République arabe d'Égypte

Égypte

3) La politique linguistique

Plan de l'article

1 La Constitution égyptienne
1.1 Les constitutions abrogées
1.2 La Constitution actuelle
1.3 Le Parlement

2 Les langues de la justice
2.1 L'arabe véhiculaire
2.2 Les langues étrangères

3 Les langues dans les services publics
3.1 La nationalité égyptienne
3.2 L'arbitrage en matière civile et commerciale
3.3 La protection du consommateur

4 La publicité et l'affichage commercial
4.1 Les entités administratives
4.2 La publicité sur la voie publique

5 Les langues d'enseignement
5.1 Le système d'éducation
5.2 Les écoles primaires et secondaires
5.3 L'enseignement de la religion
5.4 L'enseignement supérieur
5.5 La réforme de 2025-2026
5.6 L'enseignement privé et les écoles internationales

6 Les langues dans les médias
6.1 La presse écrite
6.2 La presse électronique
6.3 L'influence de l'anglais dans les médias
6.4 La liberté d'expression mise à mal
6.5 Le cinéma égyptien

 

1 La Constitution égyptienne

Contrairement à l'Algérie où la politique d'arabisation fut violente, l'Égypte a réussi à arabiser le pays sans trop de perturbations. Ce fut l'affaire de quelques décennies, mais le français et l'anglais, surtout ces deux langues, n'ont pas disparu complètement du paysage égyptien. Même si l'État a été complètement arabisé, les anciennes langues coloniales ont conservé certains privilèges dans le domaine de l'éducation, de l'affichage et des affaires. De plus, l'arabe égyptien continue de recevoir une forte adhésion de la part de la population, ce qui constitue une concurrence à l'arabe standard moderne.

1.1 Les constitutions abrogées

Selon l'article 2 de la Constitution de 1971, modifiée en 1980 (aujourd'hui abrogée), l'islam est la religion de l'État dont la langue officielle est l'arabe:

Article 2 (1971, abrogé)

L'islam est la religion de l'État dont la langue officielle est l'arabe ; les principes de la loi islamique constituent une source principale de législation.

Mais cet article a été reproduit presque intégralement dans la Constitution de 2012:

Article 2 (2012, abrogé)

L'islam est la religion de l'État. L'arabe est sa langue officielle. Les principes de la Charia islamique sont la source principale de la législation.

1.2 La Constitution actuelle

Et dans la Constitution de 2014:

Article 2 (2014, en vigueur)

L'islam est la religion de l'État. L'arabe est sa langue officielle. Les principes de la Charia islamique sont la source principale de la législation.

Évidemment, dans tous les cas, l'arabe dont il s'agit est l'arabe standard (souvent appelé maladroitement «arabe classique»), non pas l'arabe égyptien. C'est en vertu de cette brève déclaration que s'est élaborée la politique d'arabisation.

1.3 Le Parlement

Le Parlement égyptien est l'organisme législatif bicaméral; il est composé de la Chambre des représentants et du Sénat, et il joue un rôle central dans la législation et le contrôle du gouvernement. Les lois sont discutées généralement en arabe égyptien, mais elles sont rédigées et promulguées en arabe standard moderne. Plusieurs lois sont traduites en anglais, mais elles n'ont aucune valeur légale. Le système juridique égyptien est parmi les plus importants de la région Afrique du Nord et au Proche-Orient. Il a certainement influencé ceux des différents pays voisins. La Constitution en vigueur en Égypte a été rédigée le 8 juillet 2013 et promulguée le 18 janvier 2024 dispose à l’article 2 que les principes de la Charia sont «la source principale de la législation».

En ce qui concerne l'arabe, une bonne dizaine de projets de loi ont été présentés au Parlement concernant la protection de la langue arabe, mais aucun n'a pu être adopté. De plus, aucune loi ne régit l'emploi des langues à la législature et c'est sur la foi de l'article 2 de la Constitution de 2014 que l'arabe, comprendre la variété standard moderne, est obligatoire. En fait, le fonctionnement interne de l'Assemblée nationale populaire est soumis aux dispositions de la Constitution, après un examen préalable obligatoire.

2 Les langues de la justice

L’ordre judiciaire égyptien semble inspiré du système français, il s’organise de ce fait selon un dualisme judiciaire avec, d’une part, l’ordre administratif dénommé dans son ensemble «Conseil d'État», d’autre part, un ordre judiciaire à la tête duquel se trouve la Cour de cassation. Au sommet du système judiciaire égyptien se trouve la Haute Cour constitutionnelle chargée du contrôle de constitutionnalité des lois égyptiennes a posteriori.

En République arabe d’Égypte, le système judiciaire se caractérise par sa complexité et sa longue histoire, car il comprend un groupe de tribunaux spécialisés opérant selon des lois et des procédures spécifiques. La Loi n° 46 portant promulgation de la loi sur l'autorité judiciaire (1972) stipule que la langue des tribunaux est l'arabe:

Article 19 

La langue des tribunaux est l'arabe.

Le tribunal entend les déclarations des parties ou des témoins
ne maîtrisant pas l'arabe par l'intermédiaire d'un interprète après leur prestation de serment.

2.1 L'arabe véhiculaire

Le tribunal entend les déclarations des parties ou des témoins ne maîtrisant pas l'arabe par l'intermédiaire d'un interprète. Ainsi, un jugement rendu en anglais ou en français serait frappé de nullité. En Égypte, les juristes ont élaboré un langage concernant les décisions judiciaires en arabe standard moderne afin d'éviter les jugements rédigés dans une langue difficile à qualifier d’arabe, notamment avec de l'argot et des mots turcs.

De plus, les communications orales en arabe véhiculaire sont autorisées, surtout s'il s'agit de l'arabe égyptien, mais dans le Sud, l'arabe saïdi peut aussi être employé. Les seuls documents écrits autorisés sont en arabe standard.

2.2 Les langues étrangères

En raison de la nature des affaires internationales et de la présence de sociétés multinationales, d'autres langues étrangères interviennent dans le contexte judiciaire (notamment pour les traductions et les documents). L'anglais, langue la plus courante et la plus employée dans les documents et les contrats internationaux soumis aux tribunaux; c'est également la langue principale de l'arbitrage commercial international, une alternative à toute procédure judiciaire dans les litiges importants. Le français, qui conserve une grande importance historique et juridique, car de nombreuses lois civiles égyptiennes s'inspirent du système juridique français.

D'autres langues étrangères (selon le type de procès) peuvent exiger le recours à des interprètes assermentés pour d'autres langues lorsque des parties étrangères sont impliquées (par exemple, le français, le russe, le chinois, l'allemand, l'italien et l'espagnol). Si l'une des parties ne parle pas arabe, le tribunal est tenu de désigner un interprète, chargé de traduire de la langue étrangère vers l'arabe. Cette traduction peut être effectuée par un interprète (par exemple, d'une langue moins courante vers l'anglais, puis vers l'arabe).

3 Les langues dans les services publics

Les services publics égyptien L'arabe égyptien est utilisé couramment dans les communications orales au sein des services gouvernementaux, mais seul l'arabe standard est permis dans les communications écrites. Ici aussi, il n'existe aucune loi concernant l'emploi des langues dans les services publics. 

La Loi n° 81 sur la fonction publique (2016) ne traite pas de la langue employée, mais l'article 14 laisse croire qu'il faut connaître l'arabe, puisqu'il faut être de nationalité égyptienne ou être ressortissant d'un pays arabe:  

Article 14

Toute personne nommée à un poste doit remplir les conditions suivantes :

1. Être de nationalité égyptienne ou ressortissante d'un pays arabe accordant aux Égyptiens la réciprocité des droits à la fonction publique.

2. Jouir d'une bonne moralité et d'une réputation irréprochable.

3. Ne pas avoir été condamné pour un crime ou un délit portant atteinte à la probité ou à l'honnêteté, sauf en cas de réhabilitation légale.

4. Ne pas avoir fait l'objet d'une révocation par décision disciplinaire définitive, sauf si un délai d'au moins quatre ans s'est écoulé depuis cette décision.

5. Être médicalement apte à exercer ses fonctions, conformément au certificat délivré par la commission médicale compétente.

6. Remplir toutes les conditions requises pour le poste.

7. Réussir l'examen prévu à cet effet.

8. Être âgé d'au moins dix-huit ans.

On suppose alors qu'un ressortissant arabe devrait maîtrise l'arabe standard moderne.

3.1 La nationalité égyptienne

L'article 4 de la Loi n° 26 de 1975, modifiée par la loi n° 154 sur la nationalité égyptienne (2004) mentionne de façon claire qu'il faut appartenir à la majorité de la population d'un pays de langue arabe ou de religion musulmane, une formule qui laisse supposer qu'il faut connaître l'arabe, comme il l'est énoncé à l'alinéa 3 du 4e paragraphe: 

Article 4

Le ministre de l'Intérieur peut octroyer la nationalité égyptienne :

1° ​​À toute personne née en Égypte d'un père d'origine égyptienne, à condition qu'elle en fasse la demande après avoir établi sa résidence habituelle en Égypte et qu'elle soit majeure au moment de sa demande.

2° ​​À toute personne d'origine égyptienne, à condition qu'elle en fasse la demande cinq ans après avoir établi sa résidence habituelle en Égypte et qu'elle soit majeure au moment de sa demande.

3° ​​À tout étranger né en Égypte d'un père étranger également né en Égypte, à condition que cet étranger
appartienne à la majorité de la population d'un pays de langue arabe ou de religion musulmane, et qu'il en fasse la demande dans l'année suivant sa majorité.

4° ​​Tout étranger né en Égypte et y résidant habituellement à sa majorité peut demander la nationalité égyptienne dans l'année suivant sa majorité, sous réserve du respect des conditions suivantes :

1. Être sain d'esprit et ne souffrir d'aucun handicap susceptible de constituer une charge pour la société.

2. Être de bonne conduite et de bonne réputation, et ne pas avoir été condamné pour un crime ou un délit passible d'emprisonnement ou impliquant une atteinte à la moralité, à moins d'avoir bénéficié d'une réhabilitation légale.

3.
Maîtriser la langue arabe.

4. Disposer de moyens de subsistance légitimes.

Le fait de maîtriser la langue arabe (laquelle?) devrait prédominer sur l'appartenance à la majorité de la population d'un pays de langue arabe ou de religion musulmane.

3.2 L'arbitrage en matière civile et commerciale

La Loi promulguant la loi sur l’arbitrage en matière civile et commerciale (1994), telle que modifiée par la loi n° 8 de 2000, exige que tout arbitrage commercial se déroule en arabe, à moins que les parties n'en conviennent autrement ou que le tribunal arbitral précise en une ou plusieurs autres langues:

Article 29

1) L’arbitrage se déroule en arabe, à moins que les parties n'en conviennent autrement ou que le tribunal arbitral précise en une ou plusieurs autres langues. Les dispositions de l’accord ou de la convention s’appliquent à la langue des déclarations, des documents écrits et des plaidoiries, ainsi qu'à toute décision prise par le tribunal ou à une lettre rédigée par celui-ci ou à un jugement rendu par celui-ci, à moins que l’accord des parties ou la décision du tribunal arbitral n’en dispose autrement.

2) Le tribunal arbitral peut décider que tout ou une partie des documents écrits présentés devant le tribunal
doivent être accompagnés d'une traduction dans la ou les langues utilisées dans l’arbitrage. Dans le cas de plusieurs langues, la traduction peut être limitée à certaines d'entre elles.

Article 56

Le président du tribunal visé à l'article 9 de la présente loi ou son représentant désigné parmi ses juges est chargé de rendre une ordonnance d'exécution de la sentence arbitrale. La demande d'exécution de la sentence doit être présentée, accompagnée des documents suivants :

1. L'original de la sentence ou une copie signée de celle-ci ;
2. Une copie de la convention d'arbitrage ;
3.
Une traduction certifiée conforme en arabe de la sentence arbitrale par une autorité accréditée, si elle n'a pas été rendue en arabe ;
4. Une copie du procès-verbal du dépôt de la sentence conformément à l'article 47 de la présente loi.

La version française du décret n° 2310 suivant est une traduction faite par le département de la traduction de l’Autorité générale de l'investissement et des zones franches. Ce décret oblige à ce que tout contrat rédigé dans une langue étrangère soit accompagné d'une traduction en arabe:
 

Décret du premier ministre n° 2310 de 2017 promulguant le règlement d'application de la Loi sur l'investissement promulguée par la loi n° 72 de 2017

Article 113

En embauchant une personne pour travailler dans son projet dans la zone, le titulaire de licence s'engage à rédiger un contrat de travail de quatre copies. Chacune des deux parties a une copie, une troisième est remise à l'administration de la zone franche et la dernière est remise au bureau de travail dans la zone.
Si le contrat est rédigé en langue étrangère, chaque copie devra être accompagnée d'une traduction en langue arabe.

Le titulaire de licence doit conserver le casier judiciaire et une copie de l'identité personnelle (carte d'identité nationale ou passeport) et s'adresser à la direction de la zone franche pour obtenir un permis d'entrée dans la zone franche pour le travailleur.

Le titulaire de licence s'engage à fournir l'assurance sociale pour son personnel. Le bureau d'assurance sociale compétent doit être informé d'une demande d'adhésion d'un assuré, accompagnée d'une copie du contrat du travail. L'Organisation nationale des assurances sociales doit être communiquée une déclaration annuelle comprenant : les noms des travailleurs aux projets dans la zone franche, leurs salaires, les dates d'embauche et les dates de fin de service de ces travailleurs.

3.3 La protection du consommateur

L'une des lois les plus importantes de l'Égypte concerne la Loi n° 181 sur la protection du consommateur (2018. Elle offre une base juridique complète pour protéger les consommateurs contre les produits dangereux et les pratiques commerciales déloyales, y compris la publicité trompeuse. Cette loi exige de la clarté, de la véracité et de la transparence, établissant des obligations claires pour les fournisseurs et les annonceurs. L'une de ces obligations concerne l'usage obligatoire de la langue arabe avec des caractères clairs et visibles:

Article 5

Le fournisseur est tenu de veiller à ce que les publicités, les déclarations, les informations, les documents, les factures, les reçus, les contrats, y compris les documents électroniques et autres supports remis au consommateur,
soient rédigés en arabe, de manière claire et lisible.

Le fournisseur est également tenu d'y faire figurer les informations permettant de l'identifier, notamment son adresse, ses coordonnées, les informations relatives à son immatriculation au registre du commerce et, le cas échéant, sa marque.

Ces informations
peuvent être rédigées en deux langues ou plus, dont l'une en arabe.

Article 6

Le fournisseur est tenu d'apposer sur les marchandises les informations requises par les normes égyptiennes, la loi ou ses règlements d'application,
en arabe de manière claire et lisible, de façon à répondre à leur finalité, en fonction de la nature du produit et du mode de publicité, de présentation ou de conclusion du contrat.

Le prestataire de services est tenu de préciser clairement les détails du service qu'il propose, ses caractéristiques, ainsi que les lieux et les horaires de sa fourniture.

4 La publicité et l'affichage commercial

Les contraintes d'ordre juridique concernant la publicité en Égypte ne dépendent pas d’une seule loi. Elles procèdent plutôt d’une combinaison de lois, de décrets et de codes appliqués par plusieurs organismes gouvernementaux. Cette structure assure une surveillance complète qui couvre les droits des consommateurs, la concurrence loyale, l’éthique des médias et la protection des données.

4.1 Les entités administratives

Plusieurs entités administratives règlementent la publicité, souvent avec des compétences qui se chevauchent. Chacune de ces entités poursuit un objectif distinct, et leurs efforts coordonnés créent un système de contrôle assez rigide, dont les suivantes:

- l’Agence de protection du consommateur et la Loi sur la protection du consommateur n° 181 de 2018. Cette agence constitue le principal défenseur des droits des consommateurs et le régulateur le plus actif. Elle surveille et sanctionne les publicités pour prévenir les allégations trompeuses, mensongères ou frauduleuses qui pourraient nuire au public.

- L’Autorité égyptienne de la concurrence : elle intervient quand les pratiques publicitaires étouffent la concurrence loyale. Par exemple, elle agit contre les allégations déloyales ou les promotions trompeuses qui enfreignent la Loi sur la protection de la concurrence et la prévention des pratiques monopolistiques (2026).

- Le Conseil supérieur de la régulation des médias (CSRM) et la Loi n° 180 portant création du Conseil supérieur de la régulation des médias. Celui-ci Il supervise tout le contenu des médias (imprimés, audiovisuels et numériques). Son mandat inclut la délivrance de licences, l’établissement de codes de déontologie et la garantie que le contenu publicitaire respecte l’ordre public, les bonnes mœurs et l’identité nationale. L’autorité du CSRM s’étend aux sites web et aux comptes de médias sociaux de plus de 5000 abonnés, ce qui en fait un régulateur clé à l’ère numérique.

L’Autorité nationale de régulation des télécommunications (ANRT) : cette autorité régularise le secteur des télécommunications et joue un rôle croissant dans la publicité numérique. Elle se concentre notamment sur les pourriels, le télémarketing et l’emploi des données de la part des utilisateurs. Récemment, l’ANRT a exigé que les télévendeurs enregistrent leurs numéros pour permettre leur identification, afin de freiner les appels non sollicités et de protéger la vie privée des consommateurs.

- La loi 115 de 1958

L'une des plus anciennes lois sur la protection de la langue arabe concerne la Loi n° 115 sur la correspondance et les enseignes (1958), aujourd'hui partiellement abrogée par la loi n° 102 de 1976, qui rendait obligatoires la correspondance administrative, les registres, les contrats, les données commerciales et les enseignes:

Article 1er

Sont obligatoirement rédigés en langue arabe :

1. Les correspondances, les offres et les autres pièces et documents qui leur sont annexés et qui sont remis à l'administration et aux organismes publics. Si ces documents sont rédigés dans une langue étrangère, leur traduction en arabe doit y être jointe.

2. Les registres, les livres, les procès-verbaux et les autres documents que les représentants du gouvernement et des organismes publics ont le droit d'inspecter ou de consulter conformément aux lois, aux règlements, aux contrats de concession, aux monopoles ou aux licences.

3. Les contrats, les quittances et les correspondances échangés entre institutions, associations ou organismes, ou entre eux et des particuliers, mais des traductions en langue étrangère peuvent y être annexés.

4. Les enseignes placées par les entreprises et les locaux commerciaux ou industriels sur les façades de leurs bâtiments, à la condition que cela n'empêche pas que ces enseignes soient rédigées dans une autre langue que l'arabe, à la condition que celle-ci soit de taille plus grande et plus importante que l'autre.

Article 3

Les dénominations qui prennent une forme particulière, les noms, les signatures, les mots, les lettres, les chiffres, l'adresse des commerces, les sceaux et les inscriptions apparentes doivent être rédigés en arabe. Il n'est pas permis de demander l'enregistrement d'une marque qui prend l'une de ces formes et caractéristiques à moins qu'elle ne soit rédigée en arabe. Toutefois, cela n'exclut pas la demande d'enregistrement d'une dénomination rédigée dans une langue étrangère à côté de l'arabe, à la condition que celle-ci soit d'une taille plus grande et d'une position plus importante. Quant aux dénominations modifiées qui ont été enregistrées conformément à la loi, leur propriétaire doit présenter une nouvelle demande d'enregistrement après avoir été modifiée et rédigée en langue arabe, dans un délai d'un an à compter de la date d'entrée en vigueur de la présente loi. L'enregistrement d'une dénomination dont la période de protection légale a expiré ne peut être renouvelé que s'il est modifié et rédigé en langue arabe.

Article 4

Les données commerciales relatives à toute marchandise produite en République arabe unie doivent être rédigées en langue arabe. Quant aux produits et aux marchandises importés de l'étranger, on doit leur être apposé une étiquette en langue arabe, précisant notamment les données commerciales qui participent à l'estimation de leur valeur. Un arrêté du ministre de l’Économie et du Commerce doit en déterminer les données.  Une langue étrangère peut être ajoutée à l'arabe en ce qui concerne les marchandises destinées à l'exportation à l'étranger.

Précisons que la loi égyptienne n° 115 de 1958 n’a pas été abrogée dans son intégralité.

- La loi 82 de 2002

Bien que les règles imposant l'usage de l'arabe pour la correspondance officielle du gouvernement et l'étiquetage des produits restent applicables, les dispositions relatives aux marques et aux droits d'auteur ont été abrogées et remplacées par la loi n° 82 de 2002 sur la protection des droits de propriété intellectuelle, afin de se conformer aux normes du commerce international. On peut lire les articles suivants de la Loi n° 82 portant promulgation de la loi sur la propriété intellectuelle (2002):

Article 64

Le Registre du commerce est responsable de l’enregistrement des marques au registre spécial des marques, conformément aux dispositions de la présente loi et de son règlement d’application, en tenant compte des dispositions des articles 3 et 4 de la Loi n° 115 sur la correspondance et les enseignes (1958), qui exigent l'usage de la langue arabe.

Article 103

Si la quantité, la taille, le volume, la capacité, le poids, l’origine ou la composition des produits sont des facteurs qui influent sur leur valeur, le ministre compétent peut, par arrêté, interdire la vente, la mise en vente ou l’importation de ces produits s’ils ne portent pas ces informations.

Le ministre compétent établit par arrêté
les modalités d’affichage de ces informations en langue arabe sur les produits et les procédures alternatives applicables en cas de besoin.

Article 148

La protection du droit d'auteur et le droit de la personne qui a traduit son œuvre dans une autre langue étrangère de traduire cette œuvre en arabe prennent fin si l'auteur ou le traducteur n'exerce pas ce droit lui-même ou par l'intermédiaire d'une autre personne dans les trois ans suivant la date de la première publication de l'œuvre originale ou traduite.

L'évolution de ces exigences juridiques s'inscrit dans un contexte essentiel : en 1958, la loi n° 115 imposait que tous les documents gouvernementaux, appels d'offres, marques et données commerciales circulant en Égypte soient rédigés en arabe ou accompagnés d'une traduction arabe.

Afin de moderniser le cadre juridique égyptien, d'encourager les investissements étrangers et de se conformer à l'Accord sur les ADPIC de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), le gouvernement a adopté la loi n° 82 de 2002. Cette législation consolidée abrogeait les anciennes lois sur le droit d'auteur, les brevets et les marques (telles que la loi n° 57 de 1939 et la Loi n° 115 sur la correspondance et les enseignes (1958), instaurant ainsi un cadre international plus large pour la protection des actifs intellectuels.

Cependant, plusieurs articles de la Loi n° 115 sur la correspondance et les enseignes (1958) demeurent toujours en vigueur, bien que les clauses spécifiques à la propriété intellectuelle de 1958 aient été abrogées par la loi de 2002 sur la propriété intellectuelle, car l’obligation de rédiger la correspondance en arabe reste applicable. La loi de 2002 précise qu’elle ne porte pas atteinte aux dispositions de la loi n° 115 de 1958, qui imposent l’usage de la langue arabe pour les marques, les dénominations commerciales et la signalétique ou les enseignes (les articles 3, 4, 5).

4.2 La publicité sur la voie publique

La loi la plus importante concerne la Loi n° 208 sur la réglementation de la publicité sur la voie publique (2020). Cependant, cette loi, qui compte 10 articles, ne contient aucune disposition sur la langue arabe ni sur aucune autre langue. Tout ce qu'on peut retenir, c'est qu'aucune publicité ni signalisation ne peut être apposée sans autorisation préalable de l'Autorité compétente. Par conséquent, on peut supposer que ladite autorité peut invoquer l'obligation d'employer la langue arabe.
 

Article 3

Aucune publicité ni signalisation ne peut être apposée sans autorisation préalable de l'Autorité compétente. L'autorisation est délivrée sur demande de l'annonceur. L'Autorité compétente statue sur la demande dans un délai de soixante jours à compter de sa réception. L’absence de décision dans ce délai vaut approbation tacite, sous réserve que la demande comprenne tous les documents requis, après notification à l’autorité compétente conformément aux dispositions du règlement d’application de la présente loi.

L’autorisation est délivrée pour une durée maximale de trois ans, en tenant compte des exigences d’urbanisme et d’aménagement, de l’aspect du site et de la circulation.

L’autorisation est renouvelable pour une ou plusieurs périodes identiques à la demande du titulaire et avec l’accord de l’autorité compétente.

L’Autorité compétente peut révoquer l’autorisation en cas de nouvelles exigences d’urbanisme ou d’aménagement, ou pour des raisons liées à l’aspect du site ou à la gestion de la circulation, sans préjudice du droit du titulaire à indemnisation, le cas échéant.

Article 9

Quiconque appose une publicité ou une enseigne, ou en fait apposer une, en violation de la présente loi et de ses règlements d'application, est passible d'une amende d'un montant au moins égal à deux fois le coût de l'ouvrage et au plus égal à trois fois ce coût. Les amendes sont multipliées en fonction du nombre d'infractions. Dans tous les cas, le tribunal ordonne le retrait de la publicité ou de l'enseigne, obligeant le contrevenant à la remettre en état et à payer le double des droits de licence. Si le contrevenant ne procède pas au retrait et à la remise en état dans le délai imparti par la décision, l'autorité compétente peut procéder à ce retrait aux frais du contrevenant. L'autorité n'est pas tenue de verser d'indemnités pour les dommages causés à la publicité, à l'enseigne, au matériel ou à tout autre élément.

En Égypte, les normes publicitaires et le contenu interdit sont encadrés par une législation complète et complexe. Ce cadre juridique veut protéger les consommateurs, préserve l’ordre public et assure une concurrence loyale. Jusque dans les années 1980, il n'y avait aucune réglementation au chapitre de la langue de l'affichage commercial. Étant donné le nombre assez élevé de langues parlées en Égypte (nubien, berbère, anglais, français, arménien, grec, italien, allemand, hébreu, etc.), on retrouvait dans l'affichage une très grande diversité: unilinguisme arabe ou anglais, français, arménien, etc., en passant par toutes sortes de combinaisons de bilinguisme arabe-anglais, arabe-français, arabe-arménien, anglais-français, anglais-grec, etc. 

- Les inscriptions gouvernementales

Dans le cas des inscriptions gouvernementales, celles-ci peuvent être unilingues arabes classique ou bilingues; dans ce cas, le bilinguisme est plus souvent arabe-anglais, mais le bilinguisme arabe-français est encore fréquent dans le cas des pouvoirs publics plus anciens.

Les plaques identifiant les noms de rues sont fréquemment unilingues arabes, mais le bilinguisme arabe-anglais est de plus en plus la règle et il tend à remplacer progressivement le bilinguisme arabe-français. Le bilinguisme utilisé dépend de la population des villes et des quartiers. Au Caire, la capitale, les noms des rues de plusieurs quartiers sont bilingues (arabe-français ou arabe-anglais); à Héliopolis, le bilinguisme est surtout arabe-français, alors qu'à Alexandrie le bilinguisme arabe-anglais est plus courant; ailleurs, on peut lire des inscriptions bilingues en arabe et en grec ou, par exemple, en arménien, en allemand, etc. Néanmoins, l'anglais est souvent employé seul dans les gares et les aéroports.

- Les langues employées

Ces dernières années, cette situation presque anarchique a donné lieu à de violents débats au Parlement. Plusieurs députés ont voulu faire adopter une loi afin d'interdire dans l'affichage commercial toute autre langue que l'arabe. Les commerçants ont fait valoir leur préférence pour le libre choix dans la langue de l'affichage. Finalement, un projet de loi sur la promotion de l'arabe fut présenté en 2021, qui obligerait toute publicité publiée ou installée sur la voie publique ou dans un lieu public ou un moyen de transport en commun d'être rédigée en langue arabe; une traduction en langue étrangère peut y être ajoutée, à la condition que la langue arabe soit de taille plus grande et située au-dessus. Le projet de loi sur la promotion de la langue arabe n'a jamais été adopté. En fait, on semble s'entendre qu'il serait interdit d'apposer des inscriptions unilingues non arabes sur toute affiche commerciale. Cela signifie que toutes les affiches publiques ou commerciales devraient être rédigées en arabe ou être accompagnées d'une traduction en arabe. Par ailleurs, il ne semble pas y avoir de réglementation concernant l'application du bilinguisme. Dans le domaine de l'affichage et de la publicité commerciale, c'est la liberté complète dans la mesure où l'arabe est obligatoirement présent.


 

L'anglais est la principale langue employée dans les opérations commerciales en Égypte (y compris sur les billets de banque); aussi l'utilisation conjointe de l'arabe et de l'anglais constitue la forme de bilinguisme la plus courante.

La seconde langue employée dans les cas de bilinguisme commercial dépend soit de la population qui habite les villes ou les quartiers, soit du type de produits manufacturés. Ainsi, au Caire, le bilinguisme arabe-anglais est très fréquent, ce qui n'exclut pas pour autant l'affichage bilingue avec le français, le grec ou l'arménien; à Héliopolis, les magasins affichent surtout en arabe et en français, alors que, à Alexandrie, le grec, l'italien ou l'allemand sont utilisés également. Dans le domaine de la publicité, les produits français, italiens, allemands ou grecs sont annoncés en deux langues: arabe-français, arabe-italien, arabe-allemand, arabe-grec.

Enfin, il arrive aussi que l'on utilise les anciens hiéroglyphes égyptiens, particulièrement pour la publicité ayant trait à la littérature, la culture ou l'artisanat. De façon générale, le français ne subsiste plus que sur de vieilles enseignes ou dans certains secteurs, tels que les instituts de beauté et les restaurants chics, et dans les quartiers bourgeois.

De plus, les organisations ou institutions religieuses, culturelles ou ethniques affichent généralement dans leur langue. C'est l'usage normal pour les organisations allemandes, italiennes, arméniennes, grecques, hébraïques, etc. Enfin, l'arabe égyptien, le berbère et le nubien, bien que parlés couramment par une partie ou l'autre de la population, ne sont jamais employés dans l'affichage.

La situation des langues de l'affichage en Égypte révèle la relative faiblesse de l'arabe standard moderne face à l'anglais, comme s'il était impossible d'interdire les langues étrangères sous peine de catastrophe. D'une part, la majorité des citoyens parlent un arabe véhiculaire, très différent de la langue arabe officielle, d'autre part, les opérations commerciales sont dominées par les langues européennes (anglais, français, allemand, italien); de plus, l'alphabet latin est devenu un symbole de prestige en Égypte et toutes les raisons semblent bonnes pour recourir à une «langue à alphabet latin». Même les prix des produits sont souvent affichés en chiffres «arabes» occidentaux plutôt qu'en symboles arabes autochtones. En cela, la cas de l'Égypte n'est pas très différent des pays du Maghreb (la Tunisie, l'Algérie et le Maroc).

5 Les langues d'enseignement

L’Égypte possède probablement le plus grand système d'éducation du Proche-Orient et de l'Afrique du Nord. On comptait en 2026 environ 25 millions d'élèves dans le système d'éducation réparti dans plus de 46 000 écoles publiques et 7000 écoles privées. L’école est obligatoire de 5-6 ans à 17 ans avec un parcours classique en trois cycles (primaire, préparatoire, secondaire). Mais pour les familles expatriées comme pour une partie croissante des classes moyennes et aisées égyptiennes, les écoles publiques paraissent peu attractives : la qualité est perçue comme faible et l'enseignement est offert principalement en arabe dans des classes surchargées. Ce qui surprend aussi, c'est la diversité des systèmes d'éducation proposés : programmes américains, britanniques, allemands, français, canadiens, sans oublier les écoles mixtes qui combinent deux langues d'enseignement en plus de l'arabe.

5.1 Le système d'éducation

Le système d'éducation égyptien est en majorité public, non confessionnel et gratuit. La scolarité, obligatoire pour les élèves âgés de six à quatorze ans, se divise en trois niveaux successifs :

- l'éducation de base et l'éducation primaire forment la phase préparatoire;
- l'enseignement secondaire;
- l'enseignement supérieur (universités et instituts).

De plus, l’enseignement en Égypte se divise entre les options laïque et islamique. Dans l’enseignement laïc, on compte des écoles publiques, privées et internationales. Les écoles islamiques, appelées ''écoles Al-Azhar'', proposent un programme scolaire similaire au programme scolaire national standard, mais elles mettent l’accent sur les valeurs islamiques et l’étude du Coran.

La plupart des enfants d'étrangers sont scolarisés dans des écoles privées ou des écoles internationales. Les écoles privées dites «ordinaires» suivent le programme scolaire national, comme le font les écoles publiques. Quant aux écoles internationales, ce sont aussi des établissements privés, mais qui enseignent le programme scolaire du pays d'origine de l’école. En outre, dans la majorité de ces écoles, l’uniforme scolaire est obligatoire.

5.2 Les écoles primaires et secondaires

Le ministère de l'Éducation oblige les écoles publiques primaires à n'enseigner qu'en arabe standard, mais elle permet aux écoles privées d'enseigner d'autres langues en plus de l'arabe officiel. Cela signifie qu'il existe plusieurs écoles anglaises et françaises réservées aux classes aisées, puis de rares écoles destinées aux minorités arméniennes ou grecques. 

Pour ce qui est du secondaire, les élèves doivent apprendre une langue étrangère dès le premier cycle: ils ont le choix entre l'anglais et le français. Au second cycle, il leur faut choisir une deuxième langue étrangère: l'anglais ou le français (celle qui n'a pas été choisie au premier cycle), l'allemand, l'italien ou l'espagnol. Près de 60 000 élèves étudient ainsi actuellement dans des écoles de langue française.

L'article 6 de la Loi n° 16 sur l'éducation (2019): impose l'arabe à tous les niveaux de l'enseignement:

Article 6

L'arabe, l'instruction religieuse et l'histoire nationale sont des matières fondamentales à tous les niveaux d'enseignement. Le contenu, la notation et la pondération de chaque matière dans la note finale sont déterminés par décision du ministre de l'Éducation nationale et de l'Enseignement technique.

Pour valider l'instruction religieuse, une note minimale de 70 % est requise ; cette note n'est cependant pas prise en compte dans la note finale.

Le ministère de l'Éducation nationale et de l'Enseignement technique organise régulièrement des concours d'instruction religieuse et décerne des prix et des primes aux meilleurs élèves selon le système établi par le Conseil supérieur de l'enseignement pré-universitaire.

Il faut préciser que les cours de langue arabe font une large part à des événements religieux exclusivement musulmans. Par exemple, tout élève chrétien reçoit un peu d'enseignement religieux lorsqu'il suit des cours d'arabe, alors qu'un élève musulman ignore tout de la religion chrétienne. Les manuels de classe utilisés dans les cours d'arabe restent eux aussi fortement influencés par l'islam.

Par exemple, dans le préambule d'un manuel d'arabe, on peut apprendre que son objectif est d'«implanter dans le cœur des élèves les hautes valeurs qui approfondissent la foi en Dieu, dans leur religion, leur patrie, leur nation arabe et l'humanité tout entière, en les poussant aux bonnes œuvres et à la bonne conduite». Ces livres comportent tous de nombreux textes tirés du Coran et de nombreux récits du prophète Mahomet. De façon générale, les livres de religion et d'arabe témoignent d'une certaine xénophobie, voire de racisme, et ont recours à des mots comme mécréants, kafirs, moushriks, etc. Bref, on peut dire que les cours d'arabe véhiculent une doctrine religieuse passablement partisane.

5.3 L'enseignement de la religion

En Égypte, l'enseignement de la religion est obligatoire dans les écoles dites «civiles». Celles-ci enseignent la religion musulmane ou la religion chrétienne, selon des programmes officiels gouvernementaux. Il n'est pas possible aux parents de dispenser leurs enfants de l'enseignement religieux ni de choisir la religion de ces derniers.

Lorsque l'un des parents est musulman, les enfants sont considérés obligatoirement comme musulmans et instruits selon cette religion. De plus, il n'existe aucune possibilité d'apprendre une autre religion que celles fixées par l'État. Comme les élèves musulmans, les élèves chrétiens sont obligés d'apprendre la religion chrétienne, selon un programme officiel fixé par une commission choisie par le ministère de l'Éducation et de l'Enseignement technique. Dans toutes les écoles civiles, cet enseignement occupe trois heures par semaine au cycle primaire (sur un total de 27 à 34 heures d'études), et deux heures dans les cycles préparatoire et secondaire (sur un total de 34 à 39 heures d'études). De façon générale, les élèves apprennent par cœur les leçons d'arabe et les récitent de mémoire dans des classes surchargées (entre 60 à 80 élèves). 

Les manuels de religion chrétienne ne font aucune référence à la religion musulmane, ni au Coran, ni à Mahomet ou aux musulmans, mais des références sont faites à la Bible en tant que livre sacré des chrétiens.  Néanmoins, l'élève chrétien doit quand même apprendre et réciter des formules et comprendre des notions purement islamiques qui tendent à démontrer que l'islam est la seule vraie religion.

5.4 L'enseignement supérieur

Dans les universités, le système est plus souple, même si en principe l'arabe classique reste la langue d'enseignement. En réalité, selon les facultés et les disciplines, l'anglais et le français constituent également des langues d'enseignement universitaire. Par exemple, la médecine, le génie et les sciences en général sont enseignés en anglais, le droit en français; plusieurs facultés dispensent leur enseignement à la fois en français et en anglais.

L'article 1er de la Loi n° 49 sur l'organisation des universités (1972) décrit ainsi cet enseignement:

Article 1er

Les universités sont responsables de toutes les questions concernant l'enseignement supérieur et la recherche scientifique menée par leurs facultés et instituts, au service de la société et du progrès de sa civilisation. Leur objectif est de contribuer à l'avancement de la pensée, au progrès scientifique et au développement des valeurs humaines. Les universités fournissent au pays des spécialistes, des techniciens et des experts dans divers domaines, et forment des individus dotés de solides connaissances fondamentales, des méthodes de recherche avancées et des valeurs morales élevées, afin de contribuer à la construction et au renforcement de la société socialiste, de façonner l'avenir de la nation et de servir l'humanité. Les universités sont ainsi considérées comme des bastions de la pensée humaine à ses plus hauts niveaux et des sources d'investissement et de développement pour la ressource la plus précieuse de la société : le capital humain. Les universités ont également pour mission de faire revivre la civilisation arabe, le patrimoine historique du peuple égyptien et ses traditions authentiques, tout en maintenant des normes élevées en matière d'éducation religieuse, morale et civique. Elles s'efforcent également de renforcer les liens culturels et scientifiques avec d'autres universités et les organismes scientifiques arabes et étrangers.

L’État garantit l’indépendance des universités de manière à assurer un lien entre l’enseignement universitaire et les besoins de la société et de la production.

5.5 La réforme de 2025-2026

En février 2026, l'Égypte annonçait une réforme majeure qui étendait l'obligation scolaire dès l'âge de cinq ans (contre six ans auparavant) et intégrait la maternelle dans le but de viser à prolonger la scolarité obligatoire à 13 ans au total. Cette réforme s'inscrit dans un plan de transformation numérique ("Digital Egypt 2030"). Voici les points clés de la réforme en éducation en Égypte :

- Extension de l'obligation scolaire : le ministère de l'Éducation prévoit d'abaisser l'âge de l'instruction obligatoire à cinq ans, rendant la maternelle obligatoire; une période de transition d'environ trois ans est prévue.
- Nouvel élan technologique : l'Égypte modernise son système au moyen d'une stratégie de transformation numérique; le projet prévoit l'introduction d'outils numériques (écrans, tablettes) dans quelque 25 000 écoles publiques.
-  Changement de pédagogie : la réforme vise à réduire l'apprentissage du «par cœur», en se concentrant sur le développement des compétences, la collaboration, et la pensée critique.
-  Modification de l'évaluation : (a) d'abord de la maternelle à la 3
e du primaire : pas de devoirs ni d'examens traditionnels, mais une évaluation par recherche et activités; (b) les 4e et 5e du primaire : passage à des évaluations périodiques (mensuelles, mi-année, fin d'année) avec un système de notation par couleur (bleu, vert, jaune, rouge).

En outre, des formations et des explications en arabe sur les nouveaux programmes sont disponibles par visioconférence de la maternelle à la sixième année, afin d’accompagner les enseignants dans leur travail. Des explications en anglais suivront.

- La législation de 2025

Le gouvernement a fait adopter la Loi n° 169 modifiant la loi sur l'éducation n° 139 de 1981 (2025), mais le libellé est identique à la version de 1981:

Article 6

L'enseignement de la langue arabe, de l'instruction religieuse et de l'histoire nationale est obligatoire à tous les niveaux d'enseignement. Le contenu, la notation et la pondération de chaque matière dans la note finale sont fixés par arrêté du ministre de l'Éducation et de l'Enseignement technique.

Pour valider l'épreuve de l'instruction religieuse, l'élève doit obtenir au moins 70 % de la note attribuée. Cette note n'est cependant pas prise en compte dans le calcul de la note finale.

Le ministère de l'Éducation et de l'Enseignement technique organise périodiquement des concours d'enseignement religieux et récompense les meilleurs élèves par des prix et des primes selon le système établi par le Conseil suprême de l'enseignement pré-universitaire.

En ce qui concerne les matières d’étude, les amendements énonçaient que la langue arabe, l’éducation religieuse et l’histoire nationale étaient des matières fondamentales à tous les niveaux en éducation, et la loi confirmait que le contenu de ces matières et leurs notes relatives étaient déterminés par décision du ministre de l’Éducation et de l’Enseignement technique, à condition que l’élève reste obligé de les étudier et de les réussir.

Cependant, les nouvelles modifications en matière de l’éducation religieuse n’ont pas été incluses dans le nombre total de notes, mais celle-ci est devenue une matière obligatoire pour réussir, car la loi stipulait que l’élève devait obtenir au moins 70 % de la note fixée pour accéder à la classe supérieure ; cette condition reflète la volonté de l’État de consolider les valeurs religieuses et morales des élèves tout en maintenant l’égalité des chances dans le calcul du total final des notes.

Depuis l'année scolaire 2023-2024, tous les manuels scolaires fournis aux élèves à partir de la 6e année ont été révisés. Le contenu des nouveaux manuels scolaires destinés à la jeune génération en Égypte comprend un appel à la paix en général et à la paix avec «Israël» en particulier, considéré comme une morale nationale égyptienne issue de la culture pharaonique et une valeur religieuse islamique soutenue par les versets du Coran et la Sunna du prophète. Bien sûr, Israël perçoit ces manuels comme la preuve d’une volonté de «mettre l’accent sur la tolérance et la modération religieuses», ainsi que sur une détermination à rejeter la violence, l’extrémisme, la haine et le sectarisme, sinon à reconnaître les différences et à encourager la coexistence. Pour certains observateurs, c'est le signe que l'Égypte tend à rejeter les interprétations «rigides» des croyances et des pratiques religieuses dans les programmes scolaires.

- Les écoles de langues

En plus des écoles, il existe de nombreuses écoles de langues en Égypte, lesquelles proposent des cours d'anglais. Plusieurs écoles offrent des cours de français, mais aussi d’au moins deux langues étrangères dans une approche pluriculturelle. En général, ces cours varient en termes de style d'enseignement et d'exigences, allant des cours à temps plein aux leçons privées. Les leçons privées peuvent être plus coûteuses, mais elles sont souvent très efficaces.

Cependant, il reste un défi important: malgré ces réformes, le système d'éducation fait face à un manque de 250 000 salles de classe, avec des classes surchargées dépassant souvent 50 à 90 élèves. Ces problèmes semblent persister à tous les niveaux, du primaire jusqu'à l’université. Ils sont dus principalement au manque de ressources financières et aux classes surchargées (comptant souvent jusqu'à 90 élèves). Dans les régions rurales, les écoles manquent de locaux. Bien que le taux d'analphabétisme à l'échelle nationale soit de 16,1%, il peut être plus élevé en région, avec 25,4 % dans le gouvernorat de Béni-Soueif, suivi du gouvernorat des gouvernorats de Sohag, de Fayoum, Minya, Qéna et Assiout, avec 24,9%. Comme toujours, les enfants égyptiens doivent apprendre une nouvelle langue arabe en entrant à l'école, alors qu'ils parlent une autre variété d'arabe à la maison. Bien que le gouvernement s’efforce d’améliorer le niveau d’éducation accessible aux Égyptiens, les écoles publiques ont toujours un faible niveau de qualité et il est peu probable que les étrangers et les expatriés les prennent en considération.

5.6 L'enseignement privé et les écoles internationales

Des centaines d'écoles privées et internationales sont réparties dans toute l'Égypte. En avril 2026, on dénombrait 353 établissements d’enseignement privés dans le pays. La plupart de ces établissements en Égypte en avril 2026. C’est dans les gouvernorats du Caire (101 établissements) et de Gizeh (92 établissements) que l’on trouve le plus grand nombre de ces établissements sont concentrées au Caire, à Gizeh et à Alexandrie. On y distingue des écoles de langues et des écoles internationales (américaines, britanniques, françaises et allemandes). Les frais de scolarité dans ces écoles varient de 10 000 (161 € à 500 000 (8050 €) livres égyptiennes par an, et atteignent de 650 000 (10 400 €) à 950 000 (15 300€) livres égyptiennes dans les écoles internationales les plus prestigieuses. Dans ces écoles, on y enseigne, en plus de l'arabe, l'anglais, le français ou l'allemand; il existe quelques rares écoles destinées aux minorités grecque et arménienne. La plupart de ces écoles privées jouissent généralement d'une grande réputation, car la qualité de leur enseignement est considérée comme meilleure, et elles sont d'ailleurs de plus en plus populaires. Pour les familles francophones, l’Égypte propose un réseau particulièrement fourni de lycées et d'écoles françaises. On compte plus de 40 établissements ''labellisés'' (AEFE, Label FrancÉducation ou partenaires de la Mission laïque française), ce qui place le pays au 5e rang mondial pour la présence scolaire francophone.

- Les écoles privées

L'article 1 du Décret ministériel n° 306 sur l'enseignement privé (1993) définit ce qu'est un établissement privé et précise qu'on doit y développer l'étude des langues étrangères au-delà des programmes publics prescrits:
 

Article 1er

Est défini comme établissement d'enseignement privé tout établissement non gouvernemental offrant, à titre principal ou secondaire, un enseignement général, professionnel ou technique avant le niveau universitaire.

Ne sont pas considérés comme établissements d'enseignement privé :

a) Les crèches créées par des entités étrangères et réservées aux enfants non égyptiens des employés du corps diplomatique ou consulaire étranger et d'autres étrangers.

b) Les centres ou instituts culturels créés par un État étranger ou une organisation internationale en vertu d'un accord culturel avec la République arabe d'Égypte prévoyant un traitement particulier pour ces instituts ou ces centres.

Article 2

Les établissements d'enseignement privés sont créés moyennant des frais de scolarité afin de réaliser en tout ou en partie des objectifs suivants :

a) Apporter une contribution à l'enseignement fondamental ou secondaire (général ou technique), conformément aux programmes et cursus prescrits dans les établissements publics équivalents.

b)
Développer l'étude des langues étrangères au-delà des programmes publics prescrits.

c) Offrir l'enseignement de cursus spécifiques définis par le ministre de l'Éducation et approuvés par le Conseil supérieur de l'éducation.

Article 60

Si un élève échoue en langue étrangère, mais satisfait aux exigences générales de réussite, il peut, s'il le souhaite, passer dans la classe supérieure au sein d'un établissement d'enseignement arabe. Dans le cas contraire, il devra redoubler son année conformément à l'article 75 du présent décret.

- Les écoles internationales

Quant aux écoles internationales, elles sont nombreuses et populaires. L'Égypte abrite plus de 100 écoles internationales, principalement au Caire et à Alexandrie; celles-ci offrent des programmes britanniques, américains, français et allemands, ainsi que le Baccalauréat international (BI). Ces établissements, comme le Lycée Balzac (français), la BISC (britannique), ou le Cairo American College, proposent des infrastructures haut de gamme pour des frais annuels variant de 150 000 livres égyptiennes (2420 €) à plus de 1 million de livres égyptiennes (16 000 €) pour les plus exclusifs.

À ces montants s’ajoutent généralement des frais annexes tels le transport scolaire, les uniformes, les manuels, les activités extrascolaires, les frais d’examens externes, la restauration, les dispositifs parascolaires. Les autorités égyptiennes ont mis en place des plafonds annuels d’augmentation des frais (souvent autour de 7 à 25 %, selon les catégories d’écoles), mais de nombreux établissements internationaux échappent partiellement à ces contraintes, surtout lorsqu’ils sont rattachés à des associations ou lorsqu'ils facturent en devises étrangères.

Les principales écoles internationales :

- françaises : Lycée International Balzac (Mission laïque française), École Oasis internationale.
- britanniques : Maadi British International School, Modern English School Cairo, El Alsson British International School.
- américaines : Cairo American College (CAC), American International School (AIS), Dover American International School.
- allemandes: Rahn Schulen Kairo, Deutsche Evangelische Oberschule (Caire), Deutsche Schule Beverly Hills Kairo.
- autres : Hayah International Academy (IB), Canadian International School of Egypt.

Plusieurs de ces établissements prestigieux offrent un enseignement bilingue ou trilingue (avec l'arabe), où l'anglais est toujours présent; cela est plus souvent l'anglais et le français, ou l'anglais et l'allemand.

- Les contraintes linguistiques et religieuses

Par ailleurs, ces établissements d'enseignement ne sont pas totalement libres dans leur contenu. En 2024, le ministère de l'Éducation et de l'Enseignement technique a ordonné aux écoles internationales en Égypte d’intégrer l’arabe, l’histoire et les études religieuses dans leurs programmes scolaires afin de renforcer «l’identité égyptienne». Un décret ministériel oblige toutes les écoles internationales agréées à inclure l’arabe comme matière dès la maternelle; il exige également que ces écoles enseignent l’arabe et les études religieuses aux élèves de la première à la troisième année de l’école primaire, ou leurs équivalents, suivant le programme utilisé dans les écoles publiques égyptiennes. De plus, le décret précise que l’arabe, les études religieuses et les sciences sociales doivent être enseignés aux élèves du primaire de la 4e à la 9e année (troisième année de l’école préparatoire), ou à leurs équivalents. Les notes en arabe et en sciences sociales constitueront chacune 10 % de la note totale à la fin de chaque année scolaire. Selon le décret, l’arabe, l’histoire et les études religieuses doivent être enseignées aux élèves internationaux de la 10e année (première année de lycée) à la terminale (dernière année du lycée) ou leurs équivalents selon le contenu d’étude spécifié par le ministère de l’Éducation.

On peut lire le Décret ministériel n° 148 émis de 2024 par le ministre de l'Éducation et de l'Enseignement technique sur la réglementation de la procédure d'étude, d'examen et d'évaluation dans tous les établissements d'enseignement délivrant des certificats internationaux, étrangers ou spéciaux (internationaux) en République arabe d'Égypte:

Article 1er

Tous les établissements d'enseignement agréés de la République arabe d'Égypte, autorisés à offrir des programmes internationaux, étrangers ou spéciaux (internationaux), sont tenus d'enseigner la langue arabe dès la maternelle. Ils sont également tenus d'enseigner la langue arabe et l'instruction religieuse aux élèves du CP au CE2 (ou équivalent). De plus, ils sont tenus d'enseigner la langue arabe, les sciences sociales et l'instruction religieuse aux élèves du CM1 à la 3e (ou équivalent), conformément au programme scolaire appliqué dans les écoles égyptiennes officielles au niveau d'enseignement correspondant.

Article 2

La note finale de l’élève à la fin de chaque trimestre comprend les résultats de langue arabe et d’études sociales, mentionnées à l’article 1 du présent décret, à condition que l’élève soit tenu de les étudier. Chacune de ces matières compte pour 10 % de la note finale, en plus des autres matières étudiées et évaluées. La somme des notes obtenues pour ces deux matières compte pour 20 % de la note finale si l’élève les étudie toutes les deux.

Article 3

Tous les établissements d'enseignement visés à l’article 1 du présent décret sont tenus d’enseigner la langue arabe, l’histoire et l’éducation religieuse à tous les niveaux d’enseignement, de la seconde à la terminale, ou jusqu’à la fin du secondaire, ou leur équivalent, conformément au programme défini par le ministère, qui sera publié dans un bulletin distinct.

Article 4

La note totale du certificat international équivalent au Certificat d'études secondaires générales égyptien doit inclure
les résultats de langue arabe et d'histoire, chacune comptant pour 10%, soit 20% de la note totale. Ces notes seront obtenues à l'issue d'un examen standardisé administré par le ministère de l'Éducation et de l'Enseignement technique. Pour le diplôme américain, la note est calculée comme suit : 40% pour la moyenne générale, 40 % pour les examens finaux internationaux américains et 20 % pour la note totale obtenue à l'examen de langue arabe et d'histoire.

Article 5

Tous les élèves égyptiens titulaires d'un certificat international équivalent au Certificat d'études secondaires générales, obtenu en République arabe d'Égypte ou à l'étranger,
sont tenus de passer les examens de langue arabe et d'histoire organisés par le Ministère. Les notes obtenues dans ces matières seront prises en compte dans le calcul de leur moyenne générale (GPA) et seront calculées selon les mêmes règles et pourcentages que ceux stipulés à l'article 4 du présent décret.

Cependant, ce décret ministériel qui vise à «renforcer le lien des élèves avec leur héritage égyptien» a suscité un vif débat parmi les parents, les enseignants et les responsables, notamment dans les écoles internationales. Tandis que certains louent cet effort comme «une mesure cruciale» pour préserver la culture et l’histoire nationale égyptiennes, d’autres doutent de son caractère pratique et de ses effets possibles sur les élèves, en particulier les lycéens.

 6 Les langues dans les médias

La situation des médias en Égypte semble critique, parce qu'elle est marquée par un contrôle gouvernemental et une répression sévère concernant la liberté d'expression. Classée 170e sur 180 au classement 2025 de Reporters sans frontières (RSF), l'Égypte est considérée comme l'une des plus grandes prisons au monde pour les journalistes.

6.1 La presse écrite

'La majorité des journaux de ce pays sont égyptiens, dont les plus anciens : Al-Waqae'a Al-Masreya (''Les événements égyptiens''), fondé en 1828, Al-Ahram (''Les Pyramides''), fondé en 1876, et Abou Naddara (''L'homme aux lunettes''), fondé en 1877, ce dernier étant rédigé en arabe égyptien, premier journal satirique arabe. En répertoriait en 1951 plus de 400 journaux égyptiens en arabe et environ 150 en d'autres langues, notamment en anglais, en français, en arménien, en hébreu, en persan, en turc, etc.). En tenant compte des journaux en ligne, il doit y en avoir davantage aujourd'hui.  Voici les journaux les plus importants, mais il en existe beaucoup d'autres:

Akhbar el-Yom
Akher Saa
Akher Saa Al Musawara
Al-Ahram
Al-Ahram Hebdo (français)
Al-Ahram Hebdomadaire (anglais)
Al Ahrar
Al Akhbar
Al Alam Al Youm
Al-Arabi

Al Aroussa
Al-Dustour
Al Gomhuria
Al-Masry Al-Youm
Al-Maydān
Al Messa
Al Moayd
Al-Osboa
Al Shaab

Al Shorouk
Al Tahrir
Al-Wafd
Al-Waqa’i' al-Masriyya (arabe + turc)
Aqidati
Arev (arménien)
Daily News Egypt (anglais)
The Daily Star (anglais)
Egypt News (anglais)

Egypt Today (anglais, mensuel)
The Egyptian Gazette (anglais)
El Fagr
El-Ghad
Housaper (arménien)
Middle East Times (anglais)
Le Progrès égyptien (français)
Tchahagir (arménien)
Watani
Youm7

De plus, il faut savoir que les médias imprimés égyptiens sont offerts selon les catégories suivantes :

1) Les journaux appartenant au gouvernement égyptien ou au Parti national démocratique au pouvoir: le contenu est entièrement contrôlé par le parti au pouvoir.

2) Les journaux semi-gouvernementaux: ces publications ne sont pas la propriété du gouvernement égyptien, mais le président égyptien nomme le président du Conseil de la Shura (Sénat), qui est aussi de facto le chef du Conseil supérieur de la presse nommé le président et le conseil d’administration de nombreuses maisons d’édition en Égypte, l’influence gouvernementale demeurant très forte.

3) Les journaux appartenant à un parti d’opposition égyptien: il sont peu nombreux.

4) Publications indépendantes, non liées au gouvernement ni à aucun parti d’opposition.

Pour résumer, on pourrait les classer en fonction de leur contenu et de leur orientation : les journaux nationalistes, les journaux partisans et les journaux indépendants. Mais la réalité est différente.

6.2 La presse électronique

Les chaînes de radio et de télévision égyptiennes sont généralement contrôlées par le gouvernement, bien que, ces dernières années, plusieurs stations satellites privées aient été créées dans le pays.

- La radio et les langues

En Égypte, le paysage radiophonique est dominé par l'arabe, tout en étant diversifié en fonction des chaînes et des objectifs de diffusion (national ou international). Mais c'est l'arabe égyptien, le masri, qui demeure la langue la plus utilisée dans la majorité des stations de radio locales et nationales pour les émissions de divertissement, la musique et les conversations quotidiennes. Cet arabe local est compris dans tout le pays, ce qui n'interdit pas l'arabe standard moderne pour certaines stations nationales et les stations internationales.

L'anglais et le français sont présents dans des stations particulières, notamment pour les informations internationales ou les émissions destinées aux immigrants et aux touristes, afin de toucher un public plus large. Dans les faits, la radio joue en Égypte un rôle majeur dans la diffusion de l'arabe égyptien, mais elle intègre également des langues et d'autres variétés d'arabe local. Ce sont les stations régionales (Shabkat Al-Ezaat Al Mahlia) qui peuvent diffuser en arabe saïdi (Haute-Égypte), en nubien (Haute-Égypte), en arabe alexandrin (Alexandrie), en arabe bédouin (gouvernorats du Sinaï). Mentionnons aussi la très populaire station Sawt al-Arab (''Voix des Arabes''), spécialisée dans la diffusion du Coran. En résumé, l'arabe sous ses deux formes (véhiculaire et standard) domine la radio égyptienne, complété par l'anglais et le français, y compris des contenus en allemand.

- L'audiovisuel

En ce qui a trait à l'audiovisuel égyptien, il reste limité au groupe public ERTU qui est le seul radiodiffuseur du pays et qui contrôle également plusieurs chaînes de télévision régionales et spécialisées. La plupart des stations sont en arabe égyptien et en arabe standard, mais d'autres langues sont également autorisées. L'anglais et le français sont les plus répandus, et ils sont complétés par d'autres langues pour des émissions spécifiques.

Voici les principales langues étrangères parlées à la télévision en Égypte :

- L'anglais est la première langue étrangère utilisée, notamment sur la chaîne publique Nile TV International, qui diffuse plusieurs heures par jour dans cette langue.

- Le français est considéré comme une langue historique et culturelle, il est présent, notamment sur Nile TV International, qui propose environ six heures de diffusion quotidienne; des téléjournaux et des émissions francophones existent également.

- L'hébreu est diffusé sur Nile TV International à hauteur d'environ deux heures par jour depuis 2002, dans le but de s'adresser au public israélien.

- Depuis 2025), l'Autorité nationale des médias a lancé une initiative pour produire du contenu dans 23 langues, dont le swahili, l'amharique, l'afar, le somali, l'haoussa, le peul, l'italien, le turc, l'albanais et l'allemand, diffusées notamment sur Al Oula et Nile TV International.

Néanmoins, les Égyptiens se tournent de plus en plus vers les chaînes de télévision par satellite égyptiennes, privées ou celles basées dans les pays arabes du Golfe. L'Internet est relativement développé dans le pays et près de quatre personnes sur dix y ont accès. Les médias sociaux y jouent un rôle important dans la diffusion de nouvelles et d'informations.

6.3 L'influence de l'anglais dans les médias

La langue anglaise influence la langue arabe et en particulier celle des médias en raison de l'hégémonie du monde occidental sur les pays musulmans, y compris les pays arabes. Il en résulte que beaucoup de termes anglais pénètrent dans la langue arabe dans divers domaines tels que les technologies de l'information, l'économie politique, la médecine, le cinéma et les domaines de l'éducation. De toute évidence, divers facteurs sont responsables de l'influence de la langue anglaise sur la langue des médias arabes, notamment sociaux, culturels, éducatifs et linguistiques.

Pour certains arabophones, l'anglais rend la langue arabe vulnérable, car il éradique ainsi beaucoup de termes qui pourraient être en arabe, ce qui aussi remet en question l'identité arabe même. Évidemment, plusieurs politiciens proposent de prendre des mesures efficaces dans le but de prévenir ou de réduire l'impact de la langue anglaise sur la langue arabe des médias, afin que l'arabe puisse reprendre sa place.

Dans l'état actuel des choses, le problème auquel est confronté l'arabe concerne sa prétendue «pauvreté en terminologie scientifique» pour exprimer les différents domaines de la civilisation moderne et ses inventions industrielles. Or, c'est justement parce que les spécialistes ne les forment pas dans leur langue. D'où la nécessité de coordonner les efforts déployés par les différentes académies linguistiques afin d'enrichir la langue arabe et la sortir de l'état de sa prétendue pauvreté de la terminologie scientifique. Le même problème se transpose dans les écoles et les universités.

6.4 La liberté d'expression mise à mal

Sous la présidence d'Abdel Fattah al-Sissi, le gouvernement a, depuis 2013, grandement nationalisé la presse. La plupart des médias sont détenus ou contrôlés par l'État, limitant considérablement le pluralisme. Les journalistes indépendants font face à du harcèlement, à des arrestations arbitraires et à des disparitions forcées. Les lois antiterrorisme sont souvent employées pour poursuivre les voix dissidentes. De nombreux sites d'information indépendants, tels qu'Al-Manassa, sont régulièrement bloqués par les autorités. La crise économique a entraîné une précarité des journalistes, les rendant vulnérables à la corruption. Même les réseaux sociaux sont étroitement surveillés, et la publication de contenus jugés critiques peut entraîner une arrestation. La répression vise également les caricaturistes et les reporters, faisant du Syndicat des journalistes l'un des derniers bastions de la liberté d'expression, bien que fortement contrainte.

La Loi n° 180 sur la régulation de la presse, des médias et du Conseil supérieur de régulation des médias (2018) est d'une importance capitale. Elle donne à cet organisme (CSRM) de larges pouvoirs pour autoriser, surveiller et sanctionner les médias et les sites de la Toile. De plus, elle interdit les contenus qui incitent à la violence, à la discrimination ou qui violent les bonnes mœurs. Mentionnons tout particulièrement les articles 19 et 40 de cette loi:

Article 19

Il est interdit à tout journal, média ou site web de publier ou de diffuser de fausses informations, ou tout contenu incitant à la violation de la loi, à la violence ou à la haine, ou impliquant une discrimination entre citoyens, ou promouvant le racisme en contenant des propos diffamatoires, calomnieux ou injurieux, ou en dénigrant les religions ou les croyances religieuses.

Les dispositions du paragraphe précédent s'appliquent à tout site web personnel, blogue personnel ou compte personnel sur les réseaux sociaux comptant 5000 abonnés ou plus.

Sans préjudice des poursuites judiciaires encourues en cas de violation des dispositions du présent article, le Conseil suprême est tenu de prendre les mesures appropriées et peut, à cette fin, suspendre ou bloquer le site web, le blogue ou le compte susmentionné sur décision de sa part.

Les personnes concernées peuvent interjeter appel de la décision rendue à cet égard devant le Tribunal administratif.

Article 40 

Toute personne souhaitant publier un journal ou un site web doit en informer le Conseil supérieur par écrit, par la présente ou par son représentant légal. Cet avis doit préciser le nom du journal ou du site web, le nom, la fonction et la nationalité de son propriétaire, son domicile,
la langue de publication, le type de contenu, la ligne éditoriale, les sources de financement, la nature de l’activité, la structure éditoriale et administrative, un budget prévisionnel, l’adresse, le nom du rédacteur en chef, l’adresse de l’imprimerie et le lieu de diffusion du site web.

Les dispositions du présent article ne s’appliquent pas aux journaux et magazines spécialisés publiés par des organismes scientifiques ni aux journaux, magazines et sites web publiés ou créés par les autorités publiques, pour autant qu’ils respectent leur spécialisation.

Selon la loi, toute personne ayant plus de 5000 abonnés en ligne, sur un site personnel, un blogue ou sur les réseaux sociaux pourra être surveillée par les autorités. La loi prévoit aussi une peine de prison d'un an et une amende de 50 000 à 100 000 livres égyptiennes (80 € à 1600 €) pour «toute personne qui accède délibérément ou par erreur, et sans raison valable, à un site, un compte privé ou un système informatique dont l'accès est interdit».

De cette façon, le gouvernement égyptien encadre strictement la Toile, avec des lois permettant la surveillance des réseaux sociaux et le blocage de sites jugés non conformes. Bien que la Constitution contienne plusieurs dispositions sur la liberté d'expression, l'accès à l'information et les médias, ces garanties sont mises en péril par une variété d'exceptions et d'ambiguïtés liées à la législation notamment depuis le coup d'État de 2013, qui a porté al-Sissi au pouvoir.

D'ailleurs, dans son rapport 2017 sur la liberté de la presse, l'ONG américaine ''Freedom House'' classe le pays comme étant «non libre». De plus, l'Égypte apparait à la 161e place (sur 195) dans le classement mondial de la liberté de la presse, selon Reporter sans frontières, qui estime que le pays est l'une des plus grandes prisons du monde pour les journalistes.

6.5 Le cinéma égyptien

Le cinéma égyptien, souvent surnommé le ''Hollywood sur le Nil'', a exercé une influence hégémonique sur le monde arabe des années 1930 aux années 1970 en dominant les écrans d'Alger à Damas avec des mélodrames et des comédies musicales. Véritable outil de rayonnement culturel, ce cinéma a façonné l'imaginaire collectif, diffusé l'arabe égyptien véhiculaire et imposé un modèle culturel, tout en produisant environ les trois quarts des films dans le monde arabe.

Sous le régime de Gamal Abdel Nasser, le cinéma égyptien est devenu un instrument de cohésion et de rayonnement régional au Proche-Orient, en Afrique du Nord et dans presque tout le monde musulman. Ce cinéma est entré dans l’ère de la production intensive de la culture populaire, principalement centrée sur la comédie, la vie quotidienne et le drame, en concurrence avec les nouveaux venus comme le cinéma «télévisé» et les feuilletons.

La popularité des vedettes égyptiennes et l'usage de l'arabe égyptien ont rendu cette variété comprise et familière dans toute l'arabophonie. Aujourd'hui encore, Le Caire produit la grande majorité des films et séries diffusés dans le monde arabe. L'arabe égyptien demeure le parler local le plus compris et le plus influent, et sert de vecteur culturel unificateur dans toute la région.

- Une vision de la modernité arabe

Bien que concurrencé aujourd'hui par le cinéma américain et l'anglais, le cinéma égyptien reste une référence, ayant façonné les codes de la comédie et du mélodrame dans la région. L'Égypte exporte aujourd'hui ses films vers le Liban, la Syrie, la Tunisie, le Maroc, etc., loin de viser un public européen ou nord-américain. L’industrie est colossale, puisqu'elle produit annuellement une cinquantaine de films... en arabe égyptien. Même confrontée à la censure, à la bureaucratisation, au déclin du panarabisme et à la concurrence américaine, l'Égypte diffuse à travers ses films une vision de la modernité arabe.

Le Festival international du film du Caire (CIFF) est l'événement cinématographique le plus prestigieux et ancien d'Afrique et du monde arabe, fondé en 1976 et accrédité "Catégorie A" par la FIAPF (''Cairo International Film Festival''). Les règlements de la FIAPF soulignent à l'article 16 qu'une copie physique des films doit être en version originale sous-titrée en anglais, et à l'article 17 que «le Festival international du film du Caire prend en charge les frais de traduction électronique en arabe des films en compétition internationale». Cet événement constitue une pierre angulaire de la scène culturelle arabe, car il s’agit du seul festival de la région arabe et du Proche et du Moyen-Orient accrédité par la Fédération internationale des producteurs de films (FIAPF) dans la catégorie A.

Ce festival place toujours Le Caire parmi les grandes capitales internationales du cinéma comme Cannes, Berlin et Venise.

- La censure égyptienne

La législation égyptienne impose des contrôles stricts sur l’activité du septième art et aborde la question de la langue arabe, bien que cela se manifeste souvent au moyen de la censure, de la protection de l'ordre public ou de la réglementation de l'usage des langues étrangères. L'Égypte s'appuie sur une tradition juridique affirmant l'usage de la langue arabe, remontant à des lois anciennes (comme la loi n° 62 de 1942). Un projet de loi de 2021 visait spécifiquement à l'article 4 à protéger la langue arabe et à encourager sa production dans les médias et l'art, imposant l'arabe:

Article 4 (non adopté)

Toute publicité publiée ou installée sur la voie publique ou dans tout lieu public ou moyen de transport en commun doit être en langue arabe, et une traduction en langue étrangère peut y être ajoutée, à la condition que la langue arabe soit de taille plus grande et située au-dessus de la langue étrangère.

De plus, les films, les séries et les autres œuvres en langue non arabe autorisés à être diffusés en Égypte, qu'ils soient visuels ou audio, doivent être accompagnés d'une traduction arabe valide, et diffusés à l'oral ou à l'écrit.  

Bien que l'égyptien égyptien soit la norme dans la production de films et de séries, la langue arabe (sous sa forme standard ou véhiculaire) constitue un élément central dans le paysage juridique égyptien. Traditionnellement, la loi égyptienne a toujours favorisé dans les films étrangers le sous-titrage en arabe par rapport au doublage pour protéger l'industrie locale et maintenir l'authenticité des œuvres.

La censure des films et les principales interdictions de production locale en Égypte sont considérées comme acquises en fonction de la «protection des valeurs publiques, religieuses et culturelles» qui servent généralement d’outil pour contrôler la présentation de la réalité sociale et culturelle, et pour définir et définir les valeurs culturelles et religieuses, formant ainsi le contexte de ces valeurs. Bien qu'axée sur la morale et la sécurité nationale, la censure peut théoriquement intervenir si l'usage d'une langue étrangère est jugé contraire à «l'ordre public», ce qui demeure plutôt subjectif.

- Les obstacles

Il faut admettre aussi que le cinéma égyptien, comme pour l'ensemble du cinéma arabo-musulman, s'est toujours abstenu d'adopter des projets culturels visant à faire progresser et à traiter des problèmes dont souffrent les sociétés arabes, comme d’autres sociétés, allant du viol et du harcèlement, à l’intolérance religieuse et à la domination masculine autoritaire.

En général, les autorités arabes ont toujours fait collectivement la sourde oreille à ces problèmes, se contentant de gérer la réalité et de se méfier de toute critique ou d'opinion dissidente. La censure politique, idéologique, morale et religieuse reste un obstacle majeur pour le cinéma égyptien et celui de n'importe quel autre État arabe. Elle brime le renouvellement du cinéma et empêche souvent le traitement de sujets politiques ou sociaux sensibles en limitant l'émergence de nouveaux courants contestataires. Il est vrai également que l'industrie cinématographique fait face à une augmentation fulgurante des budgets de production, poussée par des cachets de vedettes très élevés. Ce phénomène pousse les producteurs à privilégier des comédies commerciales ou des films d'action grand public au détriment du cinéma d'auteur.

Évidemment, cet art cinématographique égyptien, qui correspond à l'un des points forts de la culture arabo-musulmane, demeure pourtant largement méconnu dans le monde occidental. Des facteurs externes tels que les guerres, le faible niveau des infrastructures, les défis de la lourde bureaucratie, les obstacles liés aux nombreuses variétés de l'arabe véhiculaire et la domination du cinéma international — donc anglo-américain — demeurent des freins à la croissance artistique et commerciale du cinéma arabe.

  

L'Égypte croit avoir trouvé un équilibre entre les besoins de l'arabisation et les nécessités de l'économie et de l'ouverture au monde. Cette ouverture semble manifeste à l'égard de l'anglais, mais de moins en moins en ce qui concerne le français peu menaçant. L'État égyptien a même décidé de faire  partie des Sommets francophones regroupant 49 États et gouvernements.

Par ailleurs, les tentatives d'enrayer l'influence de l'anglais dans l'arabe se sont révélées jusqu'ici décevantes. L'Égypte est le plus grand réservoir d'arabophones dans le monde. Elle se doit de donner l'exemple aux autres pays arabophones pour tenir tête à la langue anglaise et promouvoir son identité. Pourtant, la plupart des pays arabes acceptent de bon gré la concurrence de l'anglais et hésitent toujours de prendre la place qui leur revient. Si l'Égypte ne réussit pas, ce sera encore plus difficile pour les autres pays arabophones de réussir. De plus, les pays arabes sont toujours aux prises avec au moins deux variétés d'arabe qui se font concurrence, parfois trois: l'arabe standard moderne et l'arabe local ou véhiculaire (dialectal). Mais le poids de la langue arabe est divisé par deux, alors qu'elle ne peut faire face à la concurrence que par l'arabe standard. Dans la quasi-totalité des pays arabes, la concurrence linguistique est énorme: c'est la triglossie (de tri- «trois» et de glossie signifiant «langue») avec l'arabe local, l'arabe standard et l'anglais ou le français. L'arabe peut être obligatoire, mais une autre langue est toujours autorisée, généralement une langue plus forte que l'arabe. C'est là une situation complexe où chacune des langues correspond à des fonctions sociales, politiques et culturelles distinctes.

On comprendra que dans un tel contexte la question des minorités ne semble même plus se poser. En Égypte, comme ailleurs, les minorités sont simplement ignorées, sans nécessairement subir de répression. En ce sens, l'État égyptien est logique avec l'article 53 de la Constitution, qui proclame que «les citoyens sont égaux devant la loi» et qu'ils ont les mêmes «droits, libertés et obligations générales» sans distinction «fondée sur la religion, la croyance, le sexe, l'origine, la race, la couleur, la langue» ou pour tout autre motif. Le problème, c'est qu'en ayant les mêmes droits que tous les citoyens les minorités autochtones n'ont pas la force d'exercer leurs droits de minoritaires.

Dernière mise à jour: 21 mai 2026

Égypte


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