Kurdistan syrien

 
Capitale: Qamichli  
Population: 2,6 millions
Langues officielles: arabe
Langue nationale: kurde
Groupe majoritaire: kurde (60 %)
Groupes minoritaires: arabe ou kurde, syriaque, turkmène, arménien, kabarde, azéri, adyghéen, etc.
Système politique:  région sous juridiction du gouvernement central
Articles constitutionnels (langue):  
art. 4 de la Constitution du 26 février 2012; Déclaration constitutionnelle pour la Syrie (2025)
Lois linguistiques: 
Décret n° 13 sur les droits des Kurdes (2026)

1 Situation générale

Le Kurdistan («le pays des Kurdes») est une région de montagnes et de hauts plateaux d'Asie centrale, dont la majeure partie se trouve en Turquie, en Irak et en Iran, mais également en Syrie.

Le Kurdistan syrien est également appelé «Kurdistan occidental» (du kurde : Rojavayê Kurdistanê) ou «Rojava». C'est une région de 15 000 km² située au nord de la Syrie où les Kurdes forment une partie substantielle de la population, près de la majorité. Elle entoure géographiquement trois enclaves non contiguës le long des frontières turque et irakienne : Afrin au nord-ouest, Kobané au nord et Jazira au nord-est. Toutes ces régions se situent à la frontière syro-turque. Bien sûr, Jazira est la plus grande des trois régions originelles de l’Administration autonome démocratique de facto du nord et de l’est de la Syrie (DAANES), officiellement déclarée le 21 janvier 2014, mais dissoute le 10 mars 2025.

1.1 Le Grand Kurdistan

Rappelons que le Kurdistan irakien fait partie d'un ensemble plus vaste qu'on pourrait appeler le Grand Kurdistan, avec des territoires principalement situés non seulement en Irak, mais aussi en Turquie, en Syrie et en Iran, ainsi que des îlots de peuplement en Arménie, en Géorgie, en Azerbaïdjan, en Turkménistan, au Kirghizistan et au Kazakhstan.

Sur un territoire continu, on distingue le Kurdistan turc, le Kurdistan iranien, le Kurdistan irakien et le Kurdistan syrien:

 
  Pays Estimation minimale (2022) Estimation courante Proportion minimale
de la population totale
Pourcentage courant
de la population totale
Superficie
en km²
1 Turquie 20 millions 22 millions 20 % 25 % 210 000
2 Iran 10 millions 12 millions 13 % 17,5 % 195 000
3 Irak 8 millions 8,6 millions 25 % 27 % 83 000
4 Syrie 2 millions 2,6 millions 12,5 % 15 % 15 000
5 Diaspora en Europe 2,1 millions 2,75 millions - -  
6 Diaspora dans l'ex-URSS 0,4  million 0,5 million - -  
  Total (2022) 42,5 millions 48,5 millions - -  

C'est en Turquie qu'on trouve le plus grand nombre de Kurdes avec plus de 20 millions de personnes, ensuite c'est en Iran avec au moins 10 millions. Or, ce sont dans ces deux pays où les Kurdes subissent le plus de répressions. L'Irak a accordé une autonomie à ses huit millions de Kurdes et la Syrie pourrait faire de même avec ses deux millions de Kurdes. On compte également d'environ 50 000 Kurdes aux États-Unis et plus de 40 000 au Canada, dont 785 % viennent de la Turquie. La population totale des Kurdes est estimée à environ 42 à 48 millions d'individus à travers le monde, formant ainsi le plus grand peuple sans État. Les chiffres ci-dessus proviennent de l'Institut kurde de Paris (2022).

Pour des informations sur la langue kurde, il faut se référer à la page suivante: la langue des Kurdes.

Pour l'histoire du Kurdistan jusqu'à l'indépendance de la Syrie, cliquer ici s.v.p.

1.2 La gouvernance du Kurdistan syrien

En décembre 2024, après un demi-siècle de dictature, le chef rebelle Abou Mohammed al-Joulani (de son nom de guerre, puis Ahmed al-Charaa) a pris le pouvoir en renversant le régime de Bachar al-Assad à la tête d'une coalition du nom de ''Hayat Tahrir al-Cham'' ou HTC, un groupe islamiste, ancienne branche syrienne d’Al-Qaïda, dont s’est désolidarisé le HTC en 2016.

Du côté des Kurdes, ils ont eu le vent dans les voiles tant qu'ils ont bénéficié de l'appui des Arabes opposés au régime de Bachar al-Assad. Toutefois, de nombreux combattants arabes des Forces démocratiques syriennes (FDS) ont fait défection et se sont ralliés à Ahmed Al-Charaa. Ayant perdu les «provinces arabes», les Kurdes ont dû se replier sur leurs provinces historiques, mais ils ne pouvaient plus réclamer une autonomie politique comme dans le Kurdistan irakien.

Par conséquent, le 10 mars 2025, le président par intérim Ahmed al-Charaa et le leader kurde Mazloum Abdi ont signé un accord pour intégrer les institutions civiles et militaires kurdes au sein du nouvel État syrien. Les détails de cet accord, signé sous la médiation des États-Unis, s'articulent autour des axes suivants :

- Intégration des forces : l'accord prévoit l'intégration des puissantes FDS au sein de l'armée et des institutions de sécurité syriennes.

- Administration autonome : elle implique la fusion progressive des institutions et de l'administration de la zone autonome kurde dans l'appareil de l'État, y compris les postes-frontières, l'aéroport, et les champs pétroliers et gaziers.

Cet accord «global», selon le terme employé par les deux camps, semble marquer un recul important aux espoirs d'autonomie des Kurdes, le nouveau pouvoir islamiste étant déterminé à imposer son autorité sur l'ensemble du territoire syrien.

2 Données démolinguistiques

Dans le Kurdistan syrien, la population était de 2,6 millions d'habitants en 2022. Ce groupe démographique représentait environ 5% à 10% de la population totale du pays et se concentrait principalement dans les régions du Nord-Est, à Kobané et dans la région d'Afrin, donc dans les gouvernorats d'Alep et d'Hassaké. D'importantes communautés kurdes sont également présentes à Alep et à Damas, plus au sud.

2.1 Au début du XXe siècle

On estime qu'au début du XXe siècle, environ 12 000 Kurdes vivaient à Damas; un nombre indéterminé dans la région du Kurd-Dagh; 16 000 dans la région de Jarabulus; et un nombre indéterminé dans la province de Jazira, où ils étaient probablement majoritaires. Le prolongement du chemin de fer et de la route jusqu'à Nusaybin en 1918 a intensifié l'immigration kurde vers le sud, dans les contreforts et les plaines syriennes le long des cours d'eau. Dans les années 1920, après l'échec des rébellions kurdes en Turquie kémaliste, une importante migration kurde eut lieu vers la province syrienne de Jazira au nord-est. On estime qu'à cette époque, 25 000 Kurdes ont fui vers la Syrie. Les rapports officiels français font état de 45 villages kurdes en Jazira avant 1927. Une nouvelle vague de réfugiés arriva en 1929. Les autorités françaises continuèrent d'autoriser l'immigration kurde vers le Mandat, et en 1939, on comptait entre 700 et 800 villages kurdes. Les géographes français André Gibert (1893-1985) et Maurice Fevret (1910-1985) estimaient qu'en 1953, sur les 146 000 habitants de la région de Jazira, 60 000 (41 %) étaient des Kurdes agriculteurs, 50 000 (34 %) des Arabes nomades et un quart de la population était chrétienne.

Bien que certaines communautés kurdes soient présentes en Syrie depuis longtemps, la plupart des Kurdes syriens sont originaires de Turquie et ont immigré au cours du XXe siècle pour fuir la répression brutale dont ils étaient victimes dans ce pays. Les Kurdes ont ensuite été rejoints en Syrie par un nouveau groupe important qui a dérivé de la Turquie tout au long de l'entre-deux-guerres, période durant laquelle la campagne turque d'assimilation de sa population kurde fut à son apogée. Le gouvernement s'est servi du fait que certains Kurdes avaient fui vers la Syrie dans les années 1920 pour affirmer que les Kurdes n'étaient pas des autochtones du pays et pour justifier ses politiques discriminatoires à leur encontre.

2.2 La situation actuelle

Dans les régions du Nord-Est (provinces d'Hassaké, d'Aep et de Raqqa), la population se révèle très mixte : les Kurdes constituent la majorité dans les cantons du Nord (le long de la frontière turque), tandis que les Arabes forment la majorité dans les zones situées plus au sud (comme à Raqqa et à Deir ez-Zor). Les Kurdes et les Arabes sont les deux plus grands groupes de la région, mais les territoires sous administration kurde abritent également d'importantes minorités chrétiennes (assyrienne, syriaque, arménienne) et turkmènes. Les proportions exactes varient considérablement selon la zone géographique. Dans les régions administrées avant 2024 par le Rojava (l'Administration autonome du nord et de l'est de la Syrie), la proportion de Kurdes était estimée entre 30 % et 40 % de la population régionale. Bien qu'ils aient fondé cette région autonome, ils ne forment plus aujourd'hui une majorité dans l'ensemble de ce territoire.

Voici les informations clés concernant cette démographie :

1) Région d'Afrin: la population kurde est passée de 95 % (environ 300 000 à 350 000 personnes) en 2018 à moins de 20 % à la suite de l'offensive militaire turque et des déplacements de population. Après l'offensive de 2018 : l'opération «Rameau d'olivier» menée par la Turquie et des apports syriens a provoqué la fuite de plus de 150 000 civils kurdes, remplacés en partie par des populations arabes. La situation récente indique que la proportion de Kurdes est tombée sous la barre des 20 %, bien que des mouvements de retours progressifs soient observés à la suite des évolutions politiques en Syrie.

2) Région de Konabé:  la population comprend plus de 150 000 à 400 000 habitants, majoritairement kurdes, bien que les chiffres précis fluctuent en raison des déplacements de population. La situation actuelle semble indiquer que la population urbaine de la ville de Konabé est estimée à environ  150 000 habitants, qui font face à des conditions de vie précaires et à des tensions géopolitiques et sécuritaires dans la région. Seul le canton de Konabé formait une majorité absolue de 55 %.

3) Région de Jazia: on estime qu'il y a environ 500 000 à 900 000 Kurdes dans la région d'al-Jazira (qui correspond pour l'essentiel au gouvernorat de Hassaké, au nord-est de la Syrie, au sein d'une population régionale totale d'environ 1,5 million d'habitants. Les habitants kurdes de cette zone vivent principalement dans des villes et des environs comme Qamichli, Hassaké, Amouda et Dêrik (Al-Malikiyah). Sur les 1,5 à 2,5 millions de Kurdes vivant en Syrie, la région de la Jazira constitue le plus grand pôle de peuplement kurde du pays, devant les régions de Kobané et d'Afrin.

Sous le Rojava, les langues officielles étaient le kurde, l'arabe et le syriaque. Aujourd'hui, l'arabe est la langue officielle, le kurde la langue nationale. Aujourd'hui, la langue officielle est l'arabe; le kurde, une langue nationale.

Toutes les estimations d'ordre démographique sont influencées par les conséquences de la guerre civile syrienne et la perméabilité de la frontière syro-turque. La population kurde de Syrie est relativement faible comparée à celles des pays voisins, tels que la Turquie, l'Iran et l'Irak.

Encore une fois, en l'absence de statistiques officielles, basées sur un recensement, pour la région kurde de Syrie, et compte tenu des déplacements massifs de population survenus pendant la guerre civile syrienne, les chiffres exacts restent des estimations.

2.3 La langue kurde

La majorité des Kurdes syriens parlent le kurde kurmandji, une variété kurde parlée en Turquie, dans le nord-est de l'Irak et en Iran; ils parlent aussi l'arabe, bien que d'autres, en particulier à Damas, ne connaissent que l'arabe. Ils écrivent leur langue avec l'alphabet arabe.

La langue kurde est la deuxième langue la plus parlée en Syrie, après l'arabe. Les Kurdes s'expriment souvent en kurde en public, sauf si toutes les personnes présentes ne le parlent pas. Selon Human Rights Watch, les Kurdes de Syrie n'ont pas le droit d'employer officiellement le kurde, d'enregistrer leurs enfants sous des noms kurdes, de créer des entreprises sans nom arabe, de construire des écoles privées kurdes, ni de publier des livres ou autres documents en kurde. En 1988, il était encore interdit de chanter dans une langue autre que l'arabe lors des mariages ou des festivités. Il existe aussi des ''nawar'' (gitans) qui parlent le kurde et se disent Kurdes dans certaines régions.

En 2000, le décret n° 768 interdisait aux commerces de vendre des cassettes ou des vidéos en langue kurde. Ce décret encourageait également la mise en œuvre des restrictions antérieures concernant la langue kurde.

Le 16 janvier 2026, le président syrien  Ahmed al-Charaa a promulgué un décret présidentiel (Décret n° 13 sur les droits des Kurdes) reconnaissant les Kurdes syriens comme faisant partie intégrante de la nation. Ce décret reconnaissait également le kurde comme l'une des langues nationales de la Syrie, proclamait le Newroz comme jour férié national et annonçait le rétablissement de la citoyenneté pour les Kurdes syriens. Il enjoignait également l'État à protéger la culture et la langue kurdes et à soutenir l'enseignement du kurde dans les écoles publiques et privées des régions à majorité kurde. Plus tard, le ministre de l'Intérieur, Anas Khattab, ordonna la mise en œuvre de cette mesure de citoyenneté, y compris pour les Kurdes enregistrés comme apatrides. Le ministère fixa au 5 février 2026 la date limite de sa mise en œuvre.

La situation au Kurdistan syrien est complexe et en constante évolution, avec des implications non seulement pour les Kurdes en Syrie, mais aussi pour la stabilité régionale. Les tensions entre les forces kurdes et le gouvernement syrien, ainsi que les réactions de la communauté kurde en Turquie, soulignent l'importance de surveiller de près les développements futurs dans cette région.

3 Données historiques récentes

Le Parti Bass (parti politique arabe, socialiste et laïc fondé en Syrie en 1944) prit le pouvoir en 1963 à la suite d'un coup d'État militaire. C'est un parti politique panarabe fondé en Syrie en 1944 par Michel Aflak et Salahedine Bitar. Son objectif principal était l'unification des États arabes en une seule nation. Après la prise du pouvoir en Syrie, le Conseil de commandement de la révolution fut chargé de diriger le pays; l’industrie, le pétrole et le commerce furent nationalisés.

3.1 La discrimination des minorités

Dans les faits, le Parti Bass pratiqua aussitôt une politique de discrimination à l'égard des minorités. D'abord en favorisant les alaouites, puis de façon moindre les communautés chrétiennes. Les alaouites, la communauté originaire des al-Assad, purent ainsi accéder aux positions-clés dans l’armée. Cependant, le Parti Baas resta divisé par la rivalité entre ses dirigeants et les jeunes officiers plus radicaux, appartenant pour la plupart à la minorité alaouite. Ces derniers prirent le pouvoir le 23 février 1966 et emprisonnèrent les dirigeants historiques du Parti Baas. Les nouveaux dirigeants baasistes, s’inspirant de l'idéologie panarabiste (ultra-nationaliste), aggravèrent la situation des Kurdes syriens, comme de toutes les minorités non arabes et non islamistes.

- La politique d'extermination

En 1967, le gouvernement envoya 3000 soldats accompagnés de chars d'assaut au secours de l’Irak dans sa guerre contre les Kurdes irakiens afin de supprimer toute velléité d'autonomie. Les autorités syriennes tentèrent par la suite de démontrer «scientifiquement que les Kurdes qui n’ont ni histoire, ni civilisation, ni langue et qu'ils ne constituent pas une nation». Ce genre d'argument fait penser aux propos qu'on trouve dans le rapport de lord Durham en 1839 sur le Bas-Canada au sujet des Canadiens français: «On ne peut guère concevoir nationalité plus dépourvue de tout ce qui peut vivifier et élever un peuple que les descendants des Français dans le Bas-Canada, du fait qu'ils ont gardé leur langue et leurs coutumes particulières. C'est un peuple sans histoire et sans littérature.» L'argument, c'est de toujours affirmer qu'une minorité n'est pas  apte à se gouverner elle-même.

Mais il fallait faire mieux. Le nouveau régime syrien adopta une politique prévoyant la déportation et la dispersion des Kurdes afin de les liquider et d'arabiser leur région en y installant des tribus arabes nomades. Cela ressemble beaucoup à la déportation des Acadiens en Nouvelle-France. Toutefois, cette politique syrienne ne sera que partiellement mise en place. En effet, après la déportation et la nationalisation des terres de plus de 100 000 Kurdes en 1967, la guerre, qui venait d’être déclenchée contre Israël, arrêta la mise en œuvre de cette politique d'extermination. 

Le 17 juillet 2000, Bachar al-Assad succédait à son père comme président de la Syrie. Au début, celui-ci voulut entreprendre des réformes, mais il lui fut impossible de réformer le pays parce qu'il ne disposait pas du personnel nécessaire. D'ailleurs, l'entourage d'al-Assad ne fut nullement convaincu de la nécessité de quelque réforme que ce soit. Mais en mars 2011 le régime fut ouvertement contesté par une partie de la population, mais le président syrien imputa la responsabilité des protestations à des «conspirateurs étrangers», tout en restant muet sur la levée de l'état d'urgence.

- Kurdes, alaouites et druzes

Profitant de la grogne dans le pays, les Kurdes demandèrent au gouvernement de reconnaître leur spécificité culturelle et leur rôle  dans la vie politique. Bien qu'il existât en principe quelque 12 partis politiques, ils étaient tous interdits. Dans un pays qui se présentait comme le cœur de l'arabisme, ces partis se défendaient de toute visée sécessionniste, mais ils voulaient pouvoir s'exprimer en kumanji, l'une des deux langues kurdes importantes.

Durant des décennies, le régime vécut grâce à l'appui indéfectible des alaouites, pendant qu'il terrorisait les communautés sunnites dans l'ensemble du pays. Aux deux extrémités se trouvaient les Kurdes et les druzes. Or, la forte concentration géographique aux frontières de la Turquie et de l’Irak pour les Kurdes et de la Jordanie pour les druzes, jointe à leur croissance démographique, eut pour effet de favoriser les tendances sécessionnistes des Kurdes et des druzes. On a parlé de balkanisation de la Syrie. En réalité, tous les groupes ethniques importants, c'est-à-dire les sunnites, les druzes et les Kurdes, étaient en train de lâcher le régime d'al-Assad.

Comme toute dictature qui se respecte, le régime de Bachar al-Assad réprima les manifestations et les opposants. Mais le conflit se transforma de façon significative en conflit sectaire, c'est-à-dire confessionnel, avec la prédominance bien établie d’une armée d’opposition qui s’opposait à une élite alaouite. De confession sunnite, la majorité de la population n’a pas toujours vraiment apprécié d’être dirigée par cette minorité.

En fait, le pouvoir du président al-Assad s’appuyait sur les clivages sociaux: il jouait les groupes les uns contre les autres, les musulmans sunnites qui avaient peur des Kurdes, les druzes qui avaient peur des sunnites, etc. De leur côté, grâce à l’appui des frappes américaines, les Kurdes du nord de la Syrie rêvaient d’une autonomie locale. Beaucoup de Kurdes trouvèrent refuge dans le Kurdistan irakien où ils furent accueillis comme des frères. En réalité, les Kurdes syriens désiraient une reconnaissance constitutionnelle de leur peuple et de leur langue, sinon ils menaçaient de produire le chaos. Bien armés, ils empêchaient le retour des soldats arabes dans les zones qu'ils contrôlaient et ne laissaient pas davantage entrer l'Armée de libération syrienne (ASL), car ils craignaient l'influence des djihadistes.

3.2 L'élaboration de l'autonomie kurde

Les Kurdes de Syrie ont su profiter du soulèvement de mars 2011 et du chaos qui s'en est suivi pour se rebeller contre le régime de Bachar al-Assad. Par la suite, ils ont conclu une entente avec celui-ci, qui s'est transformée en un pacte de non-agression, en retour duquel le président syrien retirait ses troupes du Rojava. Les Kurdes n'ont eu qu'à remplir le vide pour réaliser les changements auxquels ils se préparaient depuis plus d’une décennie. Le 19 juillet 2012, des milices kurdes syriennes, les Unités de protection du peuple (en kurde : YPG ou Yekîneyên Parastina Gel), ont pris le contrôle des grandes villes du nord de la Syrie, Afrin, Konabé et Qamichli. Depuis ce jour, les Kurdes syriens construisirent leur autonomie et leur projet politique, séculier, démocratique et féministe, en dépit de la guerre civile.

- L'Administration transitoire intérimaire

En novembre 2013, des représentants kurdes, arabes, assyriens et d'autres minorités formèrent un premier gouvernement de facto dans la région sous le nom d’Administration transitoire intérimaire.

Après des mois de guerre, le 9 janvier 2014, le Parti de l'union démocratique (abrégé en PYD) annonça l'autonomie régionale:  l’Administration autonome du nord et de l’est de la Syrie. Des élections eurent lieu, des assemblées populaires furent réunies et la Constitution du Rojava fut approuvée. Puis les habitants organisèrent des assemblées locales, rouvrirent des écoles, créèrent des centres communautaires et aidèrent à repousser l'État islamique d'Irak et du Levant (EIIL) afin de prendre le contrôle de l'est de l'Euphrate. Cependant, ce projet d'autonomie était destiné à être fragile, notamment en voulant administrer un territoire en grande partie arabe. De plus, ce projet était aussi sous la tutelle du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), une milice armée kurde turque, controversée pour le recours à des méthodes répressives.

- Les cantons sous contrôle kurde

Le 17 mars 2016, les Kurdes de Syrie proclamèrent la Fédération démocratique du nord de la Syrie dans les zones contrôlées et qui comprenaient notamment les trois «cantons» kurdes  disjoints — Afrine, Kobané et Djézireh  — bordés par une frontière turque hermétiquement close. Cette entité «autonome» couvrant une partie des provinces d'Alep, de Raqqa et de Hassaké était également appelée «Rojava-Syrie du Nord». C'est ainsi que le pouvoir de Bachar al-Assad a laissé la place à une auto-administration grandement dominée par la branche syrienne du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) et ses alliés kurdes, arabes et chrétiens. Ce territoire autonome (probablement provisoire) est devenu une confédération transcendant les clivages linguistiques, ethniques et confessionnels.

Le 8 août 2017, un nouveau canton fut officiellement déclaré, le canton de Shehba. Celui-ci se trouvait dans la zone comprise entre Afrin et Kobané, à l’ouest de l’Euphrate. Cette zone comprenait également des villes comme Manbij, Jarablus, Azaz et Al-Rai, d’où la Turquie menait des attaques avec l’Armée syrienne libre, contre les Forces démocratiques syriennes (FDS), sous prétexte de lutte anti-Daech. C’est l’opération turque appelée «Bouclier de l’Euphrate».

- L'administration autonome

En 2016, la population administrée par le Rojava comptait deux millions d'habitants. Près de 60 % de celle-ci était kurde, mais la proportion des Kurdes variait selon les cantons : elle était majoritaire (55%) dans les cantons de Djézireh et de Kobané, mais elle était minoritaire dans le canton d'Afrin. Même dans les cantons où les Kurdes étaient majoritaires, une importante minorité chrétienne assyrienne – dont la langue maternelle était l’araméen – y était installée, ainsi que de nombreux Arabes sunnites, des Arméniens, des Turkmènes, des Tchétchènes, des yézidis ainsi que des juifs. Donc, on y trouvait comme langues le kurde kurmandji, le kurde yézidi, l'arabe syrien, l'arménien, le turkmène, le tchétchène, etc.

C'est justement sur la base de ce multilinguisme que furent proclamés, le 16 juillet 2018 à Tabqa les 96 points de la Charte du contrat social de l’auto-administration démocratique du Rojava, qui agissait comme la Constitution du Rojava autonome. Le communiqué final de l'Assemblée proclama la mise en place d’une structure administrative coordonnant les services entre les sept administrations régionales de Jazira, Afrin, Euphrate, Manbij, Tabqa, Raqqa et Deïr ez-Zor.

Le président Bachar Al-Assad avait sûrement prévu cette autonomie kurde en Syrie. Son gouvernement s'est trouvé à autoriser le PYD (Parti d'union démocratique : Partiya Yekîtiya Demokrat) à quitter son exil dans le Kurdistan irakien et à s’installer en Syrie. Il s'agissait sans doute d'un moyen destiné à canaliser la mobilisation politique au Kurdistan syrien afin d'éviter que ce dernier ne se rallie à l’opposition syrienne.

- Une administration progressiste

La révolution du Rojava avait libéré le peuple kurde de la domination du régime d’al-Assad et de l'État islamique (Daech). Elle avait apporté des progrès significatifs pour ce qui est de la libération des femmes, de la diversité linguistique, ethnique et confessionnelle, et de la démocratie directe.

Les Kurdes adoptèrent des lois pour interdire le mariage forcé, le mariage des filles mineures, l’excision et la polygamie. Ils ont éliminèrent la Charia pour régler les disputes matrimoniales et les tribunaux islamiques qu'ils ont démantelés. Au Parlement local, un quota minimal de 40% de femmes fut imposé. Hommes et femmes sont considérés comme égaux aux yeux de la loi, et la Charte garantissait la réalisation effective de l'égalité des femmes et obligeait les institutions publiques à travailler à l'élimination de la discrimination entre les sexes.

Les institutions du Rojava se distinguaient par leur laïcité, car la religion ne jouait aucun rôle politique. C’est surtout par son féminisme que le Kurdistan syrien différait dans la région: les femmes étaient présentes à tous les niveaux et dans tous les domaines de l’administration, y compris dans l'armée. Chaque conseil démocratique devait respecter un quota de 40% de chaque sexe, et chaque institution devait être coprésidée par un homme et une femme.

Avec le déclenchement de la révolution de Rojava, le rôle des femmes n'était plus limité à l'action politique et sociale, mais il s’étendait aussi à la protection de l’identité culturelle et à la préservation de la langue maternelle. La région du Rojava connut ainsi une révolution linguistique qui a accompagné les transformations politiques, se traduisant par l’introduction de la langue kurde dans les programmes scolaires et la garantie du droit des enfants à s'instruire dans leur langue maternelle, après des décennies d’exclusion et de marginalisation. Dans le secteur de la santé, l’expérience de la gestion des femmes s’est imposée comme un exemple frappant de la capacité des femmes à allier professionnalisme à la dimension humaine du travail institutionnel. Voici quelques extraits du Contrat social de l'Administration autonome démocratique du nord et de l'est de la Syrie:

Article 6

Toutes les langues parlées sur le territoire du nord et de l'est de la Syrie sont égales à tous égards dans la vie sociale, scolaire et culturelle. Chaque peuple ou groupe culturel a le droit d'organiser sa vie et de gérer ses affaires dans sa langue maternelle.

Article 7

L'arabe, le kurde et le syriaque sont les langues officielles dans les zones relevant de l'Administration autonome démocratique.

Article 87

Le Canton

1)
Un canton est composé de villes, de bourgs, de villages et de fermes.

2) Au sein de l'Administration autonome du nord et de l'est de la Syrie, chaque canton s'organise politiquement, socialement, économiquement, écologiquement et culturellement, notamment en matière de sécurité, d'éducation, de droits des femmes et de la jeunesse, selon les principes du confédéralisme démocratique et de l'autonomie démocratique. Il décide et agit en conséquence. Il possède les pouvoirs et les droits qui lui sont conférés par le Contrat social de l'Administration autonome du nord et de l'est de la Syrie.

8) Les composantes ethniques et religieuses de chaque canton organisent et gèrent leurs affaires politiques, sociales et culturelles
dans leurs langues et cultures respectives.

À partir de 2017, le Kurdistan syrien fut administré en vertu d'un «confédéralisme démocratique». Toute personne avait le droit d'exprimer son identité ethnique, culturelle, linguistique, ainsi que les droits dus à l’égalité des sexes. Les langues officielles étaient le kurde, l’arabe et le syriaque, mais les langues principales étaient le kurde kurmanji et l'arabe syrien. Toutes les communautés linguistiques avaient le droit d'enseigner et de recevoir leur instruction dans leur langue maternelle. La plupart des livres kurdes enseignés au Rojava ont été édités et publiés par l'Institut de la langue kurde à Istanbul, en Turquie. Enfin, l'exemple du Rojava peut rappeler qu'une révolution démocratique et pluraliste est possible là où des leaders sont organisés, déterminés et prêts à servir leur communauté avant leurs intérêts personnels.

3.3 L'agression turque dans le Rojava (2019)

Le 18 mars 2018, à la suite d'une opération militaire turque, l'enclave d'Afrine (Efrin en kurde) passa aux mains de la Turquie et des forces rebelles syriennes de l'Armée nationale syrienne (ANS) inféodées à cette dernière. Cet événement provoqua le déplacement d'environ 250 000 civils. Plusieurs organisations internationales ont documenté de graves violations des droits de la personne dans la région, notamment des exactions, des pillages et des déplacements forcés perpétrés à l'encontre des civils.

Il faut se rappeler qu'en octobre 2019 le président des États-Unis, Donald Trump, avait décidé de retirer les forces américaines de la Syrie, soit environ 1000 soldats bien entraînés et bien équipés. Les pays occidentaux engagés dans la lutte contre l’État islamique (Daech) avaient insisté pour que cette évacuation ne se réalise pas, car elle mettrait en danger la population kurde de Syrie, ce qui donnerait ainsi le feu vert à l’invasion turque dans la région. Pour la Turquie obsédée par sa kurdophobie, toute entité autonome kurde devait être éliminée à tout prix, y compris dans le Kurdistan syrien, trop proche du Kurdistan turc; pour Ankara, tout Kurde était et est toujours un terroriste!

- Une zone turque de sécurité

L’intention déclarée de la Turquie était de placer une «zone de sécurité» frontalière de façon à réduire le territoire du Rojava et la continuité territoriale kurde entre Afrin et Tel Ayad (voir la carte ci-dessus). Cela correspond à 32 km de profondeur en territoire syrien sur 400 km de longueur le long de la frontière turque. L’armée turque, notamment composée de milices turkmènes syriennes, a fait entrer une cinquantaine de chars et quelques centaines de soldats (près de 400 appuyés par des groupes djihadistes anti-Assad) sur le sol syrien, sans oublier l'aviation, et elle ne prévoyait pas se retirer. Amnistie internationale a dénoncé les forces turques et leurs supplétifs syriens qui auraient commis, lors de leur offensive contre les forces kurdes, des «crimes de guerre», dont des «exécutions sommaires» et des attaques meurtrières contre des civils.

Évidemment, les capacités militaires des Kurdes de Syrie étaient limitées devant la force de feu de l’artillerie turque. L'objectif de la «zone tampon» de la Turquie en Syrie consistait non seulement à empêcher l’unification du Rojava kurde, mais de forcer les Kurdes à sortir de la région. Lâchés par leurs alliés américains et européens, les Kurdes, qui avaient profité de la guerre civile en Syrie pour étendre leur zone de contrôle, se retrouvèrent désormais pris en étau entre l’armée turque et l’armée syrienne. Des centaines de milliers de Kurdes se retirèrent de la zone des combats. Évidemment, tous les États dénoncèrent à l’unisson l'invasion turque, y compris les États-Unis, la Russie, Israël, l’Iran et la Syrie, bien qu’ils l’aient tous négociée et validée. D'un côté, le président Donald Trump avait réussi à mettre fin à la révolution du Rojava, de l'autre, la Turquie pensait avoir réglé la question du terrorisme kurde en Turquie et en Syrie. La tentation était grande pour elle de ne pas s’arrêter là!

- L'utopie kurde

Le territoire du Rojava dans cette région du Proche-Orient correspond à l'antithèse du «rêve califal» de l'État islamique (Daech). C'est dans cette région voisine du Moyen-Orient regorgent de milices salafistes, de théocraties corrompues, d'États nations autoritaires, de structures tribales, claniques ou mafieuses, encadrées par des sociétés massivement conservatrices au sein desquelles la violence contre les femmes, les meurtres pour l’honneur, les mariages forcés, les caractéristiques habituelles du patriarcat sont extrêmement courantes.

Or, la révolution du Rojava faisait la part belle aux composantes féminines et minoritaires. D'où les nombreux ennemis dans la région sous des prétextes religieux et moraux, mais aussi hors de la région avec la politique hostile de la Turquie et changeante des États-Unis, d'Israël, de la Russie et de l'Europe, tous peu soucieux de voir émerger un Proche-Orient social, structuré, autonome et difficilement manipulable. La Turquie conservatrice d'Erdogan a développé une véritable obsession contre les Kurdes, et ce, d'autant plus que les Kurdes turcs envient les Kurdes syriens ou irakiens pour leur autonomie politique. Ce qui ferait l'affaire des Turcs, c'est que l’État syrien ou tout autre groupe armé gagne la guerre, reconquière les provinces du Nord kurde et les assujettit à nouveau. Il est certain que les Kurdes risqueraient d'y perdre leur autonomie et leurs acquis sociaux, bien que leur langue puisse être autorisée.

Cette révolution ne pouvait se faire si rapidement sans accroc. Ainsi, les dirigeants kurdes pensaient qu'une partie de la population locale pourrait être «rekurdisée», notamment les Kurdes arabophones qui pouvaient choisir de renouer avec leurs racines kurdes. Les Kurdes avaient le soutien de la communauté internationale, notamment de la Russie, des États-Unis et de la France. Ce soutien semblait nécessaire pour la lutte des forces kurdes contre l'État islamique.

Cependant, comme le dit si bien le proverbe «les Kurdes n'ont d’amis que les montagnes», les soutiens extérieurs sont rares et fluctuants. S'il fait avant tout référence au relatif isolement politique des Kurdes de la Syrie, ce proverbe concerne tous les Kurdes de l'Irak, de l'Iran et de la Turquie à qui les Occidentaux avaient déjà promis un «pays» dès 1918. Bref, les Kurdes se méfiaient avec raison de leurs «alliés» à géométrie très variable et qui ne défendent en fait que leurs propres intérêts dans la région. Finalement, le moins que l'on puisse dire, c'est que le projet du Rojava renvoyait une image «trop progressiste» qui contrastait étrangement avec l’image d'obscurantisme renvoyée par l'État islamique. Bien sûr, rien n'était acquis.

Après plusieurs années d’un conflit meurtrier qui avait fait plus de 400 000 morts, 6,1 millions de personnes déplacées dans le pays, 5,3 millions de réfugiés à l'étranger, des villes détruites, un pays en lambeaux, la Syrie était mal en point, juste pour que Bachar al-Assad puisse se maintenir au pouvoir par tous les moyens possibles. 

3.4 L'accord kurde

Du côté des Kurdes, ils ont eu le vent dans les voiles tant qu'ils ont bénéficié de l'appui des Arabes opposés au régime de Bachar al-Assad. Toutefois, de nombreux combattants arabes des  Forces démocratiques syriennes (FDS) ont fait défection et se sont ralliés à Ahmed Al-Charaa. Ayant perdu les provinces arabes, les Kurdes ont dû se replier sur leurs provinces historiques.

Par conséquent, le 10 mars 2025, le président par intérim Ahmed al-Charaa et le leader kurde Mazloum Abdi ont signé un accord pour intégrer les institutions civiles et militaires kurdes au sein de l'État syrien. Les détails de cet accord,  signé sous la médiation des États-Unis, s'articulent autour des axes suivants :

- Intégration des forces : l'accord prévoit l'intégration des puissantes FDS au sein de l'armée et des institutions de sécurité syriennes.

- Administration autonome : elle implique la fusion progressive des institutions et de l'administration de la zone autonome kurde dans l'appareil de l'État, y compris les postes-frontière, l'aéroport, et les champs pétroliers et gaziers.

Cet accord «global», selon le terme employé par les deux camps, semble marquer un recul important aux espoirs d'autonomie des Kurdes, le nouveau pouvoir islamiste étant déterminé à imposer son autorité sur l'ensemble du territoire syrien.

L'accord affirme que la communauté kurde est une composante essentielle de l'État syrien et garantit son droit à la citoyenneté et à tous ses droits constitutionnels. L'accord a été salué par des manifestations de joie dans plusieurs villes syriennes, comme à Hassaké, et a été accueilli comme une occasion de construire une nouvelle Syrie qui comprenne toutes ses composantes et assure une bonne cohabitation. D'une part, les Kurdes croient qu'ils seront autonomes au sein de l'État syrien, d'autre part, les partisans les plus rigides d’Ahmed al-Charaa affirment que les Kurdes vont se soumettre et qu’ils seront dispersés, intégrés, mais sans autonomie.

Ce n'est pas tout, Ahmed al-Charaa a confié la sécurité régionale, c'est-à-dire les forces de police, aux forces druzes. Cela signifie que les forces druzes vont intégrer le dispositif sécuritaire de l'État syrien, mais avec une forme d'autonomie locale. Pourtant, Ahmed al-Charaa avait fixé pour principe qu'il n'y aurait pas d'autonomie au sein du territoire syrien. Ce flou alimente les plus fidèles partisans des deux côtés.

Il ne faut pas oublier ce sont des islamistes qui dirigent aujourd'hui un État qui prétend être laïc. Or, depuis des centaines d'années, le système doctrinal de l'islam n’accepte pas le désaccord, ni la pluralité des opinions et encore moins le débat intellectuel, sans oublier la notion des droits de l’Homme, bref des notions souvent perçues comme des «pratiques immorales».

Malgré tout, les Syriens s’accrochent à un rêve politique millénaire dans le monde arabe: celui d'un mode musulman libre et heureux, sauf qu'il n'y aura un «monde musulman libre et heureux» que lorsque les États arabo-musulmans auront adopté des constitutions laïques, ce à quoi les religieux s'opposeront toujours. En réalité, ce n'est pas une question de religion, mais avant tout une question de pouvoir, la religion n'étant qu'un prétexte pour assoir ce pouvoir!

Dernière mise à jour: 28 juil. 2026

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