 |
En vertu de la résolution 1244 du Conseil de sécurité des Nations unies du 10 juin 1999, le Kosovo
était administré par une sorte de proconsul. La «province serbe» est ainsi devenue un protectorat de la communauté internationale. Le protectorat du Kosovo fut fondé sur la coopération des Nations unies, de la KFOR (Force de paix au Kosovo) et de l’OSCE (l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe).
Le Kosovo fut alors divisé en plusieurs zones: une zone française, une zone italienne, une zone britannique, une zone allemande et une zone américaine.
La KFOR était placée sous le commandement d'un officier
général d'un pays membre de l’OTAN. Elle fut chargée de prévenir les conflits armés et de garantir la sécurité.
Quant à la MINUK (Mission des Nations unies au Kosovo), elle
avait pour tâche de créer une administration transitoire et de normaliser les processus politiques et économiques.
L’OSCE, pour sa part, devait organiser les élections, créer des médias indépendants, élaborer des lois et un système démocratique durable.
Au lendemain de la déclaration de l'indépendance par les autorités kosovares et de l'entrée en vigueur d'une nouvelle
constitution le 15 juin 2008, le mandat de la MINUK fut considérablement modifié en profondeur, de même que sa configuration, et son effectif a été réduit en conséquence. |
Pendant ce temps, la KFOR est restée sur le terrain afin d'assurer la présence de forces de sécurité nécessaire au Kosovo. Les effectifs militaires
étaient originaires de l'Espagne, de la Norvège, de la Pologne, de la République tchèque, de la Roumanie, de la Turquie et de l'Ukraine. Parmi le personnel de police figurent l'Allemagne, le Ghana, l'Italie, le Pakistan, la Roumanie, la Turquie et l'Ukraine.
En 2020, les pays contributeurs étaient la République tchèque, l'Ukraine, la
Moldavie, la Pologne, la Roumanie et la Turquie.
Conformément au Cadre constitutionnel, le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies a conservé certains pouvoirs et, afin de lui permettre de s'acquitter de ces fonctions réservées, la MINUK a mis en place les services suivants: la protection civile, les affaires administratives, les infrastructures et les affaires rurales.
1.3 Les régions et les
municipalités
Le Kosovo est divisé en sept régions
administratives (rajone/rajonet), également appelées districts (distrikt/distrikte) ou comtés (qart/qarqe).
Ce découpage repose sur un système administratif visant à faciliter la gestion
et la gouvernance locales. Chaque région comprend plusieurs
municipalités (Komunat); par
exemple, on en compte cinq dans la région de Ferizaj; et
possède un chef-lieu appelé «ville» (qytetit). Les municipalités incluses
dans la ville ne doivent pas avoir la même structure de pouvoir que les
municipalités, car elles n'en ont pas besoin; elles sont rattachées à
l'Assemblée municipale de la ville, qui planifie également l'ensemble du
territoire urbain, généralement en fonction des demandes et de la coordination
des municipalités elles-mêmes, et selon les besoins et priorités établis.
Sur la base de l’article 1 du Règlement de la
MINUK 2000/43 publié le 27 juillet 2000, le Kosovo comptait 30 municipalités,
mais aujourd'hui 38, telles qu’elles figurent dans le tableau ci-dessous. Selon
ce règlement, la communication officielle doit employer des noms en albanais et
en serbe, sauf que dans les municipalités où les communautés ethniques ou
linguistiques non albanaises et non serbes constituent une part substantielle,
les noms des municipalités sont également donnés dans les langues de ces
communautés.
Section 1
Number and Names of Municipalities
1.1 Kosovo shall have thirty municipalities as set out in
Schedule A annexed to the present regulation.
1.2 Official communications shall not contain any name for a
municipality that is not a name set out in Schedule A to the present
regulation, except that in those municipalities where ethnic or
linguistic communities other than Serbian or Albanian form a
substantial part of the population, the names of the municipalities
shall also be given in the languages of those communities. |
Article 1
Nombre et appellation des municipalités
1.1 Le Kosovo compte 30 municipalités, conformément à l'annexe A
du présent règlement.
1.2 Les communications officielles ne peuvent mentionner,
pour une municipalité, qu'un nom figurant à l'annexe A du présent
règlement. Toutefois,
dans les municipalités
où des communautés ethniques ou linguistiques autres que serbes ou
albanaises représentent une part importante de la population, la
dénomination de la municipalité doit également être indiquée dans la
langue de ces communautés. |
En principe,
toutes les municipalités
comptent deux appellations, l'une en albanais, l'autre en serbe : Ferizaj/Uroševac, Pejë/Peć, Gjilan/Gnjilane, Mitrovicë/Mitrovica,
etc. Pour la capitale, c'est Prishtinë/Priština, mais il existe une appellation
française Pristina qui sera ici privilégiée. Dans un désir de simplification, seules les appellations
en albanais ont été généralement retenues, bien que les municipalités aient toutes une
version bilingue serbe en alphabet latin ou cyrillique (Ferizaj/Урошевац, Pejë/Пећ, Gjilan/Гњилане, Mitrovicë/Митровица,
etc.); la version des appellations serbes en alphabet latin est jugé
également préférable à des fins de compréhension.
 |
|
Région de Ferizaj (5) |
Région de Gjakovë (4) |
Région de Gjilan (6) |
Région de Mitrovicë (7) |
Région de Pejë (3) |
Région de Pristina (8) |
Région de Prizren (5) |
-
Ferizaj
-
Hani i Elezit
-
Kaçanik
-
Shtime
-
Shtërpcë
|
-
Deçan
-
Gjakovë
-
Junik
-
Rahovec
|
-
Gjilan
-
Kamenicë
-
Klokot
-
Partesh
-
Ranilug
-
Viti
|
-
Leposaviq
-
Mitrovica-Nord
-
Mitrovicë-Sud
-
Skënderaj
-
Vushtrri
-
Zubin Potoku
-
Zveçan
|
|
-
Gllogoc (Drenasi)
-
Graçanicë
-
Fushë Kosovë
-
Lipjan
-
Novobërdë
-
Obiliq
-
Podujevë
-
Pristina
|
-
Dragash
-
Malishevë
-
Mamusha
-
Prizren
-
Suharekë
|
|
De plus, chaque municipalité peut compter plusieurs
localités. Dans le tableau suivant, on peut comptabiliser le nombre de localités
dans chacune des municipalités, lesquelles varient de 1 à 77:
Deçan > 37
Dragash > 36
Ferizaj > 45
Fushë Kosovë > 16
Gjakovë > 88
Gjilan > 49
Gllogoc > 35 |
Graçanicë
> 17
Hani i Elezit
> 11
Istog >
50
Junik >
3
Kaçanik >
31
Kamenicë >
58 |
Klinë > 54
Kllokot > 4
Leposaviq > 75
Lipjan > 62
Malishevë > 44
Mamusha > 1 |
Mitrovica-Nord > 3
Mitrovicë-Sud > 46
Novobërdë > 26
Obiliq > 20
Partesh > 3
Pejë > 79 |
Podujevë > 77
Pristina > 43
Prizren > 76
Rahovec > 36
Ranillug > 13
Shtërpcë > 16 |
Shtime > 23
Skënderaj > 49
Suharekë > 41
Viti > 39
Vushtrri > 67
Zubin Potoku > 61
Zveçan > 35 |
Les municipalités du Kosovo comptant le plus grand
nombre de localités sont Gjakovë (88), Pejë (79), Podujevë (77), Prizren (76) et
Leposaviq (75). À l'inverse, celles qui en comptent le moins sont Mamusha (1), Junik
(3), Partesh (3), Mitrovica Nord (3) et Kllokot (4).
- La municipalité de Mitrovicë/Mitrovica
 |
La situation de la municipalité de Mitrovicë/Mitrovica mérite une explication. C'est une ville divisée en deux par la rivière Ibar:
Mitrovica-Nord (Severna Mitrovica en serbe latin), où les Serbes habitent en grande majorité, et
Mitrovicë-Sud, (Mitrovicë Jugut, en albanais) où résident très majoritairement les
albanophones. En 2011, la municipalité de Mitrovica/Mitrovicë-Nord comptait 84
235 habitants, puis la scission en deux municipalités (Mitrovica-Nord
et
Mitrovicë-Sud)
a eu lieu vers 2013. La population totale de Mitrovicë/Mitrovica (les parties
sud et nord combinées) était estimée à environ 72 662 habitants en 2024, d'après
les données du recensement Wikipédia. Mitrovicë-Nord comptait
7920 habitants en 2024, majoritairement serbes (5594), avec une minorité
albanaise (1489);
Mitrovicë-Sud comptait 64 742 habitants en 2024, majoritairement albanais (96,8
%). On trouve aussi dans les deux parties de la ville des petites minorités rom, askhali et gorane, dont le futur est incertain.
Tout sépare les deux parties de la ville : au nord, le dinar serbe sert de monnaie, au sud c'est l'euro. Au nord règne l'alphabet cyrillique et le serbe; au sud, c'est l'alphabet latin et l'albanais. Il y a deux mairies, dont l'une est reconnue par Belgrade, l'autre par Pristina.
|
Quelques ponts traversent la rivière Ibar reliant ainsi les deux quartiers, dont le plus connu est le pont Ouest, qui relie les deux centres-villes et où l'on trouve les principaux magasins de la ville.
1.4 Le contrôle des frontières
 |
Le gouvernement du Kosovo ne contrôle pas le nord du pays (15 %), demeuré aux mains des Serbes de Belgrade;
c'est ce qu'on appelle l'Assemblée de Kosovo-et-Métochie, également
connue sous le nom d'Assemblée de la Communauté de municipalités de Kosovo-et-Métochie
(en serbe latin:
Skupština Zajednice opština Autonomne pokrajine Kosovo i Metohija).
Cette assemblée a été créée à Mitrovica (partie nord du Kosovo) pour représenter
les municipalités qui refusent la déclaration 2008 de l'indépendance du Kosovo
et souhaitent leur rattachement à la Serbie.
Tout au plus, les Serbes du Kosovo affirment accepter l'autorité de
l'ONU, alors que la Serbie continue d'administrer cette partie du territoire
kosovare. C'est pourquoi les Serbes habitant ces
26 municipalités demandent toujours leur rattachement à la Serbie. Certaines
minorités du Kosovo non albanophones participent à cette assemblée : des Serbes,
des Monténégrins, des Gorans, des Roms, des Bosniaques et des Turcs.
Un porte-parole de l’ONU a qualifié l’assemblée de «réalité virtuelle».
|
Cette région du Kosovo, peuplée d'environ 120 000
personnes, est composée des municipalités suivantes: Leposaviq (18 600 hab.), Zveçan
(7500 hab.), Zubin Potoku (15 200 hab.) et Mitrovicë (46 230 hab.). En principe,
on compterait plus de 87 500 Serbes, ce qui correspondrait à 73% de la
population.
2 Données démolinguistiques
Même si le Kosovo a depuis des siècles une
majorité albanophone et musulmane, il abrite également depuis longtemps d'autres
groupes linguistiques et religieux. Au Kosovo le terme «communauté /
communautés» (en albanais, komuniteti / komunitetet; en serbe latin,
zajednica / zajednice) désigne les minorités, mais il faut savoir que
le barème des recensements les multiplie au fil des ans en distinguant des
groupes de plus en plus petits, définis par des critères ethniques, religieux ou
linguistiques, voire même de dénomination (comme dans le cas des Roms / Ashkalis
/ Égyptiens, qui, pour les ethnologues, sont un seul groupe). Dans
l'ex-Yougoslavie,
on employait le terme «nationalité» pour dénommer les groupes ethniques,
majoritaires ou minoritaires. Dans le cadre de cet article, les mots
communauté, minorité et nationalité seront employés plus ou moins
indistinctement.
2.1 Les
statistiques démographiques
Nous présentons ici
deux données démographiques: celui du recensement de 2024 et celui de Joshua
Projet de 2025.
- Le recensement
national de 2024
Le tableau
ci-dessous présente la répartition ethnique de 1991, de 2011 et de 2024, selon
le recensement national de l'Albanie. Il faut constater immédiatement une chose:
la régression de la population qui est passée de 1,9 million en 1991 pour
baisser à 1,7 million en 2011 et à 1,5 million en 2024. Durant la guerre du
Kosovo en 1999, environ 700 000 Albanais du Kosovo, plus de 100 000 Serbes et
plus de 40 000 Bosniaques furent contraints de fuir vers l'Albanie, la Macédoine
du Nord, le Monténégro, la Bosnie et la Serbie. Après la prise en charge du
Kosovo par l'ONU à la suite de la guerre, la grande majorité des réfugiés
albanais sont rentrés au pays. Entre 1991 et 2024, le pays a perdu 3,7 millions
de personnes, affichant ainsi l'un des taux de diminution les plus élevés au
monde. 1 616 869
Ethnie
|
Recensement
de 1991 |
Recensement
de 2011 |
Recensement de 2024 |
|
Nombre |
% |
Nombre |
% |
Nombre |
% |
|
Albanais |
1 596 072 |
81,6
% |
1
6126 869 |
92,9
% |
1
454 963 |
91,7
% |
|
Serbe |
194 190 |
9,9 % |
25 532 |
1,5 % |
36 652 |
2,3 % |
|
Monténégrin |
20 365 |
1,1 % |
- |
- |
- |
- |
|
Musulman ethnique |
66 189 |
3,4 % |
- |
- |
- |
- |
|
Bosniaque |
27 533 |
1,6 % |
26
841 |
1,7 % |
|
Goran |
10 265 |
0,6 % |
9140 |
0,6 % |
|
Croate |
8 062 |
0,4 % |
- |
- |
- |
- |
|
Yougoslave |
3 457 |
0,2 % |
- |
- |
- |
- |
|
Rom |
45 760 |
2,3 % |
8 824 |
0,5 % |
8 730 |
0,5 % |
|
Ashkali |
15
436 |
0,9 % |
16 270 |
1,0 % |
|
Égyptien des Balkans |
11
524 |
0,6 % |
10 581 |
0,6 % |
|
Turcs |
10 445 |
0,5 % |
18
738 |
1,1 % |
19 419 |
1,2 % |
|
Macédoniens |
- |
- |
- |
- |
- |
- |
|
Autres ou non spécifiés |
11 656 |
0,6 % |
3 264 |
0,6 % |
2 051 |
0,1 % |
|
Total |
1 956 196 |
1
739 825 |
1
585 566 |
Recensant moins de
1,6 million d'habitants contre près de 1,8 million en 2011, le pays perd sa
population en raison d'une émigration massive vers l'Europe occidentale et d'un
faible taux de natalité, ce qui aggrave le vieillissement démographique. De
plus, le recensement de 2024 dénombre 36 652
Serbes au Kosovo, et ce, à partir d'estimations parce que les Serbes ont
boycotté le recensement. Selon les résultats du recensement réalisé
par l'Agence nationale des statistiques du Kosovo (ASK) réalisé en 2024, sur les
1,5 million d'habitants, 91,76% d'entre eux seraient d'origine ethnique albanaise, 2,31%
serbe, 1,69% bosniaque, 1,2% turque et 1,02% askhali. Le recensement de 2024 au Kosovo (ReKos 2024) a
révélé une population résidente de 1,5 million d'habitants, marquant une baisse
de près de 10 % (environ 8,8 % à 10 %) par rapport au recensement de 2011. Cette
diminution, attribuée à l'émigration massive, montre un vieillissement
démographique malgré une population toujours jeune, dans un contexte de boycott
par la communauté serbe; de fait, la communauté serbe s'est très peu prêtée à
une participation au processus de recensement.
- Les données numériques
de Joshua en 2025
Dans le Joshua Project, la population est
estimée à 1,7 million, ce qui est déjà beaucoup plus que le recensement
national. Mais ce n'est pas la seule différence.
| Groupe ethnique |
Population |
Pourcentage |
Langue principale |
Filiation linguistique |
Religion principale |
|
Albanais |
1 556 000 |
91,1 % |
albanais guègue |
groupe albanais |
islam |
|
Bosniaque |
24 000 |
1,4 % |
bosniaque |
langue slave |
islam |
|
Serbe |
22 000 |
1,2 % |
serbe |
langue slave |
chrétienne |
|
Monténégrin |
18 000 |
1,0 % |
monténégrin |
langue slave |
chrétienne |
|
Turc |
17 000 |
0,9 % |
turc |
famille altaïque |
islam |
|
Égyptien des Balkans |
10 000 |
0,5 % |
albanais tosque |
groupe albanais |
islam |
|
Goran |
9 200 |
0,5 % |
serbe/gorani |
langue slave |
islam |
|
Rom |
7 600 |
0,4 % |
romani |
langue indo-iranienne |
chrétienne |
|
Malentendant |
5 000 |
0,2 % |
langue des signes |
langue slave |
islam |
|
Croate |
3 600 |
0,2 % |
croate |
langue slave |
chrétienne |
|
Autres |
43 000 |
2,5 % |
- |
- |
- |
|
Total (Joshua 2025) |
1 706 200 |
100,0 % |
- |
- |
- |
Lorsqu'on compare les deux tableaux, la
différence la plus notable concerne les Serbes, soit 22 000 (pour 1,2 %) dans
Joshua contre 36 652 (pour 2,3 %) dans le recensement de 2024, un écart de 14
652. Pour les autres communautés, les chiffres concordent assez bien.
|
Ethnie
|
Joshua
Project 2025 |
|
Nombre |
% |
|
Albanais |
1 596 072 |
91,1 % |
|
Serbe |
22 000 |
1,2 % |
|
Bosniaque |
24 000 |
1,4 % |
|
Monténégrin |
18 000 |
1,0 % |
|
Turc |
17 000 |
0,9 % |
|
Égyptien des Balkans |
10 000 |
0,5 % |
|
Goran |
9 200 |
0,5 % |
|
Rom |
7 600 |
0,4 % |
|
Croates |
3 600 |
0,2 % |
|
Autres |
43 000 |
2,5 % |
|
|
Ethnie
|
Recensement national de 2024 |
|
Nombre |
% |
|
Albanais |
1
454 963 |
91,7 % |
|
Serbe |
36
652 |
2,3 % |
|
Bosniaque |
26 841 |
1,7 % |
|
Monténégrin |
- |
- |
|
Turc |
19 419 |
1,2 % |
|
Égyptien des Balkans |
10 581 |
0,6 % |
|
Goran |
9 140 |
0,6 % |
|
Rom |
8 730 |
0,5 % |
|
Croates |
- |
- |
|
Autres |
2 051 |
0,1 % |
|
Selon d'autres
sources, la population serbe se situerait entre 95 000 et 100 000 personnes,
soit 5 % à 6 % de la population totale; ils représenteraient ainsi le deuxième
groupe ethnique du Kosovo après les albanophones.
Le serbe, le monténégrin, le bosniaque et le croate sont des langues slaves sensiblement similaires. Ces langues étaient auparavant appelées serbo-croate, la langue officielle de la Yougoslavie titiste en 1945. En réalité, qu'on l'appelle le serbe, le croate, le bosniaque ou le monténégrin, il s'agit de la même langue, puisque toutes les variantes possèdent, à quelques exceptions près, les mêmes formes, les mêmes fonctions et la même histoire, sauf qu'elles s'écrivent en alphabet cyrillique (serbe et monténégrin) ou en alphabet latin (bosniaque et croate).
2.2 Les albanophones
 |
L'albanais parlé par les habitants du Kosovo (et de l'Albanie) fait partie des langues indo-européennes, mais cette langue constitue un sous-groupe particulier (le groupe albanais ne comprenant qu'une seule langue) au même titre que l’arménien, le slave, le germanique, le celtique, etc. C'est donc un isolat parmi les langues indo-européennes.
L'albanais du Kosovo n'est pas l'albanais standard unifié. Il existe même des différences notables du fait que l'albanais kosovar est influencé par la phonétique et le lexique serbes. Les Kosovars parlent en réalité la variété
guègue de l'albanais, plus précisément le guègue du Nord-Est, parlé dans tout le Kosovo ainsi que dans le nord-est de l'Albanie (voir la carte des
variétés dialectales albanaises). Certains Kosovars du Sud parlent le guègue moyen comme langue maternelle.
L'albanais guègue est parlé non seulement au Kosovo, mais aussi dans le nord de l'Albanie, au Monténégro et en Macédoine. Le guègue s'oppose au tosque employé dans le sud de l’Albanie, ainsi qu'en Grèce et dans la région macédonienne du lac de Prespa. C’est depuis 1944 que l’albanais officiel a été normalisé à partir du tosque. La réunification des deux variétés linguistiques a permis la création d'une langue littéraire, laquelle semble avoir été acceptée par tous les albanophones. |
Si les albanophones du Kosovo parlent le guègue, ils écrivent en albanais standard, lequel constitue une source de frustration pour bien des Kosovars au point que des intellectuels voudraient officialiser l'albanais kosovar. Fait unique en Europe, le Kosovo est entouré sur toutes ses frontières (sauf au nord-est) par des populations albanophones, majoritaires ou minoritaires.
Au plan démolinguistique, on peut comprendre l’insécurité des Serbes vis-à-vis des Albanais qui, avant la guerre du Kosovo de 1999, occupaient massivement presque toute la province du Kosovo et partageaient également des frontières
municipalités avec d’autres «frères» albanais, soit en Albanie et en Macédoine, sans compter le Monténégro. Bref, les trois millions d’albanophones d’Albanie, les 490 000 albanophones de la Macédoine et le 1,6 million d’albanophones du Kosovo (avant le 24 mars 1999) formaient une forte diaspora de plus de cinq millions de locuteurs. C’est pourquoi les Serbes de Yougoslavie ont toujours redouté le nationalisme albanais et ses conséquences, c’est-à-dire la sécession éventuelle de la province du Kosovo, en vue de former une prétendue «Grande Albanie» avec l’actuelle Albanie, le Kosovo de la Serbie, le nord-ouest de la Macédoine et une portion de la république du Monténégro (60 000). C’est ce que les Serbes appellent le «front islamique» qu’ils craignent par-dessous tout.
À cette diaspora albanaise, il faut ajouter une communauté de quelque 220 000 Kosovars vivant en Suisse (surtout depuis 1988), ce qui fait de cette communauté la deuxième communauté étrangère du pays, après la communauté italienne et avant la communauté portugaise. On prétend que chacune des familles de la communauté albanaise de Suisse aurait, lors de la guerre du Kosovo, versé jusqu’à 2000 marks allemands (env. 900 $US) par mois à l’Armée de libération du Kosovo (ce qui paraît énorme!) et que certains de ces immigrants albanais contrôleraient la plus grande partie de l’héroïne en Suisse. Quoi qu'il en soit, on n'est plus là dans les questions de langue.
2.3 Les communautés minoritaires
Compte tenu de la structure démographique du
Kosovo, il est légitime de croire que les albanophones constituent la communauté
majoritaire dans ce pays. De fait, ils constituent 91,7 % de la
population. Cependant, en raison de la législation en vigueur et de l'application des lois dans les
municipalités et les localités du Kosovo, les albanophones peuvent constituer une minorité linguistique dans certaines
municipalités ou du moins dans certaines localités et villages.
| - Les albanophones Ainsi, les Albanais du Kosovo constituent la population minoritaire dans les localités suivantes:
|
Albanais minoritaires -
municipalités
- |
Nombre de localités |
Localités |
| 1. Leposaviq / Leposavić |
72 |
Leposaviq/Leposavić (1 %) + Koshtovë/Košutovo + Bistricë e Shalës /Šaljska Bistrica + Cerajë/Ceranje |
| 2. Zveçan / Zvečan |
35 |
Zveçan/Zvečan + autres localités (4,5 %) |
| 3. Zubin Potoku / Zubin Potok |
28 |
Zubin Potoku + autres localités (11,6 %) |
| 4. Mitrovicë / Mitrovica |
48 |
Mitrovica-Nord (1 %) |
| 5. Shtërpcë / Štrpce |
16 |
Shtërpcë/Štrpce (24,5 %) |
| 6.
Gjilan
/
Gnjilane |
57 |
Ranillug/Ranilug (1 %) + Kllokot/Klokot (33 %) |
| 7. Prishtinë / Priština |
47 |
Graçanicë/Gračanica (3,7 %) |
| 8. Prizren
/ Prizren |
97 |
Mamusha - Mamuşa -
Mamuša (2,3 %) | |
 |
Dans ces localités ou municipalités, les Albanais sont considérés comme des minorités, ce qui peut entraîner des difficultés dans l'application de leurs droits linguistiques. Les
municipalités de Leposaviq/Leposavic, Zubin Potoku/Zubin
Potok et Zveçan/Zvečan sont contrôlées par la Serbie, alors que les
localités de Boletin, Lipë et Zhazhë, appartenant à la municipalité de Zveçan/Zvečan, sont peuplées d'une majorité d'albanophones.
Quant aux communautés non albanophones minoritaires, le Kosovo en compte plusieurs. Leurs locuteurs parlent le serbe, le bosniaque, le monténégrin, le romani, le turc et le croate.
- Les Serbes
 |
Les Serbes constitueraient la minorité la plus importante du Kosovo, mais ils font face aux conditions les plus hostiles de toute autre minorité en Europe. La plupart des Serbes vivent confinés dans des enclaves ethniquement homogènes, sous surveillance armée internationale ou dans des régions entièrement contrôlées par les Serbes, telles les municipalités de
Leposaviq/Leposavic, de Zveçan/Zvečan, de Zubin Potoku/Zubin Potok et de Mitrovica-Nord.
Elle est
majoritaire dans dix municipalités, mais des communautés serbes plus petites
sont présentes dans tout le Kosovo au sud de l'Ibar, notamment dans le centre et
l'est du pays. Tous ces Serbes ont conservé des
relations étroites avec Belgrade et vivent dans des enclaves isolées des
Albanais.
La communauté
serbe est répartie entre le nord et le sud du Kosovo.
|
Il faut également souligner que l’essentiel de la minorité serbe du Kosovo, en termes numériques, ne vit pas seulement dans les quatre municipalités du nord du pays, Leposaviq, Zubin Potoku, Mitrovicë-Nord et Zveçan (environ 79 000 personnes), où elle est très majoritaire. Les Serbes se retrouvent
également, numériquement, dans des municipalités enclavées dans le centre (Pristhtinë/Pristina)
et le sud du pays (Shtërpcë/Štrpce,
Gjilan/Gnjilane et Prizen/Prizen), où ces communautés sont minoritaires à l’échelle de la grande municipalité, mais parfois majoritaires dans des collectivités rurales.
Au Kosovo, la communauté serbe est
de confession orthodoxe, et l'Église orthodoxe serbe occupe une place centrale
dans l'identité serbe. La communauté serbe du Kosovo parle le serbe, qui, avec
l'albanais, est l'une des deux langues officielles du Kosovo; elle utilise les
alphabets latin et cyrillique. La communauté serbe dispose d'au moins 10 sièges
garantis à l'Assemblée du Kosovo et de cinq représentants au Conseil consultatif
des communautés (CCC).
- Les
Bosniaques
 |
La communauté bosniaque est
la deuxième plus grande communauté minoritaire du Kosovo. La majorité des
Bosniaques vivent dans la municipalité de Prizren, tandis que d'importantes
communautés bosniaques se trouvent également à Dragash, Pejë, Istog et Mitrovicë-Nord. En général, comme la communauté albanaise, ils pratiquent l'islam sunnite,
la branche majoritaire de l'islam.
Au Kosovo, on peut
aujourd'hui distinguer deux groupes de Bosniaques. Le premier comprend ceux qui
ont immigré au Kosovo à différentes époques depuis la Bosnie-Herzégovine, le
Monténégro et, surtout, le Sandjak, notamment après la fin de la domination
ottomane dans la région. Ce groupe est concentré autour des régions de Pejë,
Istog et Mitrovicë et, dans une moindre mesure, à Pristina. Le second groupe
inclut ceux qui vivent traditionnellement principalement dans les régions de
Prizren et Dragash dans le Sud.
|
La communauté bosniaque du
Kosovo utilise l'alphabet latin et parle le bosniaque, une langue slave proche
du serbe, du croate et du monténégrin. Le bosniaque est reconnu comme langue
officielle dans les municipalités de Dragash, Pejë et Prizren, et comme langue
d'usage officiel dans la municipalité d'Istog. La communauté bosniaque dispose
de trois sièges garantis à l'Assemblée du Kosovo et nomme trois membres au CCC
(Conseil consultatif communautaire ou KKK pour "Këshilli Konsultativ për
Komunitetet").
- Les
Monténégrins
La communauté monténégrine
est un groupe ethnique slave culturellement proche de la communauté serbe et
partage de nombreux sites du patrimoine culturel commun.
 |
La communauté a été
officiellement reconnue par le gouvernement du Kosovo en 2011, suite à la
modification de la Loi sur la promotion
et la protection des droits des communautés et de leurs membres au
Kosovo. Les Monténégrins résident
principalement dans les municipalités de Deçan et de Pejë.
De religion orthodoxe, la
communauté monténégrine parle le monténégrin, une langue étroitement apparentée
au serbe et aux autres langues slaves parlées au Kosovo. Du fait de sa petite
taille, le monténégrin n'a pas de statut officiel dans les municipalités du
Kosovo et l'enseignement public n'y est pas offert. Par conséquent, la
communauté monténégrine fait face à bon nombre des mêmes difficultés de
communication avec les institutions publiques que la communauté serbe. Les
Monténégrins ne disposent d'aucun siège attribué à l'Assemblée du Kosovo, mais a
le droit de proposer deux membres du CCC. |
- Les
Turcs
 |
Une importante communauté
turque est présente au Kosovo depuis l'établissement de la domination ottomane
au XIVe siècle. À l'instar de la communauté albanophone, elle pratique
généralement l'islam sunnite, la branche majoritaire de l'islam. Les tariqas,
confréries soufies – une branche religieuse issue de l'islam sunnite – sont
également actives au Kosovo et entretiennent des relations étroites avec leurs
homologues en Turquie. Dans l'ensemble, cette communauté est restée stable et
participe activement à tous les aspects de la vie culturelle, sociale et
politique. L'héritage ottoman, qui contribue de manière significative à la
diversité culturelle et religieuse du Kosovo, a été valorisé tant par la
communauté turque que par les autres communautés kosovares. Il existe une municipalité,
Mamusha (en albanais), Mamuşa en turc, Mamuša/Мамуша
en serbe, où la communauté turque est majoritaire à 93 % pour une
population de quelque 5000 habitants. Cependant, c'est à Prizren que
réside la plus grande communauté turque. Pristina compte également
une importante population turque. On trouve des communautés turques
plus petites dans le reste du Kosovo. |
Dans ce pays, les Turcs parlent une variété locale du
turc et utilisent le turc standard pour les communications officielles.
Aujourd'hui, le turc (standard) est reconnu comme langue officielle dans les
municipalités de Prizren et Mamusha et comme langue d'usage officiel dans celles
de Gjilan, Pristina, Vushtrri et Mitrovicë. La communauté turque dispose de deux
sièges garantis à l'Assemblée du Kosovo et nomme trois membres au CCC.
- Les Gorans
 |
La communauté goranie est
un groupe ethnique slave, majoritairement musulman, reconnu comme un groupe
ethnique distinct.
Originaire de la région de Gora, qui couvre le sud du Kosovo
et borde des parties de la Macédoine et de l'Albanie, elle célèbre le début du
printemps avec la fête d'Ðurdevdan (la Saint-Georges), également reconnue
légalement comme sa fête nationale (le 6 mai).
La communauté est
principalement concentrée dans la municipalité de Dragash, vivant
principalement dans la localité du même nom et dans une vingtaine de villages environnants.
On trouve également de petites communautés goranies dispersées dans tout le
Kosovo, principalement dans les municipalités de Prizren, de Mitrovica-Nord,
de Pristina et de Pejë.
Les Gorani du Kosovo ne
possèdent pas d'identité nationale propre et se définissent selon les
circonstances politiques comme des «Musulmans» (au sens ethnique du terme), des
Bosniaques, des Serbes musulmans, des Macédoniens musulmans, des Albanais ou
simplement des «Gorani».
|
Les Gorans parlent en
principe le gorani (forme francisée aussi en gorane) ou selon le
forme serbo-crotate goranski. C'est une langue étroitement
apparentée à celle parlée en Macédoine occidentale et, bien qu'il diffère des
autres variétés slaves parlés au Kosovo, elle est compréhensible par les
locuteurs serbes, croates et bosniaques. Cette langue n'est pas standardisée et
aucune étude descriptive scientifique ne lui est consacrée. Par ailleurs, de
nombreux Gorans ont adopté le serbe comme langue maternelle, sinon l'albanais.
La guerre du Kosovo a engendré une division au sein de la population goranie:
certains ont accepté les institutions du Kosovo, tandis que d'autres sont restés
fidèles à la Serbie. La communauté goranie dispose d'un siège garanti à l'Assemblée du Kosovo et nomme deux membres
au CCC.
Actuellement, la majorité de la population goranie
réside en dehors de la région de Gora, dans d'autres régions du Kosovo, de
la Macédoine du Nord et de l'Albanie, ainsi qu'en
Serbie, en Europe occidentale et aux États-Unis d'Amérique.
- Les
Roms
 |
La plus grande communauté
rom est concentrée à Prizren (5), tandis que d'importantes communautés roms sont
également présentes à Istog (1), Pejë (2), Klinë (3), Gjakovë (4), Obiliq (6) et
Fuschë Kosovë (7), mais d'autres communautés moins importantes
résident à Shtime et à Ferizaj (9). Néanmoins, des communautés roms
plus petites sont présentes dans le reste du Kosovo, sans oublier les communautés
vivant dans toute la région et dans le reste de l'Europe, ainsi qu'en plus petit
nombre dans d'autres régions du monde.
La communauté rom partage des similitudes culturelles et des difficultés
socio-économiques avec les communautés égyptienne et ashkali du Kosovo.
Cependant, le Kosovo, par le biais de ses institutions et de sa législation,
reconnaît ces communautés comme distinctes. La communauté rom du Kosovo
est nominalement musulmane sunnite, sédentaire et urbaine. |
La plupart des Roms parlent le romani comme langue maternelle. Le romani
appartient à la branche indo-iranienne
de la famille indo-européennes et est apparenté aux
langues parlées dans le nord de l'Inde. Selon leur lieu de résidence, les Roms
parlent le serbe et/ou l'albanais comme seconde langue. Dans certaines
localités, le serbe peut être une langue officielle.
La communauté rom dispose d'un siège garanti à l'Assemblée du Kosovo, et un
siège supplémentaire est attribué à la communauté rom, ashkalie ou égyptienne
ayant obtenu le plus grand nombre de voix. Cette communauté nomme également deux
membres du Conseil communautaire du Kosovo (CCC).
- Les
Croates
 |
La communauté croate est
l'une des plus petites du Kosovo, avec moins de 400 membres, alors qu'elle
a déjà compté 10 000 individus avant la guerre du Kosovo. En 1991, les
Croates ont massivement émigré vers la Croatie pendant et après la
guerre du Kosovo. la plupart des Croates vivent dans les
municipalités de Lipjan et de Viti dans des petites localités telles Janjevo, Letnicë,
Vitória, Shasharë, Vërnez et Vrnavokolo.
Majoritairement catholique, elle entretient
des liens étroits avec l'Église, qui joue un rôle important dans son soutien au
Kosovo. La communauté a été officiellement reconnue par le gouvernement du
Kosovo en 2011, suite à un amendement à la loi sur la protection et le soutien
des communautés croates. |
La communauté croate du
Kosovo utilise l'alphabet latin et parle le croate, une
langue slave proche du
serbe, du bosniaque et du monténégrin. La communauté croate ne dispose d'aucun
siège garanti à l'Assemblée du Kosovo, mais a le droit de nommer deux membres au CCC.
- Les
Égyptiens
 |
Bien que les ethnologues
les classent avec les Ashkalis parmi les Roms, les «Égyptiens des Balkans» se
considèrent comme un groupe ethnique distinct dont les origines remonteraient à
l'Égypte antique. La légende des origines égyptiennes antiques est depuis
longtemps présente parmi les Roms, d'où des dénominations comme "Gypsies" ou
"Gitans". Les «Égyptiens» vivent principalement dans les municipalités de
Gjakovë, de Pejë, de Fushë Kosovë et d'Istog, mais
ils sont aussi dispersés dans tout le Kosovo.
La communauté égyptienne partage des similitudes culturelles et des
problématiques socio-économiques avec les communautés rom et ahkalie du Kosovo.
Par conséquent, le Kosovo,
à travers ses institutions et sa législation, reconnaît l'identité propre de la
communauté égyptienne. Ses membres sont principalement, mais non exclusivement
concentrés au Kosovo, en Albanie et en Macédoine. Ils sont nominalement
musulmans sunnites, sédentaires et urbains, et jouissent souvent d'un niveau de
vie relativement élevé comparé aux communautés roms et ashkalies.
|
Les Égyptiens parlent
l'albanais comme langue maternelle. La communauté égyptienne dispose d'un siège
garanti à l'Assemblée du Kosovo, et un siège supplémentaire est attribué à la
communauté rom, ashkali ou égyptienne ayant obtenu le plus grand nombre de voix.
Cette communauté nomme également deux membres du Conseil communautaire du Kosovo
(CCC).
- Les
Ashkalis
 |
La population ashkalie est
la communauté la plus jeune du Kosovo. Les plus importantes communautés
ashkalies se trouvent dans cinq municipalités: Ferizaj (4), Fushë Kosovë (1), Lipjan
(2), Prizren (5) et Shtime (3). On trouve des communautés plus petites dans le
reste du Kosovo, bien que la population ashkalie soit peu nombreuse dans l’est
du pays.
Les Ashkalis se considèrent
comme un groupe ethnique dont les origines remontent à l'ancienne Perse. De
confession sunnite, elle est sédentarisée et urbaine. La communauté ashkalie
partage des similitudes culturelles et des problématiques socio-économiques avec
les communautés rom et égyptienne du Kosovo.
|
Le peuple ashkali parle
l'albanais comme langue maternelle. Cette communauté dispose d'un siège garanti
à l'Assemblée du Kosovo, et un siège supplémentaire est attribué à la communauté
rom, ashkali ou égyptienne ayant obtenu le plus grand nombre de voix. Cette
communauté nomme également deux membres du Conseil communautaire du Kosovo (CCC).
| 2.4 La répartition
ethnique |
Selon les données officielles, la population
totale du Kosovo en 2024 était de 1 585 566 habitants. La structure ethnique de
la population se présentait comme suit :
(1) la population du Kosovo est
majoritairement albanaise, représentant 91,76 % du total, soit 1 454 963
habitants;
(2) les Serbes constituent la deuxième communauté la plus importante avec 36
652 habitants (2,31 %);
(3) ils sont suivis des Bosniaques avec 26 841 habitants (1,69 %) et des
Turcs avec 19 419 habitants (1,22 %):
(4) les communautés rom, ashkali et égyptienne représentent une part
significative de la population, avec respectivement 8730 (0,55 %), 16 207
(1,02 %) et 10 581 (0,67 %) habitants:
(5) les Gorani représentent 9140 habitants (0,58 %), tandis que 2051
personnes (0,13 %) appartiennent à la catégorie « autres »:
(6) de plus, 982 personnes (0,06 %) ont choisi de ne pas déclarer leur
appartenance ethnique.
- La répartition ethnique
par principales municipalités:
|
Municipalité |
Nombre |
Albanais |
Serbes |
Bosniaques
|
Turcs |
Roms |
Ashkalis |
Égyptiens |
|
Pristina |
227
466 |
222
898 |
770 |
456 |
2138 |
57 |
427 |
17 |
|
Prizen |
147
246 |
114
484 |
202 |
18 |
379 |
9 |
819 |
1260 |
|
Ferrizaj |
109
255 |
105
025 |
23 |
40 |
56 |
218 |
609 |
129 |
|
Pejë |
82
745 |
75
479 |
813 |
2974 |
28 |
889 |
309 |
1916 |
|
Gjilan |
82
980 |
80
642 |
940 |
66 |
745 |
409 |
15 |
1 |
|
Mitrovicë |
64
742 |
62
693 |
18 |
278 |
257 |
372 |
1012 |
47 |
|
Gjakovë |
78
699 |
72
096 |
15 |
41 |
536 |
1074 |
4738 |
14 |
- Les municipalités
comptant le plus grand nombre de minorités:
|
Minorité |
Municipalités |
|
Serbes |
Gracanicë
(8623), Shtërpcë (8080), Partesh (3221), Leposaviq (2677)
Ranillug (2349) |
|
Bosniaques |
Prizren (18
379), Pejë (2974), Dragash (2900) |
|
Turcs |
Prizren
(9819), Mamusha (5220), Pristina (2138) |
On peut aussi consulter la
liste des 38 municipalités en version
bilingue. Les municipalités les plus importantes sont les suivantes: Prishtinë/Priština(198 000), Prizren/Prizren (176 000), Gjakovë/Ðakovica (115 000), Pejë/Peć (115 000), Gjilan/Gnjilane (90 000) et Podujevë/Podujevo (87 000). Bien que les albanophones constituent la grande majorité de la population, le Kosovo demeure un pays multilingue, car la plupart des
municipalités abritent plusieurs nationalités (voir aussi la carte).
Voir également le tableau montrant la
répartition des nationalités dans les municipalités du Kosovo (recensement de 2011). Parmi ces municipalités, les Albanais sont majoritaires dans 24 d'entre elles; les Serbes dans six.
|
2.5 Les minorités islamisées
|
Les Turcs parlent le turc, une langue de la famille altaïque, mais le turc parlé au Kosovo est, contrairement à celui de la Turquie, grandement influencé par l'albanais et le
serbe. On peut le désigner comme
du «turc kosovar». Il existe d'autres minorités islamisées plus particulières : les Ashkalis, les Égyptiens des Balkans
(ou Balkano-Égyptiens) et les Gorans.
Les Ashkalis — issu du mot albanais ashkë signifiant «charbon de bois», suivi du suffixe turc li évoquant le métier de forgeron — sont appelés Cigani par les Serbes et Magjup par les Albanais. Leur origine
historique semble incertaine, mais ils pourraient venir de l'ancienne Perse au IVe siècle de notre ère avant de faire partie de l'Empire ottoman.
Quant aux Égyptiens des Balkans, appelés aussi
«Balkano-Égyptiens», ils viendraient de l'Égypte, alors que ce pays faisait partie de l'Empire ottoman. Avant la guerre, ils étaient environ 150 000 au Kosovo; ils se sont massivement réfugiés depuis en Serbie, notamment à Belgrade.
Cette communauté particulière est albanophone.
Les Gorans (ou Gorani) sont appelés ainsi parce qu'ils habitent traditionnellement la
région de Gora située dans les montagnes du sud du Kosovo (municipalité de Dragash). Ils parlent en principe une langue slave appelée
goranski (normalement écrit "našinski", voire "naainski"), idiome plus proche du macédonien que du serbe, avec de nombreux mots empruntés au turc. Dans les faits, beaucoup de Gorans parlent le serbe comme langue maternelle, en raison des similitudes entre le goranski et le serbe. La plupart des Gorans sont demeurés neutres durant la guerre du Kosovo, car ils étaient à peine tolérés tant par les Serbes que par les Albanais. Si les Ashkalis et les Égyptiens des Balkans sont
généralement albanophones, les Gorans sont davantage serbophones, bien qu'on
trouve des Gorans albanophones. Beaucoup de Gorans sont trilingues (goranski,
serbe et albanais); lorsqu'on parle le serbe, on comprend le bosniaque, le
croate et le monténégrin.
Quant aux
Roms, ils parlent en principe le romani (ou romaneshti), une langue indo-iranienne, mais la plupart sont bilingues et s'expriment aussi bien en albanais, parfois en serbe. Pour les Albanais, le mot «Tsigane» comprend à la fois les Roms et les Ashkalis. De fait, on a souvent associé les Roms, les Ashkalis et les Égyptiens des Balkans au même groupe ethnique, mais ils se définissent eux-mêmes comme appartenant à trois communautés distinctes; ils sont d'ailleurs reconnus ainsi par la législation et les institutions du Kosovo, ainsi que par les organisations internationales. Les Ashkalis, les Égyptiens des Balkans, les Gorans et les Tsiganes sont tous de confession musulmane, mais une minorité de Tsiganes sont des chrétiens orthodoxes.
Rappelons que toutes ces langues s'écrivent avec l'alphabet latin, sauf le serbe et le monténégrin, qui exigent normalement l'alphabet cyrillique comptant 30 lettres, ce qui le distingue de l'alphabet russe (33 lettres), et chacune d’elles correspond à un son. Dans le monde slave, l’héritage catholique a favorisé l’alphabet latin avec le croate le polonais, le tchèque, le slovaque, le slovène et le sorabe, alors que l’héritage orthodoxe a favorisé l’alphabet cyrillique avec le russe, le biélorusse, l'ukrainien, le serbe, le bulgare et le macédonien.
Pour résumer, on peut dire que la majorité de la population du Kosovo parle l'albanais (env.
90 %), alors que les minorités parlent des langues slaves (Serbes, Croates, Monténégrins, Bosniaques, Gorans), des langues altaïques (Turcs) ou indo-iraniennes (Rom/Tsiganes), voire l'albanais (Ashkalis et Égyptiens).
- Les minorités slavophones
De façon générale, les minorités slavophones (Serbes, Bosniaques, Croates, Monténégrins et Gorans) éprouvent beaucoup de difficultés à parler l'albanais comme langue seconde, contrairement aux Turcs et aux Roms. Cette situation empêcherait les membres de ces minorités de sentir en sécurité et de circuler librement sur l'ensemble du territoire du Kosovo. Lorsqu'ils se trouvent en dehors de leur propre communauté, ces personnes continuent de dissimuler leur langue, car elles craignent pour leur sécurité. Bien que beaucoup s'abstiennent de parler leur langue maternelle en public, les slavophones ont néanmoins la possibilité de l’utiliser dans leurs rapports formels avec les instances municipales lorsqu'elles constituent une proportion suffisante de la population, surtout si les employés connaissent le serbe avec plus ou moins d’aisance.
C'est un peu pour cette raison que, pour de nombreux
albanophones, toutes les minorités du Kosovo, qu'elles soient musulmanes ou non, sont souvent perçues comme des «races inférieures», à l'exemple des anciens «occupants» serbes. Après quelques années d'indépendance, cette perception pourrait changer progressivement, mais la haine contre les Serbes
(et vice versa) risque de perdurer encore un certain temps. De fait, les églises chrétiennes orthodoxes situées au sud de la rivière Ibar doivent encore demander la protection des forces de maintien de la paix de l'OTAN, afin d'éviter le vandalisme de la part des nationalistes albanais.
Les Serbes et d'autres minorités doivent affronter le harcèlement et parfois la violence physique pour circuler dans les rues, pour vivre dans leurs propres maisons lorsqu'elles appartiennent à la «mauvaise» communauté, voire pour parler leur langue. Jusqu'à présent, les autorités gouvernementales du Kosovo, ainsi que la police des Nations unies et les forces de maintien de la paix de l'OTAN ont été incapables ou peu disposées à remettre à la justice de nombreux auteurs de crimes dirigés contre les minorités. Depuis 2008, les communautés albanaises et serbes du Kosovo demeurent
encore divisées, ce qui constitue sans nul doute un échec pour lequel l'ONU et la communauté internationale doivent accepter une partie importante de responsabilité.
2.6 Le statut linguistique des
municipalités
 |
De plus, les municipalités du Kosovo ont toutes un
statut linguistique. Le Kosovo est subdivisé en "komunat" en albanais et en "opština" en serbe,
ce qui peut se traduire par «commune»,
«municipalité»
ou
«localité»;
le terme choisi en français sera municipalité. Cette division administrative constitue le seul niveau de pouvoir dans la gouvernance locale. On compte 38 municipalités au Kosovo
comptant et 1469 localités.
Dans les 38 municipalités, l'albanais et le serbe ont le statut de langues
officielles, peu importe si une communauté albanaise ou serbe compte pour moins
de 5%. Le problème reste entier pour les autres minorités, bien que chaque fois
qu’une langue est parlée par au moins 5 % des citoyens, elle se doit d’être
reconnue d'usage officiel. le statut linguistique peut donc varier d'une
localité à l'autre.
C'est ainsi que plusieurs municipalités
reconnaissent des langues minoritaires, tel le turc et le bosniaque, comme co-officielles
en raison d'une concentration démographique suffisante. Le turc est co-officiel
à Prizren, Mamusha, Pristina, Mitrovicë-Sud. Le bosniaque est co-officiel à
Prizren, Dragash, Pejë et Istog. Dans les faits, cela signifie que Prizren a
quatre langues officielles: l'albanais, le serbe, le turc et le bosniaque.
Mamusha en a trois (albanais, serbe et turc). |
Par conséquent, si l'albanais et le serbe sont les deux
langues officielles de la république du Kosovo, d'autres langues parlées par les nationalités peuvent être co-officielles dans les municipalités où résident les locuteurs de ces langues. C'est ainsi que le bosniaque et le turc sont reconnus comme «langue d'usage officiel» dans certaines municipalités:
| Statut |
Bosniaque |
Turc |
| Langues officielles |
Dragash - Pejë - Prizren |
Mamusa |
| Langues d'usage officiel |
Istog |
Mitrovicë / Mitrovica - Vushtrri - Pristina -
Viti - Prizren |
Par contre, il n'existe aucune mesure concernant le goranski des Gorans et le romani des Roms. Ces langues demeurent circonscrites au domaine privé. Quant au monténégrin et au croate, ils sont associés au serbe et considérés comme du serbe, mais pas le bosniaque qui a obtenu un statut d'usage
officiel dans trois municipalités. Pourtant, le serbe, le monténégrin, le croate et le bosniaque peuvent à la rigueur constituer comme la même langue appelée jadis le serbo-croate.
2.7 Les religions
Selon l'étude de 2015 du Pew
Research Center, en 2010, le Kosovo comptait 93,8% de musulmans et
6,1% de chrétiens ; tous les autres groupes religieux et les non affiliés en
comptaient chacun moins de 1%. Selon l'enquête sociale européenne de 2012, la
population du Kosovo était répartie de la façon suivante: 88,0% de musulmans,
5,8% de catholiques, 2,9% d'orthodoxes de l'Est et 2,9% d'irréligieux.
 |
Le recensement de la
population du Kosovo 2024 a été largement boycotté par les Serbes du
Kosovo (qui s'identifient principalement comme orthodoxes serbes
chrétiens), en particulier dans le nord du Kosovo, laissant la
population serbe sous- représentée. D'autres communautés
religieuses, y compris les tarikats et les protestants, contestent
également les données du recensement. Les chefs protestants et ceux
sans affiliation religieuse déclarent que certains membres de leurs
communautés ont été classés à tort comme musulmans par les
recenseurs. Ces chiffres ne représentent pas des sectes
individuelles opérant au Kosovo telles que le soufisme ou le
bektashisme qui sont parfois classées généralement dans la catégorie
«Islam». |
La religion au Kosovo selon des résultats
partiels du recensement de 2024 révèlent 93,5 % de musulmans, 2,31 % de
chrétiens orthodoxes, 1,75 % de chrétiens catholiques, 0,45 % d'autres
religions, 0,50 % d'irréligieux et 1,5 % de réponses non précisées.

Dernière mise à jour:
08 févr. 2026

