D'après le dernier recensement turc de 2008, la zone prise en compte par les autorités (délimitée à l'ouest par Urfa, Adıyaman et Malatya, au nord par Erzincan, Tunceli, Bingöl, Muş et Ağrı) serait habitée par environ 20 millions d'habitants, ce qui représenterait près de 14 % de la population nationale.
2.1 Les provinces kurdes
La carte ci-dessous présente les provinces kurdes autour du lac de Van: Diyarbakır (capitale culturelle), Van, Mardin, Urfa (Şanlıurfa), Batman, Hakkâri, Siirt, Şırnak, Ağrı, Bitlis, Muş, Adıyaman, Bingöl, Elazığ, Tunceli et Malatya.
Certaines provinces sont mixtes, c'est-à-dire qu'elles comptent des populations kurdes, turques et arabes, voire arméniennes (Ardahan, Kars et Iğdır). Par exemple, une importante communauté arabe est présente le long de la frontière avec la Syrie ainsi que dans les provinces d'Urfa, de Mardin et de Şırnak; les Turcs sont fortement concentrés dans les provinces de Malatya et d'Elâzığ, mais également présents en tant que fonctionnaires dans toutes les villes du Kurdistan turc.
Les Kurdes zazas habitent les provinces d'Elâzığ, de Diyarbakır, de Tunceli, d'Erzincan et l'est de la région d'Urfa. Il existe une petite communauté arménienne encore présente à Diyarbakir, et la région de Mardin abrite encore une petite communauté syriaque. D'après un sondage de l'institut de recherche turc Konda réalisé en 2008, 62 % de la population de la région se considèrent d'origine kurde.
2.2 Les régions kurdes
La Turquie compte également des régions qui regroupes les provinces en sept
zones régions géographiques traditionnelles: Région égéenne (Ege
Bölgesi), Région de la mer Noire (Karadeniz Bölgesi), Région de
l'Anatolie centrale (İç Anadolu Bölgesi), Région de l'Anatolie orientale
(Doğu Anadolu Bölgesi), Région de Marmara (Marmara Bölgesi), Région
méditerranéenne (Akdeniz Bölgesi) et Région de l'Anatolie du Sud-Est
(Güneydoğu Anadolu Bölgesi). On peut aussi faire des subdivisions: Marmara
occidentale, Marmara orientale, Mer Noire occidentale, Mer Noire orientale,
 |
La carte ci-contre montre que c'est la région de l'Anatolie
centrale orientale qui compte le plus de Kurdes (79,1%), suivie de
l'Anatolie du Sud-Est (64,1%) et de l'Anatolie du Nord-Est (32,0%).
Ailleurs, c'est Istanbul (14,8%), l'Anatolie occidentale (7,7%) et
l'Égée (6,1%). On va en retrouver aussi en Méditerranée
orientale (env. 4,9%) et en Marmara orientale (4,9%). |
2.3 Les langues kurdes
Le kurde septentrional, appelé aussi kurde kurmanji, est parlé au sud-est de la Turquie par environ 20 millions de locuteurs, incluant ses variétés locales (ashiti, bayezidi, boti, hekari, marashi, mihemedî, shemdinani, shikakî et silivî). Le kurde kurmanji est parlé par environ 80 % de tous les Kurdes. C'est la seule variété parlée dans les quatre pays historiques (Turquie, Irak, Syrie et Iran). Rappelons qu'il existe plus d'une trentaine de variétés locales du kurde.
En Turquie, il existe une autre variété appelée zaza, zazaki ou dimili et parlée par trois millions de locuteurs. Cette langue est considérée par certains linguistes comme une variété de kurde, mais d'autres affirment qu'il s'agit d'une langue iranienne distincte du kurde. Cette variété de zaza présente beaucoup de similitudes avec le kurmanji et le persan du Nord en Iran. D'ailleurs, pour les autorités iraniennes, le kurde est un «dialecte du farsi» (ou persan iranien), tandis que pour les autorités turques le zaza est un dialecte kurde parlé par des «Turcs montagnards». Quoi qu'il en soit, les Zazas se considèrent eux-mêmes comme des Kurdes.
Néanmoins, nous savons que la majorité des Kurdes originaires de Turquie sont des locuteurs du kurmanji, bien qu'une importante minorité puisse parler le zaza, bien que cette appartenance au kurde soit contestée. Les locuteurs du zaza sont numériquement minoritaires, géographiquement dispersés parmi les kurmanjophones et parlent souvent le kurmanji comme langue seconde.
2.5 Les Kurdes assimilés
Il ne faut pas passer sous silence le fait que des millions de Kurdes se sont assimilés aux Turcs au cours des décennies et qu'ils ont adopté le turc comme langue maternelle. En effet, on compterait 5,8 millions de Kurdes turquifiés sur une population totale de 15,3 millions de locuteurs, ce qui représente 38,2 % de tous les Kurdes de Turquie.
| Ethnie |
Nombre |
Langue maternelle |
Pourcentage |
| Kurdes kurmanji |
8 127 000 |
kurde kurmanji |
52,8 % |
| Kurdes turcophones |
5 881 000 |
turc |
38,2 % |
| Kurdes zaza (dimili ou zazaki) |
1 155 000 |
kurde dimili (zazaki) |
7,5 % |
| Kurdes alévis |
184 000 |
kurde zaza du Nord ou kurmanji |
1,1 % |
| Kurdes shikakî |
23 000 |
kurde shikaki |
0,0 % |
| Total |
15 370 000 |
- |
100,0 % |
Rappelons que le kurde shikaki est une variété dialectale du kurde kurmanji. Quant aux Kurdes alévis ou de rite alévi, ils parlent en général le zaza du Nord ou le kurmanji, s'ils habitent dans les provinces environs de Tunceli/Dersim, Elazig, Varto et Mus. Mais la langue du culte est toujours le turc officiel.
3 Données historiques spécifiques
Pendant la guerre pour l'indépendance de la Turquie, Mustafa Kemal Atatürk avait promis aux Kurdes un statut d’autonomie proche du fédéralisme. Pourtant, une fois l'indépendance acquise en 1923, le gouvernement turc est revenu sur sa promesse et a adopté une politique antikurde.
3.1 La Turquie kémaliste
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En fait, l'unité nationale se voulait structurée autour d'une unité ethnoculturelle forte. Les minorités non turques ou allophones comme les Arméniens, les Grecs et les Kurdes devaient quitter le pays ou s'assimiler. C'est ainsi que le gouvernement turc interdit la langue et les noms de famille kurdes. Le mot «kurde» lui-même fut proscrit et les Kurdes furent désignés sous l'expression de «Turcs montagnards».
Les écoles et les journaux kurdes furent fermés et la première Assemblée nationale où siégeait 75 députés du Kurdistan fut dissoute. Face à cette négation du fait kurde et de l'identité kurde, les Kurdes se sont soulevés à plusieurs reprises. Les soulèvements ont toujours été violemment réprimés par l'armée et l'aviation turques. |
- Les tentatives de déportation
Étant donné que les Kurdes constituaient une minorité significative et peu aisée à se liquider, les Turcs les ont considérés comme une menace ethnique pour l’identité turque qui se voulait homogène dans le pays; ce sentiment a été déclenché par en vertu du principe de construction de l’État-nation. Cette idéologie peut être décrite par les mots de Mahmut Esat Bozkurt (1892-1943), ministre turc de la Justice, qui déclarait le 19 septembre 1930 :
| Biz Türkiye denen, dünyanın en hür ülkesinde yaşıyoruz. Mensubunuzun inançlarından samimiyetle bahsetmesi için buradan daha müsayit bir ortam bulamazdı. Onun için hislerimi saklamayacağım. Türk bu ülkenin yegane efendisi yegane sahibidir. Saf Türk soyundan olmayanların bu memlekette bir tek hakları vardır. Türkler'e hizmetçi olma hakkı, köle olma hakkı! Dost ve düşman ve hatta dağlar bu hakikati böyle bilsinler. |
Nous vivons en Turquie, le pays le plus libre du monde. Vous ne trouverez pas d'endroit plus propice pour exprimer sincèrement vos convictions. C'est pourquoi je ne cacherai pas ce que je pense. Le Turc est le seul maître, le seul propriétaire de ce pays. Ceux qui ne sont pas de pure souche turque n'ont qu'un seul droit ici : celui d'être les serviteurs des Turcs, le droit d'être les esclaves ! Que les amis et ennemis, et même les montagnes, sachent cette vérité. |
Le 14 juin 1934, le Parlement turc promulgua une loi de déportation et de dispersion des Kurdes. Cette loi, appelée pudiquement Loi n° 2510 sur la réinstallation, visait la déportation massive des Kurdes vers l'Anatolie centrale et l'implantation dans les territoires kurdes d'immigrants turcophones originaires des Balkans, afin d'accélérer la «turquisation» du Kurdistan. Selon certaines estimations, le Kurdistan de Turquie aurait perdu, de 1925 à 1939, environ le tiers de sa population par suite des massacres collectifs et des déportations de masse.
- Le fameux PKK
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Le plus important soulèvement en date contre le gouvernement turc est venu du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Ce soulèvement, qui prenait la forme d'une guérilla, débuta en 1984 en faisant des dizaines de morts par semaine. Depuis l'arrestation en 1999 au Kenya, et la condamnation à la prison à perpétuité du chef du PKK, Abdullah Öcalan, surnommé ''Apo'' par les Kurdes, ce qui signifie «oncle», les affrontements ont diminué d'intensité, avec notamment le repli des troupes du PKK vers le Kurdistan oriental (ou Kurdistan iranien) et le Kurdistan méridional(Kurdistan irakien). Au total, la guerre aurait fait plus de 37 000 morts dans la région. |
Les Kurdes ont notamment commencé à s'investir dans la vie politique institutionnelle au début des années 1960, avec la création du Parti ouvrier de Turquie (TIP) par des syndicalistes de gauche. Le parti s'est développé grâce au soutien massif des militants kurdes et a obtenu quinze élus à l’Assemblée, parmi lesquels plusieurs Kurdes. Le TIP fut interdit après le coup d’État de 1971 pour avoir déclaré que «le peuple kurde a le droit d’exercer ses droits politiques en Turquie». Par la suite, les Kurdes cherchèrent une issue politique vers l'autonomie.
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Lors des élections législatives de 1991, un parti dit «kurde», le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) a pour la première fois présenté des candidats et obtenu 22 sièges. Cependant, quand la députée kurde Leyla Zana a prêté serment en kurde en déclarant : ''Türk ve Kürt halkları arasındaki kardeşlik çok yaşasın'', ce qui signifiait simplement «Vive la fraternité entre les peuples turc et kurde», aussitôt, elle et ses compagnons furent chassés de l’Assemblée nationale et condamnés à 15 ans de prison pour trahison et liens avec le PKK. Puis elle fut et libérée en 2004, après dix ans d'incarcération, alors que le gouvernement turc consentait à certaines réformes démocratiques en vue d'une adhésion à l’Union européenne.
Elle fut réélue députée en 2011 et en 2015, puis fit l'objet d'une condamnation à 10 ans de prison pour appartenance au mouvement du PKK. |
- La lutte contre le terrorisme
Le 12 août 2005, Recep Tayyi Erdoğan, alors premier ministre du
pays, promit de régler le problème kurde avec plus de démocratie. Il a d'ailleurs déclaré lors d'un discours à Diyarbakir :
"İlla her soruna bir ad koymak da gerekmez. Ama illa ad koyalım diyorsanız Kürt sorunu bu milletin bir parçasının değil, hepsinin sorunudur. Benim de sorunumdur. Türk olsun, Kürt olsun, Çerkez olsun, Abaza olsun, Laz olsun, bütün Türkiye Cumhuriyeti vatandaşlarının ortak sorunudur."
"Kürt sorunu ne olacak diyenlere diyorum ki bu ülkenin başbakanı olarak o sorun herkesten önce benim sorunumdur. Bir büyük bir devletiz ve millet olarak bu ülkeyi kuranların bize miras bıraktığı temel prensipler ve cumhuriyet ilkesi, Anayasal düzen dahilinde her sorunu, daha çok demokrasi, daha çok vatandaşlık hukuku, daha çok refahla çözeceğiz. Bu anlayışla çözüyoruz ve çözeceğiz de.." |
Il n'est pas nécessaire de nommer chaque problème. Mais si vous tenez absolument à le faire, la question kurde n'est pas seulement un problème pour une partie de la nation, mais pour la nation tout entière. C'est aussi mon problème. Qu'ils soient Turcs, Kurdes, Circassiens, Abkhazes ou Lazes, c'est un problème commun à tous les citoyens de la république de Turquie.
À ceux qui me demandent ce qu'il adviendra de la question kurde, je réponds qu'en tant que premier ministre de ce pays ce problème est avant tout le mien. Nous sommes un grand État et, en tant que nation, nous résoudrons chaque problème dans le cadre des principes fondamentaux et du principe de la République, de l'ordre constitutionnel, qui nous ont été légués par les fondateurs de ce pays, avec davantage de démocratie, de droits civiques et de prospérité. C'est avec cette conviction que nous abordons la question et que nous continuerons à le faire.
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Cependant, la réalité passée et actuelle de la Turquie démontre le contraire. Le gouvernement Erdoğan a mis fin à quinze ans d'état d'urgence dans le sud-est du pays. Il a autorisé également la diffusion d'émissions en langue kurde à la radio et à la télévision et a permis l'ouverture d'instituts privés d'enseignement de la langue kurde. Toutefois, non seulement ces réformes et ces actes n'ont pas tous été suivis d'effets concrets, mais ils ont été contrebalancés par une répression soutenue. Par exemple, en janvier 2009, Erdoğan inaugurait la première chaîne publique turque (TRT 6) en langue kurde et prononçait même quelques phrases en kurde; quelques mois plus tard, il octroyait plus de droits culturels et linguistiques aux Kurdes, notamment par l'apprentissage de la langue kurde à l'école dès 2012, mais en 2016 il ordonnait aux gouverneurs de fermer les uniques écoles kurdes de certaines régions. En 2021, Erdoğan pouvait déclarer aux journalistes qu'il n'y avait plus de problème kurde en Turquie et qu'il l'avait résolu, surmonté, terminé il y a longtemps.
En 2007, la principale représentation politique kurde, le Parti de la société démocratique (DTP) comptait 21 députés à l'Assemblée nationale turque. Le DTP fut dissous le 11 décembre 2009 par la Cour constitutionnelle turque qui le soupçonnait d'entretenir des liens proches avec le PKK, considéré comme terroriste par la Turquie et l'Union européenne. Le DTP fut remplacé par le Parti de la paix et de la démocratie (en turc : Barış ve Demokrasi Partisi, abrégé en BDP), qui comptait 29 députés (sur 550) au Parlement turc issu des élections législatives de 2011. Le BDP fut remplacé par le Parti démocratique des peuples (en turc : Halkların Demokratik Partisi ou HDP), qui comptait 59 députés (sur 550) en 2015 puis 67 (sur désormais 600 députés) au Parlement monocaméral turc issu des élections législatives de juin 2018.
En 2015, la Loi n° 3713 sur la lutte contre le terrorisme (3713 sayılı Terörle Mücadele Kanunu) s’est étendue pour viser non seulement les Kurdes, mais aussi toute dissidence du régime. Le régime turc adoptait des lois répressives pour freiner les opposants politiques et les dissidents kurdes, la plus importante étant la création de tribunaux spéciaux chargés de juger les personnes pour des infractions en vertu de la loi antiterroriste.
En juillet 2016, une partie de l’armée turque mena un coup d’État visant à renverser le gouvernement Erdoğan. Par la suite, le régime déclara un état d’urgence de deux ans, caractérisé par une répression sévère contre toute organisation ou tout mouvement considéré comme une menace pour le régime, surtout de la part des Kurdes. Entre 2016 et 2018, la Loi n° 3713 sur la lutte contre le terrorisme fut employée pour fermer 1300 associations et fondations, et 180 médias furent définitivement fermés pour des liens non spécifiés avec des organisations terroristes. L'interdiction nationale incluait la suspension de 94 ONG kurdes dans 20 provinces et de plusieurs organisations médiatiques pro-kurdes.
À l’approche des élections nationales de 2023, le régime s'est servi de sa législation antiterroriste pour arrêter des dizaines de Kurdes lors de descentes policières. Ces descentes visaient les domiciles et bureaux de 128 journalistes, responsables de partis politiques et avocats kurdes. Du matériel technique, des ordinateurs, des livres et des documents appartenant à des journalistes furent également confisqués lors des descentes menées par le bureau du procureur en chef de Diyarbakir.
En 2024, la Loi n° 3713 sur la lutte contre le terrorisme continua d’être appliquée, la police turque détenant fréquemment des maires pro-kurdes avant de les remplacer par des responsables turcs pour des accusations de liens avec le PKK, malgré l’absence de preuves. La forte hausse du nombre de poursuites contre les défenseurs des droits de la personne, en vertu des articles 6 et 7.2 des lois antiterroristes et de l’article 314 du Code pénal turc, illustre l’ampleur de l’usage de la législation antiterroriste ces dernières années.
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Türk ceza kanunu (2004)
Madde 122 (2014)
Nefret ve ayırımcılık
1) Dil, ırk, milliyet, renk, cinsiyet, engellilik, siyasi düşünce, felsefi inanç, din veya mezhep farklılığından kaynaklanan nefret nedeniyle;
a) Bir kişiye kamuya arz edilmiş olan bir taşınır veya taşınmaz malın satılmasını, devrini veya kiraya verilmesini,
b) Bir kişinin kamuya arz edilmiş belli bir hizmetten yararlanmasını,
c) Bir kişinin işe alınmasını,
d) Bir kişinin olağan bir ekonomik etkinlikte bulunmasını, engelleyen kimse, bir yıldan üç yıla kadar hapis cezası ile cezalandırılır.
Madde 214
Suç işlemeye tahrik
1) Suç işlemek için alenen tahrikte bulunan kişi, altı aydan beş yıla kadar hapis cezası ile cezalandırılır.
2) Halkın bir kısmını diğer bir kısmına karşı silahlandırarak, birbirini öldürmeye tahrik eden kişi, onbeş yıldan yirmidört yıla kadar hapis cezası ile cezalandırılır.
3) Tahrik konusu suçların işlenmesi halinde, tahrik eden kişi, bu suçlara azmettiren sıfatıyla cezalandırılır.
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Code pénal turc (2004)
Article 122 (2014)
Haine et discrimination
1) Quiconque, par haine fondée sur des différences de langue, de race, de nationalité, de couleur, de sexe, de handicap, d'opinion politique, de conviction philosophique, de religion ou d'appartenance sectaire, empêche une personne :
a) de vendre, de céder ou de louer un bien meuble ou immeuble offert au public ;
b) de bénéficier d'un service offert au public ;
c) d'embaucher une personne ;
d) d'exercer une activité économique normale, est passible d'une peine d'emprisonnement d'un à trois ans.
Article 214
Incitation à commettre un crime
1) Quiconque incite publiquement à commettre un crime est puni d'une peine d'emprisonnement de six mois à cinq ans.
2) Quiconque incite une partie du public à en tuer une autre en l'armant est puni d'une peine d'emprisonnement de quinze à vingt-quatre ans.
3) Si les crimes ayant fait l'objet de l'incitation sont commis, l'auteur de l'incitation est puni comme complice.
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Entre 2016 et 2021, plus de 310 000 personnes furent condamnées pour appartenance à une «organisation terroriste armée»; en 2017, plus de 100 000 fonctionnaires kurdes furent suspendus ou licenciés, plus de 50 000 citoyens arrêtés, et plus de 1500 ONG fermées pour des accusations liées au terrorisme. Par ailleurs, ces lois ne définissent pas clairement ce qui constitue une organisation terroriste armée ni une infraction d’appartenance à une «organisation terroriste armée», ce qui permet des interprétations très larges des lois par les juges et procureurs turcs dans le but d'enquêter, de poursuivre et de condamner des critiques ou des dissidences potentiellement contre le régime. En 2022, plus de 1600 avocats kurdes ou pro-kurdes furent poursuivis, dont 615 arrêtés.
De plus, la loi antiterroriste est fréquemment employée par l’État pour justifier l’escalade de l’agression contre les villes, les districts et les municipalités kurdes majoritaires du Sud-Est, notamment depuis 2015, mais aussi après l’adoption de la Loi n° 3713 sur la lutte contre le terrorisme. Par conséquent, les intervenants alignés sur le régime ne sont pas tenus responsables par le système judiciaire turc, puisqu’ils sont protégés par les statuts discriminatoires de la législation turque. Dans un effort soutenu pour discréditer l’opposition et saper son authenticité, le régime turc accuse souvent à tort le Parti démocratique des peuples (HDP) et d’autres groupes kurdes d’être des instruments politiques du PKK. Les fausses accusations contre des groupes politiques alignés sur les Kurdes sont devenues la norme en Turquie, conformément à la réglementation autoritaire. Il suffit d'invoquer le mot PKK pour instaurer un climat de peur et de haine.
Or, après une quarantaine d'années de violences et d’effusion de sang, le PKK a officiellement annoncé sa dissolution et la reddition de ses armes. Cela ne s'est pas fait tout seul. Même chez les Kurdes, ce qui était autrefois perçu comme une lutte pour les droits et la reconnaissance de leur peuple est désormais perçu comme un frein au progrès et à la paix.
- La poursuite de la répression linguistique
Malheureusement, la levée de la Loi n° 2932 sur les publications en d'autres langues que le turc (1983), qui interdisait la langue kurde en public et en privé, n’a pas empêché le régime de réprimer activement la langue kurde.
| Article 2
Langues interdites pour l'expression et la diffusion d'idées
L'expression, la diffusion et la publication d'idées dans toute langue autre que les principales langues officielles des États reconnus par l'État turc sont interdites.
Les dispositions des accords internationaux auxquels l'État turc est partie prenante , ainsi que les dispositions législatives concernant l'éducation, l'enseignement, la recherche scientifique et les publications des institutions et organisations publiques, sont réservées.
Article 3
La langue maternelle des citoyens turcs
La langue maternelle des citoyens turcs est le turc.
a) Toute activité visant à employer et à diffuser d'autres langues que le turc comme langue maternelle,
b) Le port d'affiches, de banderoles, de pancartes, de panneaux et de documents similaires rédigés dans une autre langue que le turc, même si la présente loi ne l'interdit pas, lors de réunions et de manifestations, sans autorisation de la plus haute autorité administrative locale, ainsi que leur diffusion par enregistrements, bandes audio et vidéo et tout autre moyen d'expression,
sont interdits. |
En 2017, le gouvernement turc a fermé l’Institut kurde d'Istanbul à la suite de la tentative de coup d’État ratée. Tel qu'il est mentionné précédemment, le régime se sert de l'état d'urgence pour suspendre les activités de 94 ONG dans 20 provinces dans le cadre d’une fermeture nationale légale, y compris plusieurs organisations médiatiques pro-kurdes telles que l’Institut kurde d’Istanbul, fondé en 1992 pour promouvoir la langue, la culture et la littérature kurdes.
En raison de la répression historique des citoyens kurdes et de la répression continue menée par le régime autoritaire turc, les représentants kurdes demandent à la communauté internationale de soutenir les efforts de la société civile, tant kurde que turque, pour exprimer l’identité, la culture et la langue kurdes. Le refus de coopérer avec les mouvements démocratiques kurdes qui veulent promouvoir la paix entre Turcs et Kurdes est révélateur de l’échec persistant du processus de paix et de la poursuite de la persécution systémique des Kurdes, remontant à la création de l’État-nation turc après la Première Guerre mondiale.
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Pour le gouvernement turc, tous les Kurdes sont des terroristes, ce qui fait beaucoup de millions de personnes terroristes. Les Kurdes sont devenus une véritable obsession pour le gouvernement turc. Même si la plupart des Kurdes souhaitent vivre en paix et en coexistence, la répression s'abat sur tous les Kurdes. Des parents kurdes en viennent à croire qu’il est inutile d’enseigner leur langue aux enfants en raison de la répression qu’ils pourraient subir de la part du gouvernement. Celui-ci est convaincu que la libre expression de l’identité kurde est inextricablement liée à la sécurité non seulement du peuple kurde, mais aussi de tous les citoyens turcs.
Bref, les Kurdes mettraient en danger toute la société turque. Pourtant, de nombreux membres du cabinet actuel du gouvernement sont d’origine kurde et la Turquie a déjà eu au moins un président d’origine partiellement kurde
en la personne de Turgut Özal, qui a été le 8e
président du pays de 1989 à 1993. Rien n'y fait. |
- Les droits linguistiques en Turquie
Selon le Report on Systematic Violations Against Kurdish
Language and Culture in Turkey (Trad.: ''Rapport sur les violations
systématiques de la langue et de la culture kurdes en Turquie'') publiée en 2025
par le ''Stockholm Center for Freedom'', une plateforme de surveillance sur les
droits linguistiques des Kurdes. Seulement en 2025, au moins 70 violations
ciblant la langue et la culture kurdes ont été documentées en Turquie,
concernant en particulier les espaces publics, les médias, l'éducation, les arts
et les prisons.
Selon ce rapport, l’enseignement en kurde est grandement limité
à des cours facultatifs et à des établissements privées, car le droit à
l’éducation dans la langue maternelle des Kurdes n’est pas reconnu en Turquie,
et ce, malgré l'article 42 de la
Constitution qui déclare que «nul ne peut être privé du droit à l'éducation et à
l'instruction»; cet article ne concerne manifestement que les
turcophones. En août 2025, l'association Avesta, qui offre des cours de langue
kurde à Konak, dans la préfecture d'Izmir, a été fermée par la police
municipale. Le rapport souligne aussi que les œuvres artistiques et littéraires
font face à des interdictions arbitraires, alors que les artistes sont souvent
pris pour cible.
Les journaux, magazines et comptes de réseaux sociaux en kurde
sont censurés ou bloqués, et ce, en dépit de l'article 28 de la Constitution qui
stipule que «la presse est libre et ne peut être censurée». Les panneaux
publics en kurde sont retirés, tandis que la musique et la danse traditionnelles
kurdes, par exemple lors des mariages sont criminalisées. Une lettre
d'avertissement officielle a été adressée à la municipalité de Diyarbakır
Kocaköy par le bureau du préfet pour signaler que la partie turque du panneau
était restée dans l'obscurité, tandis que la partie kurde était éclairée. La
municipalité de Kocaköy a déclaré que le panneau était hors service en raison
d'un dysfonctionnement technique. Elle a également indiqué n'avoir pas eu la
possibilité d'examiner la situation, malgré la réception de la lettre du bureau
du préfet en dehors des heures ouvrables. Quant aux paroles des députés en kurde
au Parlement, elles sont sont systématiquement coupée et non enregistrées, les
procès-verbaux officiels inscrivant alors la mention ''bilinmeyen dil'' («langue
inconnue»).
Le Rapport sur les violations systématiques contre la langue et la culture
kurdes en Turquie, 2025 mentionne 25 violations dans les espaces publics, 15
dans les médias, 18 dans le secteur des arts et de la culture et 12 dans les
prisons. Ce rapport a été préparé en partenariat avec l’Observatoire
mésopotamien de la Justice basé à Genève (Mojust), s’appuyant sur des
informations, des reportages de presse, des déclarations d'organismes de la
société civile et des signalements directs. Les prisonniers qui ose employer le
kurde en prison doivent faire face à des restrictions sévères : les lettres
privées et les livres en kurde sont confisqués. Si les détenus insistent pour
communiquer en kurde, il sont passibles de subir des interdictions de visite,
des restrictions de communication ou l’annulation de leur libération
conditionnelle.
Bref, selon le rapport du le ''Stockholm Center for Freedom'' de 2025, la
répression de la langue et de la culture kurdes en Turquie est devenue une
politique systématique qui touche tous les aspects de la vie publique, conclut
la plateforme.
Les Kurdes constituent la plus grande minorité ethnique et linguistique de Turquie, estimée à environ 22 millions (environ 20 % de la population totale). Le gouvernement turc ne reconnaît pas les Kurdes comme un groupe minoritaire, car il n'accorde de statut formel qu'aux minorités religieuses non musulmanes. La plupart des Kurdes sont musulmans sunnites, mais il existe aussi des communautés kurdes alévites, chiites, chrétiennes, juives et yézidies.
Les Kurdes résident traditionnellement dans le sud-est de la Turquie, autour du lac de Van, où ils forment le groupe ethnique majoritaire. Ces dernières décennies, d’importantes populations kurdes se sont installées à Istanbul et dans d’autres grandes villes de l’ouest de la Turquie, où elles bénéficient généralement de plus grandes possibilités économiques que dans le Sud-Est, et où une classe moyenne kurde est en croissance, ainsi que l'assimilation.
Or, l'article 122 du Code pénal et l'article 10 de la Constitution turque déclarent que tous les individus sont égaux, quels que soient leur race, leur langue ou d’autres facteurs. Cependant, il existe des preuves indéniables de discrimination envers les Kurdes fondée sur leur origine ethnique. Cela signifie que l'égalité n'est valable que pour les turcophones, elle ne s'applique pas aux Kurdes, sauf lorsqu'ils sont assimilés. En Turquie, l'opinion publique et les médias sont prêts à accepter toutes les violations des droits de la personne, pourvu que les mots «terrorisme kurde» ou PKK soient supprimés. Au mieux, l'opinion publique turque, y compris ceux qui s’opposent le plus farouchement au PKK, serait prête à «coopérer» si le danger du terrorisme était éliminé, même si elle ressent toujours de l’anxiété et de la haine à l'égard de la minorité kurdophone.
Au lieu de soutenir les langues locales et de les considérer comme une porte d'entrée vers la
consolidation de l’appartenance à l'État qui préserve la vie privée culturelle de ses citoyens, l’État turc a, depuis sa formation
en 1923 et à différents niveaux, imposé une interdiction des autres langues que le turc tel que le kurde, l'arabe, l’arménien,
l'azéri, le persan, le turkmène, etc., alors que les locuteurs de ces langues constituent environ 20% de la population totale du pays. En lieu et place, on assiste à des déclarations officielles soulignant la «fraternité historique» et «l'identité musulmane commune» qui existeraient entre Turcs, Kurdes, Arabes
et Iraniens. Mais rien ne se traduit dans la réalité, c'est du chacun pour soi.
De leur côté, beaucoup de Kurdes placent leurs espoirs d’un avenir meilleur dans l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne qu’ils perçoivent comme un espace multiculturel de paix, de démocratie et de pluralisme. Ils estiment qu'ils ont le droit de vivre dans la dignité sur la terre de leurs ancêtres, de préserver leur identité, leur culture, leur langue et de les transmettre librement à leurs enfants. Pour le moment, c'est encore un rêve!
Dernière mise à jour: 27 juil. 2026