie), les dominicains se rendirent au Cambodge et dans le sud du Vietnam. Ils furent suivis par les jésuites. La Société des Missions étrangères de Paris poursuivit son œuvre d'évangélisation pendant la période de colonisation française en Cochinchine, dans le Tonkin et en Annam, devenant l'Indochine française. Les catholiques représentent aujourd'hui 6,9 % de la population.

La plupart des protestants (1,5 %) font partie des minorités ethniques des hauts plateaux du Sud. Les autorités vietnamienne accusent les protestants de ces régions d’avoir aidé les forces américaines et la CIA pendant la guerre du Vietnam. C'est pourquoi les hauts plateaux sont pratiquement interdits d’accès à tous les étrangers.

De toute façon, les autorités du pays se méfient de ces populations qui, en plus de pratiquer des religions étrangères, parlent des langues non vietnamiennes.

- Le caodaïsme

Le caodaïsme est né en 1926 lorsqu'un simple fonctionnaire, Ngô Van Chieû, affirma être entré en communication avec un esprit s'appelant Cao Dai. La religion caodaïste est basés sur la communication avec les esprits ; elle se veut une réunification du bouddhisme, du confucianisme, du taoïsme et d
u christianisme. Les fidèles honorent Bouddha, Jésus-Christ et Mahomet, ainsi que des personnes telles Victor Hugo, Jeanne d'Arc, Churchill ou Sun Yat Sen (1866-1925), un révolutionnaire chinois considéré comme «le père de la Chine moderne». Le caodaïsme rassemble actuellement 4,8 % de la population (4,4 millions d'adeptes).

- L'hindouisme

L'hindouisme est la religion officielle des Chams avec 56 400 croyants concentrés principalement dans la province du Ninh Thuan. Bien que d'origine indienne, l'hindouisme vietnamien a été adapté à la culture locale en absorbant le bouddhisme et l'islam.

- L'islam

Les premiers contacts du Vietnam avec l'islam datent du VIIe siècle ou du VIIIe siècle, lorsque des marins arabes musulmans faisaient escale dans des ports du pays. Un recensement de 1999 dénombrait plus de 63 000 musulmans, dont 77 % vivent dans la région du Sud-Est, et 22 % de ceux-ci dans la région du delta du Mékong.

3.2 La législation vietnamienne

En principe, la liberté de religion est reconnue au Vietnam. L'article 24 de la Constitution de 2013 se lit comme suit:

Article 24

1)
Toute personne a droit à la liberté de croyance et de religion, elle peut pratiquer ou ne pas pratiquer une religion. Toutes les religions sont égales devant la loi.

2) L'État respecte et protège le droit à la liberté de croyance et de religion.

3) Nul ne doit porter atteinte à la liberté de croyance ou de religion ni tirer parti des croyances et des religions pour enfreindre la loi.

De plus, l'Assemblée nationale a adopté en 2016 la Loi sur les croyances et la religion. L'article 6 porte également sur la liberté de croyance et de religion:  

Luật số 02/2016/QH14 tín ngưỡng, tôn giáo (2016)

Điều 6.

Quyền tự do tín ngưỡng, tôn giáo của mọi người

1)
Mọi người có quyền tự do tín ngưỡng, tôn giáo, theo hoặc không theo một tôn giáo nào.

2) Mỗi người có quyền bày tỏ niềm tin tín ngưỡng, tôn giáo; thực hành lễ nghi tín ngưỡng, tôn giáo; tham gia lễ hội; học tập và thực hành giáo lý, giáo luật tôn giáo.

3) Mỗi người có quyền vào tu tại cơ sở tôn giáo, học tại cơ sở đào tạo tôn giáo, lớp bồi dưỡng của tổ chức tôn giáo. Người chưa thành niên khi vào tu tại cơ sở tôn giáo, học tại cơ sở đào tạo tôn giáo phải được cha, mẹ hoặc người giám hộ đồng ý.

4) Chức sắc, chức việc, nhà tu hành có quyền thực hiện lễ nghi tôn giáo, giảng đạo, truyền đạo tại cơ sở tôn giáo hoặc địa điểm hợp pháp khác.

6) Chính phủ quy định chi tiết việc bảo đảm thực hiện các quyền quy định tại khoản 5 Điều này.

Loi n° 02/2016 / QH14 sur les croyances et la religion

Article 6

Droit de chacun à la liberté de croyance et de religion

1)
Toute personne a droit à la liberté de croyance et de religion, de pratiquer ou de ne pas pratiquer de religion.

2) Toute personne a le droit d'exprimer des croyances et sa religion; de pratiquer des rituels et des activités religieuses; de participer à des cérémonies; d'étudier et mettre en pratique les doctrines et les lois religieuses.

3) Toute personne a le droit de fréquenter un établissement religieux, d’étudier dans un établissement de formation religieuse ou dans une classe de formation d’un organisme religieux. Les mineurs qui entrent dans des établissements religieux ou étudient dans des établissements de formation religieuse doivent être agréés par leur père, leur mère ou leur tuteur.

4) Les dignitaires, les prêtres et les moines ont le droit d'accomplir des rituels religieux, de prêcher et d'évangéliser dans des établissements religieux ou d'autres lieux légaux.

6) Le gouvernement établira des règles détaillées pour assurer l’exercice des droits énoncés au paragraphe 5 du présent article.

L'article 6 de la loi reconnaît la liberté de religion et le droit pour tout individu de pratiquer la religion de son choix, même le droit d’étudier dans un établissement de formation religieuse, etc. Adoptée en 2016 et entrée en vigueur le 1er janvier 2018, la Loi sur les croyances et la religion exige une approbation obligatoire par l’État pour toute communauté religieuse. L'État vietnamien reconnaissait en 2018 quelque 38 organisations religieuses, dont 14 traditions religieuses : bouddhisme, islam, baha’i, catholicisme, protestantisme, mormonisme, hoahaoïsme, caodaïsme, Buu Son Ky Huong, Tinh Do Cu Si Phat Hoi, Tu An Hieu Nghia, Phat Duong Nam Tong Minh Su Dao, Minh Ly Dao Tam Tong Mieu, brahmanisme khmer. Parallèlement au bouddhisme, il existe d'autres cultes particuliers tels que le caodaïsme (de Cao Dai, «Palais suprême» en vietnamien), fondé en 1920 par Ngô Van Chieu, a été très puissant dans les années 1950. Il s'inspire à la fois du taoïsme, du bouddhisme, du confucianisme et du christianisme. Le confucianisme, le taoïsme et les autres religions chinoises sont en régression.

La religion la plus répandue au Vietnam est le bouddhisme mahayana, pratiquée par 50 % de la population. La minorité catholique romaine (6,2 millions de fidèles ou 6,6 % de la population) demeure importante, en dépit d'une forte répression il y a quelques décennies après l'indépendance; le Vietnam est le deuxième pays catholique d'Asie après les Philippines.

Les descendants des Chams (environ 40 000) pratiquent l'hindouisme ou l'islam, les peuples montagnards des cultes animistes. Au Vietnam, le culte des ancêtres, qui est l'expression rituelle de la piété filiale, est parfois considéré comme une religion en soi. Il se fonde sur la croyance que l'âme du défunt survit après sa mort et protège ses descendants; une âme sans descendant est donc vouée à une errance éternelle.

3.3 Le contrôle des religions ethniques

Les minorités ethniques constituent plus de 15 % de la population. Selon les estimations, les deux tiers des protestants appartiennent à des minorités ethniques, y compris des groupes dans les hauts plateaux du Nord-Ouest (Hmong, Dzao, Thaï, etc.) et dans les hauts plateaux du Centre (Édé, Jarai, Sedang et M'nong, etc.), y compris les groupes appelés «Montagnards». On signale que les Montagnards, principalement protestants, sont souvent harcelés; ils voient leurs biens confisqués ou ils font l'objet de discriminations parce qu'ils organisent des services religieux non autorisés.

Les autorités locales vietnamiennes et la police prennent régulièrement pour cible certains individus ou groupes ethniques en raison de leurs croyances ou de leur origine ethnique, généralement ceux qui défendent la démocratie, les droits de l’homme et la liberté de religion.

Toutefois, les instruments de contrôle sont extrêmement tatillons. Même reconnues légalement par un certificat d'enregistrement, les minorités religieuses doivent souvent faire face à de nombreuses contraintes imposées par le gouvernement. Dans certains cas, les cérémonies religieuses sont interdites; ou bien les représentants sont convoqués régulièrement par les autorités locales, alors que d'autres sont fortement incités à abandonner la pratique de leurs croyances; ou encore les prêtres ou les moines sont harcelés ou sanctionnés arbitrairement. À tout moment, le gouvernement peut exproprier des terrains ou détruire des bâtiments à des fins apparemment commerciales ou, plus exceptionnellement, pour construire des barrages hydro-électriques. La rénovation ou la modernisation des installations religieuses nécessite également une approbation écrite de la part des autorités locales.

Dans le cas des catholiques et des protestants, la liberté de religion est limitée dans la mesure où le gouvernement n'autorise l'admission de nouveaux séminaristes que tous les six ans. De plus, il est interdit d'importer la Bible dans le pays.

De nombreuses manœuvres d’amalgames et de fausses accusations ont été combinées dans le but d’assigner à résidence et d’emprisonner les dirigeants religieux qui s’opposent à la politique de répression et de destruction des religions, une politique qui se poursuit de façon cruelle depuis 1975 jusqu’à aujourd’hui.

3.4 Une liberté religieuse entravée

Évidemment, de telles pratiques ont pour effet d'entraver la liberté de religion, comme c'est le cas de plusieurs communautés catholiques du Vietnam. Bref, tout membre d'une communauté religieuse peut devenir du jour au lendemain un contrevenant dans la mesure où il constituerait une menace pour les autorités: ou bien les activités religieuses portent atteinte à la sécurité nationale, ou bien elles divisent la nation ou bien elles nuisent à la cohésion sociale.

En fait, la législation vietnamienne porte exclusivement sur le contrôle de l'État sur les religions; elle n'est pas faite pour répondre aux besoins religieux des pratiquants. D'ailleurs, les groupes de défense de la liberté de religion croient que la loi de 2016 est avant tout une tentative de restreindre les libertés religieuses plutôt que de les protéger. Selon la loi en vigueur, les groupes religieux doivent être enregistrés et approuvés par le gouvernement pour pouvoir pratiquer leur religion. Cette mesure est perçue comme une «ingérence excessive de l'État» dans les affaires intérieures des organisations religieuses. De plus, le Parti communiste craint toujours que la religion puisse éventuellement saper la «sécurité nationale», «l’unité nationale» et «l’ordre public». Le vrai motif inavoué, c'est que le Parti communiste veut contrôler la religion parce qu'il redoute que les chefs religieux aient plus de prestige et d'influence que les représentants du gouvernement. Quoi qu'il en soit, ces mesures entravent la liberté religieuse, notamment les religions des minorités ethniques, jamais celle de Viet (Kinh).   

Dernière révision: 11 janv. 2019
 

Vietnam
 

L'Asie
Accueil: aménagement linguistique
dans le monde