![]() Royaume du Maroc |
Sahara occidental (Sous annexion marocaine) |
Pour la République arabe sahraouie démocratique, cliquer ici s.v.p.
| Le Sahara occidental (Sahara occidental en espagnol; Western Sahara en anglais) est un territoire de 266 000 km² du nord-ouest de l'Afrique: Maroc: 446 550 km²; Mauritanie: 1,0 million km²; Algérie: 2,3 millions km²). Ce territoire, qui fait partie du Maghreb, est bordé par le Maroc au nord, l'Algérie au nord-est, la Mauritanie à l'est et au sud, tandis que sa côte ouest donne sur l'Atlantique. Le Sahara occidental est situé à 50 km des îles Canaries. Selon l'ONU, c'est un «territoire non autonome» puisque cette ancienne colonie espagnole n'a pas encore obtenu un statut définitif au plan juridique depuis le départ des Espagnols en 1975. Le territoire du Sahara occidental est revendiqué à la fois par le Maroc et par la République arabe sahraouie démocratique (RASD), proclamée en 1976 par le Front Polisario : "Frente Popular de Liberación de Saguía el Hamra y Río de Oro", c'est-à-dire «Front pour la libération de la Saguett el-Hamra et du Rio de Oro», du nom des deux régions constitutives de l'ex-Sahara espagnol. |
Le Polisario est un mouvement politique armé du Sahara occidental, créé en 1973 pour lutter contre l'occupation espagnole; son objectif était l'indépendance totale du Sahara occidental, une revendication soutenue par l'Algérie. Dans les faits, le Maroc contrôle et administre environ 80 % du territoire du Sahara occidental, ainsi que toutes ses villes et ses centres urbains; le gouvernement marocain considère le territoire comme une partie historiquement inséparable de son pays; on pourrait aujourd'hui parler du Sahara marocain.
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La ville de Laâyoune est la capitale proclamée du «Sahara marocain». Le gouvernement du Maroc a créé deux régions: le Laâyoune-Sakia El Hamra (n° 11) et le Dakhla-Oued Ed-Dahab (n° 12). Sous contrôle du Front Polisario, dans le territoire désertique à l'est du «Sahara marocain», c'est Bir Lahlou qui sert de capitale (provisoire). Depuis la fin de l'année 1975, la ville de Tindouf en Algérie accueille des réfugiés du Sahara occidental dans des camps, en attendant le règlement du conflit avec le Maroc. En fait, Tindouf sert de siège (provisoire) pour les institutions du Front Polisario.
Le Sahara occidental partage des frontières avec l’Algérie sur 42 km, avec la Mauritanie sur 1561 km et avec le Maroc sur 443 km. Les zones de contrôle du Maroc et du Polisario sont séparées par un mur de sable («mur de défense» ou «mur marocain») de 2700 km de longueur. Plus de quarante ans après la proclamation de son indépendance, cette ancienne colonie espagnole n’a pas encore trouvé de statut définitif au plan juridique. Puisque le Sahara occidental est un «territoire non autonome» dont la décolonisation n'est pas terminée, l'ONU ne reconnaît ni la République arabe sahraouie démocratique (RASD) ni la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental. Cependant, pour l'Union africaine (UA), la RASD est un État africain et elle est membre à part entière de cette organisation depuis 1982, même si les deux tiers des États membres de l’UA ne reconnaissent pas cette entité. |
Le Sahara occidental est donc en proie à un conflit opposant les indépendantistes sahraouis du Front Polisario au Maroc. Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu de 1991, le statut final du Sahara occidental est même devenu un enjeu politique témoignant de la rivalité entre le Maroc et l’Algérie, avec comme conséquence que le dossier saharien bloque indéfiniment la construction de l’Union du Maghreb arabe (UMA). L'UMA est un organisme économique et politique formé par les cinq pays dits du «Maghreb arabe» — l'Algérie, la Libye, le Maroc, la Tunisie et la Mauritanie — et dont le siège du secrétariat général est situé à Rabat au Maroc.
Il y a quatre façons de présenter le Sahara occidental:
Selon Wikipédia qui adopte la position de l'ONU, le Maroc et le Sahara occidental sont présentés séparément en [1].Le Sahara occidental peut être présenté comme un territoire contesté avec les pointillés en [2]. Le Sahara occidental est montré séparément, avec une couleur différente pour les zones contrôlées par la République arabe sahraouie démocratique et la même couleur que le Maroc pour les zones contrôlées par celui-ci en [3]. Enfin, si l'on adopte la position marocaine (comme le font les États-Unis ou la France), le Sahara occidental fait partie du Maroc en [4].
2 Données démolinguistiques
En 2024, le Sahara occidental comptait 491 022 habitants, dont 295 55 dans la région de Laâyoune-Sakia El Hamra (n° 11) et 195 467 dans la région de Dakhla-Oued Ed-Dahab (n° 12); à l'échelle du pays, c'est respectivement 0,7 % et 0,5 % de la population du Maroc. Les principales villes étaient Laâyoune (272 865), Dakhla (165 4600), Es-Semara (57 000) et Boujdour (42 600). Plus de 80% de la population du Sahara occidental vit dans des zones urbaines, dont au moins 40% dans le centre administratif de Laâyoune. Toutes ces villes demeurent sous contrôle marocain.
| Code | Nom de la région | Chef-lieu | Population 2024 | |
|---|---|---|---|---|
| Nombre d'habitants |
% | |||
| 11 | Laâyoune-Sakia El Hamra (Sahara occidental) | Province de Laâyoune | 295 555 | 60,19 % |
| 12 | Dakhla-Oued Ed-Dahab (Sahara occidental) | Province d'Oued Ed-Dahab | 195 467 | 39,80 % |
| Source: Recensement général du Maroc de 2024 | 491 022 | 100 % | ||
Le tableau ci-dessus montre la proportion des Sahraouis dans le Sahara marocain selon les deux régions: 60,19 % et 39,80 %. À l'échelle du pays, la population sahraouie ne représente que 1,26% de la population du Maroc.
2.1 Les ethnies
La population du Sahara occidental compte un petit nombre d'habitants divisés en trois ethnies principales : les Arabes sahraouis, les Berbères et les Arabes marocains.
| Ethnie arabe ou arabisée | Population | Pourcentage | Filiation linguistique | Religion principale |
| Sahraoui | 249 000 | 40,7 % | islam | |
| Amazigh tekna | 121 000 | 19,8 % | langue sémitique | islam |
| Berbère regeibat | 78 000 | 12,7 % | langue sémitique | islam |
| Maure (blanc) | 54 000 | 8,8 % | langue sémitique | islam |
| Amazigh izarguien | 36 000 | 5,8 % | langue sémitique | islam |
| Imragen | 24 000 | 3,9 % | langue sémitique | islam |
| Arabe marocain | 8 800 | 1,4 % | langue sémitique | islam |
| Bédouin arosien | 7 800 | 1,2 % | langue sémitique | islam |
| Tajakant | 6 000 | 0,9 % | langue sémitique | islam |
| Autres | 26 000 | 4,2 % | - | - |
| Total 2026 (Joshua Project) | 610 600 | 100 % | - |
- Les Arabes
En réalité, il faut faire certaines distinctions parmi les Arabes, bien qu'ils parlent tous la même langue, l’hassanya. Les Sahraouis forment 40,7 % de la population, ce sont en principe les habitants nomades du Sahara occidental, dont il existe plusieurs clans ou tribus (les Larossiens, les Oulad Tidrarin, etc.). Il faut mentionner aussi les «Maures blancs» vraisemblablement issus du mélange des tribus arabes et des Berbères arabisés (Sanhadja). Parmi eux on trouve les Imraguens, vivant depuis des siècles de la pêche traditionnelle au filet en association avec des dauphins rabatteurs qui poussent vers les filets les bancs de poissons. Parmi les Arabes, on trouve des Marocains sédentaires et des Bédouins nomades voués à l'élevage de dromadaires, de chèvres ou de moutons. Au point de vue anthropologique, la population sahraouie est de type arabo-berbère, avec une petite proportion de Noirs (appelés «Réguibats»).
- Les Berbères
Parmi les Berbères, on distingue les Tekna, les Réguibat (appelés aussi «Maures noirs») et les Izarguiens. Les Tekna se caractérisent des autres Berbères du fait qu'ils parlent en principe une langue berbère, le tachelhit, ainsi que l'arabe marocain, et qu'ils habitent dans le nord du Sahara occidental ainsi que dans le sud du Maroc.
Ces habitants d'origine berbère du Sahara occidental sont tous arabisés.
- L'immigration marocaine
La politique marocaine a modifié considérablement depuis 1975 la composition de la population du Sahara occidental. En effet, le Maroc, après avoir pris le contrôle de 80 % du territoire sahraoui au nom de la «décolonisation du territoire occupé par l'Espagne», a entrepris une politique de peuplement «à l’israélienne» en envoyant de nombreux civils résider au Sahara occidental et en investissant un budget important pour construire, dans les principales villes, en particulier à Laâyoune, une infrastructure moderne (habitations, stade, hôpitaux, routes, écoles, etc.). Le Maroc y aurait encouragé l’installation de 200 000 à 300 000 Marocains en plus des 100 000 à 150 000 militaires, avec comme conséquence que les Sahraouis seraient devenus en principe minoritaires. Les Marocains se sont surtout installés dans les villes, notamment à Laâyoune et à Dakhla, mais également dans de plus petites agglomérations comme Es-Smara et Boujdour. Dans certaines villes comme Laâyoune, les Sahraouis sont maintenant très largement minoritaires et ils occupent les quartiers les plus modestes et particulièrement surveillés qui sont devenus des sortes de ghettos. De son côté, le Front Polisario contrôle 20% du territoire et affirme que dans le reste, le Maroc a simplement pris la suite de l'Espagne comme puissance coloniale occupante.
- Les réfugiés
De son côté, l'Algérie voit d’un mauvais œil son voisin disposer du Sahara occidental et ses 266 000 km². Au 31 décembre 2017, l'ONU estimait que la population des réfugiés sahraouis vivant dans les camps de Tindouf (Algérie) contrôlés par le Front Polisario s'élevait à 173 600. Ces réfugiés sont divisés presque également entre hommes et femmes, avec 49 % de femmes et 51 % d’hommes. Un peu plus du tiers de la population (38 %) a moins de 17 ans, ce qui représente les tendances démographiques et de fertilité de la région.
2.2 Les langues
La langue commune de tous les habitants est l'arabe hassanya, tant pour les Arabes que pour les Berbères. En raison de sa situation géographique, l'hassanya est devenu un arabe archaïsant, dont l’évolution a connu une trajectoire différente de celle des autres langues arabes comme au Maroc, en Algérie et en Mauritanie. Cette évolution est reflétée par la structure linguistique de l'hassanya, que ce soit dans la morphologie et les règles de formation des mots. Soulignons aussi que si l'arabe marocain, l'arabe algérien et l'arabe mauritanien ont subi l'influence lexicale du français, l'arabe hassanya a été influencé par l'espagnol. Cependant, tous ces arabophones écrivent en arabe moderne (standard).
La majorité des locuteurs du Sahara occidental parlent l'arabe hassanya comme langue maternelle, soit 94%. Il n'existe pas vraiment de minorités linguistiques, si ce n'est pour l'arabe marocain (1,4%).
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L'arabe hassanya, aussi appelé arabe mauritanien, est une variété d'arabe parlée non seulement au Sahara occidental, mais également dans toute la Mauritanie, dans le sud du Maroc, à l'ouest de l'Algérie et au nord du Mali, avec des ilots au Sénégal. Sur cette aire géographique étendue, l'arabe hassanya constitue la langue maternelle d’une population de type maure, d'origine arabe ou d'origine berbère arabisée. Cette langue est présente partout dans la vie quotidienne des Sahraouis, mais elle ne bénéficie d'aucun statut juridique parce qu'elle est perçue comme un dialecte de l'arabe officiel. L’hassanya n'est pas une langue écrite, sauf pour les linguistes et les érudits; c'est une langue essentiellement orale utilisée dans les communications informelles de la population arabophone de cette région. C'est évidemment celle qu'on utilise dans les foyers entre les membres de la famille et dans les chansons populaires. L’hassanya est une variété d'arabe très influencée par le berbère (ainsi que par le français ou l'espagnol, selon le cas) et regroupant toutes les caractéristiques des langues afro-asiatiques. Depuis l'annexion du Sahara occidental par le Maroc et les efforts de minorisation des Sahraouis, l'arabe marocain est devenu une langue qui devrait éventuellement faire concurrence à l'arabe hassanya. |
Les langues berbères comme le tachelhit ne sont pas vraiment parlées au Sahara occidental, à l'exception des immigrants fraichement arrivés au Sahara occidental et pour lesquels il n'existe pas de statistique. Au Maroc même, on compte 1,4 million de locuteurs de cette langue pratiquée par les Chleuhs du Haut-Atlas, du Souss et du littoral du Sud.
On peut affirmer que que le Sahara occidental est l'une des régions les plus homogènes de l'Afrique avec près de 95% de la population d'origine parlant l'hassanya. Cependant, le Maroc a déployé environ 100 000 à 120 000 soldats au Sahara occidental, mais ils vivent en vase clos dans des casernes et ne se mêlent pas à la population sahraouie. Le cas est différent avec les fonctionnaires; si l'on appliquait strictement ce ratio standard au demi-million d'habitants de la région, l'effectif purement civil y serait d'environ 7500 à 8000 agents marocains. Or, compte tenu des investissements massifs de l'État dans les infrastructures, la santé, l'enseignement, ainsi que l'incitation au peuplement, le taux d'encadrement administratif y est historiquement jugé plus élevé que la moyenne nationale. Le sort de l'hassanya risque de se minoriser à long terme.
2.3 Les religions
L'islam sunnite de tradition malikite constitue la religion quasi exclusive des habitants du Sahara occidental, qu'ils soient sous contrôle marocain ou sous contrôle de la République arabe sahraouie démocratique. Bref, les malikites forment au moins 99 % de la population. Avant la décolonisation espagnole en 1975, il y avait plus de 20 000 catholiques au Sahara occidental, mais ils ont depuis quitté le territoire et les églises sont en ruines.
L’histoire du Sahara occidental est celle d'un territoire désertique peuplé par des tribus nomades et qui n'a jamais été organisé en État-nation. Cette histoire est intimement liée à celle de ses voisins, le Maroc, la Mauritanie et l'Algérie.
3.1 La période précoloniale
La présence d'êtres humains date de la période humide du Sahara, il y a cinq millénaires, lorsque des gravures représentent des scènes de chasse et divers animaux de la grande faune africaine. Il y a environ 2000 ans, un peuple nomade, les Bafours, ancêtres des Imraguens, auraient quitté la région du Sahara occidental et de la Mauritanie après la désertification du Sahara. Les Bafours furent progressivement remplacés par des nomades berbères venus du Nord. Habitant dans un environnement hostile, ces Berbères furent généralement dépendants des quelques communautés du désert et des caravanes, que ce soit pour les guider ou pour les piller.
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C'est vers le VIIIe siècle que l'islamisation du Sahara occidental commença tout en demeurant relativement superficielle, car une grande partie de la population continuait de pratiquer ses rites traditionnels animistes. En fait, ce sont les Berbères du Nord qui ont propagé l'islam vers le sud en commerçant de plus en plus régulièrement à travers les populations du Sahara. En 1048, des Berbères de l’ouest du Sahara occidental — l'actuelle Mauritanie — se coalisèrent sous le commandement d'un religieux marocain, Abdallah Ibn Yassine, et d’un chef local pour former le mouvement almoravide. Ces tribus berbères réussirent à unifier et à conquérir les populations du Sahara occidental, puis à s'emparer des petits émirats du Maroc et d'une grande partie de la péninsule Ibérique (l'Andalousie). Il s'agit de la dynastie des Almoravides qui érigèrent Marrakech (Maroc) comme capitale. Les Almoravides transformèrent la base politique tribale et urbaine marocaine en un pouvoir théocratique, ce qui, d'après certains historiens, a pour effet de présenter les Almoravides comme les véritables fondateurs de l'État marocain. À leur apogée, les Almoravides contrôlaient, tout en ne formant pas un royaume totalement unifié, un territoire long de 3500 kilomètres, de l'Andalousie (Espagne) jusqu'au Sénégal; ce territoire englobait donc le Maroc, la Mauritanie et une partie de l'actuelle Algérie. Les Almoravides perdirent en 1147 le contrôle de leurs territoires aux dépens des Arabes venus de l'est, en l'occurrence les Almohades. |
Dès lors, les Berbères furent déchus de leurs droits par les Arabes qui les considérèrent comme des individus de seconde classe. Cependant, ils purent récupérer leurs droits en se convertissant à l’islam, ce qu'ils se sont hâtés de faire. Vers 1400, l'islamisation du territoire était complète, de sorte que les peuples berbères et arabes se mélangèrent peu à peu, sauf pour les Touaregs, ce qui allait donner naissance au peuple maure. Mais si les Berbères se sont islamisés, ils ne se sont pas tous arabisés, car plusieurs communautés ont conservé leurs variétés de langue berbères. Quant aux Arabes, ils parlaient la variété hassanya qu'ils parlent encore aujourd'hui au Sahara occidental et en Mauritanie.
3.2 La domination marocaine et les incursions européennes
Vers 1400, les Européens arrivèrent aux îles Canaries, puis sur les côtes adjacentes du Sahara occidental et du Maroc actuel. Les premiers explorateurs européens débarquèrent près du cap Bojador (Boudjour) en 1405 et y attaquèrent des caravanes, mais en raison de l'opposition des populations locales ils restèrent confinés à la côte.
- Les Portugais
Ce sont les Portugais qui construisirent un premier fort en 1445 sur l'île d'Arguin (face à la Mauritanie); ils ramenèrent au Portugal des butins d'or et des esclaves qu'ils achetaient aux nomades contre du blé et du tissu. Puis les Français, les Anglais et les Hollandais se disputèrent l'île à tour de rôle, ce qui allait durer jusqu'en 1728. Les Portugais construisirent en 1505 une nouvelle forteresse à Santa Cruz do Cabo de Aguer (Sainte-Croix du Cap-Ghir), aujourd'hui Agadir, afin de faire face aux Castillans, mais elle fut vendue par le roi Manuel Ier du Portugal (1495-1521) en 1513 à des seigneurs berbères.
Les Portugais durent se confronter aux Castillans qui érigèrent une forteresse nommée "Santa Cruz de Mar Pequeña" à Ifni (Sadi Ifni), en face des Canaries. Les tribus arabo-berbères de la vallée du fleuve Draâ (Maroc actuel) s'insurgèrent contre les Portugais et les Castillans, et réussirent à les chasser de la région. Ayant fondé la dynastie des Saadiens, les Marocains prirent en grande partie le contrôle du Sahara occidental et, à la fin du XVIe siècle, ils avaient établi leur domination jusqu'à Tombouctou, Djenné et Gao, (Mali actuel).
- Le Grand Maroc
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L'Empire chérifien appelé par les historiens «le Grand Maroc» (voir l'article) comprenait alors le Maroc actuel, la Mauritanie, une partie du Mali (Taghaza, Taoudeni, Tombouctou, Gao et Djennné), ainsi que l'ouest du Sahara algérien (région de Tindouf et de Touat). Ce fut l'apogée de l'expansion marocaine en Afrique. Après le décès d'Ahmed al-Mansour, le 6e sultan de la dynastie sadienne (de 1578 à 1603), ses fils se partagèrent le Maroc qui se désintégra en une multitude de fiefs, alors que les Européens réussirent plus aisément à créer diverses enclaves dans le Nord. Les nomades reprirent le contrôle du désert dans ce qui est aujourd'hui l'ouest de l'Algérie, le nord du Mali et de la Mauritanie, ainsi que du Sahara occidental. |
On comprend ainsi pourquoi le Maroc, indépendant depuis 1956, estime que ce grand territoire faisait partie intégrante du sien bien avant la venue des Européens au Maghreb. La thèse marocaine du «Grand Maroc» constitue une revendication des territoires considérés par les défenseurs de cette thèse comme étant sous la souveraineté marocaine, et ce, avant la colonisation européenne. Ainsi, les territoires à restituer au Maroc seraient le Sahara occidental et une grande partie de la Mauritanie et du nord du Mali, sans oublier une portion de l’Ouest algérien (région de Tindouf). Évidemment, les chances de récupérer un jour tous ces territoires sont nulles, sauf peut-être pour le Sahara occidental.
- L'arrivée des Espagnols
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Le Sahara qui n'était pas encore espagnol possédait une superficie de 266 000 km², contre 505 990 km² pour l'Espagne et 596 740 km² pour toute la péninsule Ibérique. Bref, la superficie du Sahara (espagnol) correspondait à près de la moitié de celle de l'Espagne, ce qui n'était pas à dédaigner pour tirer profit des richesses naturelles (pêcheries, phosphate, etc.).
En 1859, l'Espagne déclara la guerre au Maroc. Cette guerre coloniale mobilisa des dizaines de milliers de soldats des deux côtes du détroit de Gibraltar. Cet épisode de l'histoire, désignée comme la «guerre d'Afrique» se solda par la défaite de l'Empire chérifien alors gouverné par le sultan Mohammed IV. L'Espagne put imposer ses conditions lors du traité de Tétouan (1860). Les Espagnols obtinrent ainsi le paiement de 400 millions de réals (monnaie de l'empire colonial), des accords commerciaux, ainsi que l'agrandissement des territoires de Ceuta (Sebta) et de Melilla, en plus du droit d'établir une colonie dans le sud-ouest du Maroc et d'y établir un comptoir de pêche. Toutefois, l'hostilité des populations locales empêcha les Espagnols de prendre possession du reste du territoire. Par la suite, le sud du Maroc et le Sahara occidental restèrent insoumis au pouvoir royal marocain. |
En, 1879, un explorateur écossais, Donald Mackenzie, obtint l'accord d'un seigneur berbère pour construire un comptoir, appelé Port-Victoria, près de Cap-Juby ainsi qu'une bande de trois kilomètres sur douze. La perspective de voir Mackenzie établir de nouveaux comptoirs incitent les Espagnols et les Marocains à intervenir pour freiner les avancées des Britanniques. Peu avant 1895, le gouvernement britannique voulut obtenir l'indépendance de la région du Cap-Juby, mais l'entreprise se solda par un échec de sorte que les Britanniques vendirent leur comptoir au sultan du Maroc. Or, les Canariens auraient préféré commercer avec les Anglais plutôt qu'avec les Marocains dans l'éventualité où les Espagnols abandonneraient leurs prétentions coloniales sur le Sahara.
3.3 Le Sahara espagnol (1884–1975)
En 1881, la Sociedad Pesquerías Canario-Africanas («Société des prêches canario-africaines») érigea un débarcadère à l'emplacement de Villa Cisneros (Dakhla) dans le sud de ce qui est aujourd'hui le Sahara occidental. Des traités avec des chefs sahraouis et un commissaire militaire espagnol, Emilio Bonelli, permirent l'établissement de plusieurs comptoirs dans la région du Río de Oro.
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Cependant, en janvier 1884, l'Espagne en profita pour proclamer un protectorat nommé «Río de Oro» sur toute l'étendue de la côte comprenant l'actuel Sahara occidental et la région du Cap Juby dans le sud du Maroc. Le territoire fut divisé en deux provinces : Seguia el-Hamra au nord et Río de Oro au sud. Ce fut le début du Sahara espagnol (en espagnol : Sáhara Español). Le protectorat permit à l'Espagne d'éliminer un rival britannique, l'Écossais Donald Mackenzie qui cherchait à établir de nouveaux comptoirs sur la côte, car la conférence de Berlin entérina la revendication espagnole. Villa Cisneros devint la capitale administrative du Sahara espagnol. Cependant, les Espagnols eurent de la difficulté à s'imposer dans l'enclave d'Ifni au Maroc, ainsi que dans la zone tampon de Cap Juby au nord du Sahara espagnol. Néanmoins, en 1904, la Convention de Paris fixa les frontières du Saguia el-Hamra et de Cap Juby; après l'établissement du protectorat français sur le Maroc en 1912, la Convention de Madrid confirma ces frontières. Sous l'administration espagnole, les Sahraouis purent conserver leur mode de vie encore un temps. Ils demeurèrent des pasteurs nomades avec leurs propres traditions, mais durent composer avec la présence des Espagnols. Bien que ceux-ci soient relativement peu nombreux (environ 15 000 personnes), ils occupaient quelques villes en travaillant pour l'administration coloniale ou faisaient du commerce avec les Sahraouis. |
Le gouvernement espagnol ne fut jamais capable d'attirer des colons dans les zones désertiques du Sahara espagnol. Les colons espagnols préféraient immigrer en France ou en Amérique latine. Durant toute la colonisation espagnole, l'armée demeura le plus gros contingent étranger sur les terres des Sahraouis.
- La cohabitation avec les Espagnols
Au cours des années 1930 et jusque dans les années 1950, la plupart des Sahraouis furent contraints d'adopter un style de vie sédentaire et de vivre en milieu urbain en raison des combats, de la présence de champs de mines, des possibilités d'emploi, des sécheresses prolongées, ainsi que de la fermeture de la frontière entre le Sahara occidental et la Mauritanie. Ce changement de vie amena les Sahraouis à cohabiter avec les Espagnols et à apprendre les rudiments de l'espagnol. C'est à cette époque que l'Espagne rendit la scolarisation obligatoire, ce qui eut comme résultat l'apprentissage de l'espagnol par les enfants; beaucoup d'entre eux maîtrisèrent cette langue, à l'exception des enfants nomades qui n'étaient pas scolarisés. Bien que le Sahara espagnol soit à ce moment-là une colonie, l'espagnol et l'arabe étaient reconnus dans la Constitution comme les langues co-officielles. Le contact entre l'espagnol d'Espagne et l'arabe hassanya a donné naissance à un espagnol particulier qu'on appelle aujourd'hui l’espagnol saharien. C'est au cours des années 1960 que l’influence linguistique de l'espagnol a atteint son point culminant, puisque cette langue s'est introduite dans de nombreux domaines de l'administration espagnole et surtout en éducation. En effet, les écoles enseignaient l'espagnol et l'arabe hassanya au primaire. Beaucoup de réfugiés adultes qui vivent maintenant dans les camps ont étudié alors dans le système d'éducation espagnol. Toutefois, le système colonial n'autorisait pas les Sahraouis à aller étudier dans les universités en Espagne.
- Le droit à l'autodétermination
Lorsque le Maroc obtint son indépendance en 1956, une armée de libération composée principalement de tribus sahraouies vit le jour dans le but de combattre l'occupation espagnole dans l'enclave d'Ifni et dans la zone de Cap Juby. Mais une action conjointe des forces espagnole et française réussit à neutraliser l'armée de libération. En 1961, El Aaiún (Laâyoune) devint la capitale du Sahara espagnol à la place de Villa Cisneros (Dakhla). En 1965, l'Assemblée générale des Nations unies exhorta l'Espagne à prendre les mesures nécessaires pour libérer l'enclave d'Ifni et le protectorat de Cap Juby, et à engager des négociations sur la souveraineté de ces deux territoires. Puis, chaque année, de 1966 à 1973, des résolutions supplémentaires de l'Assemblée générale des Nations unies incitèrent l'Espagne à mettre en œuvre ce droit à l'autodétermination de la population sahraouie. Il en fut ainsi pour l'Organisation de l'unité africaine (OUA) et le Parlement européen. L'Espagne consentit en 1969 à restituer la région d'Ifni au Maroc.
En 1971, un mouvement se forma pour envisager la possibilité de libérer le Sahara occidental par la force, tout en refusant l'ingérence marocaine, mais les autorités marocaines réussirent à dissoudre le groupe, ce qui allait néanmoins favoriser la naissance d'un autre mouvement en 1973: le Frente Popular de Liberación de Saguía el Hamra y Río de Oro, plus simplement le Front Polisario fondé à Ain ben Tilli en Mauritanie en vue de contraindre l'Espagne à renoncer à la colonisation. Ce mouvement se voulait indépendantiste, car il s'opposait tant au rattachement avec le Maroc qu'avec la Mauritanie.
- La décolonisation
En 1974, alors qu'un processus de décolonisation était amorcé, l'Espagne promit l'autodétermination aux Sahraouis. Le 21 août 1974, elle annonça la tenue d'un référendum d'autodétermination pour le début de 1975. S'y opposant, le Maroc demanda l'arbitrage de la Cour internationale de justice. En octobre de la même année, lors du sommet de l'OUA à Rabat, le Maroc et la Mauritanie conclurent un accord secret en vue de se partager le territoire.
En octobre 1975, la Cour internationale de Justice rendit son avis : elle reconnaissait que le territoire du Sahara occidental n'était pas une terra nullius avant la colonisation espagnole et qu'il avait des liens juridiques d'allégeance avec le Maroc et la Mauritanie. La Cour conclut que ces liens ne devaient pas pour autant entraver «l'application du principe d'autodétermination grâce à l'expression libre et authentique de la volonté des populations du territoire».
- La Marche verte
Mais le roi Hassan II du Maroc ne fut pas du même avis; il organisa, le 6 novembre, la «Marche verte» avec 350 000 Marocains dans le but de prendre le contrôle du territoire que les Espagnols s'apprêtaient à abandonner. En dépit de la condamnation de la Cour internationale de Justice, le Maroc prit unilatéralement le contrôle du Sahara occidental, le 14 novembre 1975. En fait, le roi Hassan II avait su profiter du régime espagnol affaibli par la longue agonie du dictateur, Francisco Franco, pour mener son coup de force en sachant très bien que l'armée espagnole n'interviendrait pas.
Cela dit, la présence espagnole sur les terres sahariennes est toujours demeurée plutôt restreinte, car jusque dans les années 1930 elle s'est bornée au seul littoral. À part quelques mouvements de ripostes de la part de l'armée espagnole, les différentes tribus sahraouies ont pu vivre relativement en paix dans l’arrière-pays et ont su déjouer le tracé des frontières afin d'échapper à la surveillance et à la répression exercées par l’armée française qui contrôlait la Mauritanie.
3.4 La guerre du Sahara occidental (1975–1991)
Au même moment (le 14 novembre), pendant que le général Franco agonisait (il devait mourir le 20 novembre) et que ses successeurs s'apprêtaient à organiser «une transition sans incident», l'Espagne, le Maroc et la Mauritanie signèrent l'Accord tripartite sur le Sahara occidental. D'après cette entente, l'Espagne transférait l'administration du Sahara occidental au Maroc et à la Mauritanie, tout en souhaitant que les populations sahraouies de l'ex-colonie espagnole puissent éventuellement accéder à l'autodétermination. Or, l'Algérie et le Front Polisario manifestèrent leur opposition à cette «vente» et menacèrent «les envahisseurs marocains et mauritaniens». Puis l'Espagne se retira du territoire en abandonnant son engagement pour l'autodétermination des Sahraouis. En février 1976, le Front Polisario fonda la République arabe démocratique sahraouie (qui n'avait rien de démocratique), ce qui fut le commencement d'une guerre, soutenue par l'Algérie et la Libye, contre le Maroc et la Mauritanie. Ce fut le début de longues années de combat.
Le 11 décembre 1975, les troupes marocaines occupèrent Laâyoune au nord pendant que les Mauritaniens, le 20 décembre, occupaient au sud les villes de Tichla et de Lagouira. En janvier 1976, les forces armées marocaines et mauritaniennes se rejoignirent, alors que les derniers soldats espagnols quittaient le territoire. L’armée marocaine envahit le territoire en saccageant les campements, en tuant des nomades et leur bétail, en envahissant et en pillant les maisons des Sahraouis en fuite, afin que les Marocains puissent s’y établir et exploiter à leur profit les richesses du pays (phosphates, poissons, agrumes, etc.).
- Le Front Polisario
Or, le Front Polisario s'opposait à l'annexion du Sahara occidental par le Maroc et la Mauritanie. Le 26 février, celui-ci proclama la République arabe sahraouie démocratique (RASD) à Bir Lehlou, avec le soutien de l'Algérie et l'approbation d'une majorité des membres de l'Organisation de l'unité africaine (OUA), qui étaient d'accord pour reconnaître le Polisario comme un «mouvement de libération». Soutenus financièrement par la Libye et armés par l'Algérie, les indépendantistes sahraouis du Front Polisario multiplièrent les raids contre les troupes des nouveaux maîtres du territoire, le Maroc. Des combats très violents opposèrent les combattants du Front Polisario aux forces marocaines dans le Nord et aux forces mauritaniennes dans le Sud. Fuyant les bombardements au napalm et au phosphore blanc, une partie de la population sahraouie entreprit de s’installer «provisoirement» dans les zones désertiques gérées par le Front Polisario, là où la température monte à 50°C et où rien ne pousse, alors que d'autres se réfugièrent dans la région de Tindouf en Algérie qui lui ouvrit ses frontières.
- La Mauritanie et le Maroc
De son côté, la Mauritanie, une ancienne colonie française, rappelons-le, estimait que le territoire du Sahara espagnol devait être intégré au sien en raison des fortes similitudes linguistiques, culturelles et ethniques entre les Sahraouis et les Mauritaniens, tout en réfutant l’idée de son intégration à un «Grand Maroc».
Cependant, en juillet 1979, après un coup d'État, la Mauritanie, épuisée et endettée, décida d'abandonner ses prétentions territoriales et, en août de la même année, céda «sa» partie du Sahara occidental aux rebelles sahraouis. Le Maroc annonça aussitôt l'annexion non seulement de la portion du Cap Juby au nord de Tarfaya, mais de tout le reste du Sahara occidental.
Dans le but d'entraver les incursions des militaires sahraouis, Rabat entreprit une tâche colossale: la construction d'une ligne de fortification au milieu du désert. Ce fut le fameux «mur de défense» ou «mur marocain», appelé «mur de la honte» par les Sahraouis, construit par les Marocains avec l’aide d'experts américains et israéliens: il s'agit de 2700 kilomètres de remblais sablonneux, doubles ou triples, de fossés antichars, de batteries d'artillerie et de barbelés, le tout piqueté de centaines de milliers de mines antipersonnel. La construction du mur de défense s'est terminée en 1987.
À la suite du cessez-le-feu de 1991 sous l'égide des Nations unies avec la promesse de consulter la population sahraouie pour trancher l'épineuse question de la souveraineté, le mur marocain devint la ligne de séparation entre le territoire contrôlé par le Maroc et celui contrôlé par le Front Polisario. Plus précisément, le Maroc contrôle et administre environ 80% du territoire, tandis que le Front Polisario en contrôle 20 % laissé par le Maroc derrière la longue ceinture de sécurité, le «mur marocain».
Alors que l’impasse politique se poursuivait, le 11 avril 2007 le Maroc a soumis à l'ONU la proposition d’autonomie dans le Sahara marocain (voir le texte), comme solution pacifique et durable permettant à la population saharienne de gérer ses affaires intérieures tout en conservant la souveraineté marocaine. En décembre 2020, les États-Unis d’Amérique ont officiellement reconnu la souveraineté du Maroc sur le Sahara, et cette décision a constitué un soutien majeur pour le Maroc dans son différend de longue date avec le Front Polisario sur la souveraineté sur le Sahara, marquant un tournant important dans le cours de la question et encourageant plusieurs pays à ouvrir leurs consulats à Laâyoune et à Dakhla.
La reconnaissance par les États-Unis de la marocanité du Sahara s’est également inscrite dans le contexte d’une série de démarches diplomatiques de Washington à l’époque pour parrainer la normalisation des relations israéliennes avec les pays arabes, y compris l’accord de rétablissement des relations entre Rabat et Tel-Aviv qui a eu lieu le même jour. Plus tard, la France, l'Espagne, le Royaume-Uni allaient également reconnaître la souveraineté du Maroc sur le Sahara.
3.5 L'occupation marocaine
Depuis 1975, le référendum d'autodétermination promis se laisse toujours attendre en raison du manque d'accords sur les modalités et le recensement de la population. La situation demeure totalement figée, la médiation de l'ONU reste impuissante, tandis que le Maroc et l'Algérie campent fermement sur leurs positions.
De son côté, le Maroc a bien proposé d'accorder une grande autonomie aux Sahraouis à défaut d'indépendance, mais ces derniers ne veulent rien savoir de ce projet de régionalisation «à la marocaine», dont l'autonomie se réduirait à une auto-administration limitée et à une autonomie restreinte. Le Maroc prend des moyens parfois contestables pour réduire au silence de nombreux militants sahraouis: torture, longues peines d’emprisonnement et expulsions. De plus, selon un rapport de l'ONU, les prisons marocaines ne répondent pas aux normes internationales. Le surpeuplement et la maltraitance physique, pour ne pas dire la torture, ainsi que le manque d'accès aux services de santé, sont parmi les situations qui sont jugées inacceptables.
- Une population marocanisée
Graduellement, l'ancienne colonie espagnole est devenue une «colonie marocaine» qui profite des milliards de dirhams versés par Rabat sur ces terres arides. Non seulement les Marocains venus du Nord vont à plus ou moins long terme devenir majoritaires, car les 180 000 réfugiés sahraouis des camps de Tindouf ne sont pas revenus dans leur pays, tandis que les Sahraouis sous contrôle marocain sont considérés comme des citoyens de seconde zone par rapport aux ressortissants marocains venus s’établir dans cette région côtière. La population sahraouie, restée sur sa propre terre, doit subir le mépris et la répression de la part du gouvernement marocain et surtout de la part des nombreux colons marocains amenés de force ou attirés au Sahara occidental par de belles promesses et de généreuses allocations.
Rabat a en effet mené une politique auprès de ses concitoyens afin de les inciter à s’installer dans cette zone en leur offrant des primes dont allaient profiter surtout les Marocains ainsi qu'à une très petite minorité de Sahraouis. Dans le but de compenser les conditions difficiles de vivre dans le désert, le gouvernement du Maroc a haussé le salaire de ses ressortissants vivant dans cette région aride; il leur a offert aussi des logements gratuits, des emplois bien payés, des subventions sur les produits de base, etc., au détriment des autochtones sahraouis. À plus long terme, ce mélange de populations — Sahraouis et Marocains — avait pour objectif non avoué de minoriser les Sahraouis originaires de la région en les privant de leur majorité et en gommant graduellement leur spécificité et leur identité locales. De plus, la sédentarisation forcée des Sahraouis devait provoquer des problèmes d’adaptation économique pour ces populations traditionnellement nomades vivant du pastoralisme.
Parmi les Sahraouis originaires du Sahara occidental, il y a eu les Berbères tekna, qui ont su tirer l'occupation à leur avantage. Alors qu'ils étaient auparavant des nomades, ils se sont sédentarisés à Laâyoune et ont graduellement constitué une élite sur laquelle le roi Hassan II s'est appuyé pour administrer le territoire. Celui-ci les a attirés en leur octroyant des permis d’importation pour qu’ils puissent pratiquer le commerce entre les îles Canaries et le Maroc par le biais de Laâyoune. En contrepartie de leur allégeance et de leur fidélité, le roi les a associés aux activités économiques les plus dynamiques de la région, c'est-à-dire le commerce, la pêche, le bâtiment, etc. Progressivement, ces privilèges ont été octroyés à d’autres Sahraouis arabophones qui ont aidé la monarchie à administrer pacifiquement le territoire. Puis de nombreux Sahraouis occupèrent des postes de fonctionnaires, voire de «conseillers du roi».
Avec le temps, les jeunes générations de Sahraouis sont devenues des Marocains «à part entière», tandis que les mesures particulières employées jadis pour attirer les Sahraouis ont été progressivement abandonnées parce qu'elles étaient devenues inutiles. Néanmoins, la plupart des Sahraouis sont aujourd'hui encore sous-représentés dans les centres de décision publics, par exemple les municipalités. De façon générale, ils ne constituent qu'environ 2 % des représentants des citoyens. Par sa politique de peuplement forcée et de minorisation, laquelle est contraire à la IVe Convention de Genève, les territoires occupés compteraient actuellement plus de colons marocains que de Sahraouis. Ce surcroît de population est particulièrement important dans des villes comme Lâayoune et Dakhla, où la population a plus que doublé, mais également dans de plus petites agglomérations telles Bir Anzarane, Gleibat El Foula, Oum Dreiga, Aousserd, Tichla et Bir Gandouz.
Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), 173 600 réfugiés sahraouis ont été recensés dans les camps d’Aousserd, de Boujdour, de Dakhla, de Laâyoune, de Smara et de Tindouf au 31 décembre 2017, mais il y en a 90 000 juste à Tindouf.
3.6 La MINURSO
Quant à la MINURSO, la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental, elle semble avoir perdu tout poids politique véritable. Du fait qu'elle a été détournée de son projet initial, c'est-à-dire l’organisation d’un référendum, elle ne correspond plus qu'à une simple force d’observation du cessez-le-feu. En 2007, la Mission comptait 477 personnes, dont 215 militaires et policiers, avec un budget d'environ de 40 millions de dollars annuellement. En octobre 2011, la MINURSO était composée de 230 personnes (sans compter les civils), dont 27 militaires, 199 observateurs militaires et 4 policiers.
- La minorisation sahraouie
Le Sahara occidental est le seul territoire du continent africain dont le statut post-colonial n'a pas été réglé: le Maroc en contrôle 80b%, le Front Polisario 20 %; les deux territoires sont séparés par un mur et une zone tampon contrôlée par les quelques Casques bleus de l'ONU. Le Front Polisario réclame un référendum d'autodétermination pouvant conduire à l'indépendance, mais le Maroc rejette toute autre solution qu'une autonomie limitée sous sa souveraineté.
En même temps, le Maroc maintient une importante présence militaire au Sahara occidental, plus de 130 000 soldats; il encourage ses citoyens à s’y installer, quitte à leur offrir des primes, des augmentations de salaire et des subventions alimentaires (surtout pour les fonctionnaires), sans oublier des exonérations fiscales afin d’intégrer le Sahara occidental dans le royaume du Maroc. Pour les Sahraouis, ce sont des mesures destinées à marginaliser la population autochtone. À long terme, celle-ci va être minorisée par la population marocaine.
- La résolution sur l'autonomie du Maroc
En décembre 2020, les États-Unis de Donald Trump ont annoncé avoir signé une proclamation reconnaissant la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. De son côté, Mohamed VI a salué une «prise de position historique» des États-Unis. Rabat propose toujours une autonomie sous sa souveraineté, alors que le Polisario réclame un référendum d’autodétermination, mais nous le savons, les négociations impliquant le Maroc, le Polisario, l’Algérie et la Mauritanie sont au point mort depuis mars 2019. Quant à l'ONU, elle a indiqué que la décision américaine ne changeait pas sa position, à savoir tenter d’organiser un référendum d’autodétermination.
Le 31 octobre 2025, le Conseil de sécurité de l’ONU adoptait une résolution historique, n° 2797 (voir le texte), soutenant la proposition d’autonomie du Maroc soumise en 2007 comme cadre acceptable et réaliste pour traiter ce conflit vieux de cinq décennies, appelant les parties concernées à engager des négociations sur cette base. La résolution soumise par les États-Unis d’Amérique stipulait également la prolongation du mandat de la Mission des Nations unies au Sahara (MINURSO) d’un an, jusqu’au 31 octobre 2026. L’absence de tout usage du veto et l’adoption de la résolution par une majorité confortable (11 voix pour, aucune contre, et 3 abstentions: Russie, Chine, Pakistan) ont conféré au texte une grande force politique et morale, et ont consacré le soutien du Conseil de sécurité au processus de l’ONU fondé sur l’initiative d’autonomie du Maroc comme cadre le plus approprié pour régler ce conflit qui dure depuis un demi-siècle.
Cependant, les opposants estiment que cette résolution écarte l'option du référendum d'autodétermination et l'indépendance, ce qui vaudrait alors à l'abandon des droits du peuple sahraoui. De plus, l'absence d'un fort consensus au Conseil de sécurité limite sa portée exécutoire et fait craindre de nouvelles tensions sur le terrain.
3.7 L'autoroute ''Donald Trump''
À l’occasion du 27e anniversaire du jour du Trône, le 30 juillet 2026, le roi du Maroc, Mohammed VI, recevait un message du président américain Donald Trump, dans lequel il réaffirmait la reconnaissance du «Sahara marocain» (Sahara occidental?) par les États-Unis:
| The United States is unequivocal: we recognise Moroccan sovereignty over Western Sahara and support Morocco’s serious, credible, and realistic autonomy proposal as the only basis for a just and lasting solution. Your Majesty’s Wise Leadership is an anchor of stability. Morocco’s steadfast commitment to peace, combatting extremism, and safeguarding the security of Americans and Moroccans, including through its vital role in the Abraham Accords, reflects a valuable partnership for the United States. To this end, we will also work together to secure the Sahel region. |
Les États-Unis sont sans équivoque : nous reconnaissons la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental et soutenons sa proposition d’autonomie sérieuse, crédible et réaliste, seule base d’une solution juste et durable. Le leadership éclairé de Votre Majesté est un gage de stabilité. L’engagement indéfectible du Maroc en faveur de la paix, de la lutte contre l’extrémisme et de la protection de la sécurité des Américains et des Marocains, notamment grâce à son rôle essentiel dans les Accords d’Abraham, témoigne d’un partenariat précieux pour les États-Unis. À cette fin, nous œuvrerons également ensemble à la sécurité de la région du Sahel. |
En décembre 2020, Donald Trump avait déjà apporté son soutien à un plan d'autonomie sous souveraineté marocaine pour le Sahara occidental, en contrepartie d'une normalisation des relations du Maroc avec Israël.
- Le changement de nom
Mohammed VI a voulu souligner, le 2 août 2026, l'appui de Donald Trump pour sa «reconnaissance historique de la souveraineté du Maroc en 2020 sur son Sahara (qui) restera à jamais gravée dans la mémoire des Marocains».
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Pour ce faire, le roi a changé le nom d'une récente autoroute reliant le nord et le sud du Maroc (Sahara occidental), la ''Tiznit-Dakhla'', par "Autoroute Donald J. Trump". L'ouvrage s'étend sur 1055 kilomètres, de Tiznit au sud du Maroc actuel jusqu'à Dakhla dans les provinces sahariennes, ce qui en fait la plus longue infrastructure routière de toute l'Afrique. Son coût est estimé à près de 850 millions d’euros. Le message adressé au roi du Maroc pourrait franchir un pas décisif en passant d'une politique d'attentisme et de gestion du conflit à une dynamique de résolution finale. Mais pour ce président américain, il y a toujours un intérêt financier derrière une décision. Donald Trump mise sur une coopération avec le Maroc afin de profiter des enjeux énergétiques, notamment les minerais critiques, qui occupent désormais une place centrale dans les stratégies internationales. Ainsi, le soutien américain à la souveraineté marocaine sur le Sahara s'accompagnerait d’exigences qui ressembleraient à des investissements américains «obligatoires» dans la région. |
- Le pouvoir de l'argent
Voilà typiquement le genre de situation où il semble que l'argent puisse tout acheter.
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En fait, l'intérêt de Donald Trump pour le «Sahara marocain» repose sur un calcul géopolitique: renforcer l'alliance stratégique avec le Maroc et le statu quo régional, en dépit du droit international dont les États-Unis (comme la Chine, la Russie, l'Iran ou Israël) contestent l'utilité et la pertinence. Mais surtout il s'agit de favoriser des retombées économiques et sécuritaires pour les États-Unis: le renforcement des partenariats commerciaux avec le Maroc saharien profiterait directement aux entreprises américaines implantées dans la région, ce qui éliminerait également la concurrence française. |
Pour le Maroc, il s'agit de donner aux États-Unis des «petites» concessions pour que ceux-ci continuent de soutenir la position marocaine, de sorte que la communauté internationale, placée devant un fait accompli, soit contrainte de l'admettre. L'attitude des États-Unis (d'ailleurs suivis par la France en 2026) revient à sceller le sort du Sahara occidental, une garantie supplémentaire pour la position marocaine, quitte à créer des tensions avec l'Algérie. En même temps, le Maroc doit se familiariser progressivement avec l'anglais qui, un jour, pourrait bien rivaliser avec le français.
3.8 Le plan d'autonomie marocain (2025)
Le 31 octobre 2025, le Conseil de sécurité de l’ONU adoptait une résolution historique, n° 2797 (voir le texte), soutenant la proposition d’autonomie du Maroc soumise en 2007 (voir le texte) comme cadre acceptable et réaliste pour traiter ce conflit vieux de cinq décennies, appelant les parties concernées à engager des négociations sur cette base. La résolution soumise par les États-Unis d’Amérique stipulait également la prolongation du mandat de la Mission des Nations unies au Sahara (MINURSO) d’un an, jusqu’au 31 octobre 2026. L’absence de tout usage du veto et l’adoption de la résolution par une majorité confortable (11 voix pour, aucune contre, et 3 abstentions: Russie, Chine, Pakistan) ont conféré au texte une grande force politique et morale, et ont consacré le soutien du Conseil de sécurité au processus de l’ONU fondé sur l’initiative d’autonomie du Maroc comme cadre le plus approprié pour régler ce conflit qui dure depuis un demi-siècle. De plus, il s'est tenu à Madrid à l'ambassade américaine, les 8 et 9 février 2026, une rencontre sur le Sahara occidental; celle-ci a réuni tous les protagonistes du conflit — le Front Polisario, l’Algérie, le Maroc et la Mauritanie — à l’initiative des États-Unis. Deux semaines après cette réunion, de nouvelles négociations, à huis clos, se sont tenues les 23 et 24 février à Washington, montrant la volonté des États-Unis de résoudre la question en contournant la consultation des populations sahraouies. - L'autonomie vue par le Maroc La notion d'autonomie peut prendre diverses interprétations. Selon le Maroc, les autorités autonomes seraient dans l’obligation d’«agir dans le respect de l’unité de l’État» et de la «cohérence des politiques publiques nationales». Pour Rabat, le chef du gouvernement régional devrait être nommé par le roi et non élu. Au Sahara comme dans les autres régions, celui-ci serait le représentant de l’État central et le garant de sa présence. Pas question de créer d’asymétrie entre les régions. Dans le domaine de la justice, le plan révisé prévoit des tribunaux de première instance, d’une cour d’appel et d’une cour supérieure relevant du droit régional, mais ces juridictions devraient rendre leurs verdicts au nom du roi. Dans la gestion des richesses naturelles, seule une partie de ses revenus reviendront à la région, selon un pourcentage à négocier et il n'est pas question d'accorder une souveraineté économique à un territoire riche et ouvert sur l'Atlantique parce que cela pourrait affaiblir le Maroc. Parce que le schéma d’autonomie prend en compte l’identité sahraouie, dite «hassanie» — en référence à l'arabe hassanya parlé par les Sahraouis —, Rabat prévoit la création d’un institut particulier dans le but de promouvoir la langue et d’organiser des manifestations culturelles. Mais cette identité doit se fondre dans l’identité nationale. Finalement, une fois négocié, ce statut d’autonomie serait soumis à un référendum très différent de celui que désiraient le Front Polisario et l’Algérie, car il s'agirait d'une consultation qui concerne tous les Marocains, et non uniquement les habitants du Sahara. En février 2026, les États-Unis entérinaient à Madrid la proposition d’une autonomie, certes élargie, pour le Sahara occidental, mais en écartant l’idée d’une indépendance possible. - Une autonomie restreinte
pour les opposants D'abord les opposants — le Front Polisario et l'Algérie — estiment que cette proposition écarte l'option du référendum d'autodétermination et l'indépendance, ce qui vaudrait alors à l'abandon des droits du peuple sahraoui. Le Front Polisario et l'Algérie ont tenté de défendre leur point de vue: l'autonomie doit être la plus grande possible, alors que le Maroc la veut la moins distincte possible des autres régions marocaines. De plus, le chef de l’exécutif régional devrait tirer sa légitimité du suffrage universel et non du roi dont il ne pourrait être le simple représentant. Dans le domaine de la justice, les tribunaux n'auraient qu'une cour suprême pour invalider certaines décisions. Le Front Polisario voudrait une certaine souplesse dans le partage des richesses naturelles. L’objectif pour le Maroc consiste à intégrer la population sahraouie reconnue pour sa spécificité culturelle, sans envisager l’indépendance de la région et avec le moins d'autonomie possible.
Évidemment, le gouvernement marocain craint qu’une grande autonomie accordée aux «provinces du Sud» puisse inciter les autres régions à revendiquer les mêmes droits. Le Royaume n’est pas prêt à abandonner
son centralisme pour un système fédéral, même si les rédacteurs de ce plan se sont inspirés de certaines mesures adoptées dans des États organisés sur ce modèle.
Les États-Unis ont accepté le plan d'autonomie du Maroc proposant une semi-autonomie. Ce plan prévoit la création d’une région autonome dotée d’un gouvernement, d’un parlement et d’une justice aux compétences propres. Mais Rabat conserverait les droits régaliens, c'est-à-dire la défense nationale, la politique étrangère, la monnaie, la nationalité et les symboles de la souveraineté, comme le drapeau. Mais ce n'est pas aussi simple, car le Maroc ne tient pas à partager ses pouvoirs sur la justice, les lois, les richesses naturelles, etc.
4 Les rivalités entre le Maroc et l'Algérie
Le Maroc et l'Algérie sont à couteaux tirés depuis 1975. Dès le départ des Espagnols, l'Algérie s'est montrée favorable à un Sahara occidental indépendant et non aligné tout en cautionnant l'accord mauritano-marocain. Pendant que le Maroc bénéficiait du soutien économique et politique des États-Unis, de la France, de l’Espagne et de l’Arabie Saoudite, le Front Polisario bénéficiait d'un fort appui économique et militaire du gouvernement de Houari Boumedienne et du gouvernement libyen de Mouammar Kadhafi, dans le contexte de la guerre froide arabe. Avec l’aide de l’Algérie, le Polisario a établi son siège à Tindouf.
4.1 Les sources du conflit
Pour le Maroc, c'était une déclaration de guerre dans la mesure où ce pays interprétait l'engagement de l'Algérie, non pas comme une défense du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes (que l'Algérie refuse à la Kabylie), mais plutôt comme la preuve d’une volonté d’affaiblir son voisin en le privant de ses «provinces du Sud». De son côté, l'intention du Maroc était de prétendre créer «le Grand Maroc» promu par le gouvernement marocain au cours des décennies 1950 et 1960. Or, on le sait, non seulement des territoires comprenaient historiquement le Sahara occidental, la Mauritanie et une petite partie du Mali, mais également une partie du Sahara algérien. De plus, lorsque les frontières tracées par la France ont redessiné les territoires algériens et marocains, des zones revendiquées par Rabat ont été concédées à l’Algérie nouvellement indépendante.Quant à l'Algérie, son soutien pour les indépendantistes sahraouis présentait un double intérêt : d'une part, elle voulait priver le Maroc du Sahara occidental, d'autre part, elle croyait faire en sorte que le Maroc ne puisse pas revenir sur le partage de sa frontière entre les deux pays, et ce, en dépit du fait qu'en juin 1972, le Maroc avait signé une convention qui mettait fin à ses revendications sur le Sahara algérien en adoptant le tracé frontalier actuel.
C'est donc un enchevêtrement de deux conflits entre le Maroc et l'Algérie: celui au sujet de leur frontière et celui du leadership régional. La rivalité entre les deux grands États du Maghreb s’exprime dans les faits par une course aux armements, ce qui entraîne plus durablement la guerre du Sahara occidental. Depuis, Rabat et Alger tentent toujours de s’exclure mutuellement de la scène régionale. Alger évoque une lutte anticoloniale légitime, tandis que Rabat accuse l’Algérie de jouer un rôle actif dans le maintien du conflit.
4.2 Le rapport de force
Selon un document de 2026 (''Western Sahara – Half a Century of Conflict in Northwestern Africa'') remis à l’Institut suédois de recherche sur la défense (Totalförsvarets forskningsinstitut, FOI), le rapport de force dans la région est actuellement favorable à Rabat. Le Polisario, soutenu par Alger, ne disposerait pas des moyens militaires nécessaires pour contraindre le Maroc à abandonner le contrôle qu’il exerce sur la majeure partie du Sahara occidental. Le document relève aussi que les capacités militaires du mouvement indépendantiste se sont affaiblies au fil des décennies, tandis que le Maroc a poursuivi la modernisation de son armée. Néanmoins, les capacités militaires de l'Algérie seraient nettement supérieures à ce pays dont le budget militaire est deux fois plus élevé que celui du Maroc ((20 milliards d'euros pour ce dernier contre 40 milliards pour l'Algérie). Cet avantage pour ce pays ne garantit pas une solution politique dans l'immédiat.
Le discours officiel reste celui de la paix, mais l’ampleur des dépenses, la nature des armements et les alliances nouées laissent penser que les deux capitales envisagent possiblement un conflit majeur (Algérie–Russie d’un côté; Maroc–États-Unis–Israël de l’autre). Cette confrontation en blocs renforce la méfiance réciproque et complique tout rapprochement politique entre le Maroc et l'Algérie, pendant que les puissances extérieures profitent de ces tensions pour vendre des armements, tout en prétendant vouloir la stabilité de la région. Bref, le rapport du FOI de 2026 considère que le scénario le plus probable reste un conflit toujours irrésolu pour encore une dizaine d'années, mais avec un contrôle marocain encore plus renforcé. De plus, l'Espagne craint que l'amélioration des capacités militaires marocaines en vienne à revendiquer agressivement les deux enclaves espagnoles de Ceuta et de Melilla.
En même temps, les deux pays se voient entraînés dans une spirale à la fois coûteuse et dangereuse pour la paix dans la région. Depuis plusieurs décennies, l'Algérie s'est engagée dans une inquiétante course aux armements, ses dépenses militaires étant passées de 3,6 milliards de dollars en 2004 à 25,4 milliards en 2025. De son côté, le Maroc consacre la moitié de son budget militaire au Sahara occidental (130 000 soldats sur un total de 250 000), sans compter les 7,5 milliards de dollars d’investissement dans les structures de base, ce qui fait au moins 10,3 millions de dollars US/jour. Autrement dit, le Maroc et l'Algérie paient chèrement leur rigidité dans le conflit du Sahara occidental, avec comme résultat que les sommes consacrées aux dépenses militaires réduisent pour autant le développement économique des deux pays. Tout cela a comme conséquence de réduire les dépenses en éducation et en santé, ainsi que dans les autres services publics.
4.3 Les atouts communs
Bien que leurs trajectoires politiques et économiques diffèrent et soient actuellement freinées par des tensions bilatérales majeures, le Maroc et l'Algérie partagent de puissants atouts communs.
1. La population des deux pays (environ 48 millions en Algérie et 38 millions au Maroc) se caractérise par un capital humain et démographique jeune; ils comptent aussi d'importantes communautés à l'étranger (notamment en Europe et en Amérique du Nord), lesquelles agissent comme des ponts culturels en transferts de compétences et en injectant des apports financiers importants dans les économies locales.
2. Les deux pays possèdent une même trame identitaire mêlant les cultures arabo-islamiques et berbères, sans oublier une proximité linguistique : l'arabe marocain et algérien (appelés darija), l'arabe standard, les langues berbères, et l'usage très répandu du français facilitent naturellement la compréhension réciproque.3. Les États pays bénéficient d'une ouverture stratégique sur la mer Méditerranée, les plaçant aux portes de l'Europe, du Moyen-Orient et des grandes routes maritimes, alors que le Maroc y ajoute son ouverture sur l'océan Atlantique. L'Algérie (plus grand pays d'Afrique) et le Maroc partagent une immense zone désertique propice au développement de l'énergie solaire, du commerce transsaharien et de la connectivité avec l'Afrique subsaharienne.
4. Bien que les frontières terrestres demeurent fermées, les économistes soulignent que leurs structures économiques s'emboîtent parfaitement. L'Algérie est un géant énergétique qui possède d'immenses réserves de gaz naturel et de pétrole, indispensables à la transition industrielle régionale. Quant au Maroc, il bénéficie d'une industrie de pointe (automobile, aéronautique) et d'une forte agriculture.
Évidemment, la persistance du différend autour du Sahara occidental bloque actuellement la concrétisation de tous ces atouts non partagés, sans compter que la course aux armements pèse indéniablement sur les finances publiques des deux voisins maghrébins. En Algérie, le poids de l'armée est tel qu'il crée un déséquilibre direct avec les besoins sociaux, alors que la baisse des revenus pétroliers et un déficit public important accentuent les problèmes. Au Maroc, le coût de la défense est réparti sur plusieurs années, mais cela n'empêche pas les infrastructures publiques dans les secteurs de la santé et de l'éducation de souffrir de disparités dans plusieurs régions, de réduire la fracture de persister entre les grandes zones urbaines développées et les régions rurales plus isolées, de freiner les sécheresses à répétition qui menacent l'agriculture et l'approvisionnement en eau potable.
Le Sahara occidental demeure en proie à un conflit persistant opposant le Maroc et le Front Polisario. Malgré l’entrée en vigueur du cessez-le-feu de 1991, le statut final du Sahara occidental est même devenu un enjeu politique témoignant de la rivalité entre le Maroc et l’Algérie, avec comme conséquence que le dossier saharien bloque indéfiniment la construction de l’Union du Maghreb arabe (UMA). C'est un organisme économique et politique formé par les cinq pays dits du «Maghreb arabe» — l'Algérie, la Libye, le Maroc, la Tunisie et la Mauritanie — et dont le siège du secrétariat général est situé à Rabat au Maroc.
Selon les projections de la Banque mondiale et des experts géopolitiques, une intégration économique au sein d'un marché commun maghrébin unifié permettrait de stimuler instantanément le PIB des deux pays de plus de 20 %. Finalement, l’enjeu ne concerne pas seulement l’avenir de l’Algérie et du Maroc, mais celui de tout le Maghreb, une région dont la prospérité et la stabilité dépendent de sa capacité à élaborer une géographie partagée, non pas comme une frontière disputée, mais comme un atout commun.
5 La politique linguistique marocaine
Il n'existe pas une seule politique linguistique au Sahara occidental, mais deux: celle qui est pratiquée sous contrôle marocain et celle pratiquée par la République arabe sahraouie démocratique ou le Front Polisario.
Le Sahara occidental a jadis été une colonie espagnole entre 1886 et 1975. Au cours de cette ère coloniale, une grande partie de la population sahraouie a été hispanisée au moyen de diverses politiques linguistiques. Cette situation a radicalement changé avec l'annexion du Sahara espagnol au Maroc, la deuxième langue après l'arabe standard étant dorénavant le français et non plus l'espagnol.
5.1 Les lois marocaines
Les Sahraouis qui vivent sous contrôle marocain sont soumis aux lois du Maroc, y compris les lois à portée linguistique. Selon la Constitution de 2011, l'arabe est la «langue officielle de l'État»:
| Article 5
1) L’arabe demeure la langue officielle de l'État. L'État œuvre à la protection et au développement de la langue arabe, ainsi qu’à la promotion de son utilisation. De même, l’amazigh constitue une langue officielle de l'État, en tant que patrimoine commun à tous les Marocains sans exception. |
Ce n'est pas tout, puisque la Constitution contient une disposition concernant l'arabe hassanya (souvent écrit comme «
hassani»):| Article 5
5 ) L’État s’attache à préserver l’hassanya comme partie intégrante de l’identité culturelle marocaine unifiée et à protéger les expressions culturelles et les parlers en usage au Maroc. Il garantit la cohérence de la politique linguistique et culturelle nationale et encourage l’apprentissage et la maîtrise des langues étrangères les plus parlées au monde, comme moyens de communication, d’intégration à la société du savoir et d’ouverture aux diverses cultures et à la civilisation contemporaine. |
Qu'est-ce que ce texte signifie? Que la langue officielle est l'arabe, c'est-à-dire l'arabe standard, mais que la langue hassanya parlée par les trois quarts des Sahraouis fait «
partie intégrante de l’identité culturelle marocaine unie». Ajoutons aussi que l'amazigh, une langue berbère, est également une langue officielle de l'État, alors que la seconde langue maternelle parlée au Sahara occidental est le berbère tachelhit. On peut penser que le tachelhit fait partie de «la protection des expressions culturelles et des parlers pratiqués au Maroc». Pour ce qui est des «langues étrangères les plus utilisées dans le monde» dont le texte fait allusion, il ne peut s'agir d'abord que du français, peut-être de l'anglais et, du moins au Sahara occidental, de l'espagnol, l'ancienne langue coloniale de ce territoire.5.2 Les tribunaux et les services publics
En matière de justice, seul l’arabe standard est utilisé dans les documents écrits, alors que l’arabe marocain et parfois l'arabe hassanya sont admis et employés dans les communications orales, mais cette pratique ne vaut que dans les
principales villes (Laâyoune, Dakhla, Smara, Boujdour). Un juge peut toutefois exiger une traduction en arabe standard. Il est possible d'utiliser le tachelhit dans un tribunal à Laâyoune, mais comme au Maroc il faut une traduction en arabe standard destinée au juge et au personnel judiciaire. Le français peut être utilisé pour les étrangers (accusés ou témoins), sans traduction. Quoi qu'il en soit, le juge doit toujours formuler sa sentence en arabe standard.Pour conclure, l'arabe hassanya n'a pas de statut officiel dans l'appareil judiciaire administré selon les normes en vigueur. Par conséquent, les justiciables s'exprimant en hassanya ou dans une autre variante peuvent l'employer à l'oral avec l'aide d'un traducteur ou d'un interprète assermenté désigné par le tribunal.
- Les services publics
Dans l’administration publique, les communications orales avec les citoyens se déroulent normalement en arabe standard, en arabe marocain ou, dans certaines villes, en arabe hassanya; il est possible également d'utiliser le français, mais non l'espagnol. Dans les quelques zones berbérophones, les fonctionnaires peuvent communiquer oralement en tachelhit, mais le plus souvent c'est en français plutôt qu'en tachelhit, sauf si le personnel est d'origine berbère. Bref, l'arabe hassanya et l'arabe marocain sont tolérés et couramment employés dans les communications orales avec le public dans les principales villes (comme Laâyoune ou Dakhla).
Quant aux missives officielles, elles sont généralement disponibles en arabe standard et en français, mais la version arabe n’est que très rarement utilisée. En somme, l'espagnol n'est pas disponible comme langue seconde, alors que beaucoup de Sahraouis maîtrisent cette langue.
- L'espagnol
En occupant les territoires sahraouis, le régime marocain a complètement éliminé l’espagnol qui représente pour le Maroc le symbole de l'ex-colonie espagnole. Il a persécuté les Sahraouis qui ont parlé l'espagnol dans les villes occupées et a exercé des représailles contre toute une génération de Sahraouis qui l'ont utilisé avec l’hassanya. Par la suite, le Maroc a imposé une autre langue coloniale, le français qui n'a pas été accepté par les Sahraouis. Au contraire, ceux-ci ont résisté à cette politique d'endoctrinement marocain. Ils ont appris la langue espagnole à leurs enfants dans la clandestinité chez eux et dans le désert. Au cours de leurs manifestations contre le régime, les Sahraouis criaient en espagnol : «Fuera Marruecos!», ce qui signifie «Hors du Maroc!»
5.3 L'éducation en territoire annexé
Lorsque le Maroc a annexé le Sahara espagnol en 1975, les enfants fréquentant l'école primaire accusaient déjà un retard important dans leurs études. Le Sahara occidental annexé a vu gonfler ses effectifs scolaires. Ceux-ci sont passés de 4000 élèves en 1976 au primaire à quelque 115 000 en 2016; quant aux élèves du secondaire, qui n'étaient qu'une centaine en 1976, dépassent aujourd'hui les 80 000 jeunes scolarisés. Il a fallu aussi construire des écoles, prévoir leur encadrement, veiller à la répartition des équipements, etc. En définitive, il fallait encore leur assurer les meilleures conditions de la scolarisation des enfants et des jeunes Sahraouis.
- Les programmes scolaires
Le cycle de l'enseignement primaire dure six ans et accueille les enfants de 6 à 12 ans. À ce niveau, l’apprentissage de l’arabe standard se poursuit au premier cycle, mais l’élève sahraoui commence à apprendre le français à la troisième année (comme langue seconde). Au secondaire, l'arabe standard reste la langue d'enseignement, alors que le français est une matière d'enseignement, une langue seconde. Dans les matières économiques et techniques, le français devient une langue d'enseignement.
Fait insolite: le ministère de l’Éducation impose un examen d’entrée au secondaire, qui comporte deux épreuves, dont l'une est en français. Le problème, c'est que les Sahraouis ont été habitués à apprendre l'espagnol, non pas le français. L'arabe moderne standard est enseigné comme au Maroc pour les deux premières années du premier cycle fondamental, puis de six heures/semaine pour les trois autres années et tout le deuxième cycle fondamental. Les élèves d'origine berbère ont le droit de fréquenter une école où l'on enseigne le tachelhit, mais cela n'est possible que dans deux ou trois villes, dont Laâyoune. Quant à l'arabe hassanya, il est complètement évacué.
Si le Maroc place la question du Sahara marocain au sommet de ses priorités et désire encourager les efforts concertés des institutions nationales pour promouvoir l'éducation locale, il semble que les programmes scolaires élaborés par le ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement primaire et des Sports n’aient pas suffisamment suivi cette tendance nationale. Les programmes actuels ne contribuent pas à guider les jeunes générations sahraouies vers une compréhension profonde ni à ancrer la question du Sahara marocain dans leur esprit. Cette divergence soulève des questions sur la compatibilité du rôle du ministère avec les directives royales, notamment sur la question marocaine du Sahara.
L'arabe hassanya est considéré comme un «dialecte» local et une partie intégrante de l’identité culturelle marocaine, selon l'article 5 de la Constitution: «L’État s’attache à préserver l’hassanya comme partie intégrante de l’identité culturelle marocaine unifiée et à protéger les expressions culturelles et les parlers en usage au Maroc.» Toutefois, on peut se demander comment le gouvernement s'y prendra pour protéger l'hassanya si ce n'est même pas non à l'école? C'est probablement parce qu'il n'est pas interdit aux élèves de le parler de manière informelle dans les cours d'école, mais il n'existe pas de manuels scolaires ni de matières enseignées directement en hassanya ou pour l’hassanya au niveau primaire et secondaire. Bien que l'arabe standard reste la langue écrite de l'administration et des examens, l'arabe hassanya est employé oralement comme langue d'appui pédagogique par les enseignants pour expliquer les concepts aux jeunes enfants.
Jusqu'en 2007, l'enseignement de l'espagnol au baccalauréat dans les établissements d'enseignement du Sahara occidental (occupé) demeurait encore impossible, bien qu'au Maroc cette langue était enseignée en tant que deuxième langue étrangère (après le français). Le gouvernement marocain accorde aujourd'hui des bourses d'études aux étudiants qui désireraient poursuivre leur formation en espagnol; pour ce faire, ils doivent s'exiler et fréquenter les établissements relevant de la Mission espagnole à Tanger, à Tétouan et à Casablanca.
- Les pensionnats
Le Maroc a trouvé une formule qu'il croyait originale et efficace: le pensionnat. Il s'agit de la formule de type «demi-pension» et de l'internat. Ces méthodes ont certes permis aux enfants résidant dans des localités ou des quartiers éloignés des établissements scolaires de poursuivre régulièrement leurs études. Ces établissements, dont le nombre est supérieur à 20, accueillent aujourd'hui plus de 10 000 élèves. La plupart des jeunes du secondaire sont des boursiers du Maroc, ce qui leur permet d'étudier dans des conditions convenables. Parmi ces jeunes, certains bénéficient de places d'internat dans les lycées et les collèges qui ont été aménagés dans le but d'offrir de bonnes conditions d'hébergement et de scolarisation.
Toutefois, tous ces jeunes Sahraouis qui fréquentent un internat sont déracinés de leur foyer. Ils reçoivent une éducation typiquement marocaine qui leur inculque une culture qui n'est pas celle qu'ils recevraient dans leur quartier ou leur village. Ils deviennent des «Marocains» et perdent leur identité sahraouie.
5.4 Les médias
Si le Maroc tolère aujourd'hui des médias plus critiques qu'auparavant, il laisse une marge de manœuvre relativement limitée aux journalistes dans la mesure où à peine 1% de la population marocaine et sahraouie achète des journaux, lesquels sont publiés en arabe standard et/ou en français. Il faut aussi mentionner que l’analphabétisme de la population limite forcément le lectorat, tant chez les Marocains que chez les Sahraouis.
Par conséquent, ces difficultés ont pour effet de favoriser plutôt les médias électroniques, et davantage la radio que la télévision. Radio-Laâyoune, une station de radio généraliste régionale publique marocaine, couvre la totalité du territoire du Sahara occidental. Cette station diffuse en arabe marocain, en arabe hassanya, et partiellement en français et en espagnol, des programmes d'information politique, sociale, sportive, ainsi que des programmes éducatifs et des émissions religieuses. La station se veut la protectrice du patrimoine culturel sahraoui. Toutefois, considérée aussi comme un moyen pour le Maroc de marocaniser la population, Radio-Laâyoune a pour but de contrecarrer les velléités autonomistes et les incursions médiatiques du Front Polisario qui possède une radio en Algérie, mais qui est captée dans tout le Sahara occidental. La chaîne cherche à promouvoir le projet d'autonomie du Sahara occidental sous souveraineté marocaine.
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Il n'est pas aisé d'être sahraoui depuis le départ des Espagnols en 1975. En effet, depuis cette année-là, les Sahraouis ont dû subir une occupation bien plus belliqueuse, celle du Maroc qui devait assurer le contrôle de 80 % du territoire. Ainsi, les Sahraouis ont vu leur pays se diviser en deux : une zone marocaine et une zone sahraouie contrôlée par le Front Polisario, sans compter une zone «algérienne» à Tindouf. La situation au Sahara occidental reste donc marquée par une impasse politique et une tension diplomatique persistante.
Mais ce n'est pas tout, car les Sahraouis de la zone occupée par le Maroc deviennent progressivement des Marocains, tandis que les autres, ceux de l'autre côté du mur («en zone libérée», selon le Font Polisario), vivent dans la plus grande précarité. Dans la politique linguistique, l'arabe hassanya et l'arabe marocain, c'est-à-dire l'arabe des populations, sont laissés pour compte, sauf dans les communications informelles.
Sans ménagement, le Maroc agit comme si les 600 000 Sahraouis étaient marocains depuis toujours. Afin de régler le conflit vieux de 50 ans, le Maroc propose une «autonomie régionale sous sa souveraineté», tout en refusant l'autodétermination totale avec option d'indépendance réclamée par les indépendantistes. Présenté en 2007, le «plan marocain» (voir le texte) prévoyait la création d'organismes législatifs, exécutifs et judiciaires locaux pour les Sahraouis, tandis que le Maroc conserverait le contrôle de la défense, des affaires étrangères et des attributs régaliens de l'État.
On pourrait se demander pourquoi Rabat n'a-t-il pas mis en vigueur ce plan d'autonomie après l'annexion du Sahara occidental, même si toutes les parties concernées (Algérie et République sahraouie) n'ont pas donné leur accord ? Ce serait une façon de montrer une bonne volonté et de faire pression sur les Sahraouis à l'est du mur de se rallier au Maroc. Depuis vingt ans, Rabat a investi massivement dans les infrastructures économiques et sociales des territoires contrôlés, pour montrer que la région fait partie du Maroc. Il aurait pu aussi manifester le désir d'accorder des éléments d'autonomie à la population sahraouie. En fait, l'autonomie réelle consisterait à créer un institut particulier dans le but de promouvoir la langue et d’organiser des manifestations culturelles tout en se fondant dans l’identité nationale. Non seulement le Maroc est la 5e puissance économique en Afrique et la 3e en Afrique du Nord, derrière l'Égypte et l'Algérie, mais le gouvernement marocain a le sentiment d’avoir pour lui un bon rapport de force avec l'appui notamment des États-Unis, de l'Espagne et de la France. Par conséquent, il n'est certes pas disposé à céder quoi que ce soit.
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Bibliographie ALGUERO CUERVO, José Ignacio. «Histoire ancienne du Sahara occidental et colonisation du territoire par l’Espagne» dans Le droit international et la question du Sahara occidental, Bruxelles, Éditions Vincent Chapaux, 2009, p. 25-30. BOUKOUS Ahmed. «La politique linguistique au Maroc : enjeux et ambivalences» dans Les politiques linguistiques, mythes ou réalités, Paris, C. Juillard et L-J. Calvet (dir.), Éditions AUPELF-UREF, 1998, p. 63-72. CORREALE, Francesco et Juan Carlos GIMENO MARTIN. « Sahara occidental : mémoires coloniales, regards postcoloniaux» dans Les Cahiers d’EMAM, 2015, p. 24-25. DECASTER, Michèle «Front judiciaire et pillage économique d’une colonisation classique» dans Aujourd'hui l’Afrique, 01/06/2017, n° 144, p. 2-5. GRANDGUILLAUME, Gilbert. Arabisation et politique linguistique au Maghreb, Paris, Éditions G.-P. Maisonneuve et Larose, 1983, 127 p. LECLERC, Jacques. Langue et société, Laval, Mondia Éditeur, coll. "Synthèse", 1992, 708 p. LEFORT, Maria. «Sahara occidental, l’histoire d’un peuple oublié» dans Causes communes, avril 2016 (01/04/2016), N° 88, P. 26-28. OMAR, Sidi M. «La position du Front Polisario» dans Le droit international et la question du Sahara occidental, Bruxelles, Éditions Vincent Chapaux, 2009, p. 37-44. OULD CHEIK, Abdel Wedoud. Éléments d'histoire de la Mauritanie, Nouakchott, Institut mauritanien de recherche scientifique, Centre culturel français Antoine-de-Saint-Exupéry, 1991, 135 p. VILLEMONT, Régine. Avec les Sahraouis, une histoire solidaire de 1975 à nos jours, Paris, L’Harmattan, 2009, 351 p. |
République arabe sahraouie démocratique