République arabe syrienne

Syrie

1) Généralités

Capitale: Damas
Population: 25,7 millions (2025)
Langue officielle: arabe
Groupe majoritaire:  arabe levantin du Nord ou arabe syrien (71,9 %)
Groupes minoritaires: turkmène (7,8%), kurde (6,8 %), arabe najdi (6 %), arabe irakien (2%), assyrien (néo-araméen (0,9%), arabe égyptien (0,3%), arménien (0,3 %), ossète (0,2 %), arabe irakien (0,2 %), farsi (0,2%), kabarde (0,2), azéri (0,2%), etc.
Système politique: république unitaire semi-présidentielle en transition
Articles constitutionnels (langue):  art. 4 de la Constitution du 26 février 2012;
Déclaration constitutionnelle pour la Syrie (2025)
Lois linguistiques: aucune si ce n'est le décret n° 123
(ci-dessous)
Lois à portée linguistique: Décret législatif n° 55 de 2004 sur l’organisation de l’enseignement public et privé; Loi n° 6 sur l’organisation des universités syriennes (2006); Loi sur la protection des consommateurs (2008); Loi n° 100 sur les partis politiques et ses amendements au décret législatif  (2011);
Loi particulière: Décret n° 13 sur les droits des Kurdes (2026)

Plan de l'article

1 Situation générale
1.1 Les divisions administratives
1.2 Le plateau du Golan
1.3 La situation politique

2 Données démolinguistiques
2.1 La population syrienne
2.2 La langue officielle
2.3 Les Arabes syriens
2.4 Les alaouites: une minorité au passé révolu
2.5 Les Kurdes de Syrie
2.6 Les autres minorités ethnolinguistiques
2.7 Les religions

1 Situation générale

La Syrie, en forme longue officiellement appelée République arabe syrienne (en arabe: Al Jumhuriyah al' Arabiyah as Suriyah; en anglais: Syrian Arab Republic), est un État du Proche-Orient bordé au nord par la Turquie, à l’est par l’Irak, au sud par la Jordanie et Israël et à l’ouest par le Liban et la mer Méditerranée. Sa superficie est de 185 180 km² (France: 547 030 km²); le pays possède un accès à la mer Méditerranée par 183 km de côtes, entre la Turquie et le Liban.

La Syrie compte 14 «provinces» (muhafazat; singulier: muhafazah) administratives appelées gouvernorats: Alep, Damas, Dara, Deïr ez-Zor, Hasaské, Hama, Homs, Idlib, Qouneïtra, Lattaquié, Raqqa, Rif Dimachq, Soueïda et Tartous (voir la carte détaillée des gouvernorats syriens). 

La capitale de la Syrie est Damas (4,2 millions en 2025. Les autres grandes villes sont Alep (2,9 millions), Homs (940 000), Lattaquié (591 000), Hama (375 000), Qamichli (290 000), Deïr ez-Zor (259 000), Raqqa (237 000) et Hassaké (285 000). Au sud-est du pays, aux confins de la Syrie, de la Jordanie et de l'Irak, se trouve le désert de Syrie qui couvre une zone d'environ 520 000 km², soit plus que la superficie de l'Espagne entière (504 782 km²). On peut consulter une carte géomorphologique de la Syrie.

1.1 Les divisions administratives

Les gouvernorats les plus importants numériquement (plus d'un million d'habitants) sont les suivants: Alep, Rif Dimachq, Damas, Homs, Hama, Idlib, Lattaquié, Hassaké, Deïr ez-Zor et Dara:

Gouvernorat Capitale Population (2018) Superficie
Alep Alep 4 600 166 18 500 km²
Rif Dimachq Rif Dimachq 2 831 738 18 032 km²
Damas Damas 2 211 042    105 km²
Homs Homs 1 762 500 42 223 km²
Hama Hama 1 593 000  8 883 km²
Idlib Idlib 1 464 000  6 097 km²
Lattaquié Lattaquié 1 278 486  2 297 km²
Hassaké Hassaké 1 272 702 23 334 km²
Deïr ez-Zor Deïr ez-Zor 1 200 500 33 060 km²
Dara Dara   998 000  3 730 km²
Raqqa Raqqa   929 000 19 616 km²
Tartous Tartous   785 000  1 892 km²
Soueïda Soueïda   364 000  5 550 km²
Qouneïtra Qouneïtra    87 000  1 861 km²
Pays - total (2018) Damas 18 214 134 185 180 km²

1.2 Le plateau du Golan

Le plateau du Golan est un territoire stratégique de 1800 km², situé entre Israël et la Syrie, occupé par Israël depuis 1967 et annexé en 1981, mais reconnu internationalement comme faisant partie de la Syrie, sauf par les États-Unis qui appuient inconditionnellement Israël.

Le plateau fut habité depuis l'Antiquité par des populations sémitiques (Amorites, Ituréens et Israélites). Conquis par les Arabes en 636, le plateau du Golan a abrité des druzes au XVe siècle et a fait partie de l'Empire ottoman à partir des années 1520. Après la Première Guerre mondiale, le Golan fut administré par la France dans le cadre du mandat sur la Syrie et le Liban, mais en 1941 le territoire passa à la Syrie nouvellement indépendante.

Depuis la guerre des Six Jours en 1967, Israël a occupé la partie occidentale du plateau et l’a annexée unilatéralement en 1981, une annexion considérée illégale par la communauté internationale selon la résolution 497 du Conseil de sécurité de l’ONU. La partie orientale reste sous administration syrienne, avec une zone tampon surveillée par l’ONU à l'est. Bref, de jure il appartient entièrement à la Syrie, mais il est de facto administré par la Syrie, Israël et l'ONU.

Le plateau du Golan est principalement peuplé d'environ 30 000 colons juifs israéliens et de près de 25 000 Syriens, majoritairement de confession druze. Ce territoire est stratégique pour Israël, car il lui offre la possibilité de bombarder le sud de la Syrie en toute impunité. En janvier 2025, le gouvernement israélien a approuvé des plans visant à étendre la construction de colonies israéliennes sur le plateau du Golan et à doubler le nombre d’Israéliens qui y vivent, un effort que le gouvernement a appelé «développement démographique».

1.3 La situation politique

En décembre 2024, après un demi-siècle de dictature, le chef rebelle Abou Mohammed al-Joulani (de son nom de guerre, puis Ahmed al-Charaa) a pris le pouvoir en renversant le régime de Bachar al-Assad à la tête d'une coalition du nom de ''Hayat Tahrir al-Cham'' ou HTC, un groupe islamiste ancienne branche syrienne d’Al-Qaïda, dont s’est désolidarisée le HTC en 2016. La plupart des quelque 30 000 combattants de la coalition HTC étaient des Syriens (env. 80%). Jusqu'en 2024, le HTC était considéré comme groupe terroriste par l'ONU, les États-Unis, le Canada, la Turquie, le Royaume-Uni, etc.

Bien que le contrôle territorial semble encore morcelé, le gouvernement de transition exerce son autorité sur Damas et une large partie du centre du pays. Toutefois, les gouvernorats côtiers de Lattaquié et de Tartous demeurent des zones peu sécuritaires, où subsistent des éléments liés à l’ancienne armée du président déchu. Malgré l'établissement de nouvelles institutions, l'adoption d'une déclaration constitutionnelle et le retour massif de réfugiés, la situation demeure fragile en raison de violences sporadiques, d'attentats et de défis socio-économiques majeurs. Le pays fait toujours face à des affrontements locaux et à des attentats terroristes, à l'image des violences survenues dans le Sud (gouvernorat de Soueïda) ou des attaques visant des lieux de culte, nécessitant le maintien d'opérations de sécurisation. Heureusement, dans le Nord-Est, les Kurdes ont réussi à obtenir un accord avec le gouvernement de transition. De plus, la formation d'un nouveau Parlement de transition de 210 membres est en place. Parmi les 70 députés nommés le 1er juillet 2026 figuraient 15 femmes et 13 anciens détenus dans les prisons du président déchu Bachar al-Assad. Ce Parlement transitoire tiendra sa première réunion le 6 juillet.

Pour l'instant, le pays reste fragmenté, avec des zones sous influence turque au nord-ouest, pendant que le Nord-Est demeure en partie sous contrôle des Forces démocratiques syriennes (FDS) kurdes; de plus, l'État d'Israël continue ses interventions frontalières dans le Sud.

2 Données démolinguistiques

Il n'existe pas de recensement fiable de la population en Syrie, notamment en ce qui concerne l'ethnie, la religion et la langue. Les proportions exactes de chaque communauté demeurant incertaines, il faut se rabattre sur des hypothèses fréquemment retenues. En fait, les chiffres actuels reposent sur des projections démographiques réalisées à partir de données anciennes, sur des évaluations effectuées par des spécialistes du milieu syrien ou sur des hypothèses à partir de données régionales. Il n'existe donc aucune donnée irréfutable à 100%, comme auraient pu l'être des recensements officiels portant sur la confession religieuse ou la langue maternelle.

Quelque six millions de Syriens, soit un quart de la population, ont fui le pays depuis 2011, quand la répression de manifestations prodémocratiques a déclenché une guerre dévastatrice qui a fait plus d’un demi-million de morts. Par ailleurs, depuis 2011, plus de 100 000 personnes ont péri dans les prisons syriennes, estimait en 2022 l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

2.1 La population syrienne

En 2018, la population syrienne était estimée à 18,2 millions d'habitants (mais 25,7 millions en 2025) inégalement répartis et concentrés surtout dans l’ouest du pays, sur la plaine côtière et dans le Nord-Ouest.

Ce sont les gouvernorats de Damas, d'Alep, de Lattaquié et de Tartous qui ont la densité de population la plus élevée (100-500 pers./mk²). Suivent Idlib, Hama, Rif Dimachq et Dara. Les gouvernorats de Soueïda et de Hassaké ont entre 25 et 50 pers./km²). Quant aux gouvernorats de Raqqa, de Homs et de Deïr ez-Zor, ils ont une densité de population très faible, se situant entre 0 et 25 pers./km². La densité de la population est en relation avec la configuration des sols ou la géomorphologie, selon qu'ils sont des déserts, des terres cultivables, des terres incultes, des forêts (voir la carte). 

La grande majorité des habitants du pays sont des Arabes dans une proportion de 72%, dont la diversité ethnique est étonnante, car elle comprend des Syriens d'origine (61,0%), des alaouites (7,2%), des Irakiens (7,0%), des Arabes najdi (6,0%), des druzes (3,1%), des Libanais (0,4%), des Bédouins (0,4%), des Égyptiens (0,3%), des Jordaniens(0,1%), etc., qui sont tous arabes. Si l'on réunit tous les Arabes et arabophones en un seul grand groupe, ils formeraient plus de 18 millions de personnes sur un total de 25,7 millions. Depuis le début de la guerre civile syrienne de 2011, la Syrie a connu une baisse démographique en raison des décès et des mouvements migratoires. Par exemple, plus de 200 000 personnes seraient décédées juste entre le 15 mars 2011 et le 1er décembre 2014.

Le tableau ci-dessous présente les ethnies et les langues parlées en Syrie: 

Ethnie (2025) Population

Pourcentage

Langue maternelle

Affiliation linguistique Religion
Arabe syrien 15 693 000 61,0 %

arabe levantin du Nord

islam sunnite
Turkmène 2 001 000 7,8 %

turkmène

famille altaïque islam sunnite
Kurde du Nord 1 888 000 7,3 %

kurde krumanji

islam sunnite
Alaouite 1 846 000 7,2 %

arabe levantin du Nord

islam alaouite chiite
Arabe irakien 1 809 000 7,0 %

arabe irakien (mésopotamien)

famille afro-asiatique

islam sunnite
Arabe najdi 1 555 000 6,0 %

arabe najdi

famille afro-asiatique islam sunnite
Druze 799 000 3,1 % arabe levantin du Nord islam druze
Assyrien 221 000 0,9 %

assyrien néo-araméen

famille afro-asiatique

christianisme orthodoxe
Arabe libanais 111 000 0,4 %

arabe levantin du Nord

famille afro-asiatique

islam sunnite
Bédouin du Levantin 91 000 0,4 %

arabe égyptien oriental

famille afro-asiatique

islam sunnite
Arabe égyptien 89 000 0,4 % arabe égyptien famille afro-asiatique islam sunnite
Arménien 76 000 0,3 % arménien isolat indo-européen christianisme orthodoxe
Ossète 64 000 0,2 %

ossète

langue indo-iranienne

christianisme orthodoxe
Iranien 60 000 0,2 %

iranien (farsi)

langue indo-iranienne

 islam chiite
Kabardien 44 000 0,2 %

circassien (kabardien)

famille caucasienne islam sunnite
Azerbaïdjanais du Sud 41 000 0,2 %

azéri

famille altaïque

islam sunnite
Adyghéen 32 000 0,1 %

circassien (adyguéen)

famille caucasienne

islam sunnite
Syrien araméen de Turoyo 30 000 0,1 %

turoyo (araméen)

famille afro-asiatique

christianisme orthodoxe

Arabe jordanien 26 000 0,1 %

arabe levantin du Sud

famille afro-asiatique

islam sunnite
Arabe palestinien 26 000 0,1 % arabe levantin du Nord islam sunnite
Araméen de l'Ouest 22 000 0,1 %

néo-araméen

famille afro-asiatique

christianisme orthodoxe
Yézidis 15 000 0,1 %

kurde kumanji

langue indo-iranienne

yézidisme 
Français 14 000 0,1 %

français

langue romane catholique
Gitan domari 11 000 0,1 %

domari

langue indo-iranienne

 islam sunnite
Abkhaze 7 100 0,0 %

abkhaze

famille caucasienne christianisme orthodoxe
Chaldéen 6 900 0,0 %

chaldéen néo-araméen

famille afro-asiatique

christianisme orthodoxe
Grec 6 600 0,0 %

grec

isolat indo-européen christianisme orthodoxe
Tchétchène 5 600 0,0 %

tchétchène

famille caucasienne

islam sunnite
Autres ethnies 320 000 0,9 %

-

-  
Nombre total  (2025) 25 705 000  100 %  - - -

Nous pouvons constater que la Syrie abrite de nombreuses communautés religieuses et ethniques, liées par plus d'une langue et d'une géographie, avec une majorité arabe vivant aux côtés des ethnies kurdes, arméniennes, assyriennes, circassiennes et turkmènes. Outre sa diversité religieuse et communautaire, qui comprend les musulmans (chiites, sunnites, alaouites et druzes), les chrétiens et les yézidis, ainsi que la diversité due aux différentes composantes culturelles et de classe sociale.

2.2 La langue officielle

Au milieu des récents changements qui se sont déroulés en Syrie, le sujet de la langue officielle est devenu un sujet important en raison de la réalité démographique de la société. Depuis sa création dans les années 1920 et jusqu’à aujourd’hui, toutes les constitutions syriennes n’ont reconnu aucune autre langue que l’arabe, et seul l’arabe a été adopté comme langue officielle dans ce pays, tandis que les Arabes syriens n'ont jamais constitué plus de 70 % de la population, car on trouve aussi depuis des centaines d'années des Kurdes, des Syriaques, des Turkmènes, des Arméniens, des Circassiens et plusieurs autres minorités historiques. Par ailleurs, il n’existe pas de statistiques officielles ou exactes sur les proportions des composants.

À la suite du changement de régime favorisant l'unilinguisme arabe, il est légitime de se demander si l'arabe restera la seule langue officielle en Syrie. Quels seront le sort et les droits des autres nationalités en Syrie sur le plan linguistique ? Les autres langues que l'arabe en Syrie seront-elles uniquement des langues nationales ? Comment la prochaine Constitution syrienne verra-t-elle cette question fondamentale ? Combien de langues seront officielles en Syrie ? Bien sûr, toute personne qui le souhaite aimerait avoir le droit de se faire émettre des documents officiels dans sa langue maternelle, tels que les pièces d’identité nationale, les passeports, les décisions officielles, ainsi que bénéficier des informations provenant de la radio ou de la télévision d’État, sinon de l'administration. Pour quelques millions de Syriens, le multilinguisme était et demeure encore un droit fondamental qui devrait être restauré pour ses membres.

2.3 Les Arabes syriens

La carte de gauche illustre la répartition géographique des langues en Syrie. Il est facile de constater que c'est la langue arabe qui domine dans une grande partie du territoire syrien. L'arabe est surtout parlé dans les grandes villes (Damas, Homs, Hama, Idlib et Alep), ainsi que dans l'Ouest, le Nord, ainsi que le long de l'Euphrate. Toute la partie centre-sud du pays est couverte par le désert de Syrie, une vaste zone d'environ 520 000 km², qui englobe une partie de la Syrie, de l'Irak, de la Jordanie et de l'Arabie Saoudite.

Les kurdophones (6,8%) sont installés dans le Nord, le long de la frontière avec la Turquie et dans l'extrémité est, le long de la frontière avec l'Irak.

Les autres ethnies non arabophones et non kurdophones sont principalement les Assyriens (0,9%), les Turkmènes (7,8 %), les Arméniens (0,3%), les Ossètes (0,2 %) et les Azerbaïdjanais (0,2%).

La majorité des arabophones sont des Arabes syriens (sunnites, alaouites, druzes) dans une proportion de 7,1%. Ils parlent l'arabe levantin du Nord, un arabe syro-libanais basé sur la langue parlée à Damas, ainsi qu'à la radio et la télévision syrienne.

Parmi les autres langues arabes, mentionnons l'arabe nadji (6,0 %) utilisé dans le désert syrien, l'arabe libanais (0,4 %), l'arabe irakien (2,0%), l'arabe égyptien (0,3 %), l'arabe jordanien (0,1 %), etc.

Si plusieurs variétés d'arabes sont parlées en Syrie, l'intercompréhension est relativement aisée entre elles, mais de toute façon c'est l'arabe levantin du Nord ou l'arabe syrien qui sert de langue véhiculaire.

En observant la carte de gauche, on constate que l'arabe est parlé partout dans le pays, mais surtout dans l'Ouest et le Nord, ainsi que le long des rives de l'Euphrate.

Dans le Nord, le long de la frontière avec la Turquie, ce sont les Kurdes qui s'y sont installés, ainsi qu'à l'extrémité est, entre la Turquie et l'Irak.  

2.4 Les alaouites: une minorité au passé révolu

Les membres de la communauté alaouite sont répartis entre leur berceau historique, c'est-à-dire la région montagneuse qui longe le littoral méditerranéen (gouvernorats de Lattaquié et de Tartous) et des villes comme Damas ou Homs, où s'est installé un grand nombre d'alaouites. Leur doctrine est rattachée au chiisme, mais celui-ci en fait un groupe distinct considéré par les autres musulmans comme éloignés de l'islam. Beaucoup d'alaouites se sont urbanisés et ont «islamisé» leur pratique religieuse, alors que d’autres ont conservé leur mode de vie rural et leurs croyances ancestrales. Les Syriens des autres confessions religieuses ont affublé les alaouites du nom d'«Allemands», en raison de la similitude des deux mots en arabe : alawiyyin et almaniyyin.

Les Syriens alaouites comptaient en 2025 pour 7,2 % de la population, soit 1,8 million de personnes, et parlent en général l'arabe levantin du Nord.  Si les alaouites font partie de la majorité linguistique, ils constituent sans aucun doute une minorité religieuse. Les alaouites se distinguaient sous le régime des al-Assad des autres musulmans du pays par leur présence dans l'appareil du pouvoir et des forces armées.  

Par conséquent, l’accès privilégié des alaouites au milieu urbain, à l’administration publique et à l’enseignement supérieur a donné un formidable coup de pouce à leur mobilité dans l’échelle sociale du pays.

- Une population urbanisée

C'est pourquoi le niveau de vie des alaouites apparaît nettement plus élevé que chez les autres communautés. Ce n'est pas un hasard si l'État syrien a même favorisé les gouvernorats côtiers en électricité, en eau potable, en réseaux d’égouts, etc. Alors que les alaouites représentent 6,1 % de la population, ils occupent plus de 40 % des postes militaires. Depuis la prise du pouvoir de Hafez al-Assad et de Bachard al-Assad, beaucoup d'alaouites ont quitté leurs montagnes pour s'installer à Damas et dans les autres principales villes du pays (dont Hama et Homs) pour intégrer l’armée, la police et les autres institutions de l’État. Aujourd'hui, 80 % des alaouites vivent dans les villes et travaillent dans le secteur public.

Les présidents Hafez et Bachard al-Assad ont pratiqué un favoritisme calculé à l'égard des alaouites. Hafez el-Assad appliquait la devise suivante: «Si tu veux que ton chien garde le troupeau, ne le nourrit pas trop.» Ce proverbe de berger consiste en politique à favoriser les alaouites dans différents domaines afin d'asseoir le système politique dans lequel cette communauté possède un rôle clé, mais sans nécessairement assurer sa promotion économique, qui est (était ?) le lot des communautés chrétiennes et de certains sunnites privilégiés. Autrement dit, les alaouites sont mieux nantis, mais pas suffisamment riches pour se passer de leur protecteur.

- Le déclin

Rurales avant l’indépendance à plus de 97 %, les populations alaouites dominaient, dès 1990, les villes du littoral : 55 % à Lattaquié, 70 % à Tartous, 65 % à Banias, des villes qui, sous le Mandat français, étaient encore des bastions sunnites (environ à 78 %). Cependant, parce que les alaouites résidaient davantage dans les villes et se sont instruits plus que les autres communautés, leur poids relatif a commencé à diminuer depuis les années 1980, alors que celui des sunnites augmentait sans cesse. Ce phénomène s’explique par un accès plus élevé des femmes alaouites à l’instruction et à leur intégration dans la vie professionnelle. Lorsque les alaouites étaient des paysans analphabètes, le taux de fécondité des femmes demeurait très élevé, mais la généralisation de l’enseignement et l'accès aux postes administratifs ont réduit considérablement cette fécondité. Autrement dit, le favoritisme social du clan al-Assad aura contribué aussi au déclin démographique des alaouites.

Aujourd'hui, les alaouites, environ 1,8 million de personnes, soit 7,2 % de la population syrienne, sont particulièrement vulnérables. Après la chute en décembre du régime de Bachar al-Assad, responsable de plusieurs centaines de milliers de morts, c’est à présent la communauté du président déchu, les alaouites, qui fait l’objet de massacres perpétrés par des combattants sunnites proches du nouveau pouvoir, dirigé par l’ancien chef djihadiste Ahmad al-Charaa.

Il faut ajouter aussi que les croyances religieuses des alaouites les distinguent tant des sunnites que des chiites; ils consomment de l’alcool, accordent une grande liberté aux femmes, rejettent la pratique du ramadan et partagent des affinités théologiques avec le christianisme, notamment la croyance en la vie éternelle. Pour un musulman, ce sont là des pratiques dépravées. D'ailleurs, ces différences alimentent depuis longtemps l’hostilité des musulmans orthodoxes, qui les qualifient d’hérétiques.

2.5 Les Kurdes de Syrie

La population kurde de Syrie représente environ 6,8 % de la population totale; elle provient en partie de l'exode des Kurdes de la Turquie entre 1924 et 1938 à la suite de la répression de Mustapha Kemal Atatürk. Cette population est regroupée au nord-est du pays, dans les gouvernorats d'Alep et d'Hassaké, ainsi que dans la banlieue de Damas. Pour les langues minoritaires non arabes, le kurde septentrional ou kurmandji (6,8 %), parlé dans le Nord et le Nord-Est est la langue la plus importante (groupe indo-iranien). La langue kurde ne s'apparente ni à l'arabe (langue sémitique) ni au turc (langue altaïque). Par conséquent, les Kurdes ne sont pas des Arabes, bien qu'ils partagent la même religion, le sunnisme.
 

Avec les Arabes, les Perses et les Arméniens, les Kurdes constituent l'un des peuples les plus anciens de la région. Le pays qu'ils habitent est appelé «Kurdistan» (voir la carte détaillée), mais celui-ci est fragmenté en trois zones principales: la Turquie, la Syrie, l'Irak et l'Iran. Il existe aussi de petites communautés kurdes en Arménie et en Azerbaïdjan, mais ce n'est plus le Kurdistan.

En Syrie, les Kurdes constituent la seule grande minorité nationale ou ethnique à assise territoriale. Il existe trois régions kurdes au nord de la Syrie, séparées les unes des autres, mais toutes limitrophes du Kurdistan turc et irakien dont elles constituent en quelque sorte un prolongement.

Tout le Kurdistan est une région de hautes terres du sud-ouest de l'Asie. Cette région de 530 000 km² s'étend sur le nord-ouest de l'Iran, le nord-est de l'Irak et l'est de la Turquie, au sud du mont Ararat (voir la carte détaillée du Kurdistan). En Syrie, le Kurdistan n'occupe que 15 000 km².

Certains linguistes organisent autrement la classification de la langue kurde et de ses dialectes.  Ainsi, Najat Abdulla-Ali distingue trois grandes branches :

- le kurmanji : comprenant le kurmanji du Nord et le kurmanji du Sud dont ferait partie le sorani;
-
le gourani-zazaki : comprenant le groupe gourani et le groupe zaza;
- le lorî : comprenant «petit lorî» et «grand lorî».

On peut consulter le tableau de Najat Abdulla-Ali, qui illustre cette thèse en cliquant ici, s.v.p.

- La langue kurde

Les Kurdes parlent le kurde, une langue indo-européenne appartenant au groupe indo-iranien, mais c'est une langue non unifiée (voir les variétés kurdes). On distingue le kurde sorani (ou central), le kurde kurmanji (ou septentrional) et le kurde méridional. De plus, chacun de ces groupes compte un grand nombre de variétés locales. La plupart des Kurdes de Syrie parlent le kurmanji et l'arabe, bien que d'autres, en particulier à Damas, ne connaissent que l'arabe.
 

De plus, les Kurdes de Turquie écrivent leur langue en alphabet latin ; ceux d'Irak, d'Iran et de Syrie, en alphabet arabe (appelé aussi arabo-persan), ce dernier étant un alphabet un peu modifié de l'arabe; ceux d'Arménie et de Géorgie et d'Arménie, en alphabet cyrillique,  Les Kurdes sont davantage unifiés par la religion, étant presque tous des musulmans sunnites. 

Les Kurdes immigrés depuis quelques années en Syrie conservent habituellement leur langue, leur culture et leurs particularités linguistiques. Pour les Kurdes, l'appartenance à la communauté locale est plus forte que l'identité ethnique, la fidélité nationale ou syrienne. Ils sont traditionnellement méfiants de n'importe quel gouvernement, en particulier celui de Damas. Sous les a-Assad, les Kurdes ne jouissaient d'aucun droit linguistique ou culturel d'ordre collectif en Syrie, sans oublier que plus de 60 000 Kurdes syriens ont été privés arbitrairement de la nationalité syrienne, interdits d'emplois publics et considérés comme des étrangers dans leur propre pays. Cependant, leur mode de vie relativement paisible en Syrie et l'assimilation graduelle ont atténué la méfiance des autorités syriennes.

- Le territoire

Bien que beaucoup de Kurdes habitent la Syrie depuis des générations, un grand nombre est venu de la Turquie entre 1924 et 1938, quand Mustapha Kemal Atatürk a tenté d'imposer sa politique assimilatrice aux Kurdes turcs. Environ 35 % à 40 % des Kurdes syriens vivent dans les contreforts des montagnes au nord de la province d'Alep. Un  nombre égal vit dans le Jazirah; environ 10 % au nord-est du Jarabulus (province d'Alep) et 10 % à 15 % à Hayy al Akrad, l'un des faubourgs de Damas. 

Depuis 2012, le territoire du Kurdistan syrien est contrôlé par des milices kurdes. À partir de 2013, les Kurdes syriens ont dû se défendre contre les groupes issus d'al-Qaïda (l'État islamique). En novembre 2013, des représentants kurdes, arabes, assyriens et d'autres minorités plus petites ont déclaré un gouvernement autonome provisoire dans la région.

- Les yézidis

Il existe une petite communauté religieuse kurdophone de 15 000 yézidis. Cette minorité fut soumise à plusieurs formes d’injustice et de persécution représentées par la privation se pratiquer sa propre religion et d’exercer ses rites; le fait d’apprendre les origines de sa religion est encore refusé à cette communauté qui reste ignorée par la Constitution syrienne.

Bien que la plupart des yézidis soient d’origine ethnique kurde et parlent la langue kurde kurmanji, ils sont religieusement très distincts de la population kurde sunnite majoritaire. En tant que minorités, certains yézidis préfèrent être reconnus comme un groupe ethnique, distinctement séparé des Kurdes en raison de leurs différences culturelles et religieuses. Le yézidisme ou la religion des sept archanges est une religion monothéiste de la communauté ethno-religieuse yézidie, laquelle est présentée par ses pratiquants comme puisant ses origines dans l'Iran antique.

- La diaspora

Si la plupart des Kurdes vivent dans le Grand Kurdistan historique, qui comprend une partie de la Turquie, de l'Irak, de l'Iran et de la Syrie, beaucoup de Kurdes vivent dans les pays voisins tels l'Arménie, la Géorgie, la Russie, l'Azerbaïdjan, le Liban, l'État d'Israël, la Jordanie, mais aussi le Kazakhstan, le Turkménistan, le Kirghizistan, l'Afghanistan, le Pakistan, etc.

Nous ignorons avec précision le nombre des Kurdes formant la diaspora. Les estimations les plus courantes font état de la présence d’environ 1,2 million de Kurdes en Europe occidentale. Ils forment d’importantes communautés en Allemagne (650 000), en France (130 000), aux Pays-Bas (85 000), en Grande-Bretagne (35 000), et en Suède (50 000). Celle-ci, en raison d’une politique d’immigration généreuse initiée par Olof Palme, ancien premier ministre suédois, et d’incitations matérielles pour l’édition et la création, a su attirer une part importante de l’intelligentsia kurde tandis que l’Allemagne abrite surtout une immigration ouvrière. Des milliers de Kurdes résident aux États-Unis (30 000) et au Canada (plus de 10 000). La diaspora kurde d'Occident est environ à 85 % formée de Kurdes de Turquie, mais les Kurdes d'Irak arrivent au deuxième rang. 

2.6 Les autres minorités ethnolinguistiques

Au point de vue numérique, les locuteurs de la langue kurde sont suivis par les suivants: 

Langue Nombre Autochtone Filiation linguistique Religion
le turkmène 2 001 000 - famille altaïque islam sunnite
l'assyrien néo-araméen 221 000 oui famille afro-asiatique christianisme orthodoxe
l'arménien 76 000 - isolat indo-européen christianisme orthodoxe
l'ossète 64 000 - langue indo-iranienne christianisme orthodoxe
le persan (ou farsi) 60 000 - langue indo-iranienne islam chiite
le kabardien 44 000 - famille caucasienne  islam sunnite
l'azerbaïdjanais (ou azéri) 41 000 - famille altaïque islam sunnite
l'adyguéen 32 000 - famille caucasienne islam sunnite
l'araméen de Turoyo 30 000 oui famille afro-asiatique christianisme orthodoxe
le néo-araméen 22 000 oui famille afro-asiatique christianisme orthodoxe
le domari 11 000 oui langue indo-iranienne  islam sunnite
l'abkhaze 7 100 - famille caucasienne christianisme orthodoxe
le chaldéen néo-araméen 6 900 - famille afro-asiatique christianisme orthodoxe
le tchétchène 5 600 - famille caucasienne  islam sunnite

- Les Turkmènes

Leurs ancêtres, appelés «Turcomans», vivaient en Syrie au temps de l'Empire ottoman avant sa dissolution et la création de la Syrie actuelle. En Turquie, les «Turcomans» sont appelés «Turcs», mais en Syrie, on les nomme «Turkmènes»: ils ne proviennent pas pour autant du Turkménistan. Ils sont plus de 2,0 millions et parlent le turc ou turkmène, langue de la famille altaïque. Les Turkmènes habitent principalement autour et dans les agglomérations de Hama, de Homs et de Lattaquié, donc au nord-ouest du pays.

Beaucoup de Turkmènes ne parlent plus leur langue turque, car ils se sont assimilés à l'arabe. On estime que de 15 % à 20 % des Syriens seraient d'origine «turcomane»; ce sont aujourd'hui des Turkmènes arabisés linguistiquement et culturellement. Soutenues par la Turquie, les milices turkmènes de Syrie ont rejoint aujourd'hui l'Armée syrienne libre, mais, à la demande d'Ankara, elles ont aussi combattu contre les Kurdes et les Arméniens.

- Les Assyriens

En Syrie, les Assyriens, les Chaldéens et les Syriaques — ou encore les Assyro-Chaldéens-Syriaques — parlent le néo-araméen (oriental), une langue issue de l'araméen et appartenant au groupe sémitique, comme l'arabe et l'hébreu. L'araméen impérial fut employé comme langue administrative il y a trois mille ans. Les Israélites l'ont employé comme langue officielle dès 500 avant notre ère jusqu'en 70 de notre ère; c'était la langue des contemporaines de Jésus Christ. L'araméen moderne est parlé comme langue maternelle par plusieurs petites communautés chrétiennes éparses et isolées dans l'ancienne Mésopotamie, dont la Syrie et l'Irak, mais ce n'est plus exactement la langue des contemporains de Jésus Christ. L'araméen classique est la langue liturgique des chrétiens de Syrie et d'Irak.

Il existe quelques variétés dialectales du néo-araméen: le syriaque, l'assyrien, le chaldéen, le soureth et le turoyo. Ce sont aussi des termes qu'on utilise pour désigner, selon les régions, les Assyriens. En Syrie, on trouve des Assyriens (227 000), des Chaldéens (7500) et des Syriaques (32 000). Le néo-araméen oriental peut traditionnellement être appelé «sureth», chaldéen ou syriaque. On parle aussi d'assyrien néo-araméen, de syriaque néo-araméen et de chaldéen néo-araméen.

Les Assyro-Chaldéens-Syriaques forment de petites communautés linguistiques et religieuses éparpillées en Syrie. Elles y habitent depuis le début de l'ère chrétienne et avant l'invasion arabo-musulmane. Beaucoup d'Assyriens ont été chassés d'Irak par l'«État islamique» durant la guerre civile et se sont réfugiés en Syrie. Depuis l'occupation américaine en Irak et la guerre civile qui règne dans ce pays, d'autres dizaines de milliers d'Assyriens de ce pays se sont réfugiés en Syrie, d'où certains sont ensuite partis pour l'Europe ou les États-Unis. Ces minorités vivent aujourd'hui une situation catastrophique en raison des persécutions et des massacres des fanatiques islamistes.

- Les Arméniens

La plupart des quelque 76 000 Arméniens sont arrivés en Syrie par vagues successives en tant que survivants du génocide fuyant la Turquie entre 1925 et 1945. Environ 75 % des Arméniens vivent dans le gouvernorat d'Alep au nord-ouest, le long de la frontière du Nord avec la Turquie. Les autres sont dispersés dans Hayy al Arman (près de Damas) et dans quelques autres villes du pays. Les Arméniens appartiennent généralement à l'Église orthodoxe arménienne, mais environ 20 000 relèvent de l'Église catholique arménienne. D'autres sont protestants; un nombre indéterminé, parlant encore arménien, s'est converti à l'islam pour échapper aux persécutions: ce sont les «Hémichis». Les arménophones constituent l'un des grands groupes importants non assimilés en Syrie. Ils ont conservé leurs coutumes, maintiennent leurs propres écoles et lisent des journaux dans leur langue. Ils parlent l'arménien, un isolat indo-européen qu'ils sont les seuls à employer. Beaucoup de leaders arméniens s'opposent catégoriquement à l'assimilation et veillent au maintien de l'identité arménienne.

- Les Circassiens

Les Circassiens comprennent deux peuples distincts: les Kabardiens (44 000) et les Adyghéens (32 000) qui parlant une langue caucasienne. Ils descendent des nomades musulmans aaliés de l'Empire ottoman, qui ont été chassés de Russie, le 21 mai 1864, et que les sultans ottomans ont établis en Syrie. Près de la moitié d'entre eux est concentré dans le gouvernorat de Qouneïtra, notamment dans la capitale Qouneïtra. Après la guerre de 1973 qui a détruit une grande partie de la ville, beaucoup de Circassiens se sont déplacés à Damas. Ils ont assez bien résisté à l'assimilation, car ils ont conservé leur langue caucasienne (le kabardien ou l'adighéen), mais s'ils parlent également l'arabe. Les Arabes de Syrie se méfient des Circassiens (Adyguéens), car ceux-ci ont servi dans les forces armées frsançaises lors du Mandat français. Ils sont de confession musulmane de rite sunnite.

- Les Ossètes

Les Ossètes (64 000) sont venus de Russie il y a environ un demi-siècle, fuyant la collectivisation. Ils parlent une langue indo-iranienne et vivent généralement dans le nord de la Syrie. En raison de la guerre civile en Syrie, la plupart des Ossètes désirent ou ont déjà quitté le pays pour retourner en Russie (Ossétie). Les autorités russes les ont établis en Ossétie du Sud conquise sur la Géorgie, à la place des Géorgiens chassés de ce territoire.

- Les Iraniens

Au nombre de 60 000, les Iraniens vivent en milieu urbain, essentiellement à Damas ou dans l'agglomération; ils parlent le farsi et ils sont artisans, commerçants, investisseurs immobiliers ou autres hommes d'affaires du secteur commercial et industriel. Certains Iraniens sont des musulmans chiites très attachés à l'application stricte des lois et des principes islamiques, et ont des liens fraternels avec les Alaouites syriens et les chiites libanais. Mais beaucoup d'autres, en raison des excès du gouvernement iranien, se sont sécularisés.

- Les Azerbaïdjanais

Les quelque 41 000 Azerbaïdjanais parlent l'azerbaïdjanais dans la mesure où ils viennent de l'Azerbaïdjan. Ceux qui ne sont pas originaires de ce pays sont appelés «Azéris» et parlent l'azéri, deux termes pour désigner la même langue. La plupart des Azerbaïdjanais vivent dans les gouvernorat de Lattaquié et de Hama.

- Les Roms

Les quelque 11 000 Roms parlent le domani, une langue indo-iranienne. Venus anciennement de l'Inde, ils forment une importante communauté nomade ou semi-nomade présente au Proche-Orient. Longtemps marginalisés en Syrie, beaucoup ont fui la guerre civile pour se réfugier en Europe, parfois au sein de réseaux de mendicité. Les Roms syriens se distinguent des autres réfugiés syriens par leur culture et leur langue spécifique. Ils exercent des métiers itinérants comme forgerons, musiciens ou artistes de rue. En fuyant le conflit syrien, plusieurs groupes ont rejoint des pays d'accueil occidentaux, notamment la France.

- Les Abkhazes et les Tchétchènes

Dans les années 1860, l'Empire russe annexa l'Abkhazie, petite région géorgienne située sur la côte nord-est de la mer Noire. De nombreux Abkhazes musulmans ont fui les persécutions russes et se sont installés dans différentes régions de l'Empire ottoman, dont la zone qui fait aujourd'hui partie de la Syrie. Avant 2011, les Abkhazes vivaient en Syrie de la même manière qu'en Abkhazie: ils élevaient du bétail, cultivaient la vigne, produisaient du miel et pratiquaient l'agriculture. La guerre en Syrie a bouleversé tous les aspects de leur vie, de sorte que de nombreux Abkhazes ont quitté Syrie; il n'en resterait pas plus de 7000. Les autres ont été accueillis par la Russie moderne en Abkhazie conquise sur la Géorgie, à la place des Géorgiens chassés de ce territoire.

Les Tchétchènes sont originaires des vallées isolées du Caucase, dans le sud de la Russie, entre la mer Caspienne et la mer Noire. À la suite de las guerre civile en Tchétchénie, beaucoup de ses habitants ont émigré vers d'autres pays comme la Turquie et la France, ainsi qu'en Syrie où ils sont 5600. communauté tchétchène en Syrie. L'abkhaze et le tchétchène sont deux langues de la famille caucasienne.

2.7 Les religions

La Syrie fait partie des pays à majorité musulmane comportant des minorités religieuses importantes.  Les chrétiens représentent environ 10 % de la population syrienne, répartis entre plusieurs églises, y compris l'Église orthodoxe syriaque, l'Église orthodoxe grecque et l'Église catholique maronite.  Les druzes, qui constituent environ 3 % de la population, ainsi que d'autres groupes chiites, comme les ismaéliens, sont également présents en Syrie, mais leur influence demeure plus limitée.

L'islam est la religion majoritaire représentant environ 87% de la population, dont la majorité est sunnite. Celle-ci représente environ 70 % à 74 % de la population totale, ce qui en fait le groupe dominant dans la société syrienne. Les alaouites constituent une branche du chiisme, pour environ 10 % à 12 % de la population; les alaouites ont une influence politique significative, notamment en raison de l'appartenance de la famille al-Assad à cette communauté.

Ces pourcentages ne constituent qu'un ordre de grandeur, mais ils témoignent d'une société syrienne majoritairement musulmane composée de trois piliers principaux : le sunnisme, très présent dans les classes commerçantes, les alaouites, surtout représentés au sein du pouvoir et des forces de sécurité, les chrétiens généralement bien intégrés. Le pays est victime de cette division communautaire qui est visible dans les principales villes du pays. Ainsi, à Damas, la capitale, à côté des centaines de mosquées, dont la célèbre mosquée des Omeyyades, on trouve de nombreuses églises chrétiennes. Il existe aussi des chrétiens à Alep, à Homs et dans d’autres villes où des combats sanglants se poursuivent.

Le conflit en Syrie apparaît comme une guerre politico-religieuse entre les sunnites, majoritaires au sein de l’Armée syrienne libre (ASL) et soutenus par les monarchies pétrolières fondamentalistes du Golfe, et les alaouites, majoritaires au sein des forces armées syriennes légalistes, qui sont soutenues notamment par l’Iran chiite et le Hezbollah libanais.

- L'islam

Les Syriens de rite sunnite sont présents dans presque tout le pays, à l'exception des gouvernorats de Lattaquié et de Tartous. Ils sont partout ailleurs majoritaires, y compris dans toutes les grandes villes. La communauté alaouite, branche dissidente de l'islam à laquelle appartenait la famille de l'ex-président Bachard al-Assad, représente environ 10 % de la population; elle tenait néanmoins une place disproportionnée dans le gouvernement et surtout dans l'armée; cette communauté réside dans les gouvernorats de Lattaquié et de Tartous.

À l'instar des chiites, les druzes et les ismaéliens constituent des sous-groupes particuliers du monde musulman. Les chiites et les ismaéliens ne représentent qu'une petite minorité religieuse en Syrie. Ils sont localisés autour des villes de Hama et de Homs. Outre l'Iran majoritairement chiite, seuls cinq pays arabes ont une partie importante de leur population qui se rattache au rite chiite : l'Irak, le Bahreïn, le Liban, Oman, le Yémen et la Syrie.

Les druzes professent une religion issue de la branche ismaélienne elle-même provenant du rite chiite.  Ils rejettent la Charia et les obligations rituelles qui en découlent, ainsi que la liturgie et les lieux de culte. En Syrie, les druzes occupent surtout la zone montagneuse du Hawran dans le gouvernorat de Soueïda.

Les yézidis constituent l'une des plus anciennes minorités religieuses de la Syrie et de l'Irak. D'origine kurde — ils parlent le kurde kurmanji —, les yézidis sont adeptes d'une religion préislamique en partie issue du zoroastrisme (culte du soleil), avec des éléments du manichéisme (réincarnation), du christianisme (baptême), du judaïsme (circoncision) et de l'islam (jeûne et polygamie). Les yézidis sont considérés comme des «adorateurs du diable» tant par les chrétiens que par les musulmans.

À l'intérieur du pays, les deux branches de l’islam, les sunnites et les chiites, se font la guerre, laquelle attire des hommes de différents pays venus se battre les uns contre les autres. Les chiites obtiennent le soutien de l’Iran et du Hezbollah libanais, tandis que l’Arabie Saoudite, le Qatar, la Turquie et différents groupes djihadistes affiliés à Al-Qaïda apportaient leur aide à la rébellion sunnite syrienne. Rappelons que le régime syrien de l'ex-président Bachard al-Assad était de religion alaouite, une branche du chiisme. Bref, la Syrie présentait à la chute de Bachard al-Assad une mosaïque religieuse gouvernée par une minorité alaouite. Elle a été remplacée par la majorité sunnite.

- Les religions chrétiennes

La Syrie compte quelque deux millions de chrétiens, majoritairement arabes, qui appartiennent à 11 Églises. La plupart des chrétiens vivent à Alep, la première ville chrétienne, sinon à Damas, à Homs, à Hama et dans d’autres villes où les combats entre sunnites et chiites ou alaouites se poursuivent.

Ces Syriens non musulmans sont catholiques, grecs orthodoxes ou arméniens-orthodoxes, mais on compte aussi un petit nombre de maronites et de juifs. La Syrie compte le plus grand nombre de chrétiens parmi les pays arabes. Depuis quelques années, des dizaines de milliers de chrétiens ont fui le pays pour se réfugier soit au Liban soit en France.

Les minorités religieuses et ethniques ont généralement appuyé le régime d'al-Assad, car, dans l'éventualité d'une reprise du pouvoir par la majorité sunnite, ils craignaient qu'un régime islamique soit imposé dans tout le pays. Ces minorités, actives et prospères, ont toujours vécu sous l'aile protectrice du régime alaouite. Toutefois, dans l'éventualité où les sunnites prendraient le pouvoir en Syrie, ils pensaient s'exiler, car les rebelles sunnites ne cachaient pas leur hostilité envers les chrétiens.

- La religion et le nouveau pouvoir

La Syrie est désormais dirigée par une coalition islamiste issue du groupe Hayat Tahrir al-Cham (une organisation politique islamiste sunnite et un groupe paramilitaire impliqué dans la guerre civile syrienne), à la suite du renversement de Bachar al-Assad. Politiquement, le pays a entamé une transition menée par le président intérimaire Ahmed al-Charaa (de son nom de guerre Abou Mohammed al-Joulani), dont l'administration est majoritairement composée de musulmans sunnites. La coalition au pouvoir a amené un gouvernement de transition s'appuyant sur un islamisme pragmatique, marquant ainsi la fin de cinq décennies de domination par le clan al-Assad issu de la minorité alaouite.

Bien que les sunnites constituent la majorité de la population, le nouveau pouvoir intègre, dans une optique de transition inclusive, des représentants d'autres communautés (chrétienne, druze, alaouite). De plus, les nouvelles autorités ont évité de déclarer l'islam comme unique religion d'État et affirment garantir les droits de tous les citoyens, quelle que soit leur religion.

Dernière mise à jour: 08 juil. 2026

Syrie


1. Généralités
 

2. Données historiques
 

3. Politique linguistique
 

4. Bibliographie
 


 

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