République arabe syrienne

Syrie

3) La politique linguistique

Plan de l'article

1. Les dispositions constitutionnelles

1.1 La déclaration constitutionnelle de 2025
1.2 Le décret sur les droits des Kurdes
1.3 Les revendications

2. Le nouveau Parlement

2.1 L'Assemblée du peuple
2.2 Les partis politiques

3 Les tribunaux

3.1 Sous le Mandat français
3.2 L'arabe officiel

4 L'administration publique

4.1 Le renforcement de l'arabe
4.2 La place des Kurdes

5. L'éducation syrienne
5.1 La situation avant la guerre de 2011
5.2 La situation pendant la guerre
5.3 La situation après 2024

6. Les médias

6.1 Les problèmes
6.2 Les journaux imprimés
6.3 Les médias électroniques

1. Les dispositions constitutionnelles

En pleine guerre civile syrienne, une nouvelle constitution avait été adoptée à la suite du référendum constitutionnel syrien de 2012. La Constitution syrienne du 26 février 2012 était fondée sur un régime présidentiel fort au sein duquel le président de la République était élu sur proposition de l’Assemblée pour un mandat de sept ans. Au chapitre de la langue, seul l'article 4 comptait une disposition d'ordre linguistique: «La langue officielle de l’État est l’arabe.» En vertu de cette simple disposition, la langue arabe standard moderne servait de véhicule pour toutes les communications de l'État syrien.

De plus, bien que la Syrie soit un pays multilingue et multiconfessionnel, les textes de la Constitution énonçaient que le pays faisait partie de la «nation arabe», que la religion du président de la République était l'arabe et que la jurisprudence islamique était la source essentielle de la législation:

Autrement dit, les, Kurdes, les Turkmènes, les Arméniens, les Circassiens, les Ossètes, les Juifs, etc., sont tous des Arabes et des musulmans sunnites.

1.1 La déclaration constitutionnelle de 2025

Qu'en est-il avec la Déclaration constitutionnelle pour la Syrie de 2025 ? L'article 4 déclare que «l’arabe est la langue officielle du pays». De plus, l'article 7.3 énonce que «l’État garantit la diversité culturelle de la société syrienne dans toutes ses composantes et les droits culturels et linguistiques de tous les Syriens»:

Article 4

L’arabe est la langue officielle du pays.

Article 7

1) L’État s’engage à préserver l’unité du territoire syrien et érige en infraction pénale les appels au partage et à la sécession, ainsi que les demandes d’intervention étrangère ou de soutien étranger.

2) L’État s’engage à instaurer la coexistence et la stabilité sociale, à préserver la paix civile et à prévenir toute forme de sédition, de division, d’incitation au sectarisme et d’incitation à la violence.

3) L’État garantit la diversité culturelle de la société syrienne
dans toutes ses composantes et les droits culturels et linguistiques de tous les Syriens.

4) L’État garantit la lutte contre la corruption.

Cela signifie que l'arabe est obligatoire et exclusif dans les institutions officielles, les documents juridiques, le système d'éducation et toutes les transactions de l'État parce que ce statut de l'arabe est considéré comme une composante essentielle de la souveraineté nationale, et ce, bien que d'autres langues soient parlées au sein des diverses communautés du pays (comme le kurde, l'araméen ou le turkmène). Dans la réalité, il s'agit d'un énoncé évasif qui n'oblige pas l'État à quoi que ce soit pour les autres langues, mais parce que le pays est une mosaïque culturelle d'autres langues y sont tolérées, dont le turkmène, l'araméen, l'arménien, etc.

1.2 Le décret sur les droits des Kurdes

Cependant, le Décret n° 13 sur les droits des Kurdes (2026) confère à la langue kurde un statut de «langue nationale»:

Article 3

La langue kurde est reconnue comme langue nationale, et son enseignement est autorisé dans les écoles publiques et privées des régions où les Kurdes représentent une proportion notable de la population, soit comme matière optionnelle, soit comme activité culturelle éducative.

Ce statut n'engage pas l'État à employer cette langue, mais l'oblige simplement à la préserver. 

1.3 Les revendications

Alors que les discussions se poursuivent sur la rédaction de la future Constitution syrienne, les défenseurs du peuple syriaque (araméen-assyrien-chaldéen) renouvellent leurs revendications pour une protection juridique explicite de la langue syriaque; ils affirment que les seules obligations constitutionnelles publiques ne suffisent pas à préserver l’une des plus anciennes langues vivantes au monde. Le manque de reconnaissance en tant que langue nationale prive son enseignement de tout financement de la part du gouvernement, ce qui oblige les églises, les organismes politiques et les établissements communautaires à financer de manière indépendante les programmes d’enseignement des langues.

Jusqu'ici, l'État syrien n’a conçu aucune politique pour gérer la diversité linguistique en Syrie. Au lieu de soutenir les langues locales et de les considérer comme une porte d’entrée vers le renforcement de l’appartenance à un État qui préserve la vie privée culturelle de ses citoyens, l’État syrien a, depuis sa formation et à différents niveaux, imposé une interdiction des langues non arabes telles que le kurde, le syriaque, l’arménien et d’autres langues, alors que les locuteurs de ces langues constituent environ 20% de la population totale du pays.

Après la chute du régime de Bachar al-Assad et la manière dont l’autorité intérimaire actuelle gère la diversité dans la société syrienne, de nouvelles questions non résolues sont apparues sur la manière dont cette administration peut ou doit transmettre ses capacités à gérer ce dossier. C'est l’un des défis pour toute autorité en Syrie, et le défi se pose principalement sur la manière de gérer l’auto-administration dans le nord et l’est de la Syrie.

2. Le nouveau Parlement

L'Assemblée du peuple — aussi nommée Conseil du peuple — est le Parlement monocaméral de la Syrie. Sous le régime baasiste de 1960 à 2024, le Parlement n'avait pratiquement aucun pouvoir en Syrie, presque toutes les décisions revenant au président de la République. Le 12 décembre 2024, le Parti socialiste de la résurrection arabe (Baas), qui dirige la Syrie depuis plus de 60 ans, a annoncé la suspension de ses activités dans le pays, passé sous le contrôle de l’opposition armée.

2.1 L'Assemblée du peuple

L'Assemblée du peuple de l'ancien régime a été entièrement dissoute et la précédente Constitution syrienne de 2012 abolie. Dans le cadre de la période de transition, de nouvelles élections législatives ont été organisées et leurs résultats ont été proclamés. Le président syrien Ahmed al-Charias s'apprêtait à nommer le tiers restant des députés, marquant ainsi le début de la nouvelle législature. Le Haut Comité judiciaire chargé des élections à l'Assemblée du peuple a proclamé les résultats des élections législatives, qui ont été menées à terme dans toutes les circonscriptions électorales du pays, y compris des régions du nord et de l'est de la Syrie, suite aux récents accords conclus avec les Forces démocratiques syriennes. Conformément à la Déclaration constitutionnelle pour la phase transitoire, le président de la République est habilité à nommer un tiers des membres du Parlement (soit 70 sur 210), ce qui fut fait avec notamment 15 femmes et 13 anciens détenus des prisons sous al-Assad.Toutefois, les partis kurdes ont dénoncé ce processus de nomination qui ne reflète pas la volonté libre des Kurdes, et une représentation jugée insuffisante.

Les langues employées par les parlementaires sont l’arabe levantin du Nord (ou arabe syrien) et parfois l’arabe standard dans les débats oraux, mais les lois ne sont rédigées qu’en arabe standard moderne. Mentionnons que c'est à l'époque du Mandat français que provient une grande partie des lois et des codes syriens, lesquels furent directement rédigés en langue française par des juristes français. On s'y réfère encore à l'occasion.

2.2 Les partis politiques

La Syrie autorise les partis politiques, bien que le paysage ait été profondément modifié ces dernières années. Pendant des décennies, le Parti Baas fut le parti dominant sous le régime de Bachar al-Assad. Depuis la chute du régime et l'entrée du pays dans une phase de transition politique, la dynamique partisane a été bouleversée avec la formation d'un premier parlement post-Assad. L'article 14 de la Déclaration constitutionnelle pour la Syrie (2025) énonce ce qui suit:

Article 14

L’État protège le droit de participer à la vie politique et de constituer des partis politiques sur la base de l’organisation nationale, conformément à une nouvelle loi.

L’État garantit le fonctionnement des associations et des syndicats.

Depuis le renversement du régime d'al-Assad, le pays a vu la formation de nouveaux organismes de transition, incluant un gouvernement et un premier parlement. Les partis politiques sont autorisés, mais auparavant ils ne pouvaient être fondés sur une base ethnique, religieuse, régionale ou tribale, ce que la nouvelle constitution n'affirme pas.

Les des élections qui ont lieu le 23 octobre 2025, le 17 mars et le 24 mai 2026, les femmes et les minorités religieuses demeuraient sous-représentés au Parlement. Ainsi étaient élues six femmes, soit 4 % du total de députés, ainsi que six alaouites, quatre Kurdes — membres du Conseil national kurde —, deux chrétiens, quatre Turkmènes et jusqu'à trois ismaéliens, dans un contexte de majorité masculine islamiste sunnite. Le vote a également été suspendu dans les zones échappant au contrôle du gouvernement, notamment dans les régions kurdes du Nord et de l'Est et dans le gouvernorat de Soueïda, à majorité druze, sous prétexte de «conditions sécuritaires et politiques», ce qui a entraîné comme conséquence que 21 sièges sont restés vacants sans fixer de nouvelle date pour les élections.

3 Les tribunaux

La réforme judiciaire en Syrie est une étape fondamentale vers la construction de l’État de droit et la garantie des droits et libertés. Depuis des décennies, la justice souffre de politisation, de dépendance et de corruption généralisée, ce qui a rendu la confiance du public presque inexistante.

3.1 Sous le Mandat français

Les tribunaux mixtes (religieux et civils), qui comprenaient des magistrats français, furent les premiers à appliquer les lois syriennes; leurs décisions furent alors publiées en français et elles ont servi de base à la jurisprudence syrienne qui continue à les prendre en considération. Les lois adoptées à cette époque sont restées inchangées. Elles sont non seulement d'inspiration française, mais elles sont rédigées en français. Pour ce qui est de la jurisprudence, il est fréquent de lire des décisions, alors que l’arabe classique est devenu la langue officielle, qui contiennent des passages de référence en français, voire tirés d'ouvrage français.

3.2 L'arabe officiel

Aujourd’hui, l’arabe syrien est généralement la langue couramment utilisée dans les tribunaux de première instance, comme dans les tribunaux religieux. Ces derniers, qui ont juridiction sur le statut personnel des Syriens, peuvent utiliser une autre langue, par exemple l'anglais, voire l’arménien ou le kurde. Chacune des juridictions communautaires dispose de ses propres règles, de ses textes juridiques, de sa terminologie particulière, de sa jurisprudence, etc.

Bien que l'arabe soit la seule langue officielle et unique de la Syrie, si les parties ou les témoins ne parlent pas arabe, le tribunal est tenu de désigner un interprète assermenté, conformément à la Loi sur les traducteurs assermentés, afin de garantir la validité de la procédure. Tout contrat, document ou certificat rédigés dans une langue étrangère doit être traduit légalement en arabe et certifié conforme pour être recevable comme preuve devant le tribunal. Lors des audiences, si une partie ou un témoin ne parle pas arabe, le tribunal désigne un interprète assermenté, âgé d'au moins 18 ans, qui prête serment (conformément au Code de procédure pénale) de retranscrire fidèlement et avec exactitude ses déclarations devant le tribunal.

4 L'administration publique

Dans l’administration publique, la langue utilisée à l'oral est généralement l’arabe syrien dit arabe levantin, mais cet emploi n’interdit pas l’arabe standard moderne, voire l'anglais dans certains cas. Tous les documents administratifs sont en arabe standard moderne, jamais dans une langue minoritaire. Les fonctionnaires avaient même reçu l'ordre de ne pas enregistrer à l'état civil des prénoms à consonance kurde.

4.1 Le renforcement de l'arabe

Depuis 2008, la Syrie a renforcé le statut de l’arabe dans la vie publique. Le programme du gouvernement syrien pour la protection de la langue arabe est devenu une préoccupation presque quotidienne. Les visiteurs de la capitale Damas et des grandes villes de Syrie peuvent observer l’arabisation sur les enseignes des magasins. De fait, le gouvernement exige à leurs propriétaires d’écrire le nom avec des mots non seulement en arabe, mais avec un «sens» arabe. La décision des autorités autorise l’écriture de ces noms en lettres latines sous celles de l’arabe, à la condition qu’elle n’occupe pas une taille de plus de la moitié de l’espace du nom en arabe. Bien que la décision ait affecté des marques locales bien connues sur le marché, les commerçants, selon les responsables syriens, ont réagi positivement. Sont exclus de cette décision les magasins représentant des succursales d’agences internationales.

Dans le montage ci-dessous, l'unilinguisme arabe semble le plus fréquent, mais les inscriptions bilingues avec des mots anglais sont également fréquents: University of Aleppo, Damascus University, Qamishlo Basic School, Central Bank of Syria, Syria Hotel Guide, Kurdistan Restaurant, Kurdistan Highter Council of Medical Specialities, Alforsan Restaurant. La signalisation routière est parfois bilingue ou du moins avec une translittération en alphabet latin: Aleppo, Al Qamishli, Baghdad, Deir ez Zor, Palmyra.

On trouve aussi dans la municipalité kurde de Qamichli (translittération française) des inscriptions en kurde: al-Qāmišlì, Partya Demokrata Kurdistan - Sûrya, Kongirê 12-2023, Zimanê Kurdî.

4.2 La place des Kurdes

Plus de 30 % des Kurdes de Syrie n'ont pas la citoyenneté syrienne, mais le statut d'«étrangers kurdes» ou de «citoyens étrangers». Ce statut ne procure aucun droit, mais il implique de nombreuses interdictions comme celle de bénéficier d'un passeport, de voter, d'acquérir des biens immobiliers, d'ouvrir un commerce, de faire reconnaître son mariage devant les autorités civiles, de travailler dans l'administration publique, d'exercer une profession telle que médecin, magistrat ou ingénieur, de se faire soigner dans un hôpital public ou de recevoir de l'aide alimentaire.

5. L'éducation syrienne

Techniquement, l’enseignement préscolaire est offert aux enfants de trois à cinq ans; il n’est pas obligatoire et il est payant, car la plupart des écoles préscolaires sont privées. La Syrie applique un système d'enseignement primaire et secondaire de douze ans, comprenant neuf années d'enseignement primaire et trois années d'enseignement secondaire. L'enseignement primaire est obligatoire et divisé en deux cycles : le premier de quatre ans et le second de cinq. L’enseignement secondaire est offert dans des lycées généraux de trois ans et dans des lycées techniques et/ou professionnels de trois ans.

L'enseignement supérieur est offert dans plusieurs types d'établissements, dont 201 instituts techniques/intermédiaires, 20 universités privées, 7 universités publiques, 6 instituts d'enseignement supérieur. Ces instituts émettent des diplômes et des grades jusqu'au doctorat. Les conditions d'admission y sont plus exigeantes que pour les universités publiques.

Ce résumé est théorique, car l'instabilité chronique qui a paralysé le pays depuis 2011 a modifié totalement le système d'éducation syrien. Il faut distinguer la situation avant la guerre civile de 2011 et la situation depuis 2024-2025.

5.1 La situation avant la guerre de 2011

En principe, le système d'éducation est régi par la loi n° 7 de 2012, qui imposait aux parents syriens d'éduquer leurs enfants (garçons et filles) de 6 à 15 ans. L'enseignement était gratuit au niveau primaire et secondaire, tandis que des frais symboliques étaient perçus pour l'enseignement supérieur et universitaire. Les ministères de la Justice et de l'Éducation avaient mis en place des mesures pénales strictes pour sanctionner financièrement les parents qui refusaient de scolariser leurs enfants. La Syrie avait alors un système d'éducation avec un effectif de presque 100 % à l’école primaire et de 70% à l’école secondaire. Selon un recensement en 2004, le taux d’alphabétisation syrien était de 79,6%, et 86 % d’entre eux étaient des hommes contre 73,6 % pour les femmes. L'une des tâches assignées aux écoles était d'éduquer les élèves de sorte qu'ils apprécient leur héritage et leur civilisation nationale, leur langue et leur culture arabe. L’instruction primaire était gratuite et obligatoire, mais l'arabe demeurait la seule langue d'enseignement permise dans le système public, avec l'anglais langue seconde introduit dès la première année.

Il existait des écoles privées, mais elles étaient généralement réservées à une certaine élite qui désirait voir instruire ses enfants en anglais ou en français. Néanmoins, l'article 22 du Décret législatif n° 55 de 2004 sur l’organisation de l’enseignement public et privé obligeait aussi à recevoir un enseignement en arabe et à respecter les programmes officiels:

Article 22

Les établissements d’enseignement privés qui enseignent des programmes non formels doivent enseigner l’arabe à leurs élèves, les sciences sociales, l’histoire, la géographie et l’éducation civique adoptées dans les programmes officiels en arabe pour les étudiants syriens sous la supervision du Ministère.

Par ailleurs, certaines écoles privées étaient possibles en arménien et en circassien, mais elles demeuraient marginales et essentiellement coraniques. En Syrie, il était interdit d'utiliser le kurde comme langue d'enseignement dans les écoles publiques. Pour ce qui est des langues étrangères, il était obligatoire d'apprendre au moins une langue; c'était auparavant l'anglais OU le français, mais la plupart n'apprenaient que l'anglais, mais le Ministère a commencé à introduire le russe dans les écoles secondaires, tout en faisant du français en 2003 la seconde langue étrangère obligatoire dans l’enseignement public. Cela se faisait à partir de la septième année de l’enseignement de base, ce qui équivaut à la 5e année en France.

Dans l'enseignement supérieur, la Syrie possédait) des universités à Damas, à Alep, à Homs et à Lattaquié. Damas était le siège de l’Académie arabe (1919), dédiée à l’étude de la langue et de la civilisation arabes. Il existait aussi d’autres instituts et universités, tous en arabe, spécialisés pour les affaires sociales, l’agriculture, l’industrie, la technologie et la musique. L'article 20 de la Loi n° 6 sur l’organisation des universités syriennes (2006) prescrivait l'emploi de l'arabe comme «langue d’enseignement dans les universités, à l’exception de l’enseignement dans les départements de langues étrangères et de l’enseignement des cours de langues étrangères»:

Article 20

A) La langue arabe est la langue d’enseignement dans les universités, à l’exception de l’enseignement dans les départements de langues étrangères et de l’enseignement des cours de langues étrangères.

B) Il est permis de donner un cours par année universitaire au niveau du baccalauréat et un ou deux cours en études de qualification et de spécialisation et en études de troisième cycle en langue étrangère.

C) Il est permis, par une décision du ministre après approbation du Conseil de l’enseignement supérieur, et sur la base d’un accord de coopération scientifique avec une université non syrienne, d’établir des diplômes scientifiques au niveau des études de qualification et de spécialisation ou des études de troisième cycle dans l’une des facultés de l’université, et d’enseigner dans ces diplômes pour tous les cours ou certains d’entre eux dans une langue étrangère.

La langue d'enseignement était généralement l'arabe, mais certains programmes pouvaient être donnés entièrement en anglais ou en français.

5.2 La situation pendant la guerre

En 2017, six millions d’enfants syriens étaient en besoin d’aide humanitaire et plus de deux millions d’entre eux n’y auraient pas accès parce qu’ils vivaient dans des zones difficiles d’accès ou dans des zones assiégées. De plus, certains enfants ont été enrôlés dans l'armée (sans l'accord des parents) et sont devenus des enfants-soldats (souvent âgés de moins de 15 ans), alors que d’autres ont été obligés de travailler afin de nourrir leur famille. Les enfants travaillaient généralement dans l’agriculture, dans la construction, dans les restaurants ou devenaient vendeurs dans la rue, lavaient des voitures, collectaient les poubelles ou encore mendiaient.

- La destruction des écoles

Durant la guerre civile de 2011, la plupart des écoles ont été détruites (une sur trois) ou bien elles ont servi d'abri à des milliers de Syriens qui fuyaient les bombardements. De toute façon, les bâtiments sont souvent devenus inutilisables; les bancs et les pupitres ont servi de combustible pour survivre au froid de l'hiver. Depuis le début de la guerre, on a recensé plus de 4000 attaques contre les écoles qui sont devenues les cibles des bombardements en Syrie, dans la mesure où les groupes armés ont vu dans les écoles, les enfants et les enseignants, des stratégies d'ordre militaire. En effet, les écoles ont été considérées comme une incarnation de l’autorité de l'État, ce qui signifiait par conséquent qu'elles devenaient des cibles militaires. À maintes reprises, l’UNICEF a rappelé que cibler des écoles ou des hôpitaux constituait un crime de guerre.

Cependant, depuis le commencement de la guerre civile de 2011, de nombreux étudiants ont été empêchés de se rendre à l’université en raison des combats incessants entre rebelles et milices du gouvernement, sans oublier que les bâtiments des universités ont bien souvent été détruits. Dans le but de face à cette situation, beaucoup d'étudiants ont trouvé un moyen «de fortune» et illégal: le faux diplôme. C'est là que des faussaires ont fait fortune avec un commerce florissant dans la Turquie voisine où l'on fabriquait des diplômes officiels plus vrais que nature (p.ex., un papier officiel des universités syriennes, des tampons authentiques de l’Université d’Alep et du ministère des Affaires étrangères, etc.), qui étaient facturés jusqu’à 1500 $US ou plus de 1300 €.

Pendant ce temps, l'UNICEF distribuait des livres qui permettaient à des enfants de poursuivre leur éducation à la maison quand ils n'étaient pas capables de se rendre à l’école à cause de l’instabilité politique. On trouve maintenant des écoles cachées sous terre, car les parents ne veulent pas que leurs enfants deviennent analphabètes et ignares, et que toute une génération soit perdue. On estime qu’en Syrie et dans les pays limitrophes, 8,1 millions d’enfants et de jeunes syriens n’ont pas accès à l’éducation. Plus de 50 000 enseignants ne peuvent plus exercer et ils sont en fuite dans leur propre pays ou à l’étranger.

- Les écoles kurdes

De leur coté, les Kurdes sont parvenus à instaurer une sorte d’autonomie à la faveur du conflit déclenché en mars 2011. Ils ont formulé leurs propres règlements qui s’appliquaient à toutes les populations, y compris les communautés chrétiennes et sunnites, dans les trois «cantons» constituant leur région, mais non reconnus par le régime de Damas. Ainsi, les autorités locales kurdes ont même émis un décret garantissant aux femmes les mêmes droits que les hommes; ledit décret a supprimé un ensemble de droits allant de l’interdiction de se marier avant 18 ans, ou contre son consentement, aux conditions de travail et aux rémunérations qui devaient être égales à celles des hommes, en passant par le congé maternité garanti jusqu’au troisième enfant. 

Par ailleurs, les Kurdes de Syrie recevaient des armes de la part du gouvernement irakien, mais celles-ci étaient livrées par l'armée américaine.

- Les écoles islamistes

Par contre, dans les zones occupées par les djihadistes de l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL), la situation était fort différente. Non seulement les drapeaux noirs de l'EI étaient omniprésents, mais les femmes devaient être couvertes de la tête aux pieds par des burqas noires et elles ne pouvaient sortir de chez elles que si elles étaient accompagnées de leur père, de leur frère ou de leur mari. Des troupes de choc féminines patrouillaient dans les villages et soumettaient les femmes aux préceptes de la Charia sous peine de 30 coups de fouet. Plus de 5000 femmes kurdes et yézidies ont été kidnappées par les djihadistes et vendues comme butin de guerre. Ces derniers justifiaient leurs exactions parce que ces populations aux «coutumes singulières» seraient des «adorateurs du diable».

Pour l'EIIL, l'éducation est basée sur une stricte interprétation de la loi islamique, et des périodes d'entraînement pour les jeunes garçons ont été mises en place. La prière est obligatoire et aucun croyant ne peut s'y soustraire sans être condamné à la flagellation. On coupe la main aux voleurs, on lapide les femmes adultères, on tue les homosexuels, on égorge et décapite les blasphémateurs. Il était interdit de fumer, d'ouvrir un bistro ou un café, mais il était obligatoire de fréquenter la mosquée sous peine de prison. Quant aux chrétiens, c'étaient des infidèles qui doivent se convertir à l'islam. En cas de refus, ils devaient être massacrés après avoir assisté au viol collectif de leurs femmes et de leurs filles; leurs églises étaient brulées et les prêtres et les évêques devaient être égorgés.

Bien sûr, l'EI n'est pas un État, car il restreint les libertés à tous ceux qui ne sont pas dans ses rangs. Les djihadistes n'hésitent pas à fouiller les maisons et les ordinateurs afin de chercher des preuves de ce qu'ils considèrent comme des «pratiques immorales». Non seulement ils règnent par la terreur, mais ils prenaient possession des champs pétroliers et gaziers, des centrales électriques et des barrages, qu'ils maintenaient en activité, en versant un salaire supplémentaire aux employés, qui continuaient par ailleurs de recevoir de l'argent du gouvernement syrien. Pour les djihadistes de l'État islamique, tout appartient à Dieu, donc sous leur contrôle pour leurs propres intérêts.

- L'Armée syrienne de libération

Dans les zones sous le contrôle de l'Armée syrienne de libération (ASL), opposée au régime de Bachar al-Assad et financée par l’Arabie Saoudite, les soldats, presque tous sunnites, pratiquaient le nettoyage ethnique dans les gouvernorats où ils trouvaient des chrétiens. Parmi les exactions pratiquées par les soldats, il faut citer les viols, les meurtres de femmes enceintes et les décapitations pour les hommes. Depuis 2012, près de 100 000 chrétiens ont été chassés de leurs maisons, surtout dans le gouvernorat de Homs. Beaucoup de chrétiens, qui considéraient auparavant le régime de Bachar al-Assad comme une véritable kleptocratie («voleurs de grand chemin»), l'ont considéré ensuite comme le meilleur défenseur du pluralisme ethnique et religieux.

Les milices de l'Armée syrienne libre étaient composées de militants islamistes, dont beaucoup avaient combattu les forces américaines en Irak. Ces milices accusèrent les chrétiens d'être des partisans du régime de Bachar al-Assad. Les miliciens de l'Armée syrienne libre affirmaient pourtant vouloir protéger toutes les minorités, mais c'est sans doute pour leur voyage vers l'au-delà. Plus de 200 000 chrétiens ont fui la ville d'Alep pour Damas ou le Liban, sinon dans des pays occidentaux où ils ont tendance à s'intégrer plus facilement que les musulmans.

5.3 La situation après 2024

Près de 15 ans de conflit ont profondément endommagé le réseau de l'éducation syrienne. Les locaux encore debout manquent cruellement de mobilier, d'équipements et sont souvent privés d'eau et d'électricité. Dans les salles de classe opérationnelles, les effectifs dépassent parfois 40 élèves par enseignant, ce qui entrave l'apprentissage. Seulement 10% des établissements endommagés ont pu être reconstruits grâce aux efforts locaux et aux ONG. Mais le système d'éducation en Syrie demeure dans un état critique : plus de 40% des 20 000 écoles du pays sont fermées ou détruites. Plus de 2,4 millions d'enfants sont privés de scolarisation et une école sur trois est inutilisable. Le manque d'enseignants qualifiés et la vétusté des infrastructures persistent. Les obstacles sont donc nombreux : insécurité, pauvreté, réfugiés déplacés, enfants en situation de handicap et risques psychosociaux. Une école sur trois reste inutilisable – endommagée, détruite ou transformée en abri.

Après quinze années de guerre civile, depuis octobre 2025, une partie des enfants syriens a retrouvé le chemin de l’école. Si des enfants ont retrouvé les bancs de l’école, sur environ 4 millions d’inscrits, plus de 2,4 millions d’enfants ne sont pas scolarisés et plus d’un million risque d’abandonner l’école pour aller travailler afin d’aider leur famille, alerte l’Unicef. En effet, 90% de la population vit sous le seuil de pauvreté. La guerre a fait 11 millions de personnes réfugiées, dont deux millions sont rentrés en Syrie. Nombre d’enfants, de filles notamment, n’ont jamais connu l’école.

Du côté des infrastructures, une école sur trois est inutilisable. Beaucoup ont été détruites ou servent encore de refuge et les écoles restantes manquent d’équipements, de mobilier et parfois ne sont pas raccordées au réseau d’eau et d’électricité. Les 235 000 enseignantes et enseignants sont sous-payés et régis par des statuts divers (titulaires, vacataires ou payés à l’heure avec une grille de salaire qui varie d’une région à l’autre).

Ils ont à leur disposition, en ligne, de nouveaux manuels scolaires où les instructions à la loyauté à l’ancien régime ont été supprimées. Si changer les programmes est nécessaire après la chute d’un gouvernement autoritaire, le doublement des heures de cours de religion et le recul de l’enseignement des langues étrangères  semblent suspects. L’Union européenne et l’ONU restent prudentes sur la réelle volonté des nouveaux dirigeants d’instaurer un régime démocratique et respectueux des minorités. Dans 2400 nouvelles écoles, seules les dernières classes suivent le programme syrien. Pour les autres, les anciens manuels sont interdits.

Les régions administrées par les Forces démocratiques kurdes représentent un cas à part : l’administration autonome avait mis en place un enseignement en kurde, tout en préservant pour les élèves arabes un enseignement en arabe, et en introduisant un enseignement particulier pour les élèves de la petite minorité de langue syriaque. Les programmes ont fait l’objet d’une refonte totale, adaptée au projet politique du nouveau régime.

6. Les médias

La situation des médias en Syrie connaît une transformation majeure depuis la chute du régime de Bachar al-Assad. Si les journalistes tirent profit d'un recul historique de la censure d'État, l'exercice du métier demeure fragile et précaire en raison des défis économiques, de l'instabilité politique et de l'arrivée de nouvelles autorités sur le territoire. La fin du contrôle exercé pendant cinq décennies par le Parti Baas a permis aux médias indépendants et aux agences internationales de reprendre leurs activités à Damas. Les rédactions locales, autrefois contraintes à l'exil, se sont reconstruites, et des programmes abordant des sujets politiques ou critiquant la situation actuelle sont désormais tolérés. Malgré ces avancées notables, le paysage médiatique est confronté à plusieurs obstacles majeurs.

6.1 Les problèmes

Après des décennies de monopole de la propagande, de nombreux professionnels manquent aujourd'hui d'expérience dans le journalisme indépendant et impartial. De plus, les crises financières et le manque de ressources freinent considérablement la pérennité et le développement des nouveaux médias. Quant à l'instabilité politique, les tensions persistantes rendent l'exercice de la profession encore incertain, la liberté de la presse restant sous surveillance dans un contexte de transition politique.

Depuis la libération de la Syrie du régime d'al-Assad, la nouvelle autorité s’est engagée à garantir la liberté d’expression, dans un cadre favorable aux médias indépendants, mais cela en est encore à ses débuts, car ce qui a été accompli nécessite un développement législatif et institutionnel afin de garantir la pérennité de la voie des libertés, par la rédaction d’une nouvelle constitution qui garantit cette voie et donne accès au droit à l’information.

Évidemment, il ne paraît plus approprié que la nouvelle Syrie dispose encore des lois de l’ancien régime, telles que la Loi n° 12 sur les publications de 2001 et les codes pénaux, qui étaient encore en vigueur jusqu'à récemment.

Les médias d'État historiques tels que l'Agence arabe syrienne de presse (SANA) ont été restructurés, et le ministère de l'Information a introduit un nouveau code d'éthique pour tenter d'encadrer l'espace numérique en pleine expansion.

6.2 Les journaux imprimés

Le Tishreen et l'Al-Thawra Al-Souria sont des quotidiens arabes officiels, mais l'Al-Watan et le Baladna sont des quotidiens arabes indépendants. En anglais, on trouve le Syria Times. Le paysage médiatique syrien intègre désormais des publications dans d'autres langues nationales. Des journaux et des organismes de presse alternatifs publient des contenus en kurde pour refléter la reconnaissance de cette langue dans le pays.  Les journaux en langue kurde tels que Hawar News s'adressent à la communauté kurde, tandis que les publications arméniennes comme Kantsasar servent les groupes minoritaires. Ces médias syriens jouent un rôle crucial dans la formation de l’opinion publique, malgré les défis en matière de liberté de la presse. En général, les journaux multilingues syriens garantissent l'accès à des perspectives variées.

De nouveaux journaux ont vu le jour comme Sorretna et Al Massar Hor, mais la plupart des expériences de journaux papiers n’a pas duré longtemps en raison du coût prohibitif et de l'instabilité politique. Si certains médias sont financés par l’un des partis politiques, d’autres cherchent à multiplier leurs sources de financement. C’est la raison pour laquelle certains organismes médiatiques se sont retirés de la scène, à cause de leur incapacité à trouver le bon modèle économique apte à leur assurer de s’autofinancer et de garantir leur durabilité. Quoi qu'il en soit, la liberté d'expression demeure précaire, les protections juridiques pour les journalistes indépendants étant encore insuffisantes.

Mais un problème demeure: selon un rapport du Programme des Nations unies pour le développement, 90 % des Syriens vivent dans la pauvreté, l'extrême pauvreté touchant jusqu'aux deux tiers de la population, et un Syrien sur quatre est au chômage. Dans ce contexte difficile, les Syriens ordinaires n’ont pas les moyens de payer pour un journal; ils paieront plutôt pour leur pain quotidien.

6.3 Les médias électroniques

En quelques heures, les médias syriens qui vantaient la gloire de l'ancien maître de Damas se sont convertis aux couleurs de la révolution, évoquant désormais la chute du «régime criminel» de Bachar al-Assad. Aussitôt, les connexions ont souvent été ralenties par des pannes de courant et une infrastructure vieillissante, particulièrement en dehors des grandes agglomérations. Les bombardements constants ont rendu difficile la stabilisation d’un signal FM et ont également eu un impact sur toutes les activités de la société civile. Depuis la chute d’Assad en décembre 2024, les Syriens ont eu du mal à distinguer la vérité des fausses affirmations concernant des incidents de sécurité à travers le pays et à trouver des informations exactes sur les décisions des gouvernements locaux et centraux.

Pour la plupart des Syriens, la radio arabophone s'est trouvée être le meilleur moyen d'information, car elle sert aussi d'instrument de changement. Sont la propriété de l'État Radio Damas, Radio El-Karma, Radio Souryana, Radio Amwaj FM, Radio Zénobie, Radio Sout al Shabab et Radio Tartous.

C'est la station de Radio Damas qui est la plus importante; elle diffuse principalement ses informations en arabe. À la suite de la chute du régime d'al-Assad, Radio Damas avait cessé d'émettre. Puis sous l'autorité du gouvernement de transition d'al-Charaa, la station de radio a été officiellement relancée le 4 février 2026. La station historique Radio Damas propose également une offre multilingue sur le Web, avec des programmes d'information et des émissions dans les langues suivantes : anglais, français, russe, espagnol, allemand, turc, et hébreu.

Bien que les stations de radio privées soient désormais autorisées dans le pays, elles sont généralement limitées à des licences de divertissement ou culturelles, maintenant le monopole de l'État sur la diffusion d'informations politiques. Dans le Nord et le Nord-Est syrien, des radios indépendantes comme Radio Arta se concentrent sur la préservation de l'identité linguistique et culturelle locale, dont le kurde et le syriaque. Depuis l'autorisation de radios privées (comme Al Madina FM), la programmation est surtout axée sur la culture, la musique et le divertissement, bien que des efforts de régionalisation existent dans les zones non arabophones. Les langues nationales minoritaires en Syrie (kurde, syriaque/araméen, arménien ou circassien) sont désormais mieux représentées.

Pour ce qui est des médias, c'est la langue arabe qui sert de véhicule de transmission. Dans les médias électroniques, l'arabe syrien est également utilisé. La Télévision arabe syrienne est le nom de la principale chaîne de télévision publique syrienne; elle émet en arabe syrien. Les autres chaînes, Nour Al Sham, Orient News, Sama TV, Halab today TV, Talaqie TV, Syria Drama, Syria News Channel, Addounia TV, diffusent en arabe standard moderne et parfois en anglais.

La Syrie n’a jamais été composée d’une seule nation ou d'une seule religion depuis sa création. Lorsque le Parti Baas a pris le contrôle des rênes du pouvoir, il a réussi à fragmenter la société syrienne, en recourant à des lois et à des décrets appliqués contre les minorités, telles que l’absence de reconnaissance constitutionnelle, le dépouillement de la nationalité, la «ceinture arabe» et le droit de la réforme agraire, l'interdiction des noms kurdes ou autres, l’arabisation des noms des villages et des villes, etc. Cependant, l’intégration des minorités syriennes dans le but de parvenir à l’égalité de citoyenneté, en droits et en devoirs nécessite principalement de réformer le système législatif, judiciaire et administratif du pays, afin que l'existence des minorités et la diversité du pays soient reconnues. Dans la plupart des pays du monde arabe, les dirigeants ont une nette tendance à recourir à des solutions radicales d'assimilation à l'égard de leurs minorités au lieu de résoudre le problème en les considérant comme des questions nationales existentielles.

La politique linguistique de la Syrie a donc toujours été une politique d’unilinguisme arabe, sinon d’assimilation à l’égard de la plupart de ses minorités. Le régime a toujours toléré les minorités religieuses soumises, mais il a déclaré une guerre sans merci aux non-arabophones, notamment aux Kurdes. Dans leur cas, à l’exemple de l’Irak, de la Turquie et l’Iran, la Syrie n'a jamais hésité à pratiquer une politique de minorisation et de liquidation de ses Kurdes. En fait, la politique linguistique de la Syrie à l'égard de ses minorités a toujours été inacceptable, car elle niait systématiquement les droits les plus fondamentaux, y compris le droit à la vie.

La Syrie est aujourd'hui dans un état de décomposition avancée. Avec ces nombreuses confessions religieuses, ces multiples ethnies et ces guerres fratricides, la Syrie présente une situation d'une très grande complexité, ce qui n'augure rien de bon pour un avenir proche, même libérée du clan d'al-Assad. Durant la guerre civile, le Kurdistan syrien avait montré la voie en matière du droit des femmes, du droit à la langue (arabe, kurde et syriaque) et du droit à la religion (sunnites, chiites, alaouites, druzes, chrétiens, juifs, yézidis) et aussi en matière de démocratie.

Depuis la chute du régime des Assad en 2024, ce sont des djihadistes qui ont pris le pouvoir en Syrie. L'expérience démontre qu'il n’existe pas de djihadiste modéré, ce qui signifie qu'on peut s'attendre à des pratiques rigoristes. Dans ce contexte, quiconque ne se soumet pas à la foi dominante (quelles que soient ses convictions) ou qui discute les édits des religieux est un "kufr" («incroyant») et, selon plusieurs "hadiths" (l'ensemble des traditions relatives aux actes et aux paroles de Mahomet), il n'a d'autre choix que la conversion, l'exil ou la mort.

Partout dans le monde, les progressistes arabes ont perdu leur pari, parce que la religion leur interdit toute réflexion sur l’état du monde. De plus, les groupes islamistes qui ont réussi à prendre le contrôle d'un pays sont généralement peu enclins à garantir un État de droit qui puisse assurer la cohésion sociale et la solidarité. D’autres nations en Syrie, comme les Kurdes, les Arméniens, les Circassiens, les Assyriens, les Turkmènes, les Chaldéens, les Tchétchènes et d’autres risquent de continuer d’être marginalisées et la tentation de pratiquer des politiques discriminatoires à leur encontre demeure présente. L'article 7.3 de la Déclaration constitutionnelle pour la Syrie de 2025 énonce que l'État garantit la diversité culturelle de la société syrienne dans toutes ses composantes et les droits culturels et linguistiques de tous les Syriens, mais rien ne précise, par exemple, que ces droits se transposeront en éducation, dans les services publics ou les médias. 

Les Syriens doivent réfléchir aux gains qu’ils tireraient des pratiques du pluralisme national, multiculturel, ethnique et religieux. Pour cela, il ne faut plus voir les questions relatives aux droits des minorités comme des hérésies et des actes immoraux. Toutefois, l’intégration des minorités syriennes dans le but de parvenir à l’égalité de citoyenneté, en droits et en obligations, nécessite principalement de réformer le système législatif et administratif du pays, afin que leur existence et la diversité du pays soient reconnues. Le contexte actuel offre deux options: la première est de revenir aux principes rigides de l'islam en pratiquant des politiques discriminatoires, la seconde en acceptant la possibilité de mettre en vigueur les droits des minorités linguistiques et religieuses.

Le sort des minorités est devenu un critère essentiel pour évaluer la réussite du nouvel État et sa capacité à gérer la diversité. L'avenir de celles-ci dépend donc de la capacité des institutions nationales à faire adopter des lois visant à protéger tous les segments de la société sans discrimination. Actuellement, la seule force sociale organisée avantage les islamistes rigoristes; les autres, qu'ils soient progressistes ou laïcs, peuvent être vite écartés. Les intérêts divergents des nombreux groupes ayant renversé le pouvoir rendent difficile l'établissement d'une entente nationale durable pour protéger le pluralisme dans ce pays. Les Syriens auraient intérêt à ce que leur pays ne devienne pas un autre Afghanistan ou une nouvelle Libye.

Dernière mise à jour: 06 juil. 2026

Syrie
 

1. Généralités
 

2. Données historiques
 

3. Politique linguistique
 

4. Bibliographie
 


 

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