United Kingdom

Falkland Islands / Malvinas

(Îles Malouines)

Territoire britannique d'outre-mer

Capitale: Port Stanley
Population: 3662 habitants (2021) + 2000 soldats britanniques
Langue officielle: anglais (de facto)
Groupe majoritaire: anglais (85 %)
Groupes minoritaires: espagnol (7,8 %), philippin ou filipino (3,9 %), shona (1,3 %), afrikaans (1,1 %), français (0,3 %, etc.
Système politique: territoire britannique d'outre-mer
Articles constitutionnels (langue): art. 1, 5, 6, 16 et 18 de la Constitution du 1er janvier 2009
Lois linguistiques: Loi sur la nationalité britannique (1981); Loi sur la marine marchande (1995); Loi sur le Tribunal pénal international  (Territoires d'outre-mer) (2001); Loi sur la nationalité, l'immigration et le droit d'asile (2002); Loi sur l'éducation (2002).

1 Situation générale

Les îles Malouines (en anglais: Falkland Islands; en espagnol: Islas Malvinas) forment un archipel du sud de l'océan Atlantique, à l'est du détroit de Magellan et au nord-est de l'extrémité australe de l'Amérique du Sud (voir la carte générale).  Les quelque 200 îles de l'archipel sont réparties en deux groupes principaux à l'est et à l'ouest du détroit des Falkland: l'East Falkland ou Falkland orientale (6605 km²) ou Grande Malouine et la West Falkland ou Falkland occidentale ou Malouine occidentale (4532 km²). Voir la carte détaillée.

L'archipel a une superficie totale d'environ 12 173 km², correspondant à peu près à celle de l'Irlande du Nord (14 139 km²) ou une fois et demi celle de la Corse (8691km²). La Falkland occidentale occupant 4532 km² et la Falkland orientale, 6605 km², toutes les deux comprenant de nombreux îlots attenants. La capitale est Port Stanley (ou simplement Stanley) sur la côte est de la Falkland orientale. Les îles Malouines sont distantes de 15 000 km de la Grande-Bretagne.

Du point de vue géologique, les îles Malouines font partie de la Patagonie, située en Argentine, et sont reliées au continent par un plateau sous-marin élevé. Les Malouines sont situées à 485 km des côtes argentines, soit trente fois moins éloignées que pour Londres.

1.2 Le gouvernement local

Les îles Malouines ou Falkland constituent un territoire britannique d'outre-mer autonome ("a self-governing British Overseas Territory").

En vertu de la Constitution de 2009, les îles jouissent d'une pleine autonomie interne; le Royaume-Uni est responsable des affaires étrangères et conserve le pouvoir de «protéger ses intérêts et d'assurer la bonne gouvernance générale du territoire». Le monarque du Royaume-Uni est le chef d'État, et le pouvoir exécutif est exercé en son nom par le gouverneur qui nomme le chef de l'exécutif des îles sur avis des membres de l' Assemblée législative. Le gouverneur et le chef de l'exécutif exercent tous deux la fonction de chef du gouvernement.

L'Assemblée législative ("Legislative Assembly") est un parlement monocaméral composé du chef de l'exécutif, du directeur des finances et de huit membres (cinq de Stanley et trois de Camp ) élus au suffrage universel pour un mandat de quatre ans. Tous les élus politiques des îles Falkland sont indépendants; il n'existe aucun parti politique dans l'archipel.

Aujourd'hui, la Géorgie du Sud-et-les Îles Sandwich du Sud sont sous la même juridiction que les îles Malouines.

Les îles Malouines fonctionnent presque comme une démocratie à part entière, avec leur propre constitution, leurs lois et leur budget. Seules la politique étrangère et la défense sont assurées par la Grande-Bretagne. Vestige du colonialisme, un gouverneur représente la couronne britannique et discute avec le Parlement local.

La défense des îles est assurée par le Royaume-Uni. Une garnison militaire britannique d'environ 1000 à 2000 soldats, mais généralement près de 1700, est stationnée sur les îles, et le gouvernement des Falkland finance un peloton supplémentaire pour la Force de défense des îles Falkland ("Falkland Islands Defence Force"), une compagnie d'infanterie légère. Les îles Falkland revendiquent une zone économique exclusive (ZEE) s'étendant sur 200 milles nautiques (370 km) à partir de leurs lignes de base côtières, sur la base de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer; cette zone chevauche la ZEE de l'Argentine.

1.3 L'Argentine

Pour les Argentins, les "Islas Malvivas son Argentinas" («les îles Malouines sont argentines») sont argentines, car la souveraineté territoriale de l'archipel lui appartient depuis 1820, alors que l'Espagne cédait ces îles au gouvernement de Buenos Aires. Le 2 janvier 1833, les Britanniques occupèrent militairement l'archipel et se l'approprièrent unilatéralement. De son côté, l'Argentine a toujours revendiqué les îles Malouines (les Malvinas) comme faisant partie de son territoire national. Néanmoins, le gouvernement argentin ne remet pas en question les Accords de Madrid, signés en 1990 par le président Carlos Menem (1989-1999), et qui cédaient un million de kilomètres carrés de mer territoriale au Royaume-Uni; il ne reconsidère pas non plus la Loi de protection des investissements britanniques. Et il continue de payer scrupuleusement la dette envers les banques anglaises et de subventionner les sociétés britanniques. Voici les «dispositions transitoires» de la Constitution argentine de 1994:

DISPOSICIONES TRANSITORIAS - Argentina

Primera.

1) La Nación Argentina ratifica su legítima e imprescriptible soberanía sobre las islas Malvinas, Georgias del Sur y Sandwich del Sur y los espacios marítimos e insulares correspondientes, por ser parte integrante del territorio nacional.

2) La recuperación de dichos territorios y el ejercicio pleno de la soberanía, respetando el modo de vida de sus habitantes, y conforme a los principios del Derecho Internacional, constituyen un objetivo permanente e irrenunciable del pueblo argentino.

DISPOSITIONS TRANSITOIRES - Argentine

Première disposition

1) La nation argentine ratifie sa souveraineté légitime et imprescriptible sur les îles Malouines, les îles Géorgie du Sud et Sandwich du Sud ainsi que les espaces maritimes et insulaires correspondants comme faisant partie intégrante du territoire national.

2) La récupération de ces territoires et l'exercice entier de la souveraineté, respectant le mode de vie de ses habitants, et conformément aux principes du droit international, constituent un objectif permanent et irrévocable du peuple argentin.

Évidemment, ce genre de dispositions demeure symbolique, car l'Argentine a décidé de prendre une «pause» à ce sujet. Les Argentins réclamaient aussi comme appellation internationale le nom de Islas Malvinas (îles Malouines, en français). La présidence argentine a toujours dénoncé la «militarisation de l’Atlantique Sud» et le «piratage de ses ressources pétrolières» de la part du Royaume-Uni. Dans une lettre adressée au premier ministre britannique et datée du 3 janvier 2013, Mme Kirchner, la présidente argentine de l'époque, demandait au Royaume-Uni de négocier la restitution des îles Malouines à son pays.  

Selon le Comité de la décolonisation de l'ONU, il existe actuellement seize territoires colonisés en litige. Dix d'entre eux sont britanniques : les Malouines, Gibraltar (revendiqué par l'Espagne), Anguilla, les îles Vierges britanniques, les îles Caïman, Montserrat, les îles Turks-et-Caicos, l'île de Sainte-Hélène, les Bermudes et l'île Pitcairn dans le Pacifique.

1.4 Le terme de "Camp"

Aux îles Falkland, le terme "Camp" (en anglais) désigne toutes les parties des îles situées en dehors de Stanley, la seule ville importante de l’archipel, et souvent de la grande base de la RAF de Mount Pleasant. Le terme Camp dérive de l’espagnol campo, qui signifie «campement» ou «hébergement», et s’emploie sans article défini : on dit donc en anglais "in Camp", et non "in the Camp". La région dite Camp comprend divers petits hameaux, tels que Fox Bay, Goose Green, Darwin et Port Howard (voir la carte détaillée), qui se résument généralement à quelques maisons. Port Louis, au nord de la Falkland orientale, est la plus ancienne colonie permanente des îles, fondée par les Français en 1764. Port Egmont, sur l'île Saunders, aujourd'hui abandonnée, est la plus ancienne colonie britannique. La majorité de la population de Camp vit dans la Falkland orientale, suivie de la Falkland occidentale.

Des îles périphériques comme Pebble, Sea Lion, West Point, Weddell et Carcass Island (voir la carte détaillée) sont également habitées. Le terme "Camp" est employé dans un contexte officiel : par exemple, l'Assemblée législative des îles Falkland comprend les circonscriptions électorales de Stanley et de Camp.

1.5 L'origine du terme Falkland

L'archipel a deux dénominations distinctes: Malouines ou Malvinas en espagnol et Falkland en anglais. Le nom anglais vient du détroit de Falkland, lequel sépare les deux îles principales. Le nom lui-même a été donné au détroit par John Strong, capitaine d’une expédition anglaise qui débarqua sur les îles en 1690. Strong nomma le détroit en l’honneur d’Anthony Cary, 5e vicomte Falkland, trésorier de la Marine qui parraina son voyage. Le titre du vicomte provient de la ville de Falkland, en Écosse — le nom de la ville vient probablement d’un terme gaélique désignant une enceinte ("lann"), mais il pourrait moins être plausible de provenir du terme anglo-saxon folkland (terre détenue par le droit du peuple). La dénomination Falkland ne fut appliquée aux îles qu’en 1765, lorsque le capitaine britannique John Byron de la Royal Navy les revendiqua pour le roi George III sous le nom de «îles Malouines». Aujourd'hui, le terme Falkland est une abréviation standard utilisée pour désigner l'ensemble de l'archipel.

Le nom espagnol courant de l’archipel, Islas Malvinas, dérive des Îles Malouines françaises — le nom donné aux îles par l’explorateur français Louis-Antoine de Bougainville en 1764. Celui-ci fonda la première colonie des îles, nomma la région d’après le port de Saint-Malo (point de départ de ses navires et colons).

2 Données démolinguistiques

La population des îles Malouines était de 3660 habitants en 2021, auxquels il faut ajouter la présence de quelque 1000 à 2000 soldats britanniques. La capitale Stanley regroupe à elle seule les trois quarts de la population (environ 2700 habitants), le reste étant dispersé sur les deux îles principales et sur quelques îles avoisinantes (environ 650 habitants); seulement quinze îles sont habitées sur les 200 que compte l’archipel.

2.1 La composition de la population

La population des îles Malouines est relativement homogène, car elle est majoritairement issue d'immigrants écossais et gallois installés sur le territoire après 1833. On compte également parmi les habitants nés aux Malouines des descendants d'Anglais, de Français, de Gibraltariens, de Scandinaves et de Sud-Américains.

Le recensement de 2016 a révélé que 43 % des résidents étaient nés dans l'archipel, les résidents nés à l'étranger étant bien intégrés à la culture locale. Ils proviennent du Royaume-Uni, du Zimbabwé, des Philippines, de l’île Sainte-Hélène (dans l’Atlantique Sud), du Chili, de l'Australie, du Pérou, de l'Italie et de la Nouvelle-Zélande. Entre 2012 et 2016, les groupes ayant enregistré les plus fortes augmentations étaient le Royaume-Uni, le Zimbabwé et les Philippines; ces deux derniers pays reflétant des secteurs d’emploi spécifiques dans les îles. La figure ci-contre illustre l’évolution du nombre de personnes nées à l’étranger depuis 2012 pour les pays ayant connu les plus fortes variations.

Environ 30 % de la population sont des résidents temporaires, titulaires de visas de travail de courte durée ou travaillant sur la base militaire de la RAF Mount Pleasant. En vertu de la loi de 1983 sur la nationalité britannique (îles Falkland), les habitants des îles Falkland sont des citoyens britanniques.

2.2 Les langues parlées

Si l'anglais est la langue maternelle de 85 % de la population non résidente, 496 personnes dans les îles parlent une autre langue à la maison. Le nombre de langues étrangères parlées était de 31 au recensement de 2016, reflétant ainsi la diversité des origines des habitants. La langue étrangère la plus couramment parlée à domicile est l'espagnol (325 personnes), suivi du shona (langue zimbabwéenne) et des langues et dialectes philippins, dont le philippin et le tagalog (64 personnes).

Langue parlée à la maison Total (2016) Originaires des îles Originaires d'ailleurs
Espagnol 325 83 242
Shona 73 0 73
Philippin 64 0 64
Français 26 2 24
Italien 10 0 10
Allemand 7 1 6
Autres 0 0 56

Près de 45 % des personnes qui parlent une autre langue que l'anglais à la maison sont des résidents permanents ; parmi eux, 77 % parlent espagnol. Chez les résidents temporaires, la langue étrangère la plus courante est également l'espagnol (42 %), suivi du shona (22 %).

Cela dit, le recensement de 2021 révélait que le nombre total des autres langues que l'anglais parlées était de 56 (donc 25 de plus qu'en 2016), les plus importantes étant les suivantes: espagnol (287), philippin (145), shona (51), afrikaans (41) et français (11). Rappelons que l'espagnol parlé aux Malouines et l'espagnol chilien, non l'espagnol argentin, mais l'espagnol enseigné est celui de l'Espagne.

2.3 L'anglais des îles

L'anglais des îles Falkland est principalement de type britannique. Néanmoins, en  raison de leur isolement, la petite population insulaire a développé et conserve sa propre variation locale d'anglais, qui persiste malgré un grand nombre d'immigrants du Royaume-Uni au cours des dernières années. Dans les zones rurales, c'est-à-dire partout en dehors de Stanley, appelées "camp" (de l'espagnol "campo", qui signifie dans cette langue «campagne», l'accent particulier des Falkland est généralement plus marqué. Cette variante de l'anglais présente des ressemblances avec les variantes australiennes et néo-zélandaises, ainsi qu'avec le scots des Lowlands en Écosse. Forcément, en tant que territoire britannique d'outre-mer, l'archipel des Malouines a l'anglais comme langue officielle.

- L'aptitude à parler l'anglais

Groupe d'âge Total Très bien Bien Mal Pas du
tout
<5 25 9 1 1 14
5-12 20 13 4 3 0
13-18 17 13 3 1 0
15-64 420 218 152 42 8
65+ 21 15 4 2 0
Remarque : la catégorie des 15-64 ans chevauche le groupe d'âge des 13-18 ans et est incluse pour illustrer les habiletés en langue anglaise dans la catégorie des personnes en âge de travailler.
Une question sur l'aptitude à parler anglais a été posée aux personnes dont ce n'est pas la langue maternelle («Aptitude à parler l'anglais comme langue seconde, 2016»). Sur les 496 personnes interrogées, 86 % ont indiqué parler anglais «très bien» ("very well") ou «bien» ("well"), tandis que 14 % ont déclaré «mal» ("not well") ou «pas du tout» ("not at all").

Le tableau ci-contre présente les données relatives à la capacité à parler anglais par groupe d'âge et étape de la vie. Bien que les effectifs soient relativement faibles, les résultats montrent que cette habileté s'améliore une fois que les enfants atteignent l'âge scolaire; seuls trois enfants âgés de 5 à 12 ans éprouvent des difficultés à parler anglais. Douze pour cent des personnes non anglophones âgées de 15 ans et plus ont indiqué «mal» parler anglais ou «pas du tout». Ce phénomène était plus fréquent chez les jeunes adultes (au début de l'âge de 20 ans) et les personnes âgées d'une cinquantaine d'années, et est lié à la durée de résidence dans les îles; 70 % des personnes ayant des difficultés à parler anglais résidaient dans les îles depuis deux ans ou moins.

- La mobilité de la population

Il a été demandé aux personnes interrogées où elles résidaient habituellement il y a dix ans. Quarante-huit pour cent des résidents habituels ont indiqué vivre à Stanley, contre 30% qui vivaient à l'étranger et 11% dans le Camp (Campo en espagnol). Près des trois quarts des résidents permanents vivant actuellement à Stanley y vivaient également il y a dix ans, et 4 % d'entre eux, soit 73 personnes, ont déménagé à Stanley depuis Camp. Concernant les résidents actuels du camp, environ 60 % y vivaient il y a dix ans et près d'un quart des résidents permanents, soit 76 personnes, vivaient auparavant à Stanley. Parmi les personnes qui ont indiqué vivre à l'étranger il y a 10 ans, 5 %, soit 48 personnes, ont déclaré être retournées aux Malouines après une absence de plus de dix ans. Sur ces 48 personnes, 60 % sont des résidents permanents.

Par ailleurs, les insulaires dont majoritairement des Blancs, mais il y a aussi des Noirs saints-hélèniens et des Hispaniques chiliens. Les insulaires de souche, tous des éleveurs de moutons, des pêcheurs, ou des descendants de militaires et de fonctionnaires, sont appelés kelpers («habitants des varechs») ou campers («campeurs») ou plutôt «habitants résidant dans le Camp», selon qu'ils habitent le littoral ou les régions intérieures. Autrement dit, les Islanders ne constituent guère une population «autochtone», car comme dans toute enclave il s'agit d'une population «externe» qui y fut implantée. D'ailleurs, presque tous sont des descendants de Britanniques, mais avec un niveau de vie supérieur à celui des Anglais européens, et protégés par une troupe permanente de soldats britanniques.

2.4 Les militaires britanniques

Le Royaume-Uni a investi massivement dans la défense des îles, notamment en construisant de toutes pièces la base aérienne de Mount Pleasant. Situé à une cinquantaine de kilomètres au sud-ouest de Stanley, la capitale, le complexe a été inauguré officiellement le 12 mai 1985 et est devenu pleinement opérationnel l'année suivante, en mai 1986, devenant ainsi la plus récente base aérienne permanente de la RAF. Quatre avions de chasse Typhon n° 1435 Flight RAF assurent la défense aérienne des îles et des territoires environnants.

En plus des insulaires des Malouines, il existe un contingent d'environ entre 1000 à 2000 militaires britanniques, généralement membres de la Royal Air Force (RAF). Ils sont massivement cantonnés à la base de Mount Pleasant et certains d'entre eux à Mont Kent, mais vivent complètement à l'écart de la population.

Il convient également de préciser que l'archipel des Malouines constitue un terrain d'entraînement exceptionnel pour les exercices militaires impliquant les trois armées britanniques. Le relief aride et le climat rigoureux offrent des opportunités d'entraînement uniques aux soldats, sans oublier le soutien de la population locale. Les militaires ne résident que de quatre à six mois sur l'île de la Falkland orientale et sont autosuffisants en termes d'approvisionnements et de divertissements. Ils n'ont à peu près aucun contact avec la population de souche. À part les Chiliens (espagnol) et les très rarissimes Japonais, tous parlent l'anglais britannique. 

3 Données historiques

Le premier découvreur européen des îles aurait été, selon les Argentins, le navigateur espagnol Esteban Gomez (1520); pour les Britanniques, ce fut John Davies en 1592. En 1600, le navigateur hollandais Sebald Van Weert avait accosté sur les îles et les avait nommées îles Sebald. En 1690, le capitaine John Strong, un Anglais, navigua sur le détroit entre la Falkland orientale et la Falkland occidentale, et lui donna le nom de détroit de Falkland (d'après Lucius Cary, deuxième vicomte de Falkland).

3.1 Les Malouines françaises

Grâce à un capital familial, le comte Louis-Antoine de Bougainville (1729-1811), un Français, qui avait été aide de camp du marquis de Montcalm, fonda la Compagnie de Saint-Malo pour la colonisation des Malouines. Il avait comme objectif de relocaliser les Acadiens déportés de la Nouvelle-Écosse ayant transité par la France. En 1763, de Bougainville prit possession de la Falkland orientale au nom de Louis XV et y installa des Acadiens chassés du Canada par les Britanniques (lors de la déportation des Acadiens). L'année suivante, d'autres colons acadiens et français venus de Saint-Malo (d'où le nom de Malouines) s'ajoutèrent à la petite communauté naissante. Les Acadiens et les Français défrichèrent le sol et fondèrent un petit bourg nommé Port-Louis.

En 1765, des Britanniques s'installèrent sur la Falkland occidentale. Mais les Espagnols s'insurgèrent contre cette présence «illégale» des Français et des Anglais parce que les Malouines faisaient partie de leur vice-royaume de Lima. Soucieux d´éviter un conflit avec l'Espagne alliée, Louis XV céda ses droits sur l'archipel en vendant la petite colonie aux Espagnols pour un demi-million de francs (?).

Le 25 mars 1767, trois bâtiments de la Marine française vinrent rapatrier la colonie fondée par Bougainville, qui écrivit alors:

Le ler avril (1767), je livrai notre établissement aux Espagnols qui en prirent possession en arborant l'étendard d'Espagne, que la terre et les vaisseaux saluèrent de vingt et un coups de canon au lever et au coucher du soleil. J'avais lu aux Français habitants de cette colonie naissante une lettre du roi, par laquelle Sa Majesté leur permettait d'y rester sous la domination du roi catholique. Quelques familles profitèrent de cette permission ; le reste, avec l'état-major, fut embarqué sur les frégates espagnoles, lesquelles appareillèrent pour Montevideo le 27 au matin.

Presque toute la colonie repartit à bord des vaisseaux français, mais une trentaine d'Acadiens restèrent sur l'île où vivent probablement encore leurs descendants. En 1774, les Britanniques quittèrent les îles pour des raisons économiques. Lire aussi l'article de «La nouvelle Acadie»: les lieux de déportation et d'exil des Acadiens.

3.2 Les Malouines espagnoles

Les Islas Malvinas restèrent donc espagnoles jusqu'en 1811. Quelques années plus tard, soit en 1816, l'Argentine se libéra de la tutelle espagnole et, en 1820, revendiqua la souveraineté sur les Islas Malvinas. Selon les Argentins, le nouvel État devait hériter automatiquement de tous les droits espagnols de la région, ce qui incluait les Malvinas (Malouines).

Les autorités argentines y installèrent un gouverneur et une petite colonie pénitentiaire. Toutefois, afin d'éviter la prise des îles par les Américains, les Britanniques reprirent les Malouines aux Argentins en janvier 1833, sans devoir tirer un seul coup de feu. Puis ils expulsèrent les habitants et soutinrent n’avoir jamais renoncé à leurs droits, ce qui n'empêcha pas l'Argentine de maintenir ses revendications, en vain.

3.3 Les Falkland britanniques

En 1837, les Malouines/Malvinas s'appelèrent officiellement Falkland Islands et obtinrent officiellement le statut de «colonie britannique». Les îles Falkland (Malouines, en français) connurent ensuite une longue période de paix durant un siècle et demi. Pendant les deux grandes guerres mondiales, les îles démontrèrent leur grande valeur stratégique. En décembre 1914, un escadron de la marine britannique basé à Stanley combattit la flotte allemande et reprit le contrôle de l’Atlantique-Sud. En décembre 1939, la bataille de River Plate fut remportée par un groupe de croiseurs de la Royal Navy; après le conflit, un des navires mouilla à Port Stanley pour des réparations. Les insulaires continuèrent d'élever leurs moutons et à parler l'anglais.

3.4 La guerre des Malouines

Les négociations en vue d'un règlement pacifique du conflit argentino-britannique sur la souveraineté des îles Malouines commencèrent au milieu des années 1960 aux Nations unies, mais toute proposition de partage (l'île occidentale à l'Argentine, l'orientale avec la Géorgie et les Sandwich méridionales au Royaume-Uni) fut fermement réfutée tant par Buenos-Aires que par LondresLes discussions étaient encore en cours en avril 1982, lorsque les forces argentines (plus de 10 000 soldats) envahirent et occupèrent toutes les îles britanniques (les Malouines, la Géorgie-du-Sud et la Sandwich-du-Sud) pendant environ dix semaines dans une tentative de régler la question par la force.

La junte militaire au pouvoir à Buenos-Aires s'imaginait ainsi redorer son blason terni par la violence qu'elle avait déclenchée contre sa population, et de plus, engagée dans l'«effet tunnel» de ses certitudes, avait largement sous-estimé la détermination des Britanniques et leur puissance militaire, nettement supérieure. Par ailleurs dans les années 1980, la notion de «droit international» était encore globalement respectée par les grandes puissances et la communauté internationale, de sorte que le coup de force argentin fut condamné à l'Onu.

- La riposte britannique

Sur les places publiques de Buenos Aires, les combattants argentins étaient salués en héros. Eduardo Duhalde, qui sera président de la République de 2002 à 2003, avait déclaré : «Les Malouines sont nôtres et nous allons les récupérer, pas en faisant la guerre, mais par le travail, la foi et la persévérance... Il n'y a pas de titre de possession plus fort que celui octroyé par le sang.» Mais l'enthousiasme des Argentins suscita l'humiliation et la colère des Britanniques qui décidèrent de riposter.

Ce fut la «guerre des Malouines» (blocus maritime et attaque de la flotte argentine) au terme de laquelle l'Argentine fut vaincue par les forces britanniques et se rendit le 14 juin 1982. Trois jours après la capitulation argentine, le général Leopoldo Galtieri (du 22 décembre 1981 au 18 juin 1982) démissionnait de la présidence de la République argentine; il avait lancé son pays dans l'aventure nationaliste dans l'espoir de sauver la dictature militaire menacée par la crise économique et les mobilisations syndicales. Il croyait aussi que les Britanniques ne protesteraient que pour la forme, car Londres s'était bel et bien désintéressé du sort de ces îles déjà qualifiées «de rude inhospitalier et coûteux appendice aux possessions de la Couronne».

Le bilan de l'affrontement pour les Malouines s'éleva à 904 morts, 649 Argentins, 255 Britanniques et trois Islanders. Quelques mois plus tard, la dictature argentine s'écroula, victime de la violence qu'elle avait déclenchée contre sa population.

- Les rancœurs politiques

Loin d'être une crise sans importance, la guerre des Malouines a laissé un souvenir resté vivace tant en Argentine qu'en Grande-Bretagne, ce qui a suscité des rancœurs patriotiques tenaces. Pour les Argentins, la Grande-Bretagne aurait fait la guerre et sacrifié des vies, non pas pour les bergers des Malouines, mais plutôt pour miser sur le potentiel minier et pétrolier de la Péninsule, voire pour renforcer l'orgueil britannique, ce qui leur paraît encore plus «stupide».

Pour la Grande-Bretagne, la stratégie de la réplique militaire à l'Argentine de la part de la «Dame de fer» (Margaret Thatcher, alors première ministre) correspondait à une volonté de susciter l'orgueil national afin de faire oublier le chômage, l'austérité, le problème irlandais et renforcer son propre prestige auprès des électeurs en cas de victoire. De fait, Margaret Thatcher allait tirer profit d'un conflit qui, détournant les préoccupations de la population britannique frappée par sa politique antisociale, lui permettra, grâce à l'élan de fierté nationaliste, de gagner les élections suivantes.

3.5 Le retour de la paix

Depuis la Constitution de 1985, les îles Malouines sont administrées par un gouverneur britannique et un conseil législatif de dix membres. La même année, les dépendances des îles Falkland, qui comprenaient à l'époque les groupes d'îles de la Géorgie du Sud et des îles Sandwich du Sud, ainsi que Shag Rocks et Clerke Rocks, sont devenues un territoire britannique d'outre-mer distinct : la Géorgie du Sud et les îles Sandwich du Sud.

- La langue des toponymes

Les relations diplomatiques entre l'Argentine et la Grande-Bretagne n'ont repris qu'en 1990. En juillet 1999, les deux pays signèrent un accord appelé "Agreement of 14 th July 1999" ou "Acuerdo del 14 de julio de 1999" dans le but de réduire les tensions liées au conflit des Malouines. Cet accord précisait que les îles Malouines et l'Argentine devront coopérer en matière de pêche et de conservation du milieu naturel; que les citoyens argentins pourront entrer aux Malouines avec un passeport (sous réserve de l'autorisation du gouvernement des Malouines); qu'un mémorial pour les victimes argentines du conflit sera construit aux Malouines; que les deux gouvernements vont continuer d'étudier les modalités et le coût du nettoyage des mines antipersonnel laissées par le conflit (plus de 25 000 mines).

Mais une disposition linguistique du traité mérite d'être soulignée; le paragraphe 2 de l'article 4 de l'accord précisait ce qui suit:

Article IV

2)
The Argentine Government is prepared to look at the question of toponomy in the Falkland Islands. To that end it will continue to consult the appropriate national institutions.
Article 4

2) Le gouvernement argentin est prêt à reconnaître la question de toponymie dans les îles Malouines. À cette fin, il continuera à consulter les établissements nationaux appropriés.

Cette disposition signifiait en clair que le gouvernement argentin s'engageait à ne plus faire mention des toponymes espagnols qui avaient été imposés par décret de la part du général Galtieri.

Cela dit, la question de la souveraineté des Malouines demeure encore aujourd’hui une question d'actualité. Le conflit entre l'Argentine et le Royaume-Uni au sujet des îles Malouines n'était pas résolu à la fin de 2025; en réalité, il s'est intensifié avec les manœuvres militaires britanniques, les tensions autour des projets énergétiques et la réaffirmation continue de la souveraineté argentine, même si des dialogues limités ont été réactivés, principalement sur l'embargo sur les armes, avec le refus britannique de le lever et la médiation américaine cherchant une issue pour l'Argentine.

- Une colonie britannique

Paradoxalement, les efforts de Londres pour diminuer les tensions avec l'Argentine sont mal perçus par la majorité des habitants des Malouines. Ils sont le sentiment d'être abandonnés par la mère patrie et qu'ils n'ont guère la possibilité d’influencer les Britanniques qui conservent la responsabilité de la défense et de la politique extérieure des îles. Jusqu'en 1985, la Géorgie-du-Sud (3755 km²), une île située à quelque 1300 km au sud-est des îles Malouines, et les îles Sandwich-du-Sud (337 km²), à environ 750 km au sud-est de la Géorgie-du-Sud, furent sous la dépendance du gouvernement des Malouines, avant de devenir une colonie britannique distincte

Aujourd'hui, l'économie n'est plus basée exclusivement sur l'élevage du mouton, mais sur le tourisme et le pêche au calmar. En réalité, le gouvernement local vend des permis d'exploitation aux navires étrangers. Celles-ci rapportent annuellement plus de 30 millions d'euros au gouvernement des Falkland, ce qui a permis de financer de gros projets d'infrastructures, tels les routes et les édifices publics. Quant au potentiel pétrolier, les insulaires ne cherchent même plus, tant cette hypothèse leur paraît aujourd'hui farfelue. Néanmoins, cette éventualité n'a fait qu'aiguiser l'intérêt pour cet archipel battu par les vents, peuplé de 2800 habitants et 500 000 moutons, où sont stationnés près de 2000 militaires. Pour sa part, l'Argentine interdit les bateaux se dirigeant vers le territoire de mouiller dans ses ports. Elle poursuit également en justice les compagnies pétrolières de la zone dont les activités d'exploration ont été déclarées «clandestines».

3.6 L'après-référendum de 2013

En mars 2013, plus de 70 % des quelque 2000 électeurs des îles Malouines ont pris part à un référendum destiné à montrer à l’Argentine et au reste du monde que l’archipel est déterminé à demeurer un territoire britannique. La question posée par le référendum était la suivante: «Est-ce que vous souhaitez que les îles Malouines conservent leur statut politique actuel de territoire d’outre-mer du Royaume-Uni?» Aucune autre solution, comme l’indépendance complète ou une certaine relation politique avec l’Argentine, n’a été proposée aux Islanders. Les habitants des îles Malouines ont, sans surprise, voté très massivement, soit à 99,8 %, en faveur du maintien dans le giron britannique. Seuls trois votes se sont exprimés contre parmi les 1517 électeurs.

Quant à l'Argentine, elle a qualifié le référendum comme une «tentative britannique de manipulation» et prévenu qu'il ne mettra pas un terme au différend sur la souveraineté. Pour Buenos Aires, les Islanders constituent une «population implantée» par les Britanniques et ne peuvent revendiquer le droit à l'autodétermination.

En juin 2025, le Comité spécial de la décolonisation des Nations unies a adopté une nouvelle résolution réaffirmant sa position selon laquelle le différend de souveraineté sur les îles Falkland (Malouines) doit être résolu par des moyens pacifiques et négociés. Cet organisme de 29 membres – officiellement appelé Comité spécial sur la situation en ce qui concerne la mise en œuvre de la Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux – examine chaque année la liste des 17 territoires dont les populations n’ont pas encore acquis la pleine autonomie. Sans procéder à un vote, le Comité spécial a adopté le projet de résolution «Question des îles Falkland (Malouines)» (document A/AC.109/2025/L.8 ), par lequel il prie les gouvernements de l’Argentine et du Royaume-Uni de «consolider le processus actuel de dialogue et de coopération par la reprise des négociations afin de trouver au plus vite une solution pacifique au différend de souveraineté relatif à la question des îles Falkland (Malouines)». Ce projet a été présenté par le représentant du Chili, également au nom de la Bolivie, de Cuba, de l’Équateur, du Nicaragua et du Venezuela.

Dans les faits, Londres a consolidé sa présence militaire et civile dans l'archipel, tandis que les compagnies pétrolières ont progressé dans la phase de développement du Camp Sea Lion. Parallèlement, Buenos Aires a renforcé ses revendications au sein des instances régionales et internationales, contesté l'exploitation des ressources dans un territoire disputé et réactivé certains mécanismes internes afin de soutenir la cause des Falklands/Malouines sur le long terme jusqu'à la fin de 2025. En même temps, un ancien conseiller britannique a proposé d’utiliser les Falkland comme camp d’asile pour les immigrants sans papiers. Bien que l’idée soit plutôt restée lettre morte, cette proposition révèle que l’archipel continue d’être perçu comme un espace géopolitiquement «disponible» au sein de la sphère d’influence britannique, et que le différend avec l’Argentine est suffisamment figé pour permettre à certains d’envisager des usages internes du territoire.

4 La politique linguistique

Le gouvernement local des Malouines ("Falkland Islands Government" : le FIG) n'a élaboré aucune politique linguistique particulière. Il pratique donc la non-intervention en matière de langue. À l'image de la mère patrie, la Constitution du 3 octobre 1985 (modifiée en 1997 et 1998) ne proclamait aucune langue officielle. Le gouvernement local perpétue l'usage en vigueur depuis le début de la colonie en 1837. L'anglais est la seule langue admise au FIG (Falkland Islands Government), dans l'Administration, les tribunaux et l'éducation.

4.1 La justice

La Constitution du 5 novembre 2008 (entrée en vigueur le 1er janvier 2009) ne proclame pas davantage de langue officielle, mais le texte fait allusion à l'arrestation et à la détention des personnes, lesquelles doivent être informées dans une langue qu'elles comprennent des motifs de leur arrestation ou de leur détention.

Article 1er

Droits fondamentaux et libertés individuelles

Attendu que:

(c) toute personne dans les îles Falkland bénéficie des libertés et droits fondamentaux individuels, c'est-à-dire les droits,
sans distinction d'aucune sorte, concernant le sexe, l'orientation sexuelle, la race, la couleur, la langue, la religion, les opinions politiques ou autres, l'origine nationale ou sociale, l'appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance ou tout autre statut, mais sous réserve du respect des droits et libertés d'autrui et pour l'intérêt public, à chacun et à tous les éléments suivants, à savoir [...]:

Article 5

Protection du droit à la liberté personnelle

3)
Quiconque est arrêté ou détenu doit être informé oralement et par écrit dès qu'il est raisonnablement possible de le faire, dans une langue qu'il comprend, des motifs de son arrestation ou de sa détention.

5) Quiconque est arrêté ou détenu doit être informé, dès qu'il est raisonnablement possible de le faire, et dans une langue qu'il comprend, de ses droits en vertu du paragraphe 4; et celui-ci doit aussi avoir le droit et doit être informé, au moment même où il en a le droit, de se taire et de recevoir les informations par le moyen le plus rapide possible afin de connaître les motifs d’arrestation et du lieu de celui-ci.

Article 6

Dispositions visant à assurer la protection de la loi

1)
Lorsque quiconque est accusé d'une infraction pénale, à moins que l'accusation ne soit retirée, il a le droit à un procès équitable dans un délai raisonnable par un tribunal indépendant et impartial établi par la loi.

2) Quiconque est accusé d'une infraction pénale:

(a) doit être présumé innocent jusqu'à ce qu'il soir reconnu ou ait plaidé coupable;

(b) doit être informé oralement et par écrit, dès qu'il est raisonnablement possible de le faire, dans une langue qu'il comprend et en détail de la nature de l'infraction reprochée;

Article 16

Protection contre la discrimination

3)
Dans la présent article, le mot «discriminatoire» signifie accorder un traitement différent à des personnes différentes pour des motifs tels que le sexe, l'orientation sexuelle, la race, la couleur, la langue, la religion, les opinions politiques ou autres, l'origine nationale ou sociale, l'appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance ou tout autre statut.

Article 18

Protection des personnes détenues en vertu des lois d'urgence

1)
Quand une personne est détenue en vertu d'une loi d'urgence, telle que mentionnée à l'article 17, les dispositions suivantes s'appliquent comme suit:

(a) dès qu'il est raisonnablement possible, et jamais plus de sept jours après le début de sa détention, cette personne doit être informée dans une langue qu'elle comprend et en détail des motifs de son arrestation et de sa détention au moyen d'une déclaration écrite, dans une langue qu'elle comprend ou, si ce n'est pas raisonnablement possible, en anglais en précisant ces motifs en détail;

De plus, la loi du Royaume-Uni s'appliquant aux Malouines sur le Tribunal pénal international de 2001, appelée aussi "ordonnance de 2009" impose au tribunal que tout justiciable a le droit d'être informé dans une langue qu'il comprend parfaitement et a le droit, par conséquent, aux services d'un interprète:

Article 15

Procédure lorsque le tribunal rend l'ordre

1)
Lorsqu'un tribunal compétent rend une ordonnance de libération à l'égard d'une personne, le tribunal doit:

(b) informer la personne de ses droits en vertu de l'article 12 (droit de révision à un ordre de libération) selon les conditions ordinaires et dans une langue qui apparaît à la cour qu'elle la comprend et la parle parfaitement;

Article 55

Droits des personnes lors d'une enquête

1)
En ce qui concerne une enquête en vertu de la présente loi, toute personne:

(c) est, si elle est interrogée dans une autre langue que celle qu'elle comprend et parle parfaitement, doit recevoir sans aucuns frais l'assistance d'un interprète compétent et bénéficier de la traduction nécessaire pour répondre aux exigences de l'équité;

L'anglais reste, bien sûr, la langue officielle de ce territoire britannique d'outre-mer parce que c'est également la langue officielle de facto du Royaume-Uni. D'ailleurs, plusieurs autres lois du Royaume-Uni s'appliquent aux Falkland, dont la Loi sur la nationalité britannique (1981), la Loi sur la marine marchande (1995), la Loi sur la nationalité, l'immigration et le droit d'asile (2002) et la Loi sur l'éducation (2002). Ces lois imposent l'anglais pour obtenir la citoyenneté britannique, pour travailler dans la marine marchande ou recevoir son instruction.

4.2 La toponymie

La toponymie constitue une source de vives controverses depuis que les Britanniques ont pris le contrôle de l'archipel. Les autorités argentines continuent de désigner l'archipel sous le nom d'Islas Malvinas. L'Institut géographique national argentin (Instituto Geográfico Nacional de Argentina") inclut également l'archipel sur les cartes du pays. Or, les cartes argentines et britanniques présentent des toponymes différents. À ce sujet, la particularité des Malouines réside dans le fait que seul un inventaire toponymique anglais est en principe employé sur les cartes.

- Les toponymes anglais

Les Britanniques ont graduellement changé la plupart des toponymes espagnols par des dénominations anglaises, dont en voici quelques exemples: Falkland Islands, West Falkland, East Falkland, Barren Island, Beaver Island, Bleaker Island, Carcass Island, Eddystone, George Island, Great Island, Jason Islands, Stanley, Goose Green, Port Howard, Teal Inlet, Johnson's Harbour, Falkland Sound, Scotia Sea, Berkeley Sound, Bay of Harbours, Grantham Sound, Port William, Queen Charlotte Bay, Port Edgar, King George Bay, Byron Sound, Keppel Sound, etc. Tous ces toponymes avaient à l'origine des appellations espagnoles.

- Les toponymes espagnols et toponymes hybrides

Néanmoins, l'unilinguisme anglais mérite d'être nuancé, car certains toponymes espagnols figurent sur les cartes britanniques et ils sont grandement employés par les habitants des îles. La plupart de ces mots datent de l'époque des gauchos, mais ils sont aujourd'hui répandus parmi les populations locales.

En effet, l'analyse des cartes britanniques a permis d'identifier 222 toponymes d'origine gaucho, ce qui témoigne de la présence précoce des gauchos dans l'archipel. Citons par exemple Piedra Sola ("‘Lonely Stone"), Los Cerritos ("Little Hills") et Campito ("Little field"). Concernant les deux derniers, le suffixe -ito est caractéristique de l'espagnol de la Riopla, où l'on retrouve des dénominations similaires en Argentine et en Uruguay, pays d'origine des gauchos. Les autorités britanniques et locales ont conservé certains toponymes espagnols dans l'archipel et, dans d'autres cas, elles ont fabriqué des toponymes hybrides et d’héritage gaucho espagnol, dont en voici quelques exemples:

Toponymes d’origine gaucho entièrement espagnole Toponymes hybrides d’origine gaucho
Arroyo Malo
Brazo del Mar
Camapamenta
Campito
Cerro Montevideo
Poncho Hill
Chancho point
Manada Paddock
Playa Ridge
Little Rincon
Chata Rincon
Corral Brazo
Estancia
Gaucho Corral
Laguna Isla
Colorado Bay
Dos Lomas House
Ponchos Pond
Torcida Point
Swan Pond Arroyo
Laguna Seca
Los Cerritos
Piedra Sola
Rincon de los Indios
Rincon Grande
The Verde Mts.
Bombilla Hill
Paso Grande Creek
Ponchos Pond
Piojo Gate
Rincón del Moro
Saladero
Tranquilidad
Zaino Rincon
Triste Point
Rum Arroyo
Cuero Brook
Malo Creek

Nous pouvons constater que ces toponymes peuvent être classés en deux catégories :

1) les toponymes entièrement espagnols;
2) les toponymes hybrides espagnols-anglais (composés d'éléments lexicaux des deux langues).

Parmi les 222 toponymes du patrimoine gaucho, 44 ​​(soit 19,81 %) sont entièrement en espagnol (par exemple, Cantera ("Quarry") et Laguna Isla ("Lagoon Island"). Cependant, 178 toponymes (soit 80,18 % des 222) sont des hybrides espagnols-anglais, le générique ou le spécifique étant en espagnol. Par exemple, Rio Verde Bay ("Green River Bay") et Hunters Arroyo ("Hunters Stream"). Notons que la structure sous-jacente de ces hybrides correspond à la logique anglaise. En ce qui concerne les génériques espagnols de ce groupe, Rincon ("corner") et Arroyo ("stream") sont de loin les plus fréquents, avec respectivement 71 (soit 31,98 %) et 33 (soit 14,86 %) occurrences. La plupart des toponymes d'héritage gaucho sont dans la Falkland orientale. 

La plupart des toponymes espagnols des îles Malouines ont une origine très différente de leurs équivalents anglais, et beaucoup ont une connotation religieuse. Certains noms ont été donnés par les conquistadors espagnols, tandis que d'autres ont été attribués plus tard par le gouvernement argentin.

- Les toponymes français

Il n'est resté que fort peu de toponymes français dans les îles et la plupart ont des formes hybrides: Beauchene Island, Port Louis, Choiseul Sound. La Beauchene Island (aujourd'hui inhabitée) fut découverte en 1701 par Jacques Gouin de Beauchêne, dont elle porte le nom. Les premiers colons français ont nommé la colonie Port Saint Louis, mais à la suite de l’occupation espagnole, la localité renommée Puerto Soledad, puis elle fut brièvement nommée Anson’s Harbour par les Britanniques avant de redevenir Port Louis. Quant au Choiseul Sond (détroit de Choiseul), c'est un tronçon de mer situé aux îles Malouines. Il a été nommé par Louis de Bougainville d’après le ministre français des Affaires étrangères, Étienne François, duc de Choiseul. Le nom se prononce [cisel] en anglais des îles.

- Le choix des Nations unies

Lors de la 20e session de l'Assemblée générale des Nations unies (le 13 février 2013), la IVe commission déterminait que, dans toutes les langues à l'exception de l'espagnol, tous les documents émanant des organismes des Nations unies désigneraient ce territoire sous le nom de Falkland Islands (Malvinas). En espagnol, ce territoire serait désigné sous le nom d'Islas Malvinas (Falkland Islands). La nomenclature utilisée par les Nations unies à des fins d'études statistiques est Falkland Islands (Malvinas)

4.3 L'éducation

Quant aux écoles, c'est l'anglais qui sert d'unique langue d'enseignement. D'ailleurs, le système est entièrement calqué sur le système britannique, y compris les manuels. L’école est gratuite et obligatoire pour tous les enfants âgés de 5 à 16 ans. Le FIG fournit des professeurs, du matériel et des fournitures. Deux écoles à Stanley offrent l’éducation des enfants pendant toute leur scolarité et trois petits établissements fonctionnent dans de grandes fermes (Port Howard, Goose Green et North Arm). Les jeunes enfants qui vivent dans des fermes isolées reçoivent des cours individuels ou en famille par des professeurs itinérants durant deux semaines toutes les six semaines. Les petits établissements et les professeurs itinérants sont épaulés par le Camp Education Unit basée à Stanley. Cette unité diffuse des leçons individuelles quotidiennes par le réseau radio ou le téléphone, et vient ainsi en aide aux enfants en leur donnant des devoirs entre les visites des professeurs. Les enfants plus âgés suivent des cours à Stanley et vivent dans des pensions de familles. Pour des études universitaires, les étudiants se rendent généralement en Grande-Bretagne.

Néanmoins, l'espagnol est enseigné dans les écoles en raison de la proximité de l'Amérique du Sud, mais c'est l'espagnol européen prescrit par la Real Academia de Madrid, qui a préséance, non l'espagnol chilien parlé par la population hispanophone insulaire, bien que les Chiliens représentent aujourd'hui le lien démographique le plus important avec l'Amérique du Sud. Pour ses nouveaux immigrants, le Département de l'éducation ("Education Department") a prévu des cours d'anglais langue seconde.

4.4 L'affichage

Il n'existe pas de réglementation concernant l'affichage en général. Néanmoins, l'anglais est la seule langue employée dans les enseignes, les panneaux et toute autre inscription. Comment pourrait-il en être autrement? D'abord, l'anglais est la langue officielle, puis il s'agit de populations insulaires qui ne subissent à dans les faits aucune influence de la part de l'Argentine hispanophone. 

4.5 Les médias 

La langue des médias des îles Falkland est principalement l'anglais britannique, mais avec un accent distinct et une variation locale connus sous le nom d'«anglais des îles Falkland» ("Falkland Islands English"), influencés par leur situation isolée dans l'Atlantique Sud, leur héritage britannique et leurs contacts avec l'espagnol de l'Amérique du Sud, avec des termes uniques comme kelper pour islander et smoko pour break, avec un fort accent du Camp, le tout véhiculé par les médias locaux (comme le "Falkland Islands Broadcasting Service") et les médias mondiaux qui se concentrent souvent sur l'histoire des îles, en particulier la guerre de 1982, façonnant les récits pour les résidents et le reste du monde.

Le seul journal local, le Penguin News, est diffusé en anglais. La station de télévision locale (FIBS : Falkland Islands Broadcasting Station) n'est disponible qu'en anglais, de même que la radio (BFBS Radio et BFBS1 Falkland); des émissions de la BBC (British Broadcasting Corporation) sont également disponibles en anglais.

La traduction et l'usage des termes Falklands et Malouines ou Malvinas sont toujours restés au cœur d'une confrontation idéologique subtile entre anglophones et hispanophones dans l'espace médiatique.

Comme dans tout le Royaume-Uni, l'unilinguisme anglais est omniprésent dans le fonctionnement de l’État. Les îles Malouines abritent une petite communauté très majoritairement anglophone et de culture britannique. On ne voit pas comment la situation linguistique pourrait être autrement, et ce, d'autant plus que les communications avec le continent sud-américain sont rarissimes. En somme, la politique linguistique de ces îles n'apparaît pas du tout coercitive pour ses habitants et reste ce qu'elle a toujours été: la non-intervention aidée par l'insularité. En substance, bien qu'il n'existe pas de loi linguistique, les îles Malouines fonctionnent avec l'anglais comme langue officielle, soutenu par des pratiques culturelles et des cadres juridiques qui garantissent les droits fondamentaux, notamment la liberté d'expression, dans le contexte d'un territoire britannique d'outre-mer.

Dernière mise à jour: 12 janv. 2026


 
 

Bibliographie 

FALKLAND ISLAND GOVERNMENT. 2016 Census Report, Policy and Economic Development Unit, AStandley, 2017, 62 p.

CHARLTON, Michael. The little Platton. Diplomacy and the Falklands Dispute, Londres, Blackwell Rd., 1989. 

FALKLAND ISLANDS DEVELOPMENT CORPORATION. Falkland Islands, Port Stanley, site officiel du Falkland Islands Government, 2004.

HUNT, Rex. My Falkland Days, Londres, Politico's Publishing Limited, 2002, 431p.

 

Les territoires britanniques d'outre-mer

 

L'Amérique du Sud et les Antilles

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