Ainsi, parmi les arabophones, l'arabe marocain est parlé
par plus de 90% des locuteurs du Maroc.
 |
Le fait qu'il existe des
livres pour
apprendre l'arabe marocain (L'arabe marocain de poche) témoigne
de la vitalité de cette variété d'arabe. De cette façon, chaque variété
ou sous-variété de l'arabe marocain est identifié avec une ville ou une
région. Mais
ces variantes n’altèrent pas pour
autant la compréhension langagière entre les différentes régions. Il existe aussi des groupes qui proposent des cours de
"Speak Moroccan": on y offre des expressions utiles utilisables dans la vie
de tous les jours, ainsi que des cours simples de grammaire. C'est utile
lorsqu'on planifie un voyage touristique ou un voyage d’affaires au Maroc,
ou qu'on veuille simplement impressionner ses amis marocains.
Les variétés de l'arabe marocain et celles du
berbère demeurent les
langues maternelles de la quasi-totalité des
Marocains. L'arabe marocain (ou une variété de
berbère) demeure la première langue que tout
Marocain apprend dans sa famille et dans la vie
quotidienne du quartier. Outre sa présence dans le
milieu familial et le quartier, cet arabe est
utilisé dans la littérature populaire, les pièces de
théâtre, la radio et lors de certains débats
parlementaires. À l'école, l'emploi de l'arabe
marocain est courant en dehors de la classe (cour,
bureaux, réunions, etc.), dans la cour), mais la
plupart des enseignants utilisent cette variété dans
les classes, même si les directives du ministère de
l'Éducation interdisent cette pratique. |
Dans ses réalisations quotidiennes, l’arabe
marocain est non seulement imprégné de l’arabe moderne, mais a emprunté
aussi de très nombreux termes français et berbères (amazigh). Il s’agit donc d'un
métissage entre l’arabe standard, le français et l'amazigh, ce qui n'altère
nullement les valeurs culturelles et spirituelles des locuteurs marocains,
car son usage s'étend à toute la nation, même parmi les Berbères. L'arabe
marocain, y compris ses variétés locales, constitue en quelque sorte une
langue nationale illégale, qui n'est pas reconnue par la loi, mais utilisé
de facto par toute la population arabophone.
En plus
de l'arabe marocain, il se parle dans le pays d'autres variétés d'arabe:
l'arabe libanais, l'arabe algérien, l'arabe tunisien, l'arabe saharien,
l'arabe hassanya, etc.
- L'arabe
coranique
Quant à l'arabe
coranique ou classique, il n'est la langue maternelle d'aucun Marocain et il n'est pas
utilisé comme véhicule spontané de communication, pas plus au Maroc que dans
tout autre pays arabe parce que c'est une
langue sacrée figée dans
le temps, le VIIe siècle. L'arabe coranique demeure pour tout arabophone la
langue de la prédication islamique et de l'enseignement religieux (la langue du
Coran), puis celle de la langue écrite en concurrence surtout avec le français.
Mais c'est également la référence et l'outil symbolique
de l'identité arabo-musulmane, une langue supranationale réservée à des usages
formels et limités à certaines situations particulières. Aux yeux des nationalistes, l'arabe
classique représente le moyen de lutte contre l'oppression linguistique
exercée par l'Occident à travers ses langues, que ce soit le français,
l'espagnol ou l'anglais.
Enfin, l'arabe moderne standard demeure «la» langue
officielle de l'État, d'après l'article 5 de la
Constitution de 2011.
- L'arabe moderne standard
L’arabe moderne standard, ou simplement
«arabe standard», correspond à la variante moderne de la langue arabe,
soit celle qui est enseignée dans les écoles, par opposition à l'arabe
classique ancien associé à l'arabe du Coran. Au Maroc, comme dans
d'autres pays arabophones, l'arabe moderne standard sert de véhicule dans
l'enseignement à tous les les niveaux, sauf dans l'enseignement
supérieur scientifique. L'arabe moderne standard est également la langue
des productions littéraires, de la presse écrite, de la presse
électronique, et de toute sorte de brochures et de documents
administratifs et judiciaires. Surtout, c'est la langue qui est utilisée
dans les manifestations officielles et institutionnelles, notamment au
Parlement.
Au niveau supranational, l'arabe moderne standard est la
langue de communication par excellence dans le monde arabe, à la fois à
l'écrit et à l'orale. Pour cette raison, c'est une variété de
référence pour toute la communauté arabe, parce que, à travers elle,
sont véhiculées la culture arabe en général et une partie de la culture
marocaine en particulier.
L'arabe marocain, présent partout dans la vie
quotidienne, n'a aucun statut constitutionnel, mais l'arabe coranique,
totalement absent de la vie quotidienne, est la langue officielle du pays, celle
dont le statut est reconnu dans la la
Constitution de 2011. Dans les faits, c'est
l'arabe moderne standard qui sert de langue officielle, l'arabe classique
n'étant qu'un symbole. Qu'il soit véhiculaire, coranique ou moderne, l'arabe fait
partie de la famille des langues
afro-asiatiques (ou chamito-
sémitiques).
Voir l'article sur la Langue arabe et ses
variétés.
2.3 Les langues
berbères
Si les arabophones parlent diverses variétés
locales, il en est ainsi pour les berbérophones. En
fait, le mot berbère désigne une branche de langues appartenant à la famille afro-asiatique
(appelée aussi ''chamito-sémitique''). Les langues sémitiques (comme l'arabe) et
les langues berbères (comme l'amazigh) constituent les deux plus importants
groupes linguistiques de la famille afro-asiatique.
En principe, le terme «Amazigh» désigne les peuples
autochtones d'Afrique du Nord, tandis que le mot «tamazight» fait référence à la
langue qu'ils parlent. Cependant, au Maroc, le terme «amazigh» peut aussi
désigner la langue. De plus, il
ne faut pas oublier que les
berbérophones sont présents dans une dizaine de pays couvrant près de cinq
millions de kilomètres carrés et compte plus de 40 millions de locuteurs (voir la carte linguistique
berbérophone). Forcément, les variétés berbères peuvent porter des
appellations différentes.
Au Maroc, la langue berbère est appelée amazigh
dans la mesure où l'on parle du «berbère standardisé».
En ce cas, on ne fait plus la distinction entre le rifain, le tamazight ou le
tachelhit. En fait, l'arabe utilise تمازيغي, ce qui se traduit aussi bien par
«amazigh» que par «tamazight». Depuis le 8 avril 2022, la Chambre des
représentants assure l’interprétation vers la langue amazighe dans ses
trois variantes: le tachelhit, le tamazight et le tarifit.
En français, le mot berbère
est dérivé du grec barbaroi et retenu par les Romains dans barbarus,
puis récupéré par les Arabes en barbar et enfin par les Français avec
berbère, puis par les Espagnols avec beréber, par les Catalans
avec berber et par les Italiens avec berbero. Étymologiquement, ce terme désigne avant tout les «gens dont on ne comprend pas
la langue», c'est-à-dire les étrangers considérés comme des «barbares». Autrement dit, le mot berbère
avait une signification bien négative, puis par extension le mot a
même signifié «sauvage» ou «non civilisé». Avec le temps, le mot berbère
a fini par perdre son sens péjoratif pour désigner les Amazighes. Pour les
linguistes francophones, le mot berbère renvoie à un groupe linguistique
parmi les langues
afro-asiatiques.
Quant aux Berbères, ils préfèrent se désigner
eux-mêmes par le terme Amazigh, ce
qui signifie «homme noble» ou «homme
libre». La terminologie officielle du gouvernement marocain utilise aussi le terme
amazighe (ou amazigh). Bref, l'appellation «berbère» n'appartient
ni à la population concernée ni à sa langue, car ce terme a été apporté de
l'extérieur. Dans les faits, les mots «Berbère» et «Amazigh» sont
synonymes.
|
 |
Au Maroc, le nombre de berbérophones
est de 10 millions de locuteurs, soit 26 % de la population totale; ils constituent la minorité linguistique la plus importante
du pays. Dans certaines zones rurales, cette proportion se situerait entre 80 %
et 100 %. Parmi les berbérophones, plus d’un tiers ne maîtriserait pas
l’arabe standard. Les Berbères parlent
plusieurs variétés linguistiques, dont les principales sont l'amazigh (3,3 millions), le tachelhit (1,4 million), le tarifit
ou rifain (1,5 million), le zénaga (53 000), le
chaoui (26 000) et le ghomari (12 000). Il existe
quelques autres variétés ne comptant qu'un nombre restreint de
locuteurs. De façon habituelle, on distingue les variétés suivantes:
- le rifain (ou tarifit),
parlé dans le Rif, au nord-est;
- l'amazigh ou tamazight parlé dans le
Moyen-Atlas, une partie du
Haut-Atlas et plusieurs vallées; il dispose d’un
alphabet, le tifinagh (prononcé [tifinar], également utilisé par les Touaregs;
- le tachelhit ou
chleuh pratiqué par les Chleuhs du
Haut-Atlas, du Souss et du littoral du sud du Maroc.
|
Si l'on additionne les peuples qui parlent la même variété de langue, on
aura pour l'amazigh (ou tamazight) 3,59 millions de locuteurs 32,6); pour le
tachelhit 4,47 millions de locuteurs (44,7%); il ne reste que 1,6 million
pour le rifain ou tarifit (1,44%), 97 000 pour le tasenhajit (ou sanhadja de
Srayr), 27 000 pour le chaoui, 16 000 pour le taznati et 12 000 pour le
ghomari. Le tasenhajit, une langue berbère parlée par les Sanhadja de Srayr,
est considéré comme une langue en danger, avec des variations dialectales
importantes. Cette diversité a historiquement compliqué les efforts
d’unification linguistique et a parfois été instrumentalisée par les
autorités pour fragmenter les revendications politiques berbères.
|
Ethnie berbère |
Langue
maternelle |
Population |
Pourcentage |
Affiliation linguistique |
Religion principale |
|
Berbère du shilha
du Sud |
tachelhit |
3 556 000 |
32,7 % |
langue berbère |
islam |
|
Berbère de l'Atlas
central |
amazigh |
2 937 000 |
27 % |
langue berbère |
islam |
|
Berbère
rifain |
rifain (tarifit) |
1 649 000 |
15,2 % |
langue berbère |
islam |
|
Berbère
draoui |
tachelhit |
524 000 |
4,8 % |
langue berbère |
islam |
|
Berbère
filala |
tachelhit |
393 000 |
3.6 % |
langue berbère |
islam |
|
Berbère
warain |
amazigh |
342 000 |
3,2 % |
langue berbère |
islam |
|
Berbère
atta |
amazigh |
159 000 |
1,5 % |
langue berbère |
islam |
|
Berbère
sanhadjien
(de Srayr) |
tasenhajit
|
97 000 |
0,9 % |
langue berbère |
islam |
|
Berbère
ouregou |
amazigh |
78 000 |
0,7 % |
langue berbère |
islam |
|
Berbère
zekara |
amazigh |
78 000 |
0,7 % |
langue berbère |
islam |
|
Berbère chaoui |
chaoui |
27 000 |
0,3 % |
langue berbère |
islam |
|
Berbère
taznatit |
taznati |
16 000 |
0,2 % |
langue berbère |
islam |
|
Berbère
ghomari |
ghomari |
12 000 |
0,1 % |
langue berbère |
islam |
|
Total (2025) |
- |
10 868
000 |
100 % |
- |
- |
Il est possible également de consulter une
carte linguistique plus grande
des langues berbères au Maroc, en cliquant
ICI, s.v.p.
Cependant, il convient de préciser que la berbérophonie au Maroc,
contrairement à celle de l'Algérie, n'est pas aussi clairement territorialisée
que cette carte le laisse supposer. En réalité, il existe des arabophones
partout au Maroc, y compris dans les aires berbérophones, notamment tout autour de ces
zones où les langues sont davantage mélangées.
Par ailleurs, dans toutes les
grandes villes du pays, on compte de très nombreux berbérophones, que ce soit
Rabat, Tanger, Casablanca, Marrakech, Fès, Essaouira, etc. Autrement dit,
cette carte illustre davantage l'aire historique des parlers berbères que la
réalité actuelle qui est devenue plus complexe avec le temps. Il faut aussi
considérer que l'emploi des langues berbères tend à diminuer dans les grandes
villes au profit de l'arabe marocain. Dans les zones rurales, les variétés
berbères sont exclusivement utilisées par les berbérophones, y compris au sein
de l'Administration, dans la mesure où les employés sont berbérophones. De plus,
les provinces du Haut Atlas, du Rif et de
l’Anti-Atlas se classent régulièrement parmi les plus pauvres du
pays, avec des taux d’analphabétisme, de chômage et d’insécurité
alimentaire bien supérieurs à la moyenne nationale.
 |
En ce qui a trait à l'écriture, l'emploi de l'amazigh est exclusivement oral,
rarement écrit en dehors des dénominations officielles.
Tous
les Marocains écrivent soit en arabe standard moderne soit en français. On n’écrit pas
en arabe véhiculaire ni généralement en berbère, bien que ce dernier possède une
écriture: l'alphabet tifinagh. Au point de vue linguistique, l'arabe
et l'amazigh, ainsi que leurs variétés, sont des
langues
afro-asiatiques
(ou chamito-sémitiques).
Depuis la
Constitution de 2011,
le tamazigh est aussi «une» langue officielle avec l'arabe (art. 5), mais ce statut
n'est pas tout à fait équivalent. En effet, il fallait attendre l'adoption d'une
loi organique, promulguée seulement en 2019, qui devait définir les modalités et le processus de la mise en
œuvre de l’officialisation de la langue amazighe, ainsi que son intégration dans
l’enseignement, dans les médias et dans l'administration de l'État.
|
2.4
Le français
Depuis la signature du traité de Fès, le 30 mars 1912
jusqu'à la proclamation de l'indépendance le 2 mars 1956, le français était la
langue officielle du régime du protectorat et de ses institutions. Même après
cette date, le français a conservé un rôle privilégié en tant que première
langue étrangère — langue seconde généralisée —
du Maroc. Les dirigeants marocains ont pourtant entamé une ambitieuse politique
d'arabisation qui s'est poursuivie avec effort jusque vers 1976, avant de
connaître un certain essoufflement. Aujourd’hui, un certain pragmatisme semble
avoir pris la relève, qui a fait place à la «cohabitation linguistique». Le
Maroc compte encore quelque 80 000 Français et 20 000 Espagnols. Il y a aussi un
certain nombre de Marocains qui ont perdu leur langue arabe marocaine: ce sont ceux qui
ont émigré en France et qui sont revenus après plusieurs années.
- Une langue sans statut officiel
Le français n'a aucun statut officiel de droit au Maroc,
puisque la Constitution
déclare dans son préambule que l'arabe est la langue officielle du Maroc. Mais
le français est la seule langue au Maroc, qui
puisse prétendre d'être à la fois lue, écrite et parlée, tout en étant la
langue de toutes les promotions sociales et économiques. La langue française a
gardé des positions importantes dans l'éducation, les tribunaux, la politique,
l'Administration et les médias, ce qui est beaucoup, il va sans dire, car il
faut mentionner aussi la visibilité de cette langue dans l'espace et
l'environnement graphique marocain. Le
français a donc acquis un statut de fait (de facto) au Maroc. Il ne
faut pas oublier que la France est demeurée le principal partenaire économique
du Maroc, voire le premier client, le premier investisseur, et le premier
formateur de cadres marocains à l'étranger. De son côté, le Maroc participe
aux Sommets de la Francophonie et adhère à l'Agence universitaire francophone
(AUF), à l'Agence intergouvernementale de la Francophonie (AIF), ainsi qu'à
divers autres organismes internationaux francophones.
Cela étant dit, le français n'est pas connu par
tous les Marocains. Pour parler et lire le français, il faut avoir fréquenté
l'école jusqu'à la fin du secondaire. Comme près de 50 % des enfants marocains
ne terminent pas leur secondaire, il arrive qu'ils oublient ensuite le peu de
français qu'ils ont appris. Bref, le français est connu et utilisé par tous ceux
qui ont fait des études universitaires, qui tiennent des commerces importants,
qui font des affaires, qui jouent un rôle primordial dans la vie culturelle de la
nation ou qui sont en contact régulier avec les touristes.
- Le français «rudimentaire»
Il existe au Maroc un français «rudimentaire» qui a une fonction
essentiellement pratique et limitée. Il sert d'instrument de communication
pour les Marocains peu alphabétisés, sinon pas du tout, qui sont en contact
avec une population francophone vivant au Maroc ou le visitant en tant que
touriste. C'est le cas en général des employés de maison ou des
domestiques, des jardiniers, des gardiens de piscine, des laquais dans les
hôtels, des guides touristiques de fortune, des agents de service des
diverses sociétés privées franco-marocaines, des vendeurs itinérants, des
femmes de chambre, etc. Ce type de français rudimentaire est caractérisé par
un vocabulaire très limité, une syntaxe simplifiée et une phonétique
influencée par l'arabe dialectal. C'est un français strictement utilitaire
qui ne peut soutenir une conversation élaborée.
Beaucoup de Marocains
peu instruits ne parlent donc que l'arabe local. Dans les zones rurales, il
est fréquent d'aborder des Marocains qui n'ont aucune connaissance du français
ni de l'arabe standard moderne, et qui ne parlent que l'arabe marocain. Quant aux Berbères, il est plus rare
qu'ils ne parlent que leur variété locale. Ils parlent en général au moins
l'arabe marocain comme langue seconde.
Le bilinguisme arabo-amazigh est propre aux seuls amazighophones (ou
berbérophones); il est rare qu'un arabophone tentera d'apprendre l’amazigh parce
qu’il n'en voit pas la nécessité. Un Marocain instruit parle généralement
l'arabe marocain, l'arabe standard, le français et, parfois, l'anglais et
l'espagnol. Dans les hôtels, le personnel en contact directement avec le public
peut être polyglotte et s'exprimer en arabe marocain, en arabe standard, en
français, en anglais, en espagnol et parfois en allemand.
2.5 L'espagnol et l'anglais
L'espagnol
est présent sur le territoire marocain depuis la chute de Grenade en 1492 et
ensuite l'arrivée des Maures et des Juifs chassés d'Espagne. Cette langue est devenue
plus «populaire» à la suite de la colonisation espagnole à la fin du
XIXe
siècle, surtout dans le Sahara occidental. La conférence d'Algésiras
(1906), qui entérinait l'intervention des puissances occidentales au Maroc,
reconnut à l'Espagne et à la France des droits particuliers. En dépit de
l'opposition de l'Allemagne, le traité de protectorat, finalement imposé au
sultan du Maroc, fut signé à Fès le 30 mars 1912. Mais, en novembre
1912, la convention de Madrid plaçait le nord du pays (Sahara occidental) sous
protectorat espagnol.
Après l'indépendance du Maroc en 1956, la
récupération du Rif au nord, d'Ifni et du Sahara occidental en 1975,
l'espagnol perdit beaucoup de sa vitalité. Aujourd'hui, l'espagnol n'a
gardé qu'une faible position dans des centres comme Tanger, Tétouan, Nador. Par
contre, le Sud demeure encore très influencé par l'espagnol qui est enseigné au secondaire et à l'université
en tant que langue étrangère. Dans de nombreux cas, l'espagnol prévaut sur le
français dans le Sud. La présence de nombreux médias espagnols, sans compter
les milliers d'Espagnols qui, pour des raisons liées au commerce ou de travail,
doivent voyager dans ces régions ou qui résident à Ceuta ou à Melilla. D'autres
facteurs entrent en ligne de compte, comme la proximité avec le territoire
espagnol et la très importante quantité de touristes espagnols qui choisissent
le Maroc pour y passer leurs vacances ou simplement comme un pays à visiter, ce
qui encourage les Marocains à apprendre l'espagnol.
Pour ce qui est de la langue
anglaise, il faut reconnaître que sa position reste encore faible
sur le «marché linguistique» marocain, mais sa force augmente lentement et
sûrement en raison de son statut au plan international. L'intelligentsia
marocaine, formée à l'école anglo-américaine, estime que le français n'a
pas le monopole de la modernité. L'anglais pénètre dans des champs
traditionnellement tenus par le français, comme l'éducation, la recherche et les médias.
Certains croient qu'il faudrait que le Maroc passe de la francophonie à la
francophilie et à l'anglophonie, mais c'est sans compter sur la force d'inertie,
et les ressources limitées en matière d'éducation (en personnel et en
financement).
2.6
L'ensemble des langues
Si l'on rassemble les statistiques
démo-linguistiques, on aura le tableau suivant:
|
Ethnie |
Langue
maternelle |
Population |
Pourcentage |
Affiliation linguistique |
Religion principale |
|
Arabe
|
arabe + variétés |
28 502 000 |
71,8 % |
langue sémitique |
islam |
|
Berbère |
amazigh + variétés |
10 868 000 |
27,3 % |
langue berbère |
islam |
|
Espagnol |
espagnol |
7 200 |
0,0 % |
langue romane |
christianisme |
|
Français |
français |
5
800 |
0,0 % |
langue romane |
christianisme |
|
Autres
|
diverses |
312 000 |
0,7 % |
- |
- |
|
Total |
- |
39 695 000 |
100 % |
|
|
2.7 Les religions
L'islam sunnite est la religion dominante au Maroc, mais le pays possède
également des communautés juives et chrétiennes, avec une histoire de
coexistence et de tolérance religieuse. De fait, la
Constitution marocaine stipule également à
l'article 3 que l’islam est la religion officielle de l’État, tout en
garantissant la liberté de pratiquer des rituels religieux aux non-musulmans.
- L'islam
L'islam est la religion d'État au Maroc, et le roi porte le titre de
«commandeur des croyants» (''Amir al-Muminin'') afin de garantir le respect de
l'islam dans le pays. La plupart des Marocains pratiquent l'islam sunnite,
soit 98,5 %, bien que la pratique religieuse soit relativement modérée, avec
environ un tiers des hommes se rendant à la mosquée chaque vendredi. Néanmoins,
les cinq piliers de l'islam — profession de foi, prière, aumône, jeûne du
ramadan et pèlerinage — sont généralement respectés et intégrés dans la vie
quotidienne.
- Le judaïsme
Le judaïsme bénéficie d'une longue histoire au Maroc, avec des communautés
présentes depuis l'Antiquité, donc avant l'apparition de l'islam, et renforcées
par l'arrivée des juifs d'Espagne après la Reconquista au XVe
siècle. Aujourd'hui, la population juive est très réduite, puisqu'elle
représente environ 0,2 % de la population, soit environ 20 000 personnes pour
tout le pays. Cela dit, les anciens quartiers juifs, appelés ''mellahs'', et les
synagogues historiques témoignent de cet héritage, notamment dans des villes
comme Fès, Grenade, Marrakech et Essaouira.
- Le christianisme
Le christianisme est une autre religion grandement minoritaire au Maroc, car
elle représente environ 1 % de la population. Ce sont principalement de
communautés catholiques et protestantes, en général issues de résidents
étrangers ou de la diaspora marocaine. Il existe quelques communautés
chrétiennes arabes et berbères, elles sont très minoritaires.