L'Empire colonial britannique

1707 - 1997

L'Empire britannique  (en anglais : British Empire) fut l'un des empires coloniaux les plus étendus de l'histoire moderne. Les premières colonies britanniques commencèrent le long de la côte est des États-Unis au cours des XVIIe et XVIIIe siècles. Cependant, l'Empire perdit ces colonies à la suite de la guerre de l'indépendance en 1775, ce qui allait permettre la naissance des États-Unis.

1. L'apogée

L'Empire britannique conserva ses colonies du Canada, des Antilles et des Indes, après le traité de Paris de 1763, puis commença la colonisation de  la Nouvelle-Zélande (1769) et de l'Australie (1788), ainsi qu'une multitude de territoires d'outre-mer dans l'Atlantique, dans l'océan Indien et dans le Pacifique.

L'Inde britannique commença en 1858 par le transfert des possessions de la Compagnie des Indes orientales à la Couronne britannique en la personne de la reine Victoria, proclamée en 1876 «impératrice des Indes» (en anglais: Queen Victoria, "Empress of India"). Voir l'article sur l'empire des Indes.

Les Britanniques administrèrent un territoire immense, qui s'étend aujourd'hui du Pakistan jusqu'à la Birmanie en incluant l'Inde et le Bangladesh. Le territoire regroupait des «provinces» sous administration directe et des États princiers sous suzeraineté britannique.

Durant l'époque victorienne (1832-1900), le Royaume-Uni conquit d'autres territoires sur le continent africain: Sierra Leone, Ghana, Nigeria, Afrique du Sud, Zambie, Botswana, Zimbabwe.

À la suite de la défaite militaire de l'Empire allemand en 1918, le Royaume-Uni annexa la Tanzanie, la Namibie et plusieurs îles du Pacifique. Après la Première Guerre mondiale, l'Empire britannique hérita également des possessions de l'Empire ottoman en Irak et en Palestine.

L'Empire britannique atteignit alors son apogée. La croissance rapide du Royaume-Uni lui permit d'accéder également au statut de première puissance économique et financière; elle fut soutenue par une marine marchande reconnue comme la plus importante du monde, ce qui favorisa son contrôle indiscuté des mers et des routes du commerce international. À ce moment, l'Empire britannique prétendait contrôler 22% des surfaces émergées du globe, soit environ 33 millions de km².

Par comparaison avec l'Empire colonial français, l'Empire britannique était beaucoup plus riche, puisqu'il couvrait 30 millions de km² et comptait environ 400 millions d'habitants, contre 11 millions de km² pour la France et 48 millions d'habitants (dont 17 pour la seule Indochine). Les possessions anglaises étaient réparties sur toute la surface de la planète : c'était un empire sur lequel le soleil ne se couchait jamais.

2. La décolonisation

Après la Seconde Guerre mondiale, de nombreuses colonies s'affranchirent de la tutelle britannique et accédèrent à l'indépendance. Un peu partout, l'Empire dut faire face à l'émergence des identités nationales et à la création de pays inexistants. L'acte final du mouvement de décolonisation fut la rétrocession de Hong Kong à la Chine en 1997. Toutefois, 14 territoires sont restés sous souveraineté britannique au sein des Territoires britanniques d'outre-mer.

La plupart des anciennes colonies britanniques adoptèrent l'anglais comme langue officielle ou co-officielle. Certaines d'entre elles ont même accepté sans rechigner de conserver le souverain de l'Angleterre comme leur chef d'État, laissant le pouvoir à leurs premiers ministres respectifs. Toutefois, il existe un contentieux avec l'Espagne à propos de Gibraltar; l'Argentine revendique les îles Malouines ("Islas Malvinas" en espagnol, "Falkland Islands" en anglais), la Géorgie du Sud et les îles Sandwich du Sud. Aujourd'hui, l'île Maurice revendique l'île de Diégo Garcia (archipel des Chagos) dans le Territoire britannique de l’océan Indien.

Rappelons aussi le rôle colonial des États-Unis à la fin du XIXe siècle. Ceux-ci se sont implantés en Asie du Sud-Est (Philippines), puis dans les Caraïbes (îles Vierges, Porto Rico, etc.) et, après la Seconde Guerre mondiale, dans une grande partie du Pacifique. Depuis cette époque, les États-Unis ont joué un rôle prédominant grâce à leur puissance politique, militaire, économique et culturelle.

3. Les langues

Au point de vue linguistique, c'est à partir du milieu et surtout à la fin du XVIIIe siècle que la civilisation britannique suscita l'intérêt général, surtout dans les domaines de la politique et des mœurs, et que l'anglais prendra une place grandissante dans les échanges internationaux. Par le fait même, la langue anglaise exerça une influence grandissante. Disséminé aux quatre coins de la planète par les Britanniques, l'anglais devint la langue des relations économiques et politiques. Par contrecoup, cette langue acquit un prestige considérable sur le continent d'où il titre son origine.

La puissance politique de l'Empire britannique réussit à imposer l'anglais dans ses colonies d'Amérique du Nord, d'abord le Canada enlevé aux Français et aux Treize Colonies, qui sont devenues les États-Unis. Au début du XIX
e siècle, les Britanniques conquirent l'Australie et les Indes. En Afrique, les Britanniques prirent la relève des Hollandais en Afrique: en 1822 (Le Cap) et en 1848 (Natal). Puis ce furent la Zambie, le Soudan, l'Égypte, le Nigeria, la Gambie, le Ghana, etc. Dans chacune des colonies, l'anglais devint la langue administrative, puis la langue officielle.

Alastair Pennycook, professeur de linguistique appliquée à l’Université de Melbourne (Australie), décrit ainsi dans English and the discourses of colonialism (Routledge, 1998) l'expansion de l'anglais :
 

Soyons bien persuadés que l'anglais a été à la fois une institution et une force formidable d'oppression et d'exploitation sauvage des peuples à travers les 400 ans de son histoire impérialiste. Cette langue a attaqué les Noirs avec ses images racistes et son message impérialiste. Elle a attaqué les travailleurs et a mis sous tutelle des peuples de tous les continents. Elle a avili et s'est moquée des langues qu'elle avait l'ambition de remplacer et a enseigné aux peuples colonisés qu'il leur fallait singer ses locuteurs, car elle était intrinsèquement supérieure et qu'elle leur apporterait la prospérité tout en les maintenant humiliés et soumis. Le mot "mastery", lorsqu'il s'agit de la langue, ne nous rappelle-t-il donc pas, par son étymologie, qu'il s'agit de la langue du maître, qui personnifie l'arrogance et la brutalité?

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Mastery < anc. fr. mestrise < latin magister « chef; maître ».


À la suite du colonialisme britannique, les États-Unis ont pris la relève. David Rothkopf, sous-secrétaire adjoint au commerce pour la politique commerciale internationale sous Bill Clinton, explique l'intérêt des États-Unis dans In Praise of Cultural Imperialism («Pour l'éloge de l'impérialisme culturel»), 1997, Foreign Policy, Washington:
 

Il est dans l'intérêt général des États-Unis d'encourager le développement d'un monde dans lequel les fossés séparant les nations sont comblées par des intérêts partagés. Et il est dans les intérêts économiques et politiques des États-Unis de veiller à ce que, si le monde adopte une langue commune, ce soit l'anglais; que s'il s'oriente vers des normes communes en matière de télécommunications, de sécurité et de qualité, ces normes soient américaines; que si ses différentes parties sont reliées par la télévision, la radio et la musique, les programmes soient américains; et que, si des valeurs communes sont édifiées, ce soient des valeurs dans lesquelles les Américains se reconnaissent. […]

 

Pour les États-Unis, l'objectif central d'une politique de l'ère de l'information doit être de gagner la bataille des flux de l'information mondiale en dominant les ondes, tout comme la Grande-Bretagne régnait autrefois sur les mers.

L'anglais est devenu LA langue internationale de sorte qu'aucune autre langue ne peut réussir à s'opposer à ce genre de rouleau compresseur. Toute tentative de résistance dans les instances internationales se heurtera à la volonté ou à la complicité des autres nations d'avoir recours à l'anglais pour des raisons d'ordre économique et d'efficacité dans les communications. Le linguiste français Claude Hagège parle alors de «mimétisme de la puissance», qu'il définit comme une attitude consistant à renoncer à sa langue nationale, non par une hostilité interne à cet égard, mais pour faire partie des pays ou de ceux qui sont considérés comme riches ou puissants; adopter l'anglais c'est faire partie des «privilégiés», des «riches», des puissants», plus précisément appartenir à la langue de la puissance.

Ce processus de mimétisme, observable chez la plupart des peuples d'aujourd'hui éblouis par la puissance du monde anglo-saxon correspond également à une manifestation extérieure d’un besoin d’identification à ce monde, dont on choisit d’arborer tous les attributs et accessoires aptes à être empruntés. Le principe repose en l’occurrence sur l'alignement du dominé dans la culture du dominant, une sorte de réflexe naturel de soumission inconsciente par la croyance en la supériorité intrinsèque d'une autre langue.

Cela dit, l'anglais s'est imposé de façon encore plus durable, dont on ne trouve aucun autre exemple similaire dans notre monde actuel, notamment depuis la Seconde Guerre mondiale avec l'incontournable force des États-Unis d'Amérique. On estime que 369,7 millions de locuteurs parlent l'anglais comme langue maternelle, ainsi que 898,4 millions comme langue seconde, pour un total de 1,2 milliard.

Voir aussi l'article «L'empire des Indes» (1858-1947).

Dernière mise à jour: 04 avr. 2022

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