Sicilia
Sicile 

Regione Autonoma Siciliana

(Italie)

Capitale: Palerme 
Population: 4,6 millions (2000)
Langue officielle: italien 
Groupe majoritaire: sicilien (91 %) 
Groupes minoritaires: italien (8 %), albanais (1,6 %) et langues d'immigration
Système politique: région autonome italienne depuis 1946
Articles constitutionnels (langue): art. 3 de la Constitution de 1947 et art. 14 et 17 du Statut d'autonomie de 1946 

Lois linguistiques nationales: Décret du président de la République du 31 mai 1974, n° 417 : Règlement sur le statut juridique du personnel enseignant, du personnel de gestion et d'inspection des écoles maternelles, primaires, secondaires et des écoles artistiques de l'État ;
Loi du 14 avril 1975, n° 103 en matière de diffusion radiophonique et télévisée ;  Décret du président de la République du 20 novembre 1991 (abrogé) ; Décret législatif du 16 avril 1994, n° 297, en matière d'instruction ;  Décret législatif du 20 avril 1999, n° 161, en matière d'initiatives pour la réception de programmes de radiotélévision en ladin Loi du 15 décembre 1999, n° 482 (Règles en matière de protection des minorités linguistiques historiques) ; Loi du 23 février 2001, n° 38 (Normes en matière de protection de la minorité linguistique slovène de la Région du Frioul-Vénétie Julienne) ; Décret du président de la République, n° 345, du 2 mai 2001, portant sur les règles de protection des minorités linguistiques historiques ; Décret législatif du 12 septembre 2002, n° 223, sur le transfert des fonctions relatives à la protection de la langue et de la culture des minorités linguistiques historiques ; Loi du 3 mai 2004, n° 112 (Normes de principe en matière d'organisation du système de radiotélévision et de la RAI) ;  Loi du 3 mai 2004, n° 112, en matière d'organisation du système de radiotélévision et de la RAI ;

Lois régionales: Loi régionale, n° 85, du 6 mai 1981 (Mesures destinées à favoriser l'étude du dialecte sicilien et des langues des minorités ethniques dans les écoles de l'île) ; Loi régionale n° 26 du 9 octobre 1998 (Mesures pour la sauvegarde et la valorisation du patrimoine historique, culturel et linguistique des communautés siciliennes d'origine albanaise et des autres minorités linguistiques) ; Projet de loi d'initiative populaire sur la langue, la culture et les médias siciliens (2006); Loi régionale sicilienne n° 9 (Mesures relatives à la promotion, la valorisation et l'enseignement de l'histoire et du patrimoine linguistique sicilien dans les écoles ethniques des établissements scolaires de l'île et les règles de gestion financière) 2011.

1 Situation générale

La Sicile (en italien: Sicilia) forme la plus grande île de la Méditerranée et appartient à l'Italie. Avec ses îlots adjacents, la Sicile couvre une superficie de 25 708 km², soit un peu moins que la Belgique. Située tout au sud-ouest de l’Italie dont elle est séparée par le détroit de Messine, large de seulement 3 km, l’île de Sicile forme une région autonome depuis 1948. C'est  l’une des cinq régions bénéficiant d’une autonomie avec la Vallée d'Aoste, le Trentin-Haut-Adige, le Frioul-Vénétie Julienne et la Sardaigne. Les 15 autres régions (avec les 102 provinces) n'ont pas de statut particulier.

La Sicile présente la forme d'un triangle comprenant trois pointes, des promontoires que le drapeau sicilien symbolise par trois jambes repliées au genou s'irradiant de la tête d'une Gorgone (Méduse, probablement). Cette région, dont l'Etna est le mont le plus célèbre en raison de ses éruptions volcaniques, est fragilisée par les tremblements de terre.

Le drapeau de la Sicile reproduit une Trinacrie, le symbole de l'île, du grec tri-, «trois», et -acra «pointes». Depuis l'Antiquité jusqu'à la conquête arabe, la langue grecque dominait dans l'île. Les autochtones de l'île, Sicules et Sicanes, l'appelaient Siculia ou Sicania ce qui a donné Sicile. Sur une monnaie Syracusaine antique était représentée une tête de Gorgone entourée de trois jambes. On retrouve partout sur l'île ce fameux symbole qui illustre la course de l'histoire complexe et toujours recommencée. Le symbole est aussi présent chez les Celtes : c'est le triskèle (de tri- «trois» et skell «jambe», de l'indo-européen tri-, «trois», et skelos «jambe» qui a aussi donné «squelette»). On le trouve dans l'île de Man: le Triskel Manx, qui serait une représentation de la Trinité celtique. En Sicile, l'humour populaire y voit les ennemis de l'île qui fuient la vaillance des Siciliens, à toutes jambes. 


Sicile

Île de man

La Sicile compte les provinces suivantes (voir la carte): Agrigente, Caltanisetta, Catane, Enna, Messine, Palerme (chef-lieu), Raguse, Syracuse, Trapani.

2 Données démolinguistiques

Langue parlée % Localisation
Sicilien et italien 91 % Toute l'île
Italien (seulement) 8 % Toute l'île
Albanais méridional 1,6 % Palerme

La Sicile n'est pas une région très multilingue. En effet, 91% des Siciliens parlent le sicilien comme langue maternelle et l'italien comme langue seconde. Seuls 8% des habitants de l'île ne parlent que l'italien moderne qui dérive du toscan. Ce sont deux langues d'origine latine (langues romanes) du groupe «italo-roman». La plupart des Siciliens parlant l'italien s'expriment dans un italien régional, c'est-à-dire un italien parsemé de mots siciliens italianisés. Les locuteurs parlant le sicilien peuvent être appelée des sicilianophones. Sicilien et italien sont inter-compréhensibles à 60%.

Il existe aussi une petite minorité de 1,6 % parlant l'albanais méridional (langue indo-européenne, mais non italique), dont les locuteurs résident surtout à Palerme. Soulignons aussi la présence d'une langue minoritaire parlée par moins de 200 000 locuteurs: le gallo-italique (en italien: gallo-italico). Les principaux centres où la langue gallo-italique est parlée sont, dans la province d'Enna (centre de l'île), Nicosia, Sperlinga, Place Armerina, Valguarnera Caropepe et Aidone ; dans la province de Messina (nord-est), San Fratello, Acquedolci, San Piero Pactes, Novara di Sicilia, Fondachelli-Fantina, Montalbano Elicona et Tripi. La présence de cette langue remonte à la conquête normande qui a suivi la conquête arabe. Cette langue est en voie de disparition, car elle n'est plus guère transmise aux jeunes générations.

Bien que le sicilien (sicilianu, en sicilien) soit considéré en Italie comme un «dialecte de l’italien», il est historiquement un dialecte du latin et une langue romane au même titre que les autres langues italo-romanes (lombard, toscan, corse, napolitain, etc.), l'espagnol ou le français. Le sicilien est fragmenté lui-même en de nombreuses variétés dialectales (palermitain, trapanais, agrigentin, messinien, éolien, pantesque, etc.) et son écriture n'est pas normalisée. Parmi les langues du continent, le calabrais du Sud et le puglien sont considérés comme «proches du sicilien» et forment pour certains linguistes un «groupe roman archaïque» avec les langues romanes orientales parlées dans les Balkans.

On considère donc que le sicilien n'est pas de l'italien, même si son origine provient de la même langue: le latin (comme le sarde, le français, l'espagnol, le catalan, etc.). Le sicilien a sa propre grammaire et sa phonétique particulière, même s'il existe des similarités entre le sicilien et l'italien (comme avec le français) en raison de leur affiliation linguistique commune. Comparons ces quelques exemples de vocabulaire entre le sicilien et l'italien: 

Sicilien

Italien

Français

pàrma

palma

palme

sapùni

sapone

savon

lèccu

(l’)eco

(l’)écho

benìssimu

benissimo

très bien

fìnu

fino

fin

minèra

miniera

mine (d’extraction)

sònu

suono

son

pòpulu

popolo

peuple

fùsu

fuso

fuseau (à filer)

rusàriu

rosario

chapelet (ou rosaire)

fùmu

fumo

fumée

ghiàcciu

ghiaccio

glace

piàttu

piatto

assiette (ou plat)

zìu

zio

oncle

On remarquera que le féminin des mots est généralement formé en italien et en sicilien par la finale en [-a], mais que le masculin se termine en [-u] en sicilien et en [-o] en italien.  Le masculin pluriel est en -i dans les deux langues, mais au féminin pluriel il se forme en [-i] en sicilien et en [-e] en italien (parfois en [-i]):

  Sicilien (sing.-plur.) Italien (pluriel) Français (pluriel)
Masculin pluriel telèfonu > telèfuni telefoni des téléphones
Masculin pluriel picciòttu   picciòtti giovanotti des jeunes hommes
Féminin pluriel palùmma > palùmmi colombe des colombes
Féminin pluriel farfàlla > farfàlli farfalle des papillons

Avec des phrases complètes, on aurait, par exemple:

Sicilien Italien Français
La règula è ca tùtti li règuli sùnnu mpurtànti. La regola è che tutte le regole sono importanti. La règle est que toutes les règles sont importantes.
Cu la parèdda si còcinu l'òva. Con la padella si cuociono le uova. Avec la poêle, on cuit les œufs.

Quant au vocabulaire, il s'est enrichi des différentes langues parlées par les nombreux envahisseurs qu'a connus la Sicile, que ce soit du grec, du vandale, de l'ostrogoth, de l'arabe, du franco-normand, du provençal, de l'espagnol, du français, de l'italien, etc. On compterait environ 200 mots d'origine arabe dans la langue sicilienne d'aujourd'hui.

On pourra consulter le site sur la langue sicilienne de M. Nino Atria (cliquer s.v.p. sur www.linguasiciliana.org).

3 Données historiques

Les Siciliens forment un ensemble complexe de différents peuples. En effet, en raison des conquêtes multiples au cours de leurs histoire, les Siciliens sont tout à la fois d'origine phénicienne, grecque, ostrogothe, byzantine, arabe, normande, autrichienne, française, britannique, espagnole et italienne. Ce sont probablement, parmi tous les peuples méditerranéens, les plus métissés. La langue officielle de l'île a déjà été le grec, le latin, l'arabe, le franco-normand, le français, l'espagnol, avant d'être l'italien. Mais jamais le sicilien lui-même n'a obtenu ce statut.

Vers 14 000 ans avant notre ère, des humains abordèrent les côtes siciliennes. Les premiers habitants, du moins dans le nord de la Sicile ainsi que dans les îles Égades, auraient été les Sicanes, une population d’origine ibérique. Ils auraient donné comme nom à la Sicile : Sicania. En raison de la situation stratégique de l'île, les rapports commerciaux se développèrent rapidement, notamment avec le monde grec, l'Asie mineure, l'Italie et aussi avec l'Afrique septentrionale du Nord et l'Espagne.

Vers l'âge du bronze (env. 8000 avant notre ère), les Élymes (qu'on croit être des réfugiés troyens originaires de l'Asie Mineure) s'établirent en Sicile et fondèrent des colonies. Suivirent les Sicules (des Asiatiques) vers 1270, qui occupèrent les terres les plus fertiles de la Sicile. Ils repoussèrent les Sicanes vers l'Ouest. C'est aux Sicules qu'on doit le nom actuel de l'île: ils l'appelèrent Sichélia qui devint plus tard Sicilia (Sicile en français). Il y eut ensuite les Ausoniens (vers 1240) venus de la péninsule italienne.

3.1 La période phénicienne et la période grecque

Vers 1000 ans avant notre ère, les Phéniciens, un peuple du Proche-Orient, fondèrent des colonies en Sicile (mais aussi en Sardaigne, à Chypre, à Malte, en Corse) afin de développer de nouveaux débouchés commerciaux. Leur plus puissante colonie était installée sur les côtes nord-africaines, notamment à Carthage. Ce sont les Phéniciens qui établirent les grandes villes que furent Palerme et Mozia. Les conflits entraînèrent la disparition du peuple des Ausoniens indo-européens de la Sicile. 

Vers 750, les Grecs s'établirent en Sicile et fondèrent les ville de Naxos (aujourd’hui Taormina), de Syracuse et de Messine. Puissantes et prospères, ces colonies ioniennes et doriennes luttèrent entre elles pour obtenir un pouvoir hégémonique sur l’île. Les Grecs voulurent créer des colonies de peuplement et s'installèrent surtout sur les côtes afin de maintenir leurs contacts avec le monde grec. L'histoire de la Sicile hellénique se confondit alors avec l'histoire de la Grèce, ainsi que les conflits avec les Carthaginois phéniciens. Les Grecs doriens fondèrent en 733 la ville de Syracuse (alors appelée Sirakousai) et s'installèrent dans le sud de la Sicile, tandis que les Ioniens occupèrent tout le Nord-Est.

Sous la domination grecque, la Sicile connut un prodigieux essor économique et culturel. Lentement, les populations indigènes de la Sicile s'hellénisèrent sous l'influence des colonies grecques. Ce fut d'ailleurs une fusion de tous ces peuples, ce qui permit la naissance de la civilisation dite «sicéliote» (sicilienne). Néanmoins, la culture, la langue et la religion grecques se diffusèrent parmi les anciens habitants de l'île. Les villes grecques de Sicile connurent rapidement une grande prospérité économique. Toute l'Italie du Sud et la Sicile furent incluses dans ce nouvel espace conquis connu sous le nom de «Grande Grèce». Au Ve siècle, la Sicile hellénisée connut son apogée; Syracuse devint la capitale de l'île. Toute l'Italie du Sud et la Sicile furent incluses dans ce nouvel espace conquis connu sous le non de «Grande Grèce». Au Ve siècle, la Sicile hellénisée connut son apogée; Syracuse devint la capitale de l'île, qui était alors appelée Trinakrie.

En même temps, Syracuse fut surnommée l’«Athènes de l’Occident» par les Grecs et devint la rivale de l’«Athènes de Périclès» (en Grèce). Par l’ancien nom grec de l’île, italianisé en Trinacria, on désigne aujourd'hui, répétons-le, ’hui en particulier le symbole de la région qui frappe le centre du nouveau drapeau, adopté en 2000. À partir de 475, l'histoire de la Sicile fut ponctuée par de nombreuses éruptions volcaniques et plusieurs tremblements de terre, qui firent de l'Etna un élément déterminant dans l'histoire de l'île. En 410, la guerre pour la domination de l’île reprit entre les Grecs et les Carthaginois. Ces derniers furent victorieux, mais le tyran de Syracuse, Denys l’Ancien (405-367), mit un frein à leur conquête. Mais les nombreux conflits entre les Grecs et les Carthaginois vinrent troubler la prospérité de la Sicile.

3.2 La période romaine

À partir de 227, de nombreux Romains du Nord vinrent s’installer en Sicile pour y faire du commerce ou y travailler la terre. En 246, les Romains s’emparèrent de la Sicile carthaginoise dirigée par le général Hamilcar Barca à l’issue de la première guerre punique et en firent une province romaine en 241, à l’exception de Messine et Syracuse, déjà alliées de Rome.  La Sicile devint le «grenier à blé» de l’Empire romain tout en demeurant profondément hellénisée.

L'île continua de prospérer sous la domination romaine, mais certaines villes restèrent fidèles aux Carthaginois.

C'est alors que la Grande Grèce disparut, mais la Sicile resta un pays hellénisé. La langue maternelle de la plupart des habitants originaires de la Sicile restait le grec. C'est pourquoi la romanisation des Siciliens fut très faible, et ce, d'autant plus que Rome ne porta qu'un intérêt mitigé à l'île. Durant plusieurs siècles, la Sicile vécut dans un relatif isolement politique, économique et culturel. Au Ier siècle avant notre ère, les difficultés économiques entraînèrent une guerre civile et deux révoltes d'esclaves.

Sous le Haut-Empire, Rome compta  65 cités en Sicile, dont trois cités latines (Centuripae, Ségeste et Netum), cinq colonies (Palerme, Syracuse, Catania, Tyndare et Taormina), ainsi que trois villes de droit latin et treize "oppida" (de statut très inférieur). Après l'année 212 de notre ère, la romanisation fit des progrès et la plupart des cités grécophones devinrent des colonies romanisées. Cette romanisation fut accentuée lors de la propagation du christianisme, soit entre les IIe et le IVe siècles, mais la romanisation fut stoppée par l'arrivée des premières invasions germaniques.

3.3 Une succession de nouvelles conquêtes

Au IIIe siècle, les peuples germaniques, alors installés dans la région située entre le Rhin et le Dniepr (en Ukraine actuelle) émigrèrent massivement vers le Sud et l'Empire romain, moins touchés par le refroidissement climatique de l'époque, et où l'agriculture fonctionnait encore bien. Parmi eux, les Vandales venant des rives du Danube traversèrent la Gaule (la France actuelle) et l'Espagne (où ils laissèrent leur nom à l'Andalousie) puis leur roi Genséric amena ses troupes en Afrique du Nord. Après avoir vaincu les Romains, il occupa les territoires qui correspondent à la Tunisie et à une partie de l'Algérie actuelle, et conquit Carthage. Les Vandales pillèrent systématiquement toutes les îles de la Méditerranée et, en 464, ils occupèrent la Sicile et l'île de Malte.

En 491, les Ostrogoths envahirent l'Italie dont Théodoric le Grand devint le roi; il conquit également la Sicile orientale, l'Illyrie et de Dalmatie, pendant que les Vandales continuaient d'occuper la plupart des îles méditerranéennes, dont la Sicile occidentale, et l'Afrique du Nord. En même temps, les Wisigoths étaient installés dans la péninsule Ibérique, l'Aquitaine et la Gaule méridionale (France actuelle, au sud de la Loire).

Quelques décennies plus tard, en 535, la Sicile fut reconquise par le général romain Bélisaire et rattachée à l’Empire romain d’Orient, de culture gréco-romaine et christianisé, comme la Sicile, de sorte que durant trois siècles celle-ci s'y intégra parfaitement et connut une nouvelle période de prospérité dont témoignent basiliques et mosaïques de cette période. 

Comme la langue officielle dans l'Empire romain d'Orient était le grec, cette langue continua de s'épanouir en Sicile, bien que la population soit romanisée. Les invasions germaniques n'eurent pratiquement pas d'impact linguistique en Sicile. La langue romane et la langue grecque continuèrent d'être employées.

- La conquête arabo-musulmane
 

Au IXe siècle, commença une nouvelle conquête: celle des Arabes (appelés Sarrasins par les chrétiens du Moyen Âge en Europe, sauf en Espagne où on les appelait Maures). Les principales villes siciliennes tombèrent les unes après les autres. Après la région de Trapani, ce fut Palerme en 831 et Taormina fut la dernière ville en 902. Après 70 ans de guerre, la Sicile, de même que Malte, fut entièrement conquise et acquit le statut d'«émirat arabe».  Les dynasties arabes (Aghlabides et Fatimides) régnèrent sur la Sicile pendant près de deux siècles.

Palerme (en arabe: Bal'harm) devint le siège de l'émirat et fut nommée comme nouvelle capitale de la Sicile à la place de l'ancienne Syracuse; elle comptait plus de 250 000 habitants et 300 mosquées; à la même époque, Rome abritait de 20 000 à 30 000 habitants. Cette conquête entraîna une forte immigration arabe en Sicile. C'est pourquoi la population sicilienne devint autant arabe que grecque; l'arabe et le grec se firent alors une vive concurrence, mais c'est le grec qui finit par péricliter. La région connut une période faste sur les plans culturel, social et économique. Toutefois, la présence musulmane dans l'île déplut souverainement au monde occidental christianisé. 

- La conquête normande

Finalement, les Sarrasins furent chassés par les Normands qui, de 1061 à 1091, sous la conduite de Robert Guiscard et de son frère Roger Ier, poursuivirent la conquête de l’île. Le fils de ce dernier, Roger II, comte de Sicile, duc des Pouilles et de Calabre, fut proclamé premier roi de Sicile en 1130. Le pape Grégoire VII avait promis aux Normands déjà installés en Italie du Sud la souveraineté de la Sicile, s’ils parvenaient à chasser les Arabes musulmans. À ce moment, il n'y avait pas de recensements ethniques et religieux, de sorte que l'on ne peut pas savoir quelle proportion de la population était arabophone et de religion musulmane, mais les lieux de culte témoignent que, comme dans l'Espagne musulmane ("Al Andalus"), des musulmans, des chrétiens et des juifs coexistaient pacifiquement, semble-t-il. Avec la conquête normande, le christianisme redevînt dominant et les musulmans finirent par se convertir ou par émigrer au Maghreb. 

La Sicile redevint chrétienne, après une guerre de trente ans entre les chevaliers normands et les guerriers sarrasins. Par la suite, la population arabe diminua constamment, mais nombreux furent ceux qui se convertirent au christianisme afin de conserver leurs biens. Les Sarrasins et les Normands ajoutèrent une nouvelle composante à la population sicilienne. À l'instar de la Normandie, les populations siciliennes d'origine ne furent ni chassées ni exterminées (jusqu'au milieu du XIIe siècle).  Les rois normands respectèrent même ceux qui voulurent conserver leur foi musulmane; c'est ainsi que la plupart des Sarrasins fortunés purent conserver leurs palais et leurs terres. À la longue, toute présence musulmane finit par disparaître, car les Siciliens sont restés ce qu'ils étaient avant la conquête arabe.

La période normande permit une surprenante fusion entre les civilisations grecque, latine et arabe, une mélange qui constitue encore la base ethnique de la société sicilienne actuelle.

À partir de cette époque, l'homogénéité ethnique et linguistique était disparue. La nouvelle société sicilienne comptait des Italiens catholiques romains, des Italiens et des Grecs catholiques byzantins, des Normands, puis des Francs, sans oublier les musulmans et les juifs. La Sicile devint un riche creuset culturel.

La monarchie normande amena l’île à un apogée économique, social, artistique et culturel jamais égalé jusqu'à présent. Au plan linguistique, le franco-normand des nouveaux conquérants ne s'imposa jamais aux habitants de l'île. Ce furent les Normands qui s'assimilèrent au parler roman (indo-européen) de l'époque, qui deviendra le sicilien. Le grec n'était plus la langue de communication des siècles précédents, car le latin s'imposait comme langue écrite chez les classes instruites. La langue qui allait devenir le sicilien portait déjà les marques des influences germaniques, arabes, mais également franco-normandes. En effet, beaucoup de mots français et normands entrèrent dans la langue des insulaires en raison de l'invasion normande. Une curiosité mérite d'être soulignée : les Normands «exportèrent» le symbole grec de la Sicile, Trinacria, aux trois jambes repliées au genou : il figure dans quelques blasons de familles nobiliaires d’Europe et dans les armoiries de l’île de Man.

3.4 Le royaume de Sicile

À la mort de Roger Ier en 1101, son fils Roger II fut proclamé «roi de Sicile, des Pouilles et de Calabre». Ce dernier mourut en 1154 et ce fut son fils cadet, Guillaume Ier (1154-1166) qui lui succéda. Au cours des quarante années qui suivirent, la Sicile fut gouvernée par Guillaume II (1166-1189), puis par Tancrède (1190-1194), fils de Roger II.  En 1194, la Sicile passa aux mains de la famille prussienne des Hohenstaufen (Maison de Souabe).

- Un monarque sicilianophile

Frédéric de Hohenstaufen (Frédéric II, en tant roi des Romains) fut non seulement empereur du Sainte-Empire romain germanique (de 1215 à 1250), mais également roi de Sicile, roi de Provence-Bourgogne (ou d'Arles) et roi de Jérusalem. Tout au long de son règne, cet empereur polyglotte (qui parlait le latin, le grec, le sicilien, l'arabe, le normand et l'allemand) fit preuve d'une large ouverture d'esprit en s'entourant de savants, mais en même temps, malgré ses bonnes relations avec le monde musulman, il dut affronter le soulèvement des communautés arabes siciliens. Ceux-ci furent systématiquement déportés après 1225 à Lucera dans les Pouilles italiennes.

C'est à cette époque que la langue sicilienne se forma lentement, sans lien direct par rapport à l'italien, qui d'ailleurs n'existait pas encore, tout en étant issu du latin et ayant subi déjà de nombreuses influences linguistiques grecques, arabes et franco-normandes. Frédéric II fut le promoteur de la langue sicilienne à la cour de Sicile. En opposition ouverte l'Église, qui utilisait le latin dans ses écoles et qui détestait l'empereur ainsi que ses «hérétiques arabes» dont il s'entourait, Frédéric II d'Hohenstaufen autorisa la fondation de l'École sicilienne (en italien: La Scuola Siciliana), ce qui allait préparer l'avènement du toscan littéraire, une langue nationale détachée du latin, à la fois vernaculaire et culturelle. En ce sens, on peut même affirmer que la future langue italienne tire ses origines de la Sicile, même si ses fondateurs furent Dante, Pétrarque et Boccace. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

- La Sicile française

À la mort de Frédéric II d'Hohenstaufen, le royaume de Sicile changea de destinée, car la papauté ne voulait plus d'un Hohenstaufen comme roi. Clément VI, le 4e pape d'Avignon, né en Provence, demanda l'aide de Charles 1er, comte d'Anjou et de Provence, frère du roi de France (Louis XI dit saint Louis), et lui proposa les terres siciliennes en échange de son soutien. En 1261, une armée française commandée par Charles d'Anjou fut envoyée en Sicile. En 1266, Clément VI imposa Charles 1er, duc d'Anjou, à la tête du royaume de Sicile et d'Italie du Sud. Cependant, Charles d'Anjou, se révélant un monarque oppressif et brutal, la Sicile vécut sous un véritable régime militaire. Les Français furent détestés par les Siciliens. En 1282, hostiles à l’oppression de la maison d’Anjou, les Siciliens finirent par se soulever. Le massacre des soldats français marqua le début de la révolte, que l’on a appelé les «Vêpres siciliennes».

Le royaume de Sicile se scinda: Naples resta sous domination angevine, tandis que la Sicile devint indépendante et prit pour roi Pierre III d’Aragon, un parent par alliance des Hohenstaufen.

- La Sicile espagnole

Au même moment, les îles Baléares étaient assujetties au royaume d’Aragon allié aux comtes catalans. La conquête arago-catalane entraîna un bouleversement profond chez les insulaires. Ayant acquis une grande autonomie politique au sein du royaume d'Aragon, les Catalans firent passer sous leur autorité non seulement les îles Baléares (en 1229 et 1230) dont les habitants finirent par adopter la langue catalane, mais aussi le royaume de Valence (1238), la Sicile (1282) et la Sardaigne (1321). Les Catalans s’affirmèrent alors comme la première puissance de la Méditerranée occidentale.  Le repeuplement catalan se prolongea durant quelques siècles avec des résultats linguistiques modestes en Sardaigne et en Sicile.

En 1296, la Sicile se sépara du royaume d’Aragon. Durant plus d’un siècle, la Sicile fut gouvernée par une branche de la monarchie aragonaise, avant d’être à nouveau rattachée à ce royaume. Le traité de paix de Caltabellotta (en Sicile) du 31 août 1302 reconnut la souveraineté de la Sicile accordée aux Aragonais. Ce même traité autorisait la conservation du titre de «roi de Sicile» par le roi de Naples (Maison d'Anjou). Le roi d'Aragon (Frédéric) reçoit, quant à lui, pour sa souveraineté effective sur la Sicile, celui de "roi de Trinacrie".

Le roi Pierre III d'Aragon s'imposa donc dans l'île. Ferdinand III (roi de Castille et de Tolède de 1217 à 1252, et roi de Léon et de Galice de 1230 à 1252) déclara inséparables les couronnes de Sicile et d'Aragon-Castille. À partir de 1415, la Sicile fut gouvernée par l'intermédiaire d'un vice-roi espagnol. En 1442, le roi Alphonse V d'Aragon s'empara du royaume de Naples et de la Sicile et se fit nommer "Rex utriusque Siciliae" («roi des Deux-Siciles»). Les deux royaumes deviennent une dépendance de la Couronne d'Aragon.

Ferdinand II d’Aragon, roi de Sicile depuis 1468 et roi de Castille sous le nom de Ferdinand V, se rendit maître de Naples en 1504. L’Inquisition catholique devint la plus grande force sociale et accéléra la destruction des mosquées et des synagogues, ainsi que la conversion des derniers juifs et musulmans n'ayant pas quitté l'île (ce qui explique que la Sicile contemporaine est catholique à plus de 90 %). Les XVIe et le XVIIe siècles furent marqués par de nombreuse révoltes siciliennes contre les Espagnols avec comme toile de fond des problèmes économiques et sociaux. Les deux royaumes restèrent rattachés à la Couronne espagnole jusqu’à la guerre de Succession d’Espagne (1701-1713). En ce qui concerne les langues, le sicilien était parlé par la majorité de la population, tandis que le castillan était employé dans la haute administration. Néanmoins, le toscan était privilégié comme langue écrite par les Siciliens.

Cette guerre de succession entraîna en 1707 la conquête autrichienne de Naples, tandis que la Sicile restait fidèle à Philippe V d'Espagne. En 1713, le traité d'Utrecht attribua la Sicile à la Savoie (Victor Amédée II) et Naples à l'Autriche. Après sept années, Victor Amédée II céda la Sicile à l’Autriche en échange de la Sardaigne. Cette situation fut de courte durée et, en 1733, à la faveur d'une alliance franco-hispano-savoyarde, l'Espagne envahit Naples et la Sicile, de sorte que ce royaume fut attribué à l'infant Charles, fils de Philippe V d'Espagne, devenu alors Charles VII, roi de Naples.

En 1734, le Bourbon don Carlos, futur Charles III, roi d’Espagne, envahit Naples et la Sicile; en 1735, il fut couronné et reconnu par le traité de Vienne comme le roi des Deux-Siciles sous le nom de Charles IV. Après le traité d’Aix-la-Chapelle (1748), l’Italie connut près de cinquante ans de paix; la Sicile, sous la domination des Bourbons d’Espagne, fit des progrès en matière d’administration, d’économie et d’éducation.

La Révolution française amena de nouveaux problèmes. Ferdinand Ier de Bourbon, roi des Deux-Siciles, rejoignit la coalition contre la France. Au cours de la période dite espagnole, le sicilien subit évidemment l'influence de l'espagnol dont il emprunta de nombreux mots.

3.5 Le royaume des Deux-Siciles (1816-1861)

Après la chute de la France impériale de Napoléon Ier, ses principaux adversaires décidèrent que la situation devait redevenir comme elle l'était auparavant. Au Congrès de Vienne de 1815, les vainqueurs britanniques et autrichiens optèrent pour un virage conservateur dans le but de restaurer un ordre stable et crédible sur le continent. Les souverains politiques qui avaient perdu leur couronne contre Napoléon furent rétablis sur leur trône, en tant que souverains légitimes, alors que leurs États étaient reconstitués. Avant la Révolution française, la dynastie de la branche espagnole des Bourbons avait régné à la fois sur le royaume de Naples et sur celui de Sicile, des États formellement indépendants les uns des autres, bien qu'ils demeuraient sous la juridiction d'une seule couronne. La langue employée par les autorités était le toscan, qui deviendra plus tard l'italien, tandis que la population s'exprimait massivement en sicilien en Sicile, mais en napolitain sur le continent, ainsi que des variétés locales d'albanais, de grec, de croate et d'occitan (Calabre).

Un an après la clôture du Congrès de Vienne, Ferdinand IV, roi de Naples, décida d'unifier formellement les deux royaumes qu'il gouvernait. Le 8 décembre 1816, le royaume de Naples et le royaume de Sicile furent réunis en une seule entité politique sous le nom de «Royaume des Deux-Siciles». Le souverain, appuyé par l'Autriche, devint ainsi Ferdinand Ier des Deux-Siciles, le plus grand État de la péninsule italienne.

La restauration des Bourbons dans le sud de l'Italie mettait fin à l'occupation des troupes autrichiennes, qui s'étaient précipitées pour chasser une présence française de dix ans. Cependant, quelques années plus tard, en 1820, les Siciliens se révoltèrent et demandèrent une assemblée de députés distincte de celle de Naples. Les militaires matèrent rapidement la révolte indépendantiste en Sicile par de dures répressions. Par la suite, le royaume des Deux-Siciles demeura sous occupation autrichienne bien que Ferdinand Ier soit le souverain.

Au point de vue politique, la Sicile apparaissait surtout comme une simple province de l'État napolitain au lieu de rester un royaume indépendant rattaché à la couronne napolitaine. La Sicile fut gouvernée par un «lieutenant général» auquel répondait une «Direction générale de police» installée à Palerme. Tout ce qui provenait de Sicile à Naples était perçu avec inquiétude, tandis qu'en Sicile tout ce qui venait de Naples suscitait l'hostilité. De là naquit le ressentiment des Siciliens irrités par les mesures autoritaristes de Naples.

La Sicile fut le théâtre de plusieurs mouvements révolutionnaires, notamment en 1820, en 1837 et en 1848, contre les Bourbons qui régnaient sur le royaume des Deux-Siciles. Un militaire sicilien, Giuseppe La Masa (1819-1881), incitait ainsi son peuple à la lutte armée:

Siciliani! Il tempo delle prighiere inutilmente passò. Inutile le proteste, le pacifiche dimostrazioni. Ferdinando tutto ha sprezzato. E noi popolo nato libero, ridotto fra catene e nella miseria, tarderemo ancora a riconquistare il legittimi diritti? All'armi, figli della Sicilia! la forza dei popoli e onnipresente, l'unirsi dei popoli è la caduta dei re. Il giorno 12 gennaio 1848, all'alba, segnerà l'epoca gloriosa dell'universale rigenerazione. Palermo accoglierà con trasporto quanti siciliani armati si presenteranno al sostegno della causa comune. [Siciliens! le temps des prières est passé inutilement. Les protestations et les manifestations pacifiques sont inutiles. Ferdinand a tout méprisé. Et nous, peuple né libre, réduit aux chaînes et à la misère, tarderons-nous encore à reconquérir nos droits légitimes? Aux armes, fils de la Sicile ! L'omniprésence et la force du peuple, l'union des peuples sont la chute des rois. Le 12 janvier 1848, à l'aube, marquera l'ère glorieuse de la régénération universelle. Palerme accueillera les Siciliens armés qui se présenteront pour soutenir la cause commune.]

Cette insurrection de 1848 conduisit la Sicile à la création d'un État indépendant, lequel dura environ seize mois. Bien sûr, Ferdinand II des Deux-Siciles ordonna la reconquête de la Sicile et envoya le lieutenant-général Carlo Filangieri, avec 14 000 hommes avec une importante artillerie et la flotte royale à Messine. Le 14 avril 1848, le Parlement de Palerme dût accepter les propositions de Ferdinand II et la Sicile capitula. Celui-ci parvint à rétablir son pouvoir par la force; sa brutalité fut condamnée par la France et le Royaume-Uni. Ayant craint pour sa vie, Ferdinand II vécut pratiquement cloîtré dans son palais de Caserte.

En mai 1860, un corps de volontaires appelé «expédition des Mille», dirigé par Giuseppe Garibaldi (1807-1882), débarqua en Sicile afin de conquérir le royaume des Deux-Siciles, toujours gouverné par les Bourbons. Le 6 juin, de la même année, les troupes de Garibaldi s'emparèrent de l'île, puis traversèrent sur le continent, battirent les troupes napolitaines de  François II (le successeur de Ferdinand II) et entrèrent dans Naples le 7 septembre. En septembre 1860, l'Assemblée nationale napolitaine proclama le rattachement du royaume des Deux-Siciles au royaume de Piémont-Sardaigne, gouverné par la Maison de Savoie. C'est autour du roi de Piémont-Sardaigne, Victor-Emmanuel II (de 1849 à 1861) qu'allait se réaliser l'unification italienne.

3.6 Le rattachement à l'Italie

Le royaume d'Italie fut proclamé en 1861, alors que le roi de Piémont-Sardaigne, Victor-Emmanuel II de Savoie, devint roi d'un nouveau royaume d'Italie unifié, à la suite de l'annexion par la Sardaigne de la Lombardie (1859), puis de la Toscane (1960), du duché de Modène (1860), du duché de Parme (1860), du royaume des Deux-Siciles (1860), suivie plus tard de la Vénétie (1866) et des États pontificaux (1870). À la suite d'un référendum positif, l'Italie avait cédé à la France, en juin 1860, le comté de Nice et le duché de Savoie. La ville de Turin était à l'origine la capitale du Royaume d'Italie jusqu'à son déplacement à Florence en 1865. Rome fut annexée en 1870 et devint la capitale du Royaume en 1871. Intégrée à l'Italie, la Sicile perdit définitivement son autonomie qu'elle n'a plus jamais retrouvée depuis cette époque.

Le gouvernement national italien, principalement constitué des Piémontais du Nord, connaissait mal le Sud. Les efforts de centralisation du pouvoir, ainsi que l’instauration de lourds impôts et de la conscription militaire, attisèrent les ressentiments; les Siciliens tentèrent encore une insurrection en 1866. Les relations entre le Nord et le Sud restèrent tendues et la loi martiale fut décrétée en Sicile.

Après la Première Guerre mondiale et la prise du pouvoir par les fascistes (1922), Benito Mussolini lança une campagne contre la mafia sicilienne, qui opérait dans l’île depuis la première moitié du XIXe siècle. Durant la nuit du 9 au 10 juillet 1943, les forces américaines, canadiennes et britanniques, basées en Afrique du Nord, débarquèrent en Sicile. La campagne de Sicile se solda par la chute de Mussolini et, quelques semaines après, la capitulation du gouvernement italien.

Lors de la promulgation de la Constitution italienne de 1948, la Sicile devint une région autonome de l’Italie, avec des pouvoirs étendus et un conseil régional élu (Parlement local). Le processus d’industrialisation n’ayant pas résorbé le surplus de main-d’œuvre, de nombreux Siciliens furent contraints d’émigrer vers l’Italie du Nord, l’Allemagne, la Suisse et, dans une moindre mesure, vers l’Amérique et l’Australie. La résurgence de la mafia en Sicile, comme dans toute l’Italie, pose encore aujourd’hui de graves problèmes de sécurité et d’intégrité des autorités en place.

Depuis l'intégration de la Sicile à l'Italie, la langue sicilienne a subi une répression linguistique sans égale dans son histoire. Surtout avec Mussolini, les insulaires ont été soumis à une politique intense d'italianisation. Cette politique fut accentuée par l’immigration de populations italophones venant des autres régions de l’Italie, alors que beaucoup de Siciliens furent obligés d'émigrer à l'étranger pour se procurer un gagne-pain. Pourtant, le sicilien a résisté, sans droits.

4 L’absence de droits linguistiques spécifiques

En ce qui a trait à la situation sociolinguistique des Siciliens, il faut signaler que ces derniers forment, et de loin, la minorité numériquement la plus importante d’Italie avec 4,6 millions de locuteurs; elle est suivi des Sardes (Sardaigne) et des Frioulans (Frioul-Vénétie-Julienne). Presque tous les Siciliens sont bilingues: ils parlent tous à la fois le sicilien et l'italien.

Le Statut d'autonomie (Statuto della Regione Siciliana) de 1946 ne mentionne aucune disposition concernant la langue. Tout au plus peut-on lire à l'article 14 (alinéa r) que l'Assemblée régionale bénéficie d'une législation exclusive, entre autres, pour l'enseignement primaire, les musées, les bibliothèques et les académies:

Articolo 14

L'Assemblea, nell'ambito della Regione e nei limiti delle leggi costituzionali dello Stato, senza pregiudizio delle riforme agrarie e industriali deliberate dalla Costituente del popolo italiano, ha la legislazione esclusiva sulle seguenti materie:

[...]

r) istruzione elementare, musei, biblioteche, accademie;

[...]

Article 14

L'Assemblée, dans le cadre de la Région et dans les limites des lois constitutionnelles de l'État, sans préjudice des réformes agraires et industrielles statuées dans le Constituant du peuple italien, dispose de la législation exclusive sur les suivantes matières :

[...]

r) l'enseignement primaire, les musées, les bibliothèques, les académies;

[...]

À l'article 17 (alinéa d), la même assemblée a juridiction pour l'enseignement moyen (secondaire) et universitaire. Bref, l'Assemblée régionale peut légiférer sur les écoles et l'enseignement, pas sur la langue.  

Articolo 17

Entro i limiti dei principi ed interessi generali cui si informa la legislazione dello Stato, l'Assemblea regionale può, al fine di soddisfare alle condizioni particolari ed agli interessi propri della Regione, emanare leggi, anche relative all'organizzazione dei servizi, sopra le seguenti materie concernenti la Regione:

[...]

d) istruzione media e universitaria;

[...]

Article 17

Dans les limites des principes et des affaires générales auxquels renseigne la législation de l'État, l'Assemblée régionale peut, afin de répondre aux conditions particulières et aux affaires appropriées de la Région, promulguer des lois, même reliées à l'organisation des services, sur les matières suivantes concernant la Région :

[...]

d) l'enseignement secondaire et universitaire;

[...]

Il ne faut pas oublier que, au sens de la loi italienne, les Siciliens ne constituent pas l’une des minorités nationales reconnues et ils ne sont donc pas protégés au point de vue juridique. Même la loi du 15 décembre 1999, n° 482, intitulée Normes en matière de protection des minorités linguistiques historiques ne s’applique pas au sicilien parlé par plus de quatre millions de personnes. Le premier paragraphe de l’article 1 rappelle que «la langue officielle de la République est l’italien». L’article 2 est explicite, il énumère les minorités concernées par la loi, mais il ne fait aucune mention du sicilien:

Article 2

En vertu de l'article 6 de la Constitution et en harmonie avec les principes généraux établis par les organisations européennes et internationales, la République protège la langue et la culture des populations albanaise, catalane, germanique, grecque, slovène et croate, et de celles qui parlent le français, le franco-provençal, le frioulan, le ladin, l'occitan et le sarde.

Cette absence d’allusion au sicilien monte bien que l’État national considère le sicilien comme un dialecte de l’italien et non comme l’une des langues des minorités historiques. C’est pourquoi le sicilien ne détient aucun rôle officiel en Sicile. D'ailleurs, la loi régionale sicilienne n° 85 du 6 mai 1981 utilise l'expression «dialetto siciliano» («dialecte sicilien») dans le texte:

Article 1er

Dans le cadre des initiatives de promotion culturelle et d'éducation permanente, la Région, afin de promouvoir l'étude et la connaissance du dialecte sicilien (parenthèse omise en raison de sa suspension, en vertu de l'article 28 du Statut, par le commissaire de l'État pour la Région sicilienne) de la part des étudiants et des citoyens, intervient en faveur des écoles et des établissements d'enseignement de chaque ordre et degré installés sur le territoire régional et qui entendent réaliser, selon les modalités prévues dans la réglementation nationale en vigueur, des activités complémentaires (parenthèse omise en raison de sa suspension, en vertu de l'article 28 du Statut, par le commissaire de l'État pour la Région sicilienne) destinées à l'introduction de l'étude du dialecte et à l'approfondissement des faits linguistiques, historiques, culturels qui lui sont connexes.

Les Siciliens ne bénéficient d'aucun service administratif dans leur langue, sauf dans les communications orales en dehors des centres urbains. Le sicilien n'est pas autorisé dans les cours de justice, bien que les interrogatoires se déroulent parfois en cette langue dans les tribunaux régionaux (lorsque toutes les personnes présentes sont siciliennes), mais ces dérogations ne constituent pas un droit. De plus, il n'existe aucune école ni aucun quotidien en sicilien. Bref, sur le plan des droits linguistiques, la minorité la plus imposante d'Italie (4,6 millions de Siciliens de locuteurs du sicilien) n'en dispose d'aucun. Là comme ailleurs, les tractations politique ont eu raison des revendications régionales. Plusieurs projets d'initiative populaire ont tenté de sensibiliser les membres du Parlement régional sicilien sur la question linguistique. Rien n'a abouti jusqu'à ce jour. La Sicile demeure maintenant la seule région «à statut spécial» de toute l'Europe pour laquelle la langue régionale n'a pas de statut officiel.

L'Assemblée locale a bien tenté d'adopter une loi régionale (Loi régionale n° 26 du 9 octobre 1998) portant sur les mesures pour la sauvegarde et la valorisation du patrimoine historique, culturel et linguistique des communautés siciliennes d'origine albanaise et des autres minorités linguistiques.

Cependant, cette loi demeure sans trop d'effet parce qu'elle ne peut favoriser que la promotion du patrimoine sicilien et la sauvegarde des langues des minorités, pas celle de la majorité (le sicilien). De plus, les articles 1 à 8, ainsi que l'article 12, ont été supprimés par le commissaire de l'État de la Région sicilienne, comme le permet l'article 28 de la Loi constitutionnelle du 26 février 1948 (n° 2), pour être abrogés par la Haute Cour (Alta Corte):

Articolo 28

1) Le leggi dell'Assemblea regionale sono inviate entro tre giorni dall'approvazione al Commissario dello Stato, che entro i successivi cinque giorni può impugnarle davanti l'Alta Corte.

Article 28

1) Les lois de l'Assemblée régionale sont envoyées trois jours avant l'approbation par le Commissaire d'État qui, dans les cinq jours suivants, peut les contester devant la Haute Cour.

En réalité, tous les articles à caractère le moindrement coercitif ont été invalidés par la Haute Cour de justice. Les articles autorisés laissent la loi non seulement sans aucune coercition, mais surtout sans aucune substance. Ainsi, l'article 13 permet à la Région sicilienne de fonder dans la commune de ''Piana degli Albanesi'' un Institut pour la conservation et la valorisation du patrimoine historique, linguistique, culturel, documentaire et bibliographique des minorités linguistiques. L'article 14 autorise certaines subventions prévues à l'article 1 de la loi régionale du 4 juin 1980. L'article 15 prévoit que l'assesseur régional pour les Biens culturels et environnementaux et pour l'Instruction publique est autorisé à assigner aux province régionales des cours de licence sur le patrimoine historique et culturel des Siciliens.

C'est pourquoi l'Association "au service de la Sicile et des Siciliens" (Associazione “al servizio della Sicilia e dei Siciliani”) a proposé en décembre 2006 un projet de loi sur la “Lingua, cultura e media siciliani” («Langue, culture et médias siciliens»). Le projet de loi (voir le texte complet), qui se veut respectueux du statut officiel incontournable de la langue italienne, se concentre sur trois principaux domaines :

1) l'introduction de l'étude de la langue, de la culture et de la société siciliennes dans toutes les écoles à tous les niveaux d'études;
2) l'introduction du bilinguisme dans législation, l'administration et l'affichage public;
3) la création d'une radiotélévision régionale publique diffusant un certain nombre d'émissions en langue sicilienne.

Les articles les plus «osés» de ce projet de loi concernent l'enseignement du sicilien:

Article 3 (projet)

1)
À la suite de la deuxième année scolaire suivant celle de la promulgation de la présente loi, il devint obligatoire d'enseigner dans les écoles primaires de l'Île la langue, la littérature, la civilisation de la Sicile ainsi que l'enseignement de l'histoire de la Sicile.

2) L'enseignement de la langue, de la littérature et de la civilisation de Sicile doivent correspondre à trois heures hebdomadaires et être récupéré par d'autres activités relatives au programme d'études, selon qu'il sera établi par décret par l'assesseur régional aux biens culturels, à l'environnement et à l'Instruction publique.

3) L'enseignement de l'histoire de la Sicile doit correspondre à deux heures hebdomadaires et additionnel dans le respect des autres activités relatives au programme d'études. 

4) Dans la dernière année de l'école primaire, l'étude du statut de la Région sicilienne est introduite.

Mais c'est l'article 7 qui semble aller le plus loin dans la protection linguistique du sicilien avec l'officialisation du sicilien à côté de l'italien:

Article 7 (projet)

1) L'italien et le sicilien sont les deux langues officielles de la Région sicilienne.

2) Les lois et les règlements de la Région sicilienne sont rédigés en italien et en sicilien; dans la législation présentement en vigueur, seul le Statut sera traduit en sicilien.

3) Les mesures administratives de la Région, de ses organismes, entités locales et entités siciliennes publiques, doivent être rédigées obligatoirement dans les deux langues officielles, au cours d'une période transitoire et des applications expérimentales en vertu des règles de mise en vigueur de la présente loi.

4) Les administrations publiques, dans leur correspondance avec les citoyens ainsi que dans les avis publics, emploient obligatoirement les deux langues officielles.

5) Toutes les enseignes des services publics, les panneaux routiers et les indications dans les établissements publics, dans les services publics et les établissements ouverts au public sont obligatoirement rédigés dans les deux langues officielles; la Région pourra adopter des mesures incitatives pour les entreprises qui apposeront en sicilien des indications sur leurs marchandises exposées ou des biens et services indiqués dans les catalogues.

6) La Région pourra adopter des règlements sur le trilinguisme uniquement pour les communes d'origine albanaise ou gallo-italique.

Quant à l'article 8, il est prévu que la Région sicilienne soit dotée d'un service de radiotélévision public autofinancé (pour les neuf dixièmes) par la collecte publicitaire. Évidemment, ce projet de loi n'a aucune chance d'être adopté ni par le Conseil régional de Palerme ni par par le Parlement de Rome, à l'exception du seul article qui prévoit la création d'une commission linguistique pour le sicilien avec pour mandat de rédiger un manuel d'orthographe normalisée du sicilien, un vocabulaire fondamental du sicilien, une grammaire normalisée du sicilien, etc. Ce projet de loi illustre ce qu'il conviendrait pour assurer un minimum de protection  à l'égard du sicilien, mais les magouilles politiques finissent toujours par prendre le dessus en Italie. 

En 2011, la Sicile a adopté la Loi régionale n° 9, qui porte sur les mesures relatives à la promotion, la valorisation et l'enseignement de l'histoire et du patrimoine linguistique sicilien dans les écoles ethniques des établissements scolaires de l'île et les règles de gestion financière. Cette loi de 2011 reprend les dispositions de la Loi régionale n° 26 du 9 octobre 1998 en favorisant à l'article 1er la valorisation et l'enseignement de l'histoire, de la littérature et du patrimoine linguistique sicilien dans les écoles à tous les niveaux:  

Article 1er

Promotion, valorisation et enseignement de l'histoire, de la littérature et du patrimoine linguistique sicilien dans les écoles

1) L'État favorise la valorisation et l'enseignement de l'histoire, de la littérature et du patrimoine linguistique sicilien dans les écoles à tous les niveaux.

2) Pour atteindre l'objectif visé au paragraphe 1, des modules de formation spécifiques sont prévus dans les études obligatoires tels qu'ils sont définis par la législation nationale, dans le cadre du contingent régional réservé par la loi et dans le respect de l'autonomie scolaire des établissements d'enseignement.

Cet article ne traite pas spécifiquement du sicilien, mais «du patrimoine linguistique sicilien», ce qui peut inclure l'italien, le sicilien et l'albanais.

À l'article 2 de la la Loi régionale n° 9 de 2011, l'assesseur pour l'éducation, l'équivalent d'un ministre de l'Éducation, doit déterminer les «orientations directrices pour la mise en œuvre des interventions pédagogiques relatives à l'histoire, à la littérature et au patrimoine linguistique sicilien... », ce qui est encore loin de l'enseignement du sicilien: 

Article 2

Orientations régionales dans la mise en œuvre des interventions pédagogiques

1) L'assesseur régional pour l'éducation et la formation professionnelle [...] détermine [...] les orientations directrices pour la mise en œuvre des interventions pédagogiques relatives à l'histoire, à la littérature et au patrimoine linguistique sicilien, de l'Antiquité jusqu'à nos jours, avec une référence particulière aux perspectives critiques et aux comparaisons entre les différentes époques et les civilisations
, ainsi que les orientations
historiographiques plus significatives de l'Italie jusqu'à la fin du XXe siècle et l'évolution des institutions régionales à travers l'étude du Statut d'autonomie de la Région.

Enfin, l'article 3 de la Loi régionale n° 9 précise que ces nouvelles dispositions ne devront pas entraîner «un fardeau financier plus lourd sur le budget de la Région»:

Article 3

Dispositions financières

Dans les dispositions de la présente loi, il ne peut résulter un fardeau financier plus lourd sur le budget de la Région.

Autrement dit, ce n'est pas encore pour demain l'introduction systématique du sicilien dans les écoles de la Région. La loi régionale de 2011 n'accorde aucun droit aux locuteurs du sicilien. Elle permet seulement d'enseigner le patrimoine historique de l'île en italien. Néanmoins, les municipalités de Bivona, de Caltagirone et de Grammichele ont adopté une réglementation concernant le statut du sicilien. Toutes trois prennent la responsabilité de reconnaître la langue sicilienne comme une valeur historique et culturelle inaliénable.

La commune de Bivona au sud-ouest, province d'Agrigente:

Comune di Bivona
Statuto Comunale (2005)

Articolo1

I principi

14)
Promuove la diffusione della cultura nelle sue varie espressioni e forme con particolare riguardo alla storia locale, alle tradizioni e ai costumi del luogo, tutela e salvaguarda il patrimonio artistico,architettonico e culturale del Comune.

Tutela, promuove e riconosce la lingua siciliana nella fattispecie nella sua variante sub-dialettale bivonese, come valore storico e culturale inalienabile.

Commune de Bivona
Statu communal (2005)

Article 1

Les principes

14)
Promouvoir la diffusion de la culture dans ses diverses formes et expressions avec un accent particulier sur l'histoire locale, les traditions et les coutumes locales, protéger et sauvegarder le patrimoine artistique, architectural et culturel de la commune
.

Protéger, promouvoir et reconnaître la langue sicilienne dans la situation actuelle dans sa variante sous-dialectale bivonaise, comme une valeur historique et culturelle inaliénable.

La commune de Caltagirone dans le sud-est de la Sicile, province de Catane:

Citta’ di Caltagirone
Statuto Comunale (2006)

Articolo 5

Emblemi Comunali

7.
Il Comune assume la lingua siciliana come valore storico e cultura inalienabile.

Cité de Caltagirone
Statut communal (2006)

Article
5

Emblèmes municipaux

7.
La Ville assume la langue sicilienne comme une valeur historique et culturelle inaliénable
.

La commune de Grammichele au su-est, province de Catane:

Comune di Grammichele
Statuto del Comune di Grammichele (2005)

Articolo 3

[...]

Il Comune assume la lingua siciliana come valore storico e culturale e inalienabile.

Commune de Grammichele
Statut de la commune de Grammichele (2005)

Article 3

[...]

La commune assume la langue sicilienne comme une valeur historique, culturelle et inaliénable.

Avec de telles dispositions relevant de vœux pieux, le sicilien ne sera pas assuré d'un grand avenir. Ce dont le sicilien a besoin pour se développer et se maintenir, c'est d'une loi qui donne des droit à ses locuteurs dans les domaines de l'enseignement, de la justice et de l'administration, sinon c'est peine perdue.

La figure ci-dessous illustre bien l'omniprésence de la langue italienne, puisque toutes les inscriptions sont dans cette langue, sauf une en anglais (Barber Shop) et une autre éventuellement en français (Hotel Joli).

Le cas des minorités linguistiques d'Italie illustre bien le fait qu'il peut y avoir loin de la coupe aux lèvres, et ce, même lorsque l'égalité constitutionnelle est proclamée et est assortie de toute une batterie de lois et de règlements, le tout dans le cadre d'un statut d'autonomie régionale. De plus, il est plutôt inusité qu'un pays accorde des droits aussi disparates à différentes minorités bénéficiant, en principe, d'une même autonomie politique. Cependant, force est de constater que les Sardes, les Frioulans et les Siciliens ne disposent d'aucune protection, contrairement aux Valdôtains francophones qui ne jouissent que de droits limités, alors que les germanophones et la Ladins de la Province autonome de Bolzano et de la Province autonome du Trentin (Trentin-Haut-Adige) reçoivent une protection considérée comme acceptable. Ajoutons encore que toutes ces minorités sont soumises à de fortes doses de bilinguisme social, ce qui réduit considérablement le droit des langues. Et la situation est encore plus déplorable pour les autres minorités à qui on ne reconnaît aucun statut, par exemple les Siciliens dont la langue est perçue comme «un simple dialecte». Or, le sicilien est bel et bien une langue au même titre que l'italien. Le terme de «dialecte» revêt une connotation sociale dépréciative qui n'existe que dans la tête des individus utilisant ce terme. C'est une simple justification destinée à discriminer les locuteurs de cette langue. Pourtant, bien que l'italien soit lui-même un «dialecte du latin», personne ne songera à discriminer l'italien, parce que c'est la langue de l'État. Il suffirait que le sicilien bénéficie d'un statut de langue co-officielle en Sicile pour qu'il ait droit au titre de «langue».  

L'État italien croit avoir élaboré une gamme de droits linguistiques qu'il considère comme des modèles du genre en matière de protection. Il semble en complète contradiction avec la protection des minorités inscrite à l'article 6 de la Constitution du 27 décembre 1947, qui proclame que «la République protège par des mesures appropriées les minorités linguistiques.» Justement, pour l'État italien, les Siciliens ne constituent même pas pas une minorité, leur langue est réduite au statut de «dialecte». Il y a encore des dinosaures en Italie, et ils sont nombreux.

Dernière mise à jour: 11 mai 2022

 

 

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Bibliographie

Histoire de la langue italienne

L'Europe

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