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Kosovo

(1) Généralités

République du Kosovo
 

Capitale: Pristina
Population:
1,5 million (2024)
Langues officielles: albanais (de jure) et serbe (de jure); turc (local) et bosniaque (local)
Groupe majoritaire: albanais (91,7 %)
Groupes minoritaires:
serbe (5,1 %), bosniaque (0,1 %), romani (0,7 %), turc (0,9 %), goran (0,6 %), monténégrin (0,4 %), croate (0,1 %)
Système politique provisoire: statut de «province» de la république de Serbie sous mandat des Nations unies, ayant le 17 février 2008 déclaré unilatéralement son indépendance totale
Articles constitutionnels (langue): art. 5, 24, 29, 30, 58, 59, 60, 61, 62, 81 de la Constitution du 16 avril 2008 ; Cadre constitutionnel pour un gouvernement autonome provisoire (2001) - ONU
Lois linguistiques :
Loi sur l'emploi des langues (2006);  Loi sur la promotion et la protection des droits des communautés et de leurs membres au Kosovo (2008); Règlement sur le Bureau du Commissaire aux langues (2012); Ordonnance administrative sur les langues étrangères dans le programme d’études de deuxième ou de troisième cycle (2018); Ordonnance administrative sur l'emploi de la langue à bord d'un avion (2019).
Lois scolaires:
Loi sur l’enseignement préscolaire
(2006);  Loi sur l'éducation dans les municipalités (2015);
Lois à portée linguistique: Règlement portant sur l'autonomie des municipalités au Kosovo - MINUK (2000); Loi contre la discrimination (2004; Loi sur le droit des brevets (2004); Loi sur la protection des consommateurs (2004, abrogée); Code pénal provisoire du Kosovo (2004, abrogé); Loi sur la procédure administrative (2005); Loi sur le tabac (2005); Loi sur la radiotélévision du Kosovo (2006); Loi sur les institutions culturelles (2006); Loi sur le droit au patrimoine culturel (2006); Loi sur la procédure en matière contentieuse (2008); Directive administrative pour l'étiquetage et la déclaration des marchandises (2007); Instruction administrative sur les exigences techniques pour la construction et le fonctionnement des stations d'approvisionnement des véhicules avec carburant (2007); Loi sur la citoyenneté du Kosovo (2008); Loi sur la police (2008); Loi sur les documents de voyage (2008); Loi sur l'autonomie locale (2008); Loi sur les cartes d'identité (2008); Loi sur les élections générales (2008); Loi sur les élections locales (2008); Loi sur l'aviation civile (2008); Loi sur le barreau (2009); Loi sur le Journal officiel (2010); Règlement de l'Assemblée de la république du Kosovo (2010); Loi sur l'asile (2011); Loi pour les marchés publics (2011); Règlement sur l'étiquetage, la présentation et la publicité des produits alimentaires (2013); Loi sur l’accès aux documents publics (2017); Code pénal de la république du Kosovo (2018); Code civil de la république du Kosovo (2018); Loi sur la protection des consommateurs (2018).

1 Situation géopolitique

Le Kosovo (10 887 km²) est situé tout au sud de la Serbie; il est limité au sud-est par la Macédoine du Nord, au sud-ouest par l’Albanie, au nord-ouest par le Monténégro. La capitale du Kosovo est Prishtinë (en albanais) ou Priština (en serbe), voire Pristina en français. La superficie du Kosovo représente approximativement le tiers de celle de la Belgique, c'est donc un petit pays du point de vue géographique.

Le Kosovo est formé des plaines du Kosovo Polje et de la Metohija ainsi que de leur bordure montagneuse, d’où le nom de Kosovo-Metohija qu’on abrège parfois en Kosmet. L'expression Kosovo-Metohija est généralement en usage par les autorités de la république de Serbie.

Quant à l'orthographe francisée Kossovo, voire Cossovie, elle était utilisée par les autorités autoproclamées de la république de Kosovo. Mais, dans les médias occidentaux, c’est l’usage de l’orthographe Kosovo (comme en anglais) qui s’est imposé, bien qu’il aurait fallu écrire en français Kossovo. En albanais, on écrit Kosovë ou, selon la forme définie, Kosova, alors qu'en serbe on trouve Kosovo (forme latine) et Косово (forme cyrillique). Kosovo et Косово signifient «Merles» en serbo-croate; le nom Metohija (en français "Métoquie") rappelle qu'au Moyen Âge le pays ne dépendait pas des patriarcats locaux de Petch et d'Ohrid, mais directement de celui de Constantinople.

1.1 Un État de facto

Jusqu'au 17 février 2008, du moins selon le droit international, le Kosovo formait l'une des deux provinces autonomes de la république de Serbie, comme la Voïvodine au nord. Après des années de négociations infructueuses avec la Serbie pour augmenter son autonomie, le gouvernement du Kosovo a déclaré unilatéralement son indépendance en 2008. En fait les Kosovars albanophones souhaitaient s'unir avec l'Albanie, mais les Kosovars serbophones s'y refusent. Quant à la communauté internationale, elle admettait que les six républiques fédérées de  l'ex-Yougoslavie se séparent, mais pas les deux provinces autonomes de la Serbie, et c'est pourquoi le statut actuel du Kosovo n'est pas encore définitivement réglé.

Le Kosovo fonctionne comme un État de facto, avec une forte présence de l'OTAN (KFOR) et de l'Union européenne. Selon la Cour internationale de justice de La Haye, le 22 juillet 2010, la déclaration d'indépendance du Kosovo ne viole pas le droit international: il est possible de déclarer son indépendance sans violer le droit international.

Le drapeau du Kosovo, adopté le 17 février 2008, représente une carte du Kosovo sur un fond bleu (l'Union européenne) entouré de six étoiles jaunes. La couleur jaune rappelle la forme du Kosovo, alors que les six étoiles blanches symbolisent les six principales communautés ethniques du pays: la majorité albanaise et cinq minorités (Serbes, Bosniaques, Roms, Égyptiens des Balkans, Gorans et Turcs).

1.2 Un protectorat des Nations unies
 

En vertu de la résolution 1244 du Conseil de sécurité des Nations unies du 10 juin 1999, le Kosovo était administré par une sorte de proconsul. La «province serbe» est ainsi devenue un protectorat de la communauté internationale. Le protectorat du Kosovo fut fondé sur la coopération des Nations unies, de la KFOR (Force de paix au Kosovo) et de l’OSCE (l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe).

Le Kosovo fut alors divisé en plusieurs zones: une zone française, une zone italienne, une zone britannique, une zone allemande et une zone américaine. La KFOR était placée sous le commandement d'un officier général d'un pays membre de l’OTAN. Elle fut chargée de prévenir les conflits armés et de garantir la sécurité. Quant à la MINUK (Mission des Nations unies au Kosovo), elle avait pour tâche de créer une administration transitoire et de normaliser les processus politiques et économiques. L’OSCE, pour sa part, devait organiser les élections, créer des médias indépendants, élaborer des lois et un système démocratique durable.

Au lendemain de la déclaration de l'indépendance par les autorités kosovares et de l'entrée en vigueur d'une nouvelle constitution le 15 juin 2008, le mandat de la MINUK fut considérablement modifié en profondeur, de même que sa configuration, et son effectif a été réduit en conséquence.

Pendant ce temps, la KFOR est restée sur le terrain afin d'assurer la présence de forces de sécurité nécessaire au Kosovo. Les effectifs militaires étaient originaires de l'Espagne, de la Norvège, de la Pologne, de la République tchèque, de la Roumanie, de la Turquie et de l'Ukraine. Parmi le personnel de police figurent l'Allemagne, le Ghana, l'Italie, le Pakistan, la Roumanie, la Turquie et l'Ukraine. En 2020, les pays contributeurs étaient la République tchèque, l'Ukraine, la Moldavie, la Pologne, la Roumanie et la Turquie.

Conformément au Cadre constitutionnel, le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies a conservé certains pouvoirs et, afin de lui permettre de s'acquitter de ces fonctions réservées, la MINUK a mis en place les services suivants: la protection civile, les affaires administratives, les infrastructures et les affaires rurales.

1.3 Les régions et les municipalités

Le Kosovo est divisé en sept régions administratives (rajone/rajonet), également appelées districts (distrikt/distrikte) ou comtés (qart/qarqe). Ce découpage repose sur un système administratif visant à faciliter la gestion et la gouvernance locales. Chaque région comprend plusieurs municipalités (Komunat); par exemple, on en compte cinq dans la région de Ferizaj; et possède un chef-lieu appelé «ville» (qytetit). Les municipalités incluses dans la ville ne doivent pas avoir la même structure de pouvoir que les municipalités, car elles n'en ont pas besoin; elles sont rattachées à l'Assemblée municipale de la ville, qui planifie également l'ensemble du territoire urbain, généralement en fonction des demandes et de la coordination des municipalités elles-mêmes, et selon les besoins et priorités établis.

Sur la base de l’article 1 du Règlement de la MINUK 2000/43 publié le 27 juillet 2000, le Kosovo comptait 30 municipalités, mais aujourd'hui 38, telles qu’elles figurent dans le tableau ci-dessous. Selon ce règlement, la communication officielle doit employer des noms en albanais et en serbe, sauf que dans les municipalités où les communautés ethniques ou linguistiques non albanaises et non serbes constituent une part substantielle, les noms des municipalités sont également donnés dans les langues de ces communautés.

Section 1

Number and Names of Municipalities

1.1
Kosovo shall have thirty municipalities as set out in Schedule A annexed to the present regulation.

1.2 Official communications shall not contain any name for a municipality that is not a name set out in Schedule A to the present regulation, except that in those municipalities where ethnic or linguistic communities other than Serbian or Albanian form a substantial part of the population, the names of the municipalities shall also be given in the languages of those communities.
Article 1

Nombre et appellation des municipalités

1.1
Le Kosovo compte 30 municipalités, conformément à l'annexe A du présent règlement.

1.2 Les communications officielles ne peuvent mentionner, pour une municipalité, qu'un nom figurant à l'annexe A du présent règlement. Toutefois,
dans les municipalités où des communautés ethniques ou linguistiques autres que serbes ou albanaises représentent une part importante de la population, la dénomination de la municipalité doit également être indiquée dans la langue de ces communautés.

En principe, toutes les municipalités comptent deux appellations, l'une en albanais, l'autre en serbe : Ferizaj/Uroševac, Pejë/Peć, Gjilan/Gnjilane, Mitrovicë/Mitrovica, etc. Pour la capitale, c'est Prishtinë/Priština, mais il existe une appellation française Pristina qui sera ici privilégiée. Dans un désir de simplification, seules les appellations en albanais ont été généralement retenues, bien que les municipalités aient toutes une version bilingue serbe en alphabet latin ou cyrillique (Ferizaj/Урошевац, Pejë/Пећ, Gjilan/Гњилане, Mitrovicë/Митровица, etc.); la version des appellations serbes en alphabet latin est jugé également préférable à des fins de compréhension.
 

Région de Ferizaj (5) Région de Gjakovë (4) Région de Gjilan (6) Région de Mitrovicë (7) Région de Pejë (3) Région de Pristina (8) Région de Prizren (5)
  • Ferizaj
  • Hani i Elezit
  • Kaçanik
  • Shtime
  • Shtërpcë



     
  • Deçan
  • Gjakovë
  • Junik
  • Rahovec




     
  • Gjilan
  • Kamenicë
  • Klokot
  • Partesh
  • Ranilug
  • Viti
     

 

  • Leposaviq
  • Mitrovica-Nord
  • Mitrovicë-Sud
  • Skënderaj
  • Vushtrri
  • Zubin Potoku
  • Zveçan

 

  • Pejë
  • Istog
  • Klinë



     

 

  • Gllogoc (Drenasi)
  • Graçanicë
  • Fushë Kosovë
  • Lipjan
  • Novobërdë
  • Obiliq
  • Podujevë
  • Pristina
     
  • Dragash
  • Malishevë
  • Mamusha
  • Prizren
  • Suharekë

     

 

De plus, chaque municipalité peut compter plusieurs localités. Dans le tableau suivant, on peut comptabiliser le nombre de localités dans chacune des municipalités, lesquelles varient de 1 à 77: 

Deçan > 37
Dragash > 36
Ferizaj > 45
Fushë Kosovë > 16
Gjakovë > 88
Gjilan > 49
Gllogoc > 35
Graçanicë > 17
Hani i Elezit
> 11
Istog
> 50
Junik
> 3
Kaçanik
> 31
Kamenicë
> 58
Klinë > 54
Kllokot > 4
Leposaviq > 75
Lipjan > 62
Malishevë > 44
Mamusha > 1
Mitrovica-Nord > 3
Mitrovicë-Sud > 46
Novobërdë > 26
Obiliq > 20
Partesh > 3
Pejë > 79
Podujevë > 77
Pristina > 43
Prizren > 76
Rahovec > 36
Ranillug > 13
Shtërpcë > 16
Shtime > 23
Skënderaj > 49
Suharekë > 41
Viti > 39
Vushtrri > 67
Zubin Potoku > 61
Zveçan > 35

Les municipalités du Kosovo comptant le plus grand nombre de localités sont Gjakovë (88), Pejë (79), Podujevë (77), Prizren (76) et Leposaviq (75). À l'inverse, celles qui en comptent le moins sont Mamusha (1), Junik (3), Partesh (3), Mitrovica Nord (3) et Kllokot (4).

- La municipalité de Mitrovicë/Mitrovica

La situation de la municipalité de Mitrovicë/Mitrovica mérite une explication. C'est une ville divisée en deux par la rivière Ibar: Mitrovica-Nord (Severna Mitrovica en serbe latin), où les Serbes habitent en grande majorité, et Mitrovicë-Sud, (Mitrovicë Jugut, en albanais) où résident très majoritairement les albanophones. En 2011, la municipalité de Mitrovica/Mitrovicë-Nord comptait 84 235 habitants, puis la scission en deux municipalités (Mitrovica-Nord et Mitrovicë-Sud) a eu lieu vers 2013. La population totale de Mitrovicë/Mitrovica (les parties sud et nord combinées) était estimée à environ 72 662 habitants en 2024, d'après les données du recensement Wikipédia. Mitrovicë-Nord comptait 7920 habitants en 2024, majoritairement serbes (5594), avec une minorité albanaise (1489); Mitrovicë-Sud comptait 64 742 habitants en 2024, majoritairement albanais (96,8 %). On trouve aussi dans les deux parties de la ville des petites minorités rom, askhali et gorane, dont le futur est incertain.

Tout sépare les deux parties de la ville : au nord, le dinar serbe sert de monnaie, au sud c'est l'euro. Au nord règne l'alphabet cyrillique et le serbe; au sud, c'est l'alphabet latin et l'albanais. Il y a deux mairies, dont l'une est reconnue par Belgrade, l'autre par Pristina.

Quelques ponts traversent la rivière Ibar reliant ainsi les deux quartiers, dont le plus connu est le pont Ouest, qui relie les deux centres-villes et où l'on trouve les principaux magasins de la ville.

1.4 Le contrôle des frontières

Le gouvernement du Kosovo ne contrôle pas le nord du pays (15 %), demeuré aux mains des Serbes de Belgrade; c'est ce qu'on appelle l'Assemblée de Kosovo-et-Métochie, également connue sous le nom d'Assemblée de la Communauté de municipalités de Kosovo-et-Métochie (en serbe latin: Skupština Zajednice opština Autonomne pokrajine Kosovo i Metohija). Cette assemblée a été créée à Mitrovica (partie nord du Kosovo) pour représenter les municipalités qui refusent la déclaration 2008 de l'indépendance du Kosovo et souhaitent leur rattachement à la Serbie.

Tout au plus, les Serbes du Kosovo affirment accepter l'autorité de l'ONU, alors que la Serbie continue d'administrer cette partie du territoire kosovare. C'est pourquoi les Serbes habitant ces 26 municipalités demandent toujours leur rattachement à la Serbie. Certaines minorités du Kosovo non albanophones participent à cette assemblée : des Serbes, des Monténégrins, des Gorans, des Roms, des Bosniaques et des Turcs. Un porte-parole de l’ONU a qualifié l’assemblée de «réalité virtuelle».

Cette région du Kosovo, peuplée d'environ 120 000 personnes, est composée des municipalités suivantes: Leposaviq (18 600 hab.), Zveçan (7500 hab.), Zubin Potoku (15 200 hab.) et Mitrovicë (46 230 hab.). En principe, on compterait plus de 87 500 Serbes, ce qui correspondrait à 73% de la population.

2 Données démolinguistiques

Même si le Kosovo a depuis des siècles une majorité albanophone et musulmane, il abrite également depuis longtemps d'autres groupes linguistiques et religieux. Au Kosovo le terme «communauté / communautés» (en albanais, komuniteti / komunitetet; en serbe latin, zajednica / zajednice) désigne les minorités, mais il faut savoir que le barème des recensements les multiplie au fil des ans en distinguant des groupes de plus en plus petits, définis par des critères ethniques, religieux ou linguistiques, voire même de dénomination (comme dans le cas des Roms / Ashkalis / Égyptiens, qui, pour les ethnologues, sont un seul groupe). Dans l'ex-Yougoslavie, on employait le terme «nationalité» pour dénommer les groupes ethniques, majoritaires ou minoritaires. Dans le cadre de cet article, les mots communauté, minorité et nationalité seront employés plus ou moins indistinctement.

2.1 Les statistiques démographiques

Nous présentons ici deux données démographiques: celui du recensement de 2024 et celui de Joshua Projet de 2025.

- Le recensement national de 2024

Le tableau ci-dessous présente la répartition ethnique de 1991, de 2011 et de 2024, selon le recensement national de l'Albanie. Il faut constater immédiatement une chose: la régression de la population qui est passée de 1,9 million en 1991 pour baisser à 1,7 million en 2011 et à 1,5 million en 2024. Durant la guerre du Kosovo en 1999, environ 700 000 Albanais du Kosovo, plus de 100 000 Serbes et plus de 40 000 Bosniaques furent contraints de fuir vers l'Albanie, la Macédoine du Nord, le Monténégro, la Bosnie et la Serbie. Après la prise en charge du Kosovo par l'ONU à la suite de la guerre, la grande majorité des réfugiés albanais sont rentrés au pays. Entre 1991 et 2024, le pays a perdu 3,7 millions de personnes, affichant ainsi l'un des taux de diminution les plus élevés au monde. 1 616 869

Ethnie
Recensement de 1991 Recensement de 2011 Recensement de 2024
Nombre % Nombre % Nombre %
Albanais 1 596 072 81,6 % 1 6126 869 92,9 % 1 454 963 91,7 %
Serbe 194 190 9,9 % 25 532 1,5 % 36 652 2,3 %
Monténégrin 20 365 1,1 % - - - -
Musulman ethnique 66 189 3,4 % - - - -
Bosniaque 27 533 1,6 % 26 841 1,7 %
Goran 10 265 0,6 % 9140 0,6 %
Croate 8 062 0,4 %

-

-

-

-
Yougoslave 3 457 0,2 %

-

-

-

-
Rom 45 760 2,3 % 8 824 0,5 % 8 730 0,5 %
Ashkali 15 436 0,9 % 16 270 1,0 %
Égyptien des Balkans 11 524 0,6 % 10 581 0,6 %
Turcs 10 445 0,5 % 18 738 1,1 % 19 419 1,2 %
Macédoniens

-

-

-

-

-

-

Autres ou non spécifiés 11 656 0,6 % 3 264 0,6 % 2 051 0,1 %
Total 1 956 196 1 739 825 1 585 566

Recensant moins de 1,6 million d'habitants contre près de 1,8 million en 2011, le pays perd sa population en raison d'une émigration massive vers l'Europe occidentale et d'un faible taux de natalité, ce qui aggrave le vieillissement démographique. De plus, le recensement de 2024 dénombre 36 652 Serbes au Kosovo, et ce, à partir d'estimations parce que les Serbes ont boycotté le recensement. Selon les résultats du recensement réalisé par l'Agence nationale des statistiques du Kosovo (ASK) réalisé en 2024, sur les 1,5 million d'habitants, 91,76% d'entre eux seraient d'origine ethnique albanaise, 2,31% serbe, 1,69% bosniaque, 1,2% turque et 1,02% askhali. Le recensement de 2024 au Kosovo (ReKos 2024) a révélé une population résidente de 1,5 million d'habitants, marquant une baisse de près de 10 % (environ 8,8 % à 10 %) par rapport au recensement de 2011. Cette diminution, attribuée à l'émigration massive, montre un vieillissement démographique malgré une population toujours jeune, dans un contexte de boycott par la communauté serbe; de fait, la communauté serbe s'est très peu prêtée à une participation au processus de recensement.

- Les données numériques de Joshua en 2025

Dans le Joshua Project, la population est estimée à 1,7 million, ce qui est déjà beaucoup plus que le recensement national. Mais ce n'est pas la seule différence. 

Groupe ethnique Population Pourcentage Langue principale Filiation linguistique Religion principale
Albanais 1 556 000 91,1 % albanais guègue groupe albanais islam
Bosniaque 24 000 1,4 % bosniaque langue slave islam
Serbe 22 000 1,2 % serbe langue slave chrétienne
Monténégrin 18 000 1,0 % monténégrin langue slave chrétienne
Turc 17 000 0,9 % turc famille altaïque islam
Égyptien des Balkans 10 000 0,5 % albanais tosque groupe albanais islam
Goran  9 200 0,5 % serbe/gorani langue slave islam
Rom 7 600 0,4 % romani langue indo-iranienne chrétienne
Malentendant 5 000 0,2 % langue des signes langue slave islam
Croate 3 600 0,2 % croate langue slave chrétienne
Autres 43 000 2,5 % - - -
Total (Joshua 2025) 1 706 200 100,0 % - - -

Lorsqu'on compare les deux tableaux, la différence la plus notable concerne les Serbes, soit 22 000 (pour 1,2 %) dans Joshua contre 36 652 (pour 2,3 %) dans le recensement de 2024, un écart de 14 652. Pour les autres communautés, les chiffres concordent assez bien.
 

 

Ethnie

Joshua Project 2025
Nombre %
Albanais 1 596 072 91,1 %
Serbe 22 000 1,2 %
Bosniaque 24 000 1,4 %
Monténégrin 18 000 1,0 %
Turc 17 000 0,9 %
Égyptien des Balkans 10 000 0,5 %
Goran 9 200 0,5 %
Rom 7 600 0,4 %
Croates 3 600 0,2 %
Autres 43 000 2,5 %
 

Ethnie

Recensement national de 2024
Nombre %
Albanais 1 454 963 91,7 %
Serbe 36 652 2,3 %
Bosniaque 26 841 1,7 %
Monténégrin - -
Turc 19 419 1,2 %
Égyptien des Balkans 10 581 0,6 %
Goran 9 140 0,6 %
Rom 8 730 0,5 %
Croates

-

-

Autres 2 051 0,1 %

Selon d'autres sources, la population serbe se situerait entre 95 000 et 100 000 personnes, soit 5 % à 6 % de la population totale; ils représenteraient ainsi le deuxième groupe ethnique du Kosovo après les albanophones.

Le serbe, le monténégrin, le bosniaque et le croate sont des langues slaves sensiblement similaires. Ces langues étaient auparavant appelées serbo-croate, la langue officielle de la Yougoslavie titiste en 1945. En réalité, qu'on l'appelle le serbe, le croate, le bosniaque ou le monténégrin, il s'agit de la même langue, puisque toutes les variantes possèdent, à quelques exceptions près, les mêmes formes, les mêmes fonctions et la même histoire, sauf qu'elles s'écrivent en alphabet cyrillique (serbe et monténégrin) ou en alphabet latin (bosniaque et croate).

2.2 Les albanophones

L'albanais parlé par les habitants du Kosovo (et de l'Albanie) fait partie des langues indo-européennes, mais cette langue constitue un sous-groupe particulier (le groupe albanais ne comprenant qu'une seule langue) au même titre que l’arménien, le slave, le germanique, le celtique, etc. C'est donc un isolat parmi les langues indo-européennes.

L'albanais du Kosovo n'est pas l'albanais standard unifié. Il existe même des différences notables du fait que l'albanais kosovar est influencé par la phonétique et le lexique serbes. Les Kosovars parlent en réalité la variété guègue de l'albanais, plus précisément le guègue du Nord-Est, parlé dans tout le Kosovo ainsi que dans le nord-est de l'Albanie (voir la carte des variétés dialectales albanaises). Certains Kosovars du Sud parlent le guègue moyen comme langue maternelle.

L'albanais guègue est parlé non seulement au Kosovo, mais aussi dans le nord de l'Albanie, au Monténégro et en Macédoine. Le guègue s'oppose au tosque employé dans le sud de l’Albanie, ainsi qu'en Grèce et dans la région macédonienne du lac de Prespa. C’est depuis 1944 que l’albanais officiel a été normalisé à partir du tosque. La réunification des deux variétés linguistiques a permis la création d'une langue littéraire, laquelle semble avoir été acceptée par tous les albanophones. 

Si les albanophones du Kosovo parlent le guègue, ils écrivent en albanais standard, lequel constitue une source de frustration pour bien des Kosovars au point que des intellectuels voudraient officialiser l'albanais kosovar. Fait unique en Europe, le Kosovo est entouré sur toutes ses frontières (sauf au nord-est) par des populations albanophones, majoritaires ou minoritaires.

Au plan démolinguistique, on peut comprendre l’insécurité des Serbes vis-à-vis des Albanais qui, avant la guerre du Kosovo de 1999, occupaient massivement presque toute la province du Kosovo et partageaient également des frontières municipalités avec d’autres «frères» albanais, soit en Albanie et en Macédoine, sans compter le Monténégro. Bref, les trois millions d’albanophones d’Albanie, les 490 000 albanophones de la Macédoine et le 1,6 million d’albanophones du Kosovo (avant le 24 mars 1999) formaient une forte diaspora de plus de cinq millions de locuteurs. C’est pourquoi les Serbes de Yougoslavie ont toujours redouté le nationalisme albanais et ses conséquences, c’est-à-dire la sécession éventuelle de la province du Kosovo, en vue de former une prétendue «Grande Albanie» avec l’actuelle Albanie, le Kosovo de la Serbie, le nord-ouest de la Macédoine et une portion de la république du Monténégro (60 000). C’est ce que les Serbes appellent le «front islamique» qu’ils craignent par-dessous tout. 

À cette diaspora albanaise, il faut ajouter une communauté de quelque 220 000 Kosovars vivant en Suisse (surtout depuis 1988), ce qui fait de cette communauté la deuxième communauté étrangère du pays, après la communauté italienne et avant la communauté portugaise. On prétend que chacune des familles de la communauté albanaise de Suisse aurait, lors de la guerre du Kosovo, versé jusqu’à 2000 marks allemands (env. 900 $US) par mois à l’Armée de libération du Kosovo (ce qui paraît énorme!) et que certains de ces immigrants albanais contrôleraient la plus grande partie de l’héroïne en Suisse. Quoi qu'il en soit, on n'est plus là dans les questions de langue.

2.3 Les communautés minoritaires

Compte tenu de la structure démographique du Kosovo, il est légitime de croire que les albanophones constituent la communauté majoritaire dans ce pays. De fait, ils constituent 91,7 % de la population. Cependant, en raison de la législation en vigueur et de l'application des lois dans les municipalités et les localités du Kosovo, les albanophones peuvent constituer une minorité linguistique dans certaines municipalités ou du moins dans certaines localités et villages.

- Les albanophones

Ainsi, les Albanais du Kosovo constituent la population minoritaire dans les localités suivantes:
 

Albanais minoritaires
-
municipalités -
Nombre
de localités
Localités
1. Leposaviq / Leposavić 72 Leposaviq/Leposavić (1 %) + Koshtovë/Košutovo + Bistricë e Shalës /Šaljska Bistrica + Cerajë/Ceranje
2. Zveçan / Zvečan 35 Zveçan/Zvečan + autres localités (4,5 %)
3. Zubin Potoku  / Zubin Potok 28 Zubin Potoku + autres localités (11,6 %)
4. Mitrovicë / Mitrovica 48 Mitrovica-Nord (1 %)
5. Shtërpcë / Štrpce 16 Shtërpcë/Štrpce (24,5 %)
6. Gjilan / Gnjilane 57 Ranillug/Ranilug (1 %) + Kllokot/Klokot (33 %)
7. Prishtinë / Priština 47 Graçanicë/Gračanica (3,7 %)
8. Prizren / Prizren 97 Mamusha - Mamuşa - Mamuša (2,3 %)

Dans ces localités ou municipalités, les Albanais sont considérés comme des minorités, ce qui peut entraîner des difficultés dans l'application de leurs droits linguistiques. Les municipalités de Leposaviq/Leposavic, Zubin Potoku/Zubin Potok et Zveçan/Zvečan sont contrôlées par la Serbie, alors que les localités de Boletin, Lipë et Zhazhë, appartenant à la municipalité de Zveçan/Zvečan, sont peuplées d'une majorité d'albanophones. 

Quant aux communautés non albanophones minoritaires, le Kosovo en compte plusieurs. Leurs locuteurs parlent le serbe, le bosniaque, le monténégrin, le romani, le turc et le croate.

- Les Serbes

Les Serbes constitueraient la minorité la plus importante du Kosovo, mais ils font face aux conditions les plus hostiles de toute autre minorité en Europe. La plupart des Serbes vivent confinés dans des enclaves ethniquement homogènes, sous surveillance armée internationale ou dans des régions entièrement contrôlées par les Serbes, telles les municipalités de Leposaviq/Leposavic, de Zveçan/Zvečan, de Zubin Potoku/Zubin Potok et de Mitrovica-Nord. Elle est majoritaire dans dix municipalités, mais des communautés serbes plus petites sont présentes dans tout le Kosovo au sud de l'Ibar, notamment dans le centre et l'est du pays. Tous ces Serbes ont conservé des relations étroites avec Belgrade et vivent dans des enclaves isolées des Albanais. La communauté serbe est répartie entre le nord et le sud du Kosovo.

Il faut également souligner que l’essentiel de la minorité serbe du Kosovo, en termes numériques, ne vit pas seulement dans les quatre municipalités du nord du pays, Leposaviq, Zubin Potoku, Mitrovicë-Nord et Zveçan (environ 79 000 personnes), où elle est très majoritaire. Les Serbes se retrouvent également, numériquement, dans des municipalités enclavées dans le centre (Pristhtinë/Pristina) et le sud du pays (Shtërpcë/Štrpce, Gjilan/Gnjilane et Prizen/Prizen), où ces communautés sont minoritaires à l’échelle de la grande municipalité, mais parfois majoritaires dans des collectivités rurales.

Au Kosovo, la communauté serbe est de confession orthodoxe, et l'Église orthodoxe serbe occupe une place centrale dans l'identité serbe. La communauté serbe du Kosovo parle le serbe, qui, avec l'albanais, est l'une des deux langues officielles du Kosovo; elle utilise les alphabets latin et cyrillique. La communauté serbe dispose d'au moins 10 sièges garantis à l'Assemblée du Kosovo et de cinq représentants au Conseil consultatif des communautés (CCC).

- Les Bosniaques

La communauté bosniaque est la deuxième plus grande communauté minoritaire du Kosovo. La majorité des Bosniaques vivent dans la municipalité de Prizren, tandis que d'importantes communautés bosniaques se trouvent également à Dragash, Pejë, Istog et Mitrovicë-Nord. En général, comme la communauté albanaise, ils pratiquent l'islam sunnite, la branche majoritaire de l'islam.

Au Kosovo, on peut aujourd'hui distinguer deux groupes de Bosniaques. Le premier comprend ceux qui ont immigré au Kosovo à différentes époques depuis la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro et, surtout, le Sandjak, notamment après la fin de la domination ottomane dans la région. Ce groupe est concentré autour des régions de Pejë, Istog et Mitrovicë et, dans une moindre mesure, à Pristina. Le second groupe inclut ceux qui vivent traditionnellement principalement dans les régions de Prizren et Dragash dans le Sud.

La communauté bosniaque du Kosovo utilise l'alphabet latin et parle le bosniaque, une langue slave proche du serbe, du croate et du monténégrin. Le bosniaque est reconnu comme langue officielle dans les municipalités de Dragash, Pejë et Prizren, et comme langue d'usage officiel dans la municipalité d'Istog. La communauté bosniaque dispose de trois sièges garantis à l'Assemblée du Kosovo et nomme trois membres au CCC (Conseil consultatif communautaire ou KKK pour "Këshilli Konsultativ për Komunitetet").

- Les Monténégrins

La communauté monténégrine est un groupe ethnique slave culturellement proche de la communauté serbe et partage de nombreux sites du patrimoine culturel commun.

La communauté a été officiellement reconnue par le gouvernement du Kosovo en 2011, suite à la modification de la Loi sur la promotion et la protection des droits des communautés et de leurs membres au Kosovo. Les Monténégrins résident principalement dans les municipalités de Deçan et de Pejë.

De religion orthodoxe, la communauté monténégrine parle le monténégrin, une langue étroitement apparentée au serbe et aux autres langues slaves parlées au Kosovo. Du fait de sa petite taille, le monténégrin n'a pas de statut officiel dans les municipalités du Kosovo et l'enseignement public n'y est pas offert. Par conséquent, la communauté monténégrine fait face à bon nombre des mêmes difficultés de communication avec les institutions publiques que la communauté serbe. Les Monténégrins ne disposent d'aucun siège attribué à l'Assemblée du Kosovo, mais a le droit de proposer deux membres du CCC.

- Les Turcs

Une importante communauté turque est présente au Kosovo depuis l'établissement de la domination ottomane au XIVe siècle. À l'instar de la communauté albanophone, elle pratique généralement l'islam sunnite, la branche majoritaire de l'islam. Les tariqas, confréries soufies – une branche religieuse issue de l'islam sunnite – sont également actives au Kosovo et entretiennent des relations étroites avec leurs homologues en Turquie. Dans l'ensemble, cette communauté est restée stable et participe activement à tous les aspects de la vie culturelle, sociale et politique. L'héritage ottoman, qui contribue de manière significative à la diversité culturelle et religieuse du Kosovo, a été valorisé tant par la communauté turque que par les autres communautés kosovares.

Il existe une municipalité, Mamusha (en albanais), Mamuşa en turc, Mamuša/Мамуша en serbe, où la communauté turque est majoritaire à 93 % pour une population de quelque 5000 habitants. Cependant, c'est à Prizren que réside la plus grande communauté turque. Pristina compte également une importante population turque. On trouve des communautés turques plus petites dans le reste du Kosovo.

Dans ce pays, les Turcs parlent une variété locale du turc et utilisent le turc standard pour les communications officielles. Aujourd'hui, le turc (standard) est reconnu comme langue officielle dans les municipalités de Prizren et Mamusha et comme langue d'usage officiel dans celles de Gjilan, Pristina, Vushtrri et Mitrovicë. La communauté turque dispose de deux sièges garantis à l'Assemblée du Kosovo et nomme trois membres au CCC.

- Les Gorans

La communauté goranie est un groupe ethnique slave, majoritairement musulman, reconnu comme un groupe ethnique distinct. Originaire de la région de Gora, qui couvre le sud du Kosovo et borde des parties de la Macédoine et de l'Albanie, elle célèbre le début du printemps avec la fête d'Ðurdevdan (la Saint-Georges), également reconnue légalement comme sa fête nationale (le 6 mai).

La communauté est principalement concentrée dans la municipalité de Dragash, vivant principalement dans la localité du même nom et dans une vingtaine de villages environnants. On trouve également de petites communautés goranies dispersées dans tout le Kosovo, principalement dans les municipalités de Prizren, de Mitrovica-Nord, de Pristina et de Pejë.

Les Gorani du Kosovo ne possèdent pas d'identité nationale propre et se définissent selon les circonstances politiques comme des «Musulmans» (au sens ethnique du terme), des Bosniaques, des Serbes musulmans, des Macédoniens musulmans, des Albanais ou simplement des «Gorani».

Les Gorans parlent en principe le gorani (forme francisée aussi en gorane) ou selon le forme serbo-crotate goranski. C'est une langue étroitement apparentée à celle parlée en Macédoine occidentale et, bien qu'il diffère des autres variétés slaves parlés au Kosovo, elle est compréhensible par les locuteurs serbes, croates et bosniaques. Cette langue n'est pas standardisée et aucune étude descriptive scientifique ne lui est consacrée. Par ailleurs, de nombreux Gorans ont adopté le serbe comme langue maternelle, sinon l'albanais. La guerre du Kosovo a engendré une division au sein de la population goranie: certains ont accepté les institutions du Kosovo, tandis que d'autres sont restés fidèles à la Serbie. La communauté goranie dispose d'un siège garanti à l'Assemblée du Kosovo et nomme deux membres au CCC.

Actuellement, la majorité de la population goranie réside en dehors de la région de Gora, dans d'autres régions du Kosovo, de la Macédoine du Nord et de l'Albanie, ainsi qu'en Serbie, en Europe occidentale et aux États-Unis d'Amérique.

- Les Roms

La plus grande communauté rom est concentrée à Prizren (5), tandis que d'importantes communautés roms sont également présentes à Istog (1), Pejë (2), Klinë (3), Gjakovë (4), Obiliq (6) et Fuschë Kosovë (7), mais d'autres communautés moins importantes résident à Shtime et à Ferizaj (9). Néanmoins, des communautés roms plus petites sont présentes dans le reste du Kosovo, sans oublier les communautés vivant dans toute la région et dans le reste de l'Europe, ainsi qu'en plus petit nombre dans d'autres régions du monde.

La communauté rom partage des similitudes culturelles et des difficultés socio-économiques avec les communautés égyptienne et ashkali du Kosovo. Cependant, le Kosovo, par le biais de ses institutions et de sa législation, reconnaît ces communautés comme distinctes.  La communauté rom du Kosovo est nominalement musulmane sunnite, sédentaire et urbaine.

La plupart des Roms parlent le romani comme langue maternelle. Le romani appartient à la branche indo-iranienne de la famille indo-européennes et est apparenté aux langues parlées dans le nord de l'Inde. Selon leur lieu de résidence, les Roms parlent le serbe et/ou l'albanais comme seconde langue. Dans certaines localités, le serbe peut être une langue officielle. La communauté rom dispose d'un siège garanti à l'Assemblée du Kosovo, et un siège supplémentaire est attribué à la communauté rom, ashkalie ou égyptienne ayant obtenu le plus grand nombre de voix. Cette communauté nomme également deux membres du Conseil communautaire du Kosovo (CCC).

- Les Croates

La communauté croate est l'une des plus petites du Kosovo, avec moins de 400 membres, alors qu'elle a déjà compté 10 000 individus avant la guerre du Kosovo. En 1991, les Croates ont massivement émigré vers la Croatie pendant et après la guerre du Kosovo. la plupart des Croates vivent dans les municipalités de Lipjan et de Viti dans des petites localités telles Janjevo, Letnicë, Vitória, Shasharë, Vërnez et Vrnavokolo.

Majoritairement catholique, elle entretient des liens étroits avec l'Église, qui joue un rôle important dans son soutien au Kosovo. La communauté a été officiellement reconnue par le gouvernement du Kosovo en 2011, suite à un amendement à la loi sur la protection et le soutien des communautés croates.

La communauté croate du Kosovo utilise l'alphabet latin et parle le croate, une langue slave proche du serbe, du bosniaque et du monténégrin. La communauté croate ne dispose d'aucun siège garanti à l'Assemblée du Kosovo, mais a le droit de nommer deux membres au CCC.

- Les Égyptiens

Bien que les ethnologues les classent avec les Ashkalis parmi les Roms, les «Égyptiens des Balkans» se considèrent comme un groupe ethnique distinct dont les origines remonteraient à l'Égypte antique. La légende des origines égyptiennes antiques est depuis longtemps présente parmi les Roms, d'où des dénominations comme "Gypsies" ou "Gitans". Les «Égyptiens» vivent principalement dans les municipalités de Gjakovë, de Pejë, de Fushë Kosovë et d'Istog, mais ils sont aussi dispersés dans tout le Kosovo. La communauté égyptienne partage des similitudes culturelles et des problématiques socio-économiques avec les communautés rom et ahkalie du Kosovo.

Par conséquent, le Kosovo, à travers ses institutions et sa législation, reconnaît l'identité propre de la communauté égyptienne. Ses membres sont principalement, mais non exclusivement concentrés au Kosovo, en Albanie et en Macédoine. Ils sont nominalement musulmans sunnites, sédentaires et urbains, et jouissent souvent d'un niveau de vie relativement élevé comparé aux communautés roms et ashkalies.

Les Égyptiens parlent l'albanais comme langue maternelle. La communauté égyptienne dispose d'un siège garanti à l'Assemblée du Kosovo, et un siège supplémentaire est attribué à la communauté rom, ashkali ou égyptienne ayant obtenu le plus grand nombre de voix. Cette communauté nomme également deux membres du Conseil communautaire du Kosovo (CCC).

- Les Ashkalis

La population ashkalie est la communauté la plus jeune du Kosovo. Les plus importantes communautés ashkalies se trouvent dans cinq municipalités: Ferizaj (4), Fushë Kosovë (1), Lipjan (2), Prizren (5) et Shtime (3). On trouve des communautés plus petites dans le reste du Kosovo, bien que la population ashkalie soit peu nombreuse dans l’est du pays.

Les Ashkalis se considèrent comme un groupe ethnique dont les origines remontent à l'ancienne Perse. De confession sunnite, elle est sédentarisée et urbaine. La communauté ashkalie partage des similitudes culturelles et des problématiques socio-économiques avec les communautés rom et égyptienne du Kosovo.

Le peuple ashkali parle l'albanais comme langue maternelle. Cette communauté dispose d'un siège garanti à l'Assemblée du Kosovo, et un siège supplémentaire est attribué à la communauté rom, ashkali ou égyptienne ayant obtenu le plus grand nombre de voix. Cette communauté nomme également deux membres du Conseil communautaire du Kosovo (CCC).

2.4 La répartition ethnique

Selon les données officielles, la population totale du Kosovo en 2024 était de 1 585 566 habitants. La structure ethnique de la population se présentait comme suit :

(1) la population du Kosovo est majoritairement albanaise, représentant 91,76 % du total, soit 1 454 963 habitants;
(2) les Serbes constituent la deuxième communauté la plus importante avec 36 652 habitants (2,31 %);
(3) ils sont suivis des Bosniaques avec 26 841 habitants (1,69 %) et des Turcs avec 19 419 habitants (1,22 %):
(4) les communautés rom, ashkali et égyptienne représentent une part significative de la population, avec respectivement 8730 (0,55 %), 16 207 (1,02 %) et 10 581 (0,67 %) habitants:
(5) les Gorani représentent 9140 habitants (0,58 %), tandis que 2051 personnes (0,13 %) appartiennent à la catégorie « autres »:
(6) de plus, 982 personnes (0,06 %) ont choisi de ne pas déclarer leur appartenance ethnique.

- La répartition ethnique par principales municipalités:

Municipalité Nombre Albanais Serbes Bosniaques Turcs Roms Ashkalis Égyptiens
Pristina 227 466 222 898 770 456 2138 57 427 17
Prizen 147 246 114 484 202 18 379 9 819 1260
Ferrizaj 109 255 105 025 23 40 56 218 609 129
Pejë 82 745 75 479 813 2974 28 889 309 1916
Gjilan 82  980 80 642 940 66 745 409 15 1
Mitrovicë 64 742 62 693 18 278 257 372 1012 47
Gjakovë 78 699 72 096 15 41 536 1074 4738 14

- Les municipalités comptant le plus grand nombre de minorités:

Minorité Municipalités
Serbes Gracanicë (8623), Shtërpcë (8080), Partesh (3221), Leposaviq (2677) Ranillug (2349)
Bosniaques Prizren (18 379), Pejë (2974), Dragash (2900)
Turcs Prizren (9819), Mamusha (5220), Pristina (2138)

On peut aussi consulter la liste des 38 municipalités en version bilingue. Les municipalités les plus importantes sont les suivantes: Prishtinë/Priština(198 000), Prizren/Prizren (176 000), Gjakovë/Ðakovica (115 000), Pejë/Peć (115 000), Gjilan/Gnjilane (90 000) et Podujevë/Podujevo (87 000). Bien que les albanophones constituent la grande majorité de la population, le Kosovo demeure un pays multilingue, car la plupart des municipalités abritent plusieurs nationalités (voir aussi la carte).

Voir également le tableau montrant la répartition des nationalités dans les municipalités du Kosovo (recensement de 2011). Parmi ces municipalités, les Albanais sont majoritaires dans 24 d'entre elles; les Serbes dans six.

2.5 Les minorités islamisées

Les Turcs parlent le turc, une langue de la famille altaïque, mais le turc parlé au Kosovo est, contrairement à celui de la Turquie, grandement influencé par l'albanais et le serbe. On peut le désigner comme du «turc kosovar». Il existe d'autres minorités islamisées plus particulières : les Ashkalis, les Égyptiens des Balkans (ou Balkano-Égyptiens) et les Gorans.

Les Ashkalis — issu du mot albanais ashkë signifiant «charbon de bois», suivi du suffixe turc li évoquant le métier de forgeron — sont appelés Cigani par les Serbes et Magjup par les Albanais. Leur origine historique semble incertaine, mais ils pourraient venir de l'ancienne Perse au IVe siècle de notre ère avant de faire partie de l'Empire ottoman.

Quant aux Égyptiens des Balkans, appelés aussi «Balkano-Égyptiens», ils viendraient de l'Égypte, alors que ce pays faisait partie de l'Empire ottoman. Avant la guerre, ils étaient environ 150 000 au Kosovo; ils se sont massivement réfugiés depuis en Serbie, notamment à Belgrade. Cette communauté particulière est albanophone.

Les Gorans (ou Gorani) sont appelés ainsi parce qu'ils habitent traditionnellement la région de Gora située dans les montagnes du sud du Kosovo (municipalité de Dragash). Ils parlent en principe une langue slave appelée goranski (normalement écrit "našinski", voire "naainski"), idiome plus proche du macédonien que du serbe, avec de nombreux mots empruntés au turc. Dans les faits, beaucoup de Gorans parlent le serbe comme langue maternelle, en raison des similitudes entre le goranski et le serbe. La plupart des Gorans sont demeurés neutres durant la guerre du Kosovo, car ils étaient à peine tolérés tant par les Serbes que par les Albanais. Si les Ashkalis et les Égyptiens des Balkans sont généralement albanophones, les Gorans sont davantage serbophones, bien qu'on trouve des Gorans albanophones. Beaucoup de Gorans sont trilingues (goranski, serbe et albanais); lorsqu'on parle le serbe, on comprend le bosniaque, le croate et le monténégrin. 

Quant aux Roms, ils parlent en principe le romani (ou romaneshti), une langue indo-iranienne, mais la plupart sont bilingues et s'expriment aussi bien en albanais, parfois en serbe. Pour les Albanais, le mot «Tsigane» comprend à la fois les Roms et les Ashkalis. De fait, on a souvent associé les Roms, les Ashkalis et les Égyptiens des Balkans au même groupe ethnique, mais ils se définissent eux-mêmes comme appartenant à trois communautés distinctes; ils sont d'ailleurs reconnus ainsi par la législation et les institutions du Kosovo, ainsi que par les organisations internationales. Les Ashkalis, les Égyptiens des Balkans, les Gorans et les Tsiganes sont tous de confession musulmane, mais une minorité de Tsiganes sont des chrétiens orthodoxes.

Rappelons que toutes ces langues s'écrivent avec l'alphabet latin, sauf le serbe et le monténégrin, qui exigent normalement l'alphabet cyrillique comptant 30 lettres, ce qui le distingue de l'alphabet russe (33 lettres), et chacune d’elles correspond à un son. Dans le monde slave, l’héritage catholique a favorisé l’alphabet latin avec le croate le polonais, le tchèque, le slovaque, le slovène et le sorabe, alors que l’héritage orthodoxe a favorisé l’alphabet cyrillique avec le russe, le biélorusse, l'ukrainien, le serbe, le bulgare et le macédonien.

Pour résumer, on peut dire que la majorité de la population du Kosovo parle l'albanais (env. 90 %), alors que les minorités parlent des langues slaves (Serbes, Croates, Monténégrins, Bosniaques, Gorans), des langues altaïques (Turcs) ou indo-iraniennes (Rom/Tsiganes), voire l'albanais (Ashkalis et Égyptiens).

- Les minorités slavophones

De façon générale, les minorités slavophones (Serbes, Bosniaques, Croates, Monténégrins et Gorans) éprouvent beaucoup de difficultés à parler l'albanais comme langue seconde, contrairement aux Turcs et aux Roms. Cette situation empêcherait les membres de ces minorités de sentir en sécurité et de circuler librement sur l'ensemble du territoire du Kosovo. Lorsqu'ils se trouvent en dehors de leur propre communauté, ces personnes continuent de dissimuler leur langue, car elles craignent pour leur sécurité. Bien que beaucoup s'abstiennent de parler leur langue maternelle en public, les slavophones ont néanmoins la possibilité de l’utiliser dans leurs rapports formels avec les instances municipales lorsqu'elles constituent une proportion suffisante de la population, surtout si les employés connaissent le serbe avec plus ou moins d’aisance.

C'est un peu pour cette raison que, pour de nombreux albanophones, toutes les minorités du Kosovo, qu'elles soient musulmanes ou non, sont souvent perçues comme des «races inférieures», à l'exemple des anciens «occupants» serbes. Après quelques années d'indépendance, cette perception pourrait changer progressivement, mais la haine contre les Serbes (et vice versa) risque de perdurer encore un certain temps. De fait, les églises chrétiennes orthodoxes situées au sud de la rivière Ibar doivent encore demander la protection des forces de maintien de la paix de l'OTAN, afin d'éviter le vandalisme de la part des nationalistes albanais.

Les Serbes et d'autres minorités doivent affronter le harcèlement et parfois la violence physique pour circuler dans les rues, pour vivre dans leurs propres maisons lorsqu'elles appartiennent à la «mauvaise» communauté, voire pour parler leur langue. Jusqu'à présent, les autorités gouvernementales du Kosovo, ainsi que la police des Nations unies et les forces de maintien de la paix de l'OTAN ont été incapables ou peu disposées à remettre à la justice de nombreux auteurs de crimes dirigés contre les minorités. Depuis 2008, les communautés albanaises et serbes du Kosovo demeurent encore divisées, ce qui constitue sans nul doute un échec pour lequel l'ONU et la communauté internationale doivent accepter une partie importante de responsabilité.

2.6 Le statut linguistique des municipalités

De plus, les municipalités du Kosovo ont toutes un statut linguistique. Le Kosovo est subdivisé en "komunat" en albanais et en "opština" en serbe, ce qui peut se traduire par «commune», «municipalité» ou «localité»; le terme choisi en français sera municipalité. Cette division administrative constitue le seul niveau de pouvoir dans la gouvernance locale. On compte 38 municipalités au Kosovo comptant et 1469 localités.

Dans les 38 municipalités, l'albanais et le serbe ont le statut de langues officielles, peu importe si une communauté albanaise ou serbe compte pour moins de 5%. Le problème reste entier pour les autres minorités, bien que chaque fois qu’une langue est parlée par au moins 5 % des citoyens, elle se doit d’être reconnue d'usage officiel. le statut linguistique peut donc varier d'une localité à l'autre.

C'est ainsi que plusieurs municipalités reconnaissent des langues minoritaires, tel le turc et le bosniaque, comme co-officielles en raison d'une concentration démographique suffisante. Le turc est co-officiel à Prizren, Mamusha, Pristina, Mitrovicë-Sud. Le bosniaque est co-officiel à Prizren, Dragash, Pejë et Istog. Dans les faits, cela signifie que Prizren a quatre langues officielles: l'albanais, le serbe, le turc et le bosniaque. Mamusha en a trois (albanais, serbe et turc).

Par conséquent, si l'albanais et le serbe sont les deux langues officielles de la république du Kosovo, d'autres langues parlées par les nationalités peuvent être co-officielles dans les municipalités où résident les locuteurs de ces langues. C'est ainsi que le bosniaque et le turc sont reconnus comme «langue d'usage officiel» dans certaines municipalités:

Statut Bosniaque Turc
Langues officielles Dragash - Pejë - Prizren

Mamusa

Langues d'usage officiel Istog

Mitrovicë / Mitrovica - Vushtrri - Pristina - Viti - Prizren

Par contre, il n'existe aucune mesure concernant le goranski des Gorans et le romani des Roms. Ces langues demeurent circonscrites au domaine privé. Quant au monténégrin et au croate, ils sont associés au serbe et considérés comme du serbe, mais pas le bosniaque qui a obtenu un statut d'usage officiel dans trois municipalités. Pourtant, le serbe, le monténégrin, le croate et le bosniaque peuvent à la rigueur constituer comme la même langue appelée jadis le serbo-croate.

2.7 Les religions

Selon l'étude de 2015 du Pew Research Center, en 2010, le Kosovo comptait 93,8% de musulmans et 6,1% de chrétiens ; tous les autres groupes religieux et les non affiliés en comptaient chacun moins de 1%. Selon l'enquête sociale européenne de 2012, la population du Kosovo était répartie de la façon suivante: 88,0% de musulmans, 5,8% de catholiques, 2,9% d'orthodoxes de l'Est et 2,9% d'irréligieux.

Le recensement de la population du Kosovo 2024 a été largement boycotté par les Serbes du Kosovo (qui s'identifient principalement comme orthodoxes serbes chrétiens), en particulier dans le nord du Kosovo, laissant la population serbe sous- représentée. D'autres communautés religieuses, y compris les tarikats et les protestants, contestent également les données du recensement. Les chefs protestants et ceux sans affiliation religieuse déclarent que certains membres de leurs communautés ont été classés à tort comme musulmans par les recenseurs. Ces chiffres ne représentent pas des sectes individuelles opérant au Kosovo telles que le soufisme ou le bektashisme qui sont parfois classées généralement dans la catégorie «Islam».

La religion au Kosovo selon des résultats partiels du recensement de 2024 révèlent 93,5 % de musulmans, 2,31 % de chrétiens orthodoxes, 1,75 % de chrétiens catholiques, 0,45 % d'autres religions, 0,50 % d'irréligieux et 1,5 % de réponses non précisées.

Dernière mise à jour: 08 févr. 2026